lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2010584 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BARON, AIDENBAUM & ASSOCIES (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 juillet 2020, le 13 décembre 2021 et le 21 février 2022, Mme A B, représentée par Me Renard, demande au tribunal :
1°) de mettre à la charge de l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville (ENSAPB) une somme totale de 37 180 euros en réparation des préjudices qui lui ont été causés par plusieurs fautes dans la gestion de sa carrière, dont :
- 7 180 euros en réparation de ses préjudices en lien avec l'illégalité fautive des décisions du 25 septembre 2015 diminuant sa quotité de travail ainsi que du
27 février et du 28 mars 2017 prononçant son licenciement et rejetant sa demande de reclassement,
- 10 000 euros en réparation de ses préjudices en lien avec l'irrégularité de sa position statutaire de vacataire entre 2008 et le 31 octobre 2012,
- et 20 000 euros en réparation de ses préjudices en lien avec le harcèlement moral dont elle a été victime ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est fondée à solliciter l'indemnisation de l'ensemble des préjudices qui lui ont été causés par les décisions illégales du 27 février et du 28 mars 2017 prises par le directeur de l'ENSAPB prononçant son licenciement et rejetant sa demande de reclassement ;
- ces décisions lui ont causé un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à 5 000 euros,
- elle est également fondée à solliciter la somme totale de 2 180 euros au titre des frais d'avocat qu'elle a dû engager en lien avec la réduction unilatérale illégale de son temps de travail et ces décisions illégales,
- l'ENSAPB a commis une seconde faute, dans la reconstitution de sa carrière en exécution du jugement n° 1707375/5-3, en continuant de la considérer comme vacataire entre 2008 et le 31 octobre 2012 alors que, s'agissant d'un besoin permanent, elle aurait dû dès cette date être recrutée en qualité de contractuelle. Elle a de ce fait subi un préjudice de carrière, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à 10 000 euros.
- l'ENSAPB a commis une troisième faute du fait d'une situation de harcèlement moral dont elle a été victime, ce qui caractérise un manquement à son obligation de sécurité. Cette faute lui a causé un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à
20 000 euros,
- aucun de ces préjudices n'est atteint par la prescription quadriennale.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 novembre 2020 et le 28 janvier 2022, l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville (ENSAPB), représentée par l'AARPI Baron, D et associés, conclut au rejet de la requête, ainsi qu'à la condamnation de Mme B à lui verser la somme de 2 500 euros en application de
l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le préjudice moral dont Mme B demande réparation sur le fondement de l'illégalité fautive des décisions de son directeur des 27 février et 28 mars 2017 n'est établi ni dans son existence ni dans son quantum,
- une partie des frais d'avocat dont elle demande réparation lui a déjà été versée conformément au dispositif de l'ordonnance du tribunal administratif de Paris n° 1708839/9 en date du 16 juin 2017 en tant qu'il statue sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les autres frais sont relatifs à des démarches engagées antérieurement aux décisions du présent tribunal la concernant et sont donc sans lien avec l'illégalité fautive entachant les décisions des 27 février et 28 mars 2017,
- aucun commencement de preuve n'est apporté par la requérante pour établir la situation de harcèlement moral dont elle fait valoir avoir été victime, les pièces qu'elle a produites à l'appui de son mémoire complémentaire enregistré le 13 décembre 2021 au greffe du tribunal n'étant pas probantes,
- elle ne justifie pas du quantum d'indemnisation de 20 000 euros qu'elle sollicite en réparation de sa prétendue situation de harcèlement moral,
- les créances de Mme B associées à son recrutement irrégulier comme vacataire entre 2008 et 2012 seraient en toute hypothèse prescrites et ne pourraient de ce seul fait être indemnisées. En tout état de cause, compte tenu de ses besoins à cette époque, elle pouvait légalement faire appel à des vacataires pour dispenser des cours d'anglais. Enfin, l'indemnisation de 10 000 euros sollicitée au titre d'un prétendu préjudice de carrière n'est justifiée par la requérante ni dans son existence ni dans son montant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968,
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984,
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986,
- le décret n° 2018-109 du 15 février 2018,
- l'arrêté du 6 mars 1997 relatif à l'organisation des études conduisant au diplôme national d'arts et techniques et au diplôme national supérieur d'expression plastique,
- l'arrêté du 16 juillet 2013 portant organisation de l'enseignement supérieur d'arts plastiques dans les établissements d'enseignement supérieur délivrant des diplômes,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- les observations de Mme B,
- et les observations de Me Carré pour l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville.
Une note en délibéré présentée par Mme B a été enregistrée le 27 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée par l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville (ENSAPB) en 2008 par différents actes d'engagements en qualité de vacataire. Elle a conclu un contrat à durée indéterminée le 31 octobre 2012, modifié le 31 octobre 2013, en tant qu'enseignante d'anglais pour une durée de travail de 160 heures par année universitaire correspondant à 50% d'un temps complet.
2. Par décision du 25 septembre 2015, le directeur de l'ENSAPB a modifié unilatéralement son temps de travail pour le ramener à 82 heures par an. Par courrier du 24 mai 2016, l'administration a proposé à Mme B la signature d'un nouveau contrat à durée indéterminée prenant acte de cette transformation. La requérante ayant refusé cette modification substantielle de son contrat de travail, l'administration a prononcé son licenciement, par décision du 27 février 2017. La demande de reclassement présentée par l'intéressée le 9 mars 2017 a été rejetée par un courrier du 28 mars 2017. Mme B a demandé au présent tribunal la suspension et l'annulation des deux décisions des 27 février et 28 mars 2017 prises par le directeur de l'ENSAPB. Par une ordonnance n° 1708839/9 du 16 juin 2017, l'exécution de ces décisions a été suspendue et il a été enjoint à l'ENSAPB de réintégrer Mme B dans un délai d'un mois. Par un jugement n° 1707375/5-3 en date du 6 février 2019 devenu depuis lors définitif, le tribunal a annulé ces décisions, après avoir estimé que la décision de licenciement du 27 février 2017 avait méconnu les dispositions des articles 45-3 et 45-4 du décret du 17 janvier 1986 susvisé, d'une part, que l'annulation de la décision de licenciement emportait celle, par voie de conséquence, de la décision du 28 mars 2017 de refus de reclassement, d'autre part.
3. Par un courrier du 31 décembre 2019, le conseil de Mme B a envoyé une demande indemnitaire préalable à l'ENSAPB en sollicitant la réparation des préjudices qui lui ont été causés, premièrement, par les décisions des 24 septembre 2015, 27 février 2017 et
28 mars 2017 susmentionnées, deuxièmement, par l'irrégularité de sa position statutaire entre 2008 et le 31 octobre 2012 dès lors qu'elle aurait dû dès cette date être engagée en qualité de contractuelle et non de vacataire et, troisièmement, par le harcèlement moral dont elle aurait été victime. Cette demande a été expressément rejetée le 6 mars 2020. Par la présente requête,
Mme B demande au tribunal de condamner l'ENSAPB à lui verser la somme totale
de 37 180 euros en réparation des préjudices qui lui ont été causés par ces différentes fautes dans la gestion de sa carrière.
Sur l'indemnisation des préjudices en lien avec la décision du 25 septembre 2015 diminuant sa quotité de travail et les décisions des 27 février et 28 mars 2017 prononçant le licenciement de Mme B et refusant sa demande de reclassement :
4. Aux termes de l'article 45-3 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents non titulaires de l'État pris pour l'application de l'article 7 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 susvisée : " Sans préjudice des dispositions relatives au licenciement pour faute disciplinaire, pour insuffisance professionnelle ou pour inaptitude physique, le licenciement d'un agent contractuel recruté pour répondre à un besoin permanent doit être justifié par l'un des motifs suivants : / 1° La suppression du besoin ou de l'emploi qui a justifié le recrutement de l'agent ; / 2° La transformation du besoin ou de l'emploi qui a justifié le recrutement, lorsque l'adaptation de l'agent au nouveau besoin n'est pas possible ; / 3° Le recrutement d'un fonctionnaire lorsqu'il s'agit de pourvoir un emploi soumis à la règle énoncée à l' article L. 311-1 du code général de la fonction publique ; / 4° Le refus par l'agent d'une modification d'un élément substantiel du contrat proposée dans les conditions prévus à l'article 45-4 ; / 5° L'impossibilité de réemploi de l'agent, dans les conditions prévues à l'article 32, à l'issue d'un congé sans rémunération ; / 6° L'incompatibilité du comportement de l'agent occupant un emploi participant à des missions de souveraineté de l'Etat ou relevant de la sécurité ou de la défense, avec l'exercice de ses fonctions, dans les conditions prévues au IV de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure et aux articles 45-6 et 45-7 du présent décret. ". Aux termes de l'article 45-4 du même décret : " En cas de transformation du besoin ou de l'emploi qui a justifié le recrutement de l'agent contractuel recruté pour un besoin permanent, l'administration peut proposer la modification d'un élément substantiel du contrat de travail tel que la quotité de temps de travail de l'agent () Lorsqu'une telle modification est envisagée, la proposition est adressée à l'agent par lettre recommandée avec avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. / Cette lettre informe l'agent qu'il dispose d'un mois à compter de sa réception pour faire connaître, le cas échéant, son acceptation. / A défaut de réponse dans le délai d'un mois, l'agent est réputé avoir refusé la modification proposée. ". Aux termes de l'article 45-5 du même décret : " I.- Le licenciement pour un des motifs prévus aux 1° à 4° de l'article 45-3 ne peut être prononcé que lorsque le reclassement de l'agent, dans un autre emploi que la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 autorise à pourvoir par un agent contractuel et dans le respect des dispositions légales régissant le recrutement des agents non titulaires, n'est pas possible. ()". Il résulte des dispositions susmentionnées que le refus de la modification d'un élément substantiel de son contrat de travail n'est susceptible de justifier légalement le licenciement d'un agent contractuel en application du 4° de l'article 45-3 du décret du 17 janvier 1986 que si cette modification est, à la date de celle-ci, justifiée par une transformation du besoin ou de l'emploi.
5. En premier lieu, ainsi que l'a d'ailleurs jugé le présent tribunal dans son jugement
n° 1707375/5-3 en date du 6 février 2019 devenu depuis lors définitif, l'évolution du besoin pour lequel Mme B avait été recrutée initialement par l'ENSAPB n'était pas de nature à justifier la diminution de sa quotité de travail. Il en résulte que la décision du 25 septembre 2015 par laquelle le directeur de l'ENSAPB a diminué sa quotité de travail est illégale. Il en est de même de la décision de licenciement en date du 27 février 2017, qui a de ce fait méconnu les dispositions des articles 45-3 et 45-4 du décret du 17 janvier 1986. Enfin, l'illégalité de la décision du 27 février 2017 entraînait nécessairement celle de la décision du 28 mars 2017 rejetant la demande de reclassement présentée par Mme B.
6. Il ne résulte pas en outre de l'instruction et n'est pas même allégué en défense que le licenciement de Mme B aurait pu légalement intervenir sur le fondement du 1°), du 2°), du 3°), du 5°) ou du 6°) de l'article 45-3 du décret du 17 janvier 1986 susvisé. Il en résulte que le préjudice moral que Mme B a subi du fait de la diminution de sa quotité de travail le 25 septembre 2015, de son licenciement du 27 février 2017 et du refus de l'administration de la reclasser intervenu le 28 mars 2017 lui a été causé directement et certainement par l'illégalité fautive commise par l'ENSAPB en édictant lesdites décisions.
7. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu notamment de l'ancienneté de
Mme B dans les effectifs de l'ENSAPB aux dates auxquelles sont intervenues les décisions fautives en cause, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice moral en condamnant l'ENSAPB à lui verser la somme de 6 000 euros.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".
9. Les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque l'intéressé avait qualité de partie à l'instance, la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause.
10. Mme B demande tout d'abord à être indemnisée des frais d'avocat qu'elle a exposés conformément à la convention d'honoraires qu'elle a conclue avec son conseil le 12 avril 2017. Il résulte toutefois des stipulations de cette convention qu'elle porte sur les procédures contentieuses à engager aux fins de suspension et d'annulation des décisions de licenciement et de refus de reclassement dont l'intéressée avait fait l'objet. Conformément à cette convention, le conseil de Mme B a déposé les requêtes en référé-suspension et en recours pour excès de pouvoir enregistrées respectivement sous les nos 1708839/9 et 1707375/5-3. Elle avait ainsi la qualité de partie dans ces instances et la part de son préjudice correspondant à ses frais non compris dans les dépens doit ainsi être réputée, comme il a été dit au point précédent, intégralement réparée par les décisions que le juge a prises dans les instances en cause. Mme B n'est donc pas fondée à solliciter à ce titre une indemnisation.
11. En troisième lieu, Mme B demande également à être indemnisée des frais d'avocat, d'un montant respectif de 300 et 500 euros TTC, auxquels elle a été exposée en application de deux conventions d'honoraires des 5 février et 20 juillet 2016. Il résulte de leurs stipulations que ces conventions ne portaient pas sur des frais de justice mais sur des missions d'assistance et de conseil non contentieuses, en lien avec la diminution illégale de sa quotité de travail par l'ENSAPB, puis avec la procédure préalable à son licenciement sur le fondement du 4° de l'article 45-3 du décret du 17 janvier 1986 susvisé. Il en résulte que ces frais, qui sont en lien direct, certain et exclusif avec l'illégalité fautive commise par l'ENSAPB retenue aux points 5 et 6 du présent jugement, doivent être intégralement indemnisés et qu'il y a lieu de condamner l'administration à verser à ce titre la somme totale de 800 euros à Mme B.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'ENSAPB à verser à la requérante la somme de 6 800 euros en réparation de ses préjudices en lien avec les décisions illégales des 27 février et 28 mars 2017 prononçant son licenciement et refusant sa demande de reclassement.
Sur l'indemnisation des préjudices en lien avec l'éventuelle irrégularité de la position statutaire de Mme B entre 2008 et le 31 octobre 2012 :
13. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 susvisée : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public. ".
14. Pour l'application de la prescription quadriennale, le délai de prescription de la créance dont se prévaut un agent du fait du retard mis par l'administration à le placer dans une situation statutaire régulière court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle est intervenu l'acte ayant régularisé sa situation, qu'il s'agisse du préjudice matériel ou du préjudice moral.
15. En l'espèce, Mme B demande à être indemnisée des préjudices lui ayant été causés par son recrutement irrégulier en qualité de vacataire entre 2008 et le 31 octobre 2012. Il résulte toutefois de l'instruction que sa situation a été régularisée le 31 octobre 2012 par la conclusion entre elle et l'ENSAPB d'un contrat à durée indéterminée. Aucune cause d'interruption du délai de prescription ne résulte de l'instruction ni n'est invoquée par la requérante. Dans ces conditions et en toute hypothèse, lesdits préjudices étaient prescrits
le 31 décembre 2019, date du courrier par lequel son conseil a présenté une demande indemnitaire préalable s'y rapportant.
16. Par suite, l'ENSAPB est fondée à opposer aux conclusions indemnitaires présentées par Mme B sur le fondement de sa position statutaire irrégulière entre 2008 et le 31 octobre 2012 l'exception de prescription quadriennale. Lesdites conclusions doivent dès lors être intégralement rejetées.
Sur l'indemnisation des préjudices en lien avec le harcèlement moral dont Mme B soutient avoir été victime :
17. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ".
18. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration à laquelle il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
19. Pour faire présumer l'existence d'un harcèlement moral dont elle aurait été victime, Mme B se prévaut tout d'abord de l'illégalité des décisions susmentionnées des 27 février et 28 mars 2017 prononçant son licenciement et refusant sa demande de reclassement, ainsi que du contexte dans lequel elles sont intervenues. A cet égard, il est constant qu'en vue de la préparation de la rentrée scolaire à venir, la coordonnatrice des enseignements d'anglais l'avait avisée oralement le 1er juillet 2015 qu'elle serait chargée des mêmes enseignements en 2015/2016 qu'en 2014/2015 et qu'elle a ensuite été informée au cours de la première quinzaine de septembre 2015 qu'il y avait eu un changement dans la répartition des groupes et qu'elle devait ainsi préparer de nouveaux enseignements. Toutefois Mme B ne disposait pas d'un droit au maintien de ses enseignements d'une année sur l'autre et cette circonstance, si elle démontre une certaine désorganisation de l'ENSAPB, n'est en revanche pas de nature à démontrer une volonté délibérée et répétée de lui nuire personnellement. Il en est de même de l'édiction par le directeur de l'ENSAPB des décisions des 27 février et 28 mars 2017, lesquelles, pour regrettables qu'elles fussent, ne faisaient que tirer les conséquences du refus de Mme B de signer un nouveau contrat de travail.
20. Par ailleurs, Mme B fait valoir que le directeur de l'ENSAPB l'a mise en cause personnellement et parfois publiquement. Elle indique à cet égard qu'en septembre 2019, il l'a prise à partie devant l'établissement, à la vue des étudiants et de ses collègues membres du conseil d'administration et de la commission de la formation et de la vie étudiante. Par ailleurs, dans le cadre d'une demande de congé de formation professionnelle, le directeur de l'ENSAPB lui a écrit un courriel le 28 janvier 2021 qui la mettait en cause, sans toutefois employer de termes excédant les limites attendues dans le cadre d'échanges professionnels. S'il avait mis en copie de ce mail d'autres employeurs de la requérante, cette maladresse peut toutefois s'expliquer par l'objet de cette correspondance dès lors qu'il ressort de ses propres termes que l'ENSAPB considérait qu'il convenait de déterminer l'employeur principal de Mme B avant de pouvoir apporter une réponse à sa demande de formation. Enfin, si la requérante fait valoir que le directeur de l'ENSAPB l'a accusée d'enregistrer leurs échanges lors d'un point s'étant tenu le 18 avril 2017, il n'en ressort pas qu'il aurait été outrancier dans ses propos. S'il a, au cours de cette conversation, pris le téléphone de Mme B et l'a manipulé, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait été alors violent envers la requérante, alors même que ce point de situation se déroulait dans un contexte particulièrement tendu, l'intéressée venant d'être licenciée et de voir sa demande de reclassement rejetée. Compte tenu de leur nombre très limité sur plusieurs années et du contexte de leurs commissions, ces faits traduisent ainsi seulement la nature conflictuelle de la relation de travail entre la requérante et sa direction, sans pour autant laisser présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral.
21. Mme B fait également valoir la déconsidération dont l'ENSAPB ferait preuve envers elle, en insistant sur le fait que les professeurs contractuels en charge des enseignements d'anglais n'ont jamais été conviés aux séminaires pédagogiques semestriels, alors même que les statuts de l'ENSAPB prévoient que l'ensemble des enseignants doivent l'être. Elle démontre également que jusqu'en 2019, les enseignants d'anglais n'étaient pas inclus dans le mailing commun à l'ensemble des enseignants de l'école. Toutefois, ces éléments ne la concernent pas personnellement et sont seulement de nature à démontrer un problème plus général quant à la place des enseignants d'anglais dans la communauté éducative de l'ENSAPB. Par ailleurs, si Mme B prouve qu'au début de l'année 2018, un séminaire relatif à la préparation de l'évaluation quinquennale de l'ENSAPB par le Haut conseil de l'évaluation, de la recherche et de l'enseignement supérieur devait avoir lieu, qu'elle s'y était inscrite suite à l'invitation de sa direction à le faire et qu'il lui a été demandé au dernier moment de ne pas y assister sans justification, cet événement, certes regrettable, est trop isolé pour permettre à lui seul de présumer une situation de harcèlement moral.
22. Mme B soutient également qu'elle ne bénéficie pas d'une évolution de carrière au sein de l'ENSAPB conforme à son investissement et à son ancienneté, en faisant valoir que le nombre d'heures prévu à son contrat, qui correspond à un mi-temps, n'a jamais été augmenté. Toutefois, en sa qualité d'agent contractuel, elle ne bénéficie d'aucun droit à une évolution de carrière. Il résulte également de l'instruction qu'elle dispose de plusieurs autres employeurs et n'est ainsi pas disponible sur certaines plages horaires, ce qui est de nature à compliquer l'octroi à cet agent de nouvelles heures d'enseignement. Si Mme B indique que de nombreux collègues en charge des enseignements d'anglais à l'ENSAPB ont par le passé bénéficié d'augmentations contractuelles de leur temps de travail, cette seule circonstance n'est pas de nature à laisser présumer une situation de harcèlement moral, alors au demeurant que Mme B n'a produit au cours des échanges contentieux aucune attestation sur la qualité de son travail postérieurement à 2016 et n'apporte ainsi pas d'élément de nature à établir qu'elle aurait été défavorisée dans la gestion de sa carrière par rapport à des collègues moins méritants. De même, elle n'a transmis aucun élément probant à l'appui de son allégation selon laquelle elle aurait eu vocation à être nommée coordonnatrice des enseignements d'anglais en 2017. Enfin, Mme B se plaint d'être toujours désignée sur ses fiches de paie en qualité de " vacataire " alors qu'elle a conclu un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 31 octobre 2012. Toutefois, ces documents ne sont pas édités directement par l'ENSAPB mais par la direction générale des finances publiques (DGFIP) et il ne résulte pas de l'instruction que cet intitulé erroné résulterait d'une volonté délibérée de l'employeur de la requérante de lui nuire et non pas d'un simple oubli ou d'une erreur purement administrative de la part du service des ressources humaines de l'établissement.
23. Enfin, les autres éléments dont se prévaut Mme B dans ses écritures, consistant notamment en de prétendues difficultés à obtenir l'exécution de l'ordonnance n° 1708839/9 du 16 juin 2017 et du jugement n° 1707375/5-3 du 6 février 2019, en des plannings non conformes à ses souhaits, en des difficultés dans le traitement de ses demandes de formation, en des difficultés de communication avec les coordonnateurs successifs des enseignements d'anglais et, en dernier lieu, en des demandes de tâches administratives inutiles, soit sont insuffisamment établis, soit ne démontrent que l'existence d'une relation conflictuelle de travail entre la requérante et la direction de l'ENSAPB sans pour autant permettre de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral, soit même relèvent des contraintes inhérentes à l'exercice de ses fonctions par la requérante.
24. Il résulte ainsi de l'ensemble de ce qui a été dit que les éléments de fait soumis par Mme B au présent tribunal ne sont pas susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. Dans ces conditions et en l'absence de faute de l'administration, ses conclusions indemnitaires tendant à la condamnation de l'ENSAPB à lui verser 20 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles de toute nature qu'elle aurait subis dans ses conditions d'existence du fait d'un prétendu harcèlement moral doivent être intégralement rejetées.
Sur les frais de l'instance :
25. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. (). "
26. En l'espèce, le conseil de Mme B a demandé la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros sur le fondement de ces dispositions. Toutefois, alors que l'Etat n'est en l'espèce ni la partie tenue aux dépens ni la partie perdante, les conclusions de la requérante sur ce point ne peuvent être que rejetées. Il y a lieu pour le même motif de rejeter les conclusions présentées par l'ENSAPB sur le même fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Ecole nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville (ENSAPB) versera à Mme B la somme de 6 800 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par l'ENSAPB sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur de l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Le Broussois, premier conseiller,
M. Thulard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.
Le rapporteur,
V. C
Le président,
Y. MarinoLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026