vendredi 23 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2010923 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | DUFAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 juillet 2020, le 12 avril 2022 et le 10 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Dufau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme de 92 109,32 euros en réparation des préjudices consécutifs à sa prise en charge à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, assortie des intérêts à taux légal et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle a contracté au décours de l'opération chirurgicale réalisée le 26 mai 2016 une infection nosocomiale, et l'indemnisation des préjudices nés de cette infection incombe intégralement à l'AP-HP ;
- elle a en outre été victime d'une faute commise lors de la même intervention entraînant une lésion du psoas et l'indemnisation des préjudices nés de cette lésion incombe intégralement à l'AP-HP ;
- au titre de ses préjudices patrimoniaux temporaires, elle est fondée à solliciter une indemnisation de 10 718,69 euros au titre de l'assistance par tierce personne à laquelle elle devait recourir ;
- au titre de ses préjudices patrimoniaux permanents, elle est fondée à solliciter une indemnisation de 1 915,04 euros au titre de l'aménagement domotique et de 33 447,60 euros au titre de l'assistance à laquelle elle doit recourir ;
- au titre de ses préjudices extrapatrimoniaux temporaires, elle est fondée à solliciter une indemnisation de 12 678 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire, une indemnisation de 10 000 euros au titre des souffrances qu'elle a endurées et de 4 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire ;
- au titre de ses préjudices extrapatrimoniaux permanents, elle est fondée à solliciter une indemnisation de 15 600 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent, de 1 500 euros au titre de son préjudice esthétique permanent, de 2 500 euros au titre de son préjudice d'agrément et de 1 750 euros au titre de son préjudice sexuel.
La requête a été transmise à l'AP-HP, qui n'a pas produit d'observations.
Par des mémoires, enregistrés le 22 octobre 2020 et le 14 avril 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par l'AARPI Jasper avocats, conclut à ce qu'il soit mis hors de cause.
Par des mémoires enregistrés le 7 décembre 2020 et le 11 mai 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, représentée par l'AARPI Inter-barreaux JRF avocats, demande au tribunal :
1°) de condamner l'AP-HP à lui verser une somme de 63 278,66 euros en remboursement des prestations versées dans l'intérêt de Mme B, assortie des intérêts au taux légal à compter de la première demande et la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de condamner l'AP-HP à lui verser une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle est fondée à demander à l'AP-HP le remboursement des prestations versées dans l'intérêt de Mme B qui s'élèvent à la somme totale de 63 278,66 euros ;
- l'indemnité forfaitaire de gestion doit être mise à la charge de l'AP-HP.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code de la sécurité sociale,
- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- et les observations de Me Zayan, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, née le 13 novembre 1947, est notamment atteinte d'une pathologie dégénérative lombosacrée. Elle a fait l'objet le 26 mai 2016 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dépendant de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), d'une intervention pour la mise en place d'une prothèse de la hanche droite pour coxarthrose, geste compliqué en peropératoire d'une fracture per trochantérienne nécessitant un cerclage. Les suites de l'intervention ont été marquées par des douleurs et une impotence fonctionnelle, avec mise en évidence d'un déficit radiculaire L4 droit. Devant ce tableau, l'ablation des fils de cerclage a été réalisée le 18 juin 2018 à l'hôpital R. Poincaré, et les prélèvements peropératoires ont tous été positifs à la bactérie Enterococcus faecalis. Cette infection a été traitée par un changement de prothèse réalisé le 17 septembre 2018 à l'hôpital R. Poincaré, geste compliqué d'une fracture de la corticale fémorale antérieure et nécessitant un nouveau cerclage, sous couvert d'une antibiothérapie adaptée et prolongée. L'évolution a été favorable. Une dernière intervention en ambulatoire pour procéder à l'enlèvement des fils a été réalisée à l'hôpital Cochin le 14 juin 2019. Continuant à présenter des douleurs et symptômes, la victime estime avoir fait l'objet d'une prise en charge fautive par l'AP-HP au cours de l'opération du 26 mai 2019 ayant causé une tendinopathie du psoas, et avoir contracté une infection nosocomiale. Elle a saisi l'AP-HP d'une demande d'indemnisation amiable, que cette dernière a rejeté par un courrier du 25 février 2020. Elle a ensuite saisi la commission régionale de conciliation et d'indemnisation qui, par une décision du 15 juillet 2020, s'est déclarée incompétente. A la demande de Mme B, le juge des référés du tribunal a désigné un expert et un sapiteur par une ordonnance du 26 novembre 2020. Le rapport d'expertise a été rendu le 15 février 2022. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 92 109,32 euros en réparation des préjudices consécutifs à sa prise en charge à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.
Sur la responsabilité :
En ce qui l'existence de l'infection nosocomiale et la détermination de la personne publique responsable :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; / 2° Les dommages résultant de l'intervention, en cas de circonstances exceptionnelles, d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme en dehors du champ de son activité de prévention, de diagnostic ou de soins. ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
3. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 15 février 2022, dont les conclusions ne sont pas contestées par l'AP-HP, que l'infection par la bactérie Enterococcus faecalis contractée par Mme B est survenue au cours de sa prise en charge à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière et que l'intéressée n'était porteuse d'aucune infection avant cette prise en charge. L'AP-HP, qui n'a pas produit d'observations, doit être regardée comme n'établissant pas l'existence d'une cause étrangère.
4. D'autre part, il résulte du même rapport d'expertise que les conséquences de cette infection ont entrainé un déficit fonctionnel permanent de 6%, inférieur au seuil de 25% fixé par les dispositions précitées de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique.
5. Par suite, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales doit être mis hors de cause et, en application des dispositions précitées du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, l'AP-HP doit être déclarée intégralement responsable des dommages résultant de l'infection dont a souffert la requérante.
En ce qui concerne la responsabilité de l'AP-HP pour faute :
6. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. -Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".
7. Si le rapport d'expertise mentionne que la tendinopathie du psoas, constatée au décours de l'intervention chirurgicale du 26 mai 2016 et imputable au geste médical, " explique effectivement, très vraisemblablement, le déficit musculaire ", les experts relèvent expressément que ce geste n'appelle pas de critique particulière et qu'aucun manquement aux règles de l'art n'a été identifié lors de la prise en charge de Mme B. Dans ces conditions et contrairement à ce que soutient Mme B, qui ne produit aucun élément additionnel permettant de contredire le rapport d'expertise sur ce point, la tendinopathie dont elle se plaint doit être regardée comme un accident médical non fautif ne satisfaisant par ailleurs pas aux conditions d'une indemnisation au titre de la solidarité nationale, la tendinopathie n'ayant ni eu d'incidence sur l'exercice d'une activité professionnelle par la requérante, retraitée, ni entrainé un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à 50 % pendant plus de six mois, le déficit fonctionnel permanent ayant été évalué par les experts à 6 %. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que l'AP-HP a commis une faute au décours de l'intervention chirurgicale du 26 mai 2016. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander la réparation des préjudices imputables à la tendinopathie du psoas dont elle souffre.
Sur les préjudices de Mme B :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des préjudices temporaires :
Quant aux dépenses de santé :
8. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme B ait exposé d'autres dépenses de santé que celles qui ont été prises en charge par la CPAM de Paris pour une somme totale de 63 278,66 euros. Cette somme comprend les frais d'hospitalisation pour les périodes imputables en totalité à l'infection telles que définies par le rapport d'expertise, ainsi que des frais médicaux intégrant des consultations, des actes d'imagerie et de biologie, détaillés dans le relevé de débours définitif établi le 14 avril 2022 et attestés par le médecin conseil de la caisse. Ces frais, imputables aux dommages consécutifs à l'infection nosocomiale subie par Mme B, doivent, dès lors, être mis à la charge de l'AP-HP.
Quant à l'assistance par tierce personne :
9. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que, jusqu'à la consolidation de son état de santé, le 1er novembre 2018, Mme B a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne à hauteur de cinq heures par semaine du 11 septembre 2016 au 19 juin 2017 et du 24 juin 2017 au 16 juin 2018, imputable pour un tiers à l'infection, d'une heure trente par jour du 23 juin au 22 juillet 2018, du 15 juin au 14 juillet 2019, imputable en totalité à l'infection, puis de quatre heures par semaine du 23 juillet au 15 septembre 2018, du 9 décembre 2018 au 30 mars 2019 et du 15 juillet au 14 août 2019, imputable en totalité à l'infection.
10. Il y a lieu de retenir, au regard du caractère non spécialisé de cette assistance, un taux horaire de 15 euros, sur la base du salaire minimum de croissance augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés. Ce besoin, pour les périodes du 11 septembre 2016 au 19 juin 2017 et du 24 juin 2017 au 16 juin 2018 (638 jours soit 455 heures) représente 6 825 euros, dont un tiers est imputable à l'infection soit 2 275 euros. Pour les périodes du 23 juin au 22 juillet 2018, du 15 juin au 14 juillet (68 jours soit 87 heures), ce besoin représente 1 305 euros. Enfin, pour les périodes du 23 juillet au 15 septembre 2018, du 9 décembre 2018 au 30 mars 2019 et du 15 juillet au 14 août 2019 (173 jours soit 100 heures), ce besoin représente 1 500 euros. Le besoin d'assistance par tierce personne à titre temporaire de Mme B imputable à l'infection nosocomiale s'est ainsi élevé à la somme totale de 5 080 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP.
S'agissant des préjudices permanents :
Quant aux frais de logement adapté :
11. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'instruction, que les aménagements domotiques qu'a fait réaliser Mme B ne sont pas imputables à l'infection nosocomiale, ce qui n'est pas contesté par la requérante. Par suite, elle n'est pas fondée à demander qu'une somme de 1 915,04 euros soit mise à la charge de l'AP-HP au titre de ce poste de préjudice.
Quant à l'assistance par tierce personne :
12. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le besoin permanent d'assistance d'une tierce personne pour les besoins de la vie quotidienne de Mme B n'est pas imputable à l'infection nosocomiale. Par suite, elle n'est pas fondée à demander qu'une somme de 33 447,60 euros soit mise à la charge de l'AP-HP au titre de ce poste de préjudice.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant des préjudices temporaires :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
13. Il résulte de l'instruction que Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire total durant les périodes d'hospitalisation du 20 au 23 juin 2017, soit trois jours, imputable pour un tiers à l'infection pour cette période, puis du 17 au 22 juin 2018, du 16 septembre au 8 décembre 2018 et le 14 juin 2019 soit 89 jours, imputable en totalité à l'infection pour ces périodes. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre, sur la base d'un taux quotidien de 20 euros, en fixant le montant de sa réparation à 1 800 euros.
14. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel à des taux variables selon les périodes. Il y a donc lieu d'indemniser la requérante, d'une part, d'un déficit fonctionnel strictement imputable à l'infection nosocomiale de 50 % du 23 juin au 23 juillet 2018 et du 15 juin au 14 juillet, soit 58 jours, de 25% du 23 juillet au 15 septembre 2018, du 9 décembre 2018 au 8 mars 2019 et du 15 juillet 2019 au 14 août 2019 soit 173 jours, de 15 % du 9 mars au 13 juin 2019, du 15 août au 1er novembre 2019 soit 174 jours et, d'autre part, d'un déficit fonctionnel de 30% du 11 septembre 2016 au 19 juin 2017 et du 24 juin 2017 au 16 juin 2018 soit 174 jours, imputable pour un tiers à l'infection nosocomiale. Il sera fait une juste appréciation de ces préjudices, sur la base d'un taux quotidien de 20 euros, en les évaluant à la somme totale de 3 343 euros.
15. Par suite, la somme totale de 5 043 euros sera mise à la charge de l'AP-HP au titre de ce poste de préjudice.
Quant aux souffrances endurées :
16. Le rapport d'expertise estime que la souffrance endurée par Mme B, au seul titre de l'infection nosocomiale, correspond à une cotation de 3,5 sur 7. Il sera fait une juste appréciation de cette souffrance, notamment au regard à sa durée, en fixant le montant de la réparation à 5 000 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
17. Il résulte de l'instruction que Mme B a connu une altération majeure et temporaire de son apparence physique distincte de celle qui est retenue et indemnisée au titre du préjudice esthétique permanent. Le rapport estime qu'elle correspond, au seul titre de l'infection nosocomiale, à une cotation de 3,5 sur 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice esthétique temporaire, eu égard notamment à sa durée, en fixant le montant de sa réparation cette souffrance à 4 000 euros.
S'agissant des préjudices permanents :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
18. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme B subit un déficit fonctionnel permanent de 18%, que les experts lient à l'infection nosocomiale pour un tiers, soit 6%. Eu égard à l'âge de Mme B à la date de consolidation du dommage soit 72 ans, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice subi en fixant le montant de sa réparation à 6 500 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
19. Il ne résulte pas de l'instruction que le préjudice d'agrément subi par Mme B soit imputable à l'infection nosocomiale. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander l'indemnisation de ce chef de préjudice.
Quant au préjudice esthétique permanent :
20. Selon le rapport d'expertise, le préjudice esthétique permanent subi par Mme B du fait des cicatrices qu'elle garde des différentes interventions imputables à l'infection nosocomiale, correspond à une cotation de 1,5 sur 7. Il sera fait une juste appréciation de chef de préjudice en fixant le montant de sa réparation à 1 000 euros.
Quant au préjudice sexuel :
21. Il ne résulte pas de l'instruction que le préjudice sexuel subi par Mme B soit imputable à l'infection nosocomiale. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander l'indemnisation de ce chef de préjudice.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
22. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière
23. D'une part, il y a lieu de faire droit aux conclusions de Mme B tendant à ce que les sommes qui lui sont allouées aux points précédents du présent jugement portent intérêt au taux légal, en l'absence de preuve de la date de réception de son courrier de demande préalable, à compter du 25 février 2020, date à laquelle l'AP-HP a refusé sa demande indemnitaire préalable. La capitalisation des intérêts a été demandée le 12 avril 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 26 février 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
24. D'autre part, il y a lieu de faire droit aux conclusions de la CPAM de Paris tendant à ce que les sommes qui lui sont allouées aux points précédents du présent jugement portent intérêt au taux légal à compter du 7 décembre 2020, date du premier mémoire en intervention de la CPAM de Paris. La capitalisation des intérêts a été demandée le 11 mai 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 8 décembre février 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale :
25. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 110 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022 ".
26. Il y a lieu de faire droit aux conclusions présentées par la CPAM de Paris sur le fondement des dispositions précitées et de mettre à la charge de l'AP-HP, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par lesdites dispositions, une somme de 1 114 euros.
Sur les dépens :
27. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
28. Les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme totale de 5 220 euros par une ordonnance du 11 mai 2022, doivent être mis à la charge définitive de l'AP-HP.
Sur les frais non compris dans les dépens :
29. Dans les circonstances de l'espèce, il y a de lieu de mettre à la charge de l'AP-HP au profit de Mme B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
30. Il y a également lieu de mettre à la charge de l'AP-HP au profit de la CPAM de Paris une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à Mme B la somme de 26 723 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 février 2021 Les intérêts échus à la date à laquelle ils étaient dus pour la première fois depuis une année seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à la CPAM de Paris la somme de 63 278,66 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 7 décembre 2020. Les intérêts échus à la date à laquelle ils étaient dus pour la première fois depuis une année seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : Les dépens, liquidés et taxés à la somme de 5 220 euros, sont mis à la charge définitive de l'AP-HP.
Article 5 : L'AP-HP versera à la CPAM de Paris la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 6 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à Mme B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à la CPAM de Paris la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.
Copie en sera adressée aux experts.
Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Le Broussois, premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.
Le rapporteur,
B. C
Le président,
Y. Marino
La greffière,
L. Marville
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026