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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2011017

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2011017

mercredi 15 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2011017
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET LABORDE (SELAS)

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2011017 et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le 24 juillet 2020 et le 25 novembre 2020, la société ADMS Conseil, représentée par le cabinet Laborde, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie et qui ont été laissées à sa charge au titre des exercices clos le 30 juin 2012, le 30 juin 2013 et le 30 juin 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les frais de déplacement aux Etats-Unis et au Canada en lien direct avec l'intérêt de la société ADMS Conseil sont déductibles de son bénéfice net ;

- les frais de déplacement en Israël en lien direct avec l'intérêt de la société ADMS Conseil sont déductibles de son bénéfice net ;

- les billets d'avions et de train de Mme C D et de Mme E D correspondent à des frais professionnels, ont été engagés dans l'intérêt direct de la société ADMS Conseil et sont déductibles de son bénéfice net.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 28 octobre 2020, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société ADMS Conseil ne sont pas fondés.

II. Par une requête n° 2011020 et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le 24 juillet 2020 et le 25 novembre 2020, M. et Mme D, représentés par le cabinet Laborde, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2012 à 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les frais de déplacement aux Etats-Unis et au Canada ont été engagés dans l'intérêt direct de la société ADMS Conseil ou au demeurant de ses filiales ;

- les frais de déplacement en Israël ont été engagés dans l'intérêt direct de la société ADMS Conseil ou au demeurant de ses filiales ;

- les billets d'avions et de train de Mme C D et de Mme E D correspondent à des frais professionnels et ont été engagés dans l'intérêt direct de la société ADMS Conseil ou au demeurant de ses filiales ;

- les sommes correspondant à ces frais de déplacement ne constituent pas des avantages occultes au sens de l'article 111 c du code général des impôts dès lors qu'ils ont été explicitement inscrits et identifiés en comptabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2020, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société ADMS Conseil, société patrimoniale détenue à 100 % conjointement par M. A D et son épouse Mme C D ainsi que leurs deux filles, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos le 30 juin 2012, le 30 juin 2013 et le 30 juin 2014. A l'issue de celle-ci, le service a réintégré aux résultats imposables de la société, au titre de ces trois exercices, les dépenses afférentes à des frais de déplacements au motif que ces dépenses, n'avaient pas été engagées dans l'intérêt de l'entreprise. Le service vérificateur a mis à la charge de la société, par une proposition de rectification du

23 décembre 2015, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, assorties de pénalités, au titre des exercices clos le 30 juin 2012, le 30 juin 2013 et le 30 juin 2014. Par une requête n° 2011017, la société ADMS Conseil demande au tribunal la décharge des impositions en litige, en droits et pénalités.

2. M. Denis Akriche, président et associé de la société ADMS Conseil, et Mme C D, associée de la même société, ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2012 et 2013 puis d'un contrôle sur pièces au titre de l'année 2014 à l'issue desquels l'administration a mis à leur charge, par deux propositions de rectifications des 21 et 22 décembre 2015, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des trois années en litige, assorties de pénalités. Par une requête n° 2011020, M. A D demande au tribunal la décharge de l'ensemble des impositions en litige, en droits et pénalités.

Sur la jonction :

3. Les requêtes n° 2011017 et n° 2011020 présentent à juger des questions semblables et on fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :

S'agissant des charges non engagées dans l'intérêt de l'entreprise :

4.En premier lieu, aux termes de l'article 38-2 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés " . Aux termes de l'article 39 du code général des impôts applicable pour la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre Toutefois, les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature, et remboursement de frais ".

5. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts selon lesquelles le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée.

6. D'une part, s'agissant des frais de cinq déplacements aux Etats-Unis et au Canada de M. A D de 5 474,32 euros, 16 928,93 euros et 20 942,28 euros au titre respectivement des exercices clos au 30 juin 2012, au 30 juin 2013 et au 30 juin 2014, la société requérante soutient que ces voyages revêtent un caractère professionnel dès lors qu'ils ont permis la prospection d'investissement immobiliers ou le développement d'une activité de commerce de devises dans l'intérêt direct de la société ADMS Conseil. Toutefois, elle ne justifie pas du caractère professionnel de ces dépenses par la seule production d'échanges de courriels entre la société ADMS Conseil et des courtiers américains ou le Crédit Suisse à NewYork ou de notes de frais sans étayer ces documents par des éléments probants permettant d'établir la réalité des rencontres alléguées. En tout état de cause, alors qu'il est constant que la société ADMS Conseil a créé dès 2011 une filiale de droit américaine sise aux Etats-Unis dénommée " Rhapsodie Holding LLC ", qu'elle détient à 100 %, pour acquérir des biens immobiliers dans ce pays, la requérante, qui allègue que ces déplacements ont été effectués dans le cadre d'activités de prospective d'investissements immobiliers et sur le marché des changes, ne démontre pas que les frais de voyage litigieux seraient engagés dans l'intérêt direct de l'activité de la société ADMS Conseil.

7. D'autre part, s'agissant des frais de déplacement en Israël de M. A D, de 12 552 euros, 45 125 euros et 33 063 euros au titre respectivement des exercices clos au

30 juin 2012, au 30 juin 2013 et au 30 juin 2014, la requérante soutient que ces voyages revêtent un caractère professionnel dès lors qu'ils ont permis la prospection d'investissement immobiliers ou le développement d'une activité de commerce de devises dans l'intérêt direct de la société ADMS Conseil. Toutefois, elle ne produit aucun élément pour justifier du caractère professionnel de ces dépenses. En tout état de cause, alors qu'il est constant que la société ADMS Conseil a créé dès 2007 la société civile immobilière de droit français dénommée " Symphony ", filiale de la société ADMS Conseil détenue à 99 %, pour acquérir des biens immobiliers dans ce pays, la requérante, qui allègue que ces déplacements ont été effectués dans le cadre d'activités de prospective d'investissements immobiliers et sur le marché des changes, ne démontre pas que les frais de voyage litigieux seraient engagés dans l'intérêt direct de l'activité de la société ADMS Conseil.

8. Enfin, il ressort de l'instruction que la société ADMS Conseil a enregistré au débit sur son compte de charges des montants correspondants à des frais de billets d'avion et d'un billet Eurostar de Mme C D, épouse de M. A D, et de Mme E D, fille de ces derniers, et que ces sommes ont été enregistrées au crédit du compte courant d'associé de M. A D pour un montant de 5 733,25 euros, de 14 648,86 euros et 13 375,88 euros au cours respectivement des trois exercices clos le 30 juin 2012, le 30 juin 2013 et le 30 juin 2014. Il ressort également de l'instruction que Mme C D et Mme E D sont actionnaires de la société ADMS Conseil mais n'exercent aucune fonction au sein de cette société, dans laquelle M. A D est l'unique salarié. Or, la seule production par la requérante de courriels destinés à Mme D ainsi que la photographie de deux badges " Visitor " auprès de la société " Wilfrid Aubrey LLC " au nom de M. A et Mme C D ne démontrent pas, à eux-seuls, le caractère professionnel des déplacements de Mme C D et de Mme E D ni l'activité alléguée de recherche d'investissement de Mme C D alors même que la requérante ne produit aucun élément relatif à la nature du travail de ces deux dernières ni l'existence d'un lien juridique entre celles-ci et la société ADMS Conseil.

9. Dans ces conditions, les frais susmentionnés de M. D, dirigeant de la société, de son épouse Mme C D et de leur fille Mme E D ne sauraient être regardés comme ayant été engagés dans l'intérêt direct de la société ADMS Conseil.

En ce qui concerne l'impôt sur le revenu :

S'agissant des bénéficiaires réels des dépenses de voyages :

10. M. et Mme D soutiennent que les frais de voyages litigieux ont été engagés dans l'intérêt de la société ADMS Conseil ou, au demeurant si ces dépenses ne sont pas regardées par l'administration comme engagées dans l'intérêt de la société ADMS Conseil, dans l'intérêt des filiales Rhapsodie Holding et Symphony. Toutefois, il ressort des points 7 à 9 du présent jugement que les frais de voyages n'ont pas été engagés dans l'intérêt direct de la société ADMS Conseil. Par ailleurs, il ressort en outre de l'instruction que les déplacements relatifs aux frais en litige ont été effectués par M. et Mme D ainsi que leur fille sont sans lien direct avec les filiales. Ainsi, le moyen tiré de ce que les frais de déplacement en litige auraient été engagés dans l'intérêt direct de la société ADMS Conseil ou de ses filiales doit être écarté.

S'agissant des revenus distribués :

11. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. les rémunérations et avantages occultes. ". Aux termes de l'article 54 bis du code général des impôts : " Les contribuables visés à l'article 53 A () doivent obligatoirement inscrire en comptabilité, sous une forme explicite, la nature et la valeur des avantages en nature accordés à leur personnel ".

12. Les avantages consentis à des associés ou des tiers, revêtent, lorsqu'ils n'ont pas été inscrits de manière explicite en comptabilité, le caractère d'avantages occultes. Lorsque le[0] contribuable que l'administration regarde comme bénéficiaire de distributions conteste les rectifications qui lui ont été notifiées, il appartient à l'administration d'apporter la preuve tant de l'existence et du montant des distributions litigieuses que de l'appréhension des sommes en cause par son bénéficiaire

13. M. et Mme D soutiennent que dès lors que les dépenses de déplacement litigieux étaient régulièrement inscrites dans la comptabilité de la société ADMS Conseil, alors ces frais ne pouvaient être regardés comme des rémunérations et avantages occultes au sens des dispositions de l'article 111 c du code général des impôts précité. Toutefois, si ces frais ont effectivement été inscrits en comptabilité de la société ADMS Conseil comme une prise en charge de voyages ou de déplacements professionnels, cet avantage n'a pas été inscrit en comptabilité de manière explicite au titre des avantages en nature, conformément aux dispositions de l'article 54 bis du code général des impôts. Ainsi, l'administration pouvait, à bon droit regarder les sommes respectivement de 65 483 euros pour l'année 2012, de 70 102 euros pour l'année 2013 et de 41 642 euros pour l'année 2014 comme des revenus distribués au profit de M. D. Ainsi, l'administration fiscale établit que les sommes doivent être regardées comme des rémunérations occultes au sens des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de la société ADMS Conseil et de M. et Mme D ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : Les requêtes n° 2011017 et n° 2011020 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société ADMS, à M. et Mme D et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 22 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Merino, première conseillère,

M. Baudat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 mars 2023.

Le rapporteur,

J-B B

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. COULANT

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, chargé des Comptes publics, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2011017-2011020/1-1

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