jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2011199 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | DES LIGNERIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juillet 2020 et 29 septembre 2022, Mme C D, représentée par Me Des Ligneris, demande au tribunal, dans le dernier état de ses conclusions :
1°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision pénale à intervenir ;
2°) d'enjoindre à la ministre de la culture de communiquer l'enquête administrative et le dossier individuel de M. E B ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 107 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, portant intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande indemnitaire préalable ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le délai de la prescription est interrompu ;
- la responsabilité de l'Etat pour faute est engagée au titre d'une carence fautive, dès lors que M. B a été maintenu à différents postes de direction pendant plusieurs années et n'a pas été empêché d'agir alors que ses agissements étaient connus ;
- cette circonstance est également constitutive d'une mauvaise organisation de ses services ;
- elle est engagée au titre du refus illégal d'accorder à Mme D le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
- ses préjudices s'élèvent à la somme totale de 107 000 euros, décomposée comme suit : 40 000 euros au titre du préjudice corporel, 5 000 euros au titre des souffrances endurées, 30 000 euros au titre du préjudice moral, 15 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence, 5 000 euros au titre de l'atteinte à son honneur, 10 000 euros au titre du préjudice sexuel, 2 000 euros au titre du préjudice d'agrément.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, le ministre de la culture conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer sur les conclusions de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés ;
- les conclusions indemnitaires de Mme D sont irrecevables, en l'absence de demande indemnitaire préalable suffisamment précise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,
- les observations de Me Des Ligneris, représentant Mme D,
- et les observations de Me Magnaval, représentant la ministre de la culture.
Considérant ce qui suit :
1. Le 11 juin 2018, M. B, alors en poste à la direction régionale des affaires culturelles de la région Grand-Est, a été surpris, lors d'une réunion, en train de photographier les jambes d'une participante à l'insu de celle-ci. Un signalement a été transmis, le 14 juin 2018, par le ministère de la culture au procureur de la République et M. B a été provisoirement suspendu de ses fonctions le 15 juin 2018. Les 15 et 16 août 2018, il était découvert dans le matériel de bureau de M. B des photos compromettantes, ainsi qu'un tableau listant des " expériences " humiliantes infligées à près de deux cents femmes dans le cadre d'entretiens liés à ses fonctions entre 2009 et 2015. Le 10 octobre 2018, l'emploi de directeur régional adjoint des affaires culturelles de la région Grand Est occupé par M. B lui a été retiré. Par décret du Président de la République du 11 janvier 2019, M. B a été révoqué de la fonction publique. A la suite de la publication d'articles de presse, à partir de mai 2019, le ministère de la culture a adressé, le 12 juin 2019, un message à ses agents afin de les informer des mesures prises à l'encontre de M. B et de leur indiquer que la protection fonctionnelle leur était ouverte. Les 7 et 24 juin 2019, Mme D a déposé plainte et a été entendue dans le cadre de l'enquête judiciaire ouverte à l'encontre de M. B. Le 2 décembre 2019, Mme D a fait parvenir au ministère de la culture une demande indemnitaire préalable en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison de l'entretien qu'elle a eu avec M. B entre mars et avril 2011. Cette demande a été rejetée par une décision du 5 février 2020. Par la présente requête, Mme D sollicite l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. La victime non fautive d'un préjudice causé par l'agent d'une administration peut, dès lors que le comportement de cet agent n'est pas dépourvu de tout lien avec le service, demander au juge administratif de condamner cette administration à réparer intégralement ce préjudice, quand bien même aucune faute ne pourrait-elle être imputée au service et le préjudice serait-il entièrement imputable à la faute personnelle commise par l'agent, laquelle, par sa gravité, devrait être regardée comme détachable du service. Cette dernière circonstance permet seulement à l'administration, ainsi condamnée à assumer les conséquences de cette faute personnelle, d'engager une action récursoire à l'encontre de son agent.
3. Mme D, qui fait valoir la faute que l'Etat a commise dès lors que M. B a pu, dans ses fonctions, commettre ses agissements à l'encontre de très nombreuses victimes pendant plusieurs années, faits qu'il a reconnus au cours de la procédure disciplinaire dont il a fait l'objet, doit être regardée comme faisant valoir l'existence d'une faute personnelle de cet agent non dépourvue de tout lien avec le service.
4. En l'espèce, il n'est pas sérieusement contesté que Mme D, alors stagiaire en alternance au ministère de la culture, a été convoquée par M. B à un entretien de fin de stage qui s'est déroulé, entre mars et avril 2011, dans les bureaux du ministère. Selon les procès-verbaux d'audition par la police judiciaire de Mme D, établis les 7 et 24 juin 2019, M. B lui a proposé, en début d'entretien, un café qu'elle a bu. Ressentant des douleurs et une très forte envie d'uriner, elle a demandé à interrompre l'entretien pour se rendre aux toilettes, où M. B l'a suivie jusqu'à la porte. Alors même que le nom de Mme D n'est pas mentionné dans le tableau tenu par M. B lui-même et recensant ses différentes victimes, la relation que Mme D fait des agissements préjudiciables de M. B à son égard ainsi que leur chronologie, telles qu'elles ressortent notamment des procès-verbaux établis les 7 et 24 juin 2019, concordent avec les faits reconnus par M. B à l'égard des autres victimes. Ces faits ont été commis pendant et à l'occasion du service, l'entretien litigieux, qui impliquait une relation de nature hiérarchique entre M. B et sa victime, n'ayant eu lieu que par l'effet du service. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin d'examiner les fautes propres de l'administration soulevées par Mme D, lesquelles ne sont à l'origine d'aucun préjudice distinct, la réparation des préjudices subis par la requérante en raison des agissements de M. B à son encontre est imputable à l'administration et il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la réparation intégrale des préjudices subis par la requérante.
Sur le refus de la demande de protection fonctionnelle :
5. Il résulte de l'instruction que Mme D s'est vu accorder par le ministère de la culture, par une décision du 31 décembre 2020, le bénéfice de la protection fonctionnelle. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement du refus du bénéfice de la protection fonctionnelle sont dépourvues d'objet et doivent être rejetées.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir soulevée en défense :
6. Le fait, dans une réclamation préalable adressée à l'administration, de demander l'indemnisation du préjudice résultant d'une faute de l'administration suffit à lier le contentieux, quand bien même n'est pas mentionnée dans la réclamation préalable l'existence de certains postes de préjudice évalués ensuite devant le tribunal administratif.
7. En l'espèce, la ministre de la culture soutient que les conclusions indemnitaires de la requête de Mme D sont irrecevables, dès lors que sa demande indemnitaire préalable du 2 décembre 2019 ne détaillerait aucun des préjudices tirés de son préjudice corporel, de ses souffrances physiques et morales ainsi que de son atteinte à l'honneur. Toutefois, il résulte de ce document que Mme D y évoquait, sous le chapitre " Sur les préjudices subis ", les " graves conséquences sur sa santé " qui auraient pu résulter de l'administration du diurétique, le préjudice moral engendré par cette situation, les crises d'angoisse et le suivi psychologique qui ont suivi ces événements, et demandait la réparation de ses troubles dans ses conditions d'existence. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être écartée.
En ce qui concerne le préjudice corporel et les souffrances endurées :
8. Il résulte de l'instruction que Mme D a subi, en raison des agissements de M. B, des douleurs vives dans la vessie et des sensations de malaise. Si elle fait valoir que la prise de diurétique peut causer des effets secondaires, elle n'établit pas avoir subi d'effets de long terme après l'entretien litigieux. Elle n'établit pas davantage, par les pièces qu'elle produit, suivre un traitement médical ni que le suivi psychologique dont elle fait l'objet depuis 2014 serait directement lié au préjudice subi. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui accordant la somme de 1 000 euros à ce titre.
En ce qui concerne le préjudice moral :
9. Il résulte de l'instruction que Mme D a subi un préjudice moral tenant aux agissements dissimulés de M. B à son encontre pendant l'entretien, à la situation d'humiliation vécue dans le cadre d'un entretien professionnel, à l'atteinte à son honneur provoquée par le comportement de M. B, ainsi qu'à la panique et à l'angoisse causées par ces événements. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui accordant la somme de 10 000 euros à ce titre.
En ce qui concerne les troubles dans les conditions d'existence et le préjudice d'agrément :
10. Il résulte de l'instruction qu'à la suite des événements litigieux, Mme D a connu des difficultés dans sa vie quotidienne, ses loisirs et ses relations personnelles, tenant aux angoisses et au manque de confiance provoqués par l'incident. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui accordant la somme de 1 000 euros à ce titre.
En ce qui concerne le préjudice sexuel :
11. Si Mme D fait valoir qu'elle a subi un préjudice sexuel en raison des agissements de M. B, elle n'établit pas de dommages de nature à constituer un préjudice morphologique lié à l'atteinte aux organes sexuels, ni un préjudice reposant sur la perte du plaisir lié à l'accomplissement de l'acte sexuel, ni d'impossibilité ou de difficulté à procréer. Par suite, les conditions d'indemnisation d'un préjudice sexuel ne sont, en l'espèce, pas remplies.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer jusqu'à ce que le juge judicaire se soit prononcé sur la plainte formée par la requérante ni d'enjoindre à la ministre de la culture de communiquer l'enquête administrative et le dossier individuel de M. B, qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Mme D la somme totale de 12 000 euros au titre de ses préjudices. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 2 décembre 2020, date de réception de sa demande préalable.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de Mme D, la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme D la somme de 12 000 euros en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 décembre 2020.
Article 2 : L'Etat versera à Mme D la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la ministre de la culture.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
Le rapporteur,
R. A
La présidente,
F. Versol La greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne à la ministre de la culture, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026