mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2011284 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | BERREBI-WIZMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 29 juillet 2020, 9 et 14 juin 2022, M. A D, représenté par Me Berrebi-Wizman, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser une somme de 122 800 euros en réparation des préjudices subis ;
2°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée en raison d'un défaut de surveillance d'une perfusion lors de sa prise en charge au sein de l'hôpital Trousseau et des dommages qui en ont résulté ;
- ses préjudices patrimoniaux s'élèvent à 57 600 euros au titre de l'assistance d'une tierce personne ;
- ses préjudices personnels s'élèvent à 6 500 euros au titre du déficit fonctionnel total, à 20 700 euros au titre du déficit fonctionnel partiel, à 20 000 euros au titre des souffrances endurées, 8 000 euros au titre du préjudice esthétique, et 10 000 euros au titre du préjudice d'agrément.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, l'AP-HP prend acte de sa responsabilité du fait d'un défaut de surveillance d'une perfusion sous-cutanée lors de la prise en charge du requérant au sein de l'hôpital Trousseau, conclut au rejet des conclusions tendant à l'indemnisation de l'assistance par tierce personne et demande que les autres prétentions indemnitaires du requérant soient ramenées à de plus justes proportions.
Elle soutient que :
- aucune assistance par tierce personne n'a été nécessaire dès lors que le requérant était hospitalisé et pris en charge par le personnel médical ;
- le déficit fonctionnel temporaire doit être évalué à 4 320 euros au titre du déficit fonctionnel total et à 17 928 euros au titre du déficit fonctionnel partiel ;
- les souffrances endurées doivent être évaluées à 11 000 euros ;
- le préjudice esthétique doit être évalué à 4 100 euros ;
- le préjudice d'agrément doit être évalué à 4 000 euros.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris qui n'a pas produit d'observations avant la clôture de l'instruction.
Par une ordonnance en date du 2 juin 2022 la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 17 juin 2022.
Une note en délibéré produite pour la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, représentée par Me Dontot, a été enregistrée le 28 juin 2022 et n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code de la sécurité sociale,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de M. Guérin-Lebacq, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, né le 8 janvier 2004 et alors âgé de 14 mois, a été victime, le 21 mars 2005, de brûlures sur la partie supérieure de son corps à la suite d'un accident domestique. Transporté au service des urgences à proximité de son domicile, il a été hospitalisé en service de réanimation au sein de l'hôpital Robert Debré, puis transféré vers l'unité spécialisée de l'hôpital Trousseau dédiée à la prise en charge des brulés. Le 27 mars 2005, la perfusion initialement placée à la main gauche n'étant plus fonctionnelle, une nouvelle perfusion a été installée au pied gauche sur l'origine de la veine saphène médiale. Un important œdème de la jambe et du pied semblant indiquer un accident perfusionnel a été constaté. En dépit du retrait de la perfusion et des soins mis en place, une nécrose cutanée du pied est apparue le 29 mars 2005. Des soins locaux ont été effectués et le 28 avril 2005 une greffe de peau a été réalisée au sein de l'hôpital Trousseau. Le jeune patient a ensuite été transféré au centre de pédiatrie de Bullion pour la poursuite des soins du 11 mai au 5 août 2005. L'intéressé a subi plusieurs interventions chirurgicales en lien avec cet accident médical. Alors que son état est consolidé depuis le 7 septembre 2019, il conserve une gêne fonctionnelle dans les actes de la vie quotidienne. Les parents du requérant, alors mineur, ont sollicité auprès du tribunal administratif de Paris la désignation d'un expert. Par une ordonnance du 26 mars 2019, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a désigné le docteur B, pédiatre, en qualité d'expert. Le rapport d'expertise a été remis aux parties le 17 avril 2020. Le 4 mai 2020, les parents du requérant ont adressé à l'AP-HP une demande préalable qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, M. D demande au tribunal, de condamner l'AP-HP, dont dépend l'hôpital Trousseau, à l'indemniser des préjudices subis à hauteur de 122 800 euros.
Sur la responsabilité de l'AP-HP :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () ".
3. Il résulte de l'instruction que, si l'indication d'une voie intraveineuse périphérique par cathéter court au 5ème jour d'évolution d'une brûlure par liquide bouillant sur la partie supérieure du corps du patient était justifié pour compenser les pertes liquidiennes, administrer des antalgiques et éventuellement des antibiotiques chez un enfant de 14 mois, il incombait au service hospitalier d'effectuer une surveillance régulière lors de chaque soin, au moins toutes les deux ou trois heures du bon fonctionnement de la pompe péristaltique servant à administrer le liquide mais aussi de la région perfusée pour s'assurer qu'elle n'était ni infiltrée ni inflammatoire ni sensible. Il résulte également de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise que l'extravasation du liquide perfusé dans le tissu cellulaire sous-cutané a été secondaire soit à un déplacement du cathéter en dehors de la veine, soit à une érosion de la paroi veineuse d'origine mécanique ou chimique. Le fait que le liquide se soit extravasé de manière aussi importante pour provoquer une lésion de la nécrose cutanée et sous cutanée au niveau de la cheville gauche indique qu'il y a eu un effet de compression vasculaire provoqué par le liquide sous tension ou un effet chimique lié à l'hypertonicité du liquide perfusé. L'absence de constatation plus précoce de la diffusion de la perfusion par l'équipe paramédicale dans la nuit du 26 au 27 mars 2005 révèle un défaut de surveillance qui constitue un manquement dans l'exécution des soins infirmiers imputables à l'AP-HP, au demeurant non contesté par cette dernière. Dans ces conditions, la responsabilité de l'AH-HP doit être engagée et M. D est fondé à demander à être indemnisé de l'intégralité de ses préjudices.
Sur l'indemnisation des préjudices :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
4. M. D fait valoir que, ainsi que l'a relevé l'expert, une assistance par tierce personne, procurée par ses parents, lui a été nécessaire pendant la période de déficit fonctionnel total qui s'est écoulée sur une période totale de 8 mois. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'au cours de cette période, soit 4 mois et 9 jours en 2005, 45 jours en 2007, 19 jours en 2013 et 45 jours en 2015, une assistance par tierce personne aurait été nécessaire à M. D alors que celui-ci était hospitalisé et pris en charge par le personnel médical. Dans ces conditions, et alors même que ses parents lui ont régulièrement rendu visite, les conclusions présentées au titre de ce chef de préjudice ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les préjudices personnels :
S'agissant des souffrances endurées par la victime :
5. Il résulte de l'instruction que M. D, en raison de l'accident de perfusion dont il a été victime et de la nécrose de la cheville gauche qui en a résulté, a dû subir une greffe de peau le 28 avril 2005 ainsi que de nombreuses interventions afin de remédier à la déformation et à la raideur de son pied gauche. A ce titre, le 25 octobre 2007, il a subi une intervention afin de redresser son pied. La broche a dû être retirée et après immobilisation du pied pendant 6 semaines, une botte de marche a été posée pour une durée d'un mois puis relayée par une orthèse diurne et nocturne. Une nouvelle intervention a été réalisée le 5 juillet 2010 afin de diminuer la tension de la peau devant la cheville. En outre, deux nouvelles interventions ont été réalisées au cours de l'année 2013 pour libérer la bride qui empêchait la croissance du pied et réaliser une nouvelle greffe. Enfin, une ostéotomie de correction du calcanéum, du cuboïde et du cunéiforme a dû être réalisée le 9 octobre 2015 et a été suivie de la pose d'une botte plâtrée sans attelle pendant 45 jours. Le jeune patient a également fait l'objet de très nombreuses séances de kinésithérapie et conserve des séquelles postérieurement à la consolidation de son état. Les souffrances endurées par M. D ont été évaluées par l'expert à 4,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à 13 000 euros.
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
6. Il résulte de l'instruction que M. D a subi un déficit fonctionnel temporaire total, strictement imputable à l'accident de perfusion pour une période totale de 8 mois au cours de laquelle il a été hospitalisé ou pris en charge par un établissement de soins de suite, soit 4 mois et 9 jours en 2005, 45 jours en 2007, 19 jours en 2013 et 45 jours en 2015. Par ailleurs, le patient a subi, en dehors des périodes d'hospitalisation, un déficit fonctionnel temporaire partiel évalué par l'expert à 20% du 27 mars 2005 au 27 septembre 2019, date de la consolidation. Il sera fait une juste appréciation de l'ensemble de ce préjudice strictement imputable au défaut de surveillance fautif de l'AP-HP en l'évaluant à la somme de 24 720 euros.
S'agissant du préjudice esthétique :
7. M. D a subi un préjudice esthétique total, évalué à un niveau de 3 sur 7, en raison tant de la déformation de son pied que de la nécessité de porter des semelles orthopédiques et une attelle nocturne postérieurement à la consolidation et d'une légère boiterie à la marche. Eu égard à l'âge du requérant lorsqu'il a subi ce préjudice et de la longue période sur laquelle s'est écoulé le préjudice esthétique temporaire soit de 2005 à 2019, ce poste de préjudice pourra être évalué à la somme de 5 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
8. Il résulte de l'instruction que M. D, qui a subi une déformation importante de son pied gauche pendant toute son enfance et son adolescence et conserve des séquelles postérieurement à la consolidation, est privé des activités sportives et des loisirs pratiqués par un jeune homme de son âge. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément subi du seul fait du défaut de surveillance fautif en fixant le montant de sa réparation à 3 000 euros.
9. Il résulte de ce qui précède que l'AP-HP doit être condamnée à verser à M. D la somme de 45 720 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices.
Sur les frais de l'instance :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à M. D la somme de 45 720 euros.
Article 2 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à M. D la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Demurger, présidente,
Mme Roussier, première conseillère,
M. Théoleyre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
La rapporteure,
S. C
La présidente,
F. DemurgerLa greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2011284/6-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026