vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2011421 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | DUQUESNE CLERC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 juillet 2020, le 16 novembre 2020 et le 10 mars 2022, Mme E A C, représentée par Me Duquesne-Clerc, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme de 1 300 euros en réparation des préjudices causés à feu son époux, M. F A C, par l'infection nosocomiale par Clostridium difficile qu'il a contractée en décembre 2016 à l'hôpital européen George Pompidou ;
2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 27 juin 2019 ainsi que de prononcer la capitalisation desdits intérêts ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens, d'un montant de 1 800 euros.
Elle soutient que :
- l'expert judiciaire a retenu que M. A C avait contracté au cours de ses séjours à l'hôpital européen Georges Pompidou deux infections nosocomiales, dont une par Clostridium difficile en décembre 2016, et que cette dernière lui avait causé des souffrances pouvant être évaluées à 1 sur 7 ;
- il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à 1 300 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2020, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'existence d'une infection nosocomiale subie par feu M. A C, la circonstance qu'elle ait été contractée au sein de l'hôpital européen Georges Pompidou et non de l'hôpital Cognacq-Jay et enfin l'existence d'un lien entre cette possible infection et certains préjudices indemnisables ne résultent pas de l'instruction ;
- à supposer que le décès de M. A C ait été causé par une infection nosocomiale contractée dans le service public hospitalier, la responsabilité de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et non la sienne serait alors engagée.
Par une ordonnance du 10 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 31 mars 2022.
La caisse primaire d'assurance maladie de Paris, à qui la présente procédure a été communiquée, n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- l'ordonnance du 10 février 2022 par laquelle le vice-président du tribunal a liquidé les frais de l'expertise qu'il avait ordonnée le 29 janvier 2021 dans l'instance
n° 2011427 à la somme de 1 800 euros TTC.
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil,
- le code de la santé publique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thulard, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- et les observations de Me Soulié, substituant Me Duquesne-Clerc, pour Mme A C.
Considérant ce qui suit :
1. M. F A C, né le 15 juillet 1949, a souffert d'un cancer gastrique qui a été diagnostiqué en 2015 et pour lequel il a été suivi par l'hôpital européen Georges Pompidou, lequel dépend de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP). Il y a effectué plusieurs hospitalisations, dont une du 14 au 23 décembre 2016 au cours de laquelle il a présenté des diarrhées glaireuses. Les prélèvements alors effectués ont noté la présence d'un Clostridium difficile. M. A C est décédé des suites de son cancer gastrique le 16 février 2017, dans l'unité de soins palliatifs de l'hôpital Cognacq-Jay, établissement de santé privé.
2. Par une requête en référé enregistrée sous le n° 2011427, sa veuve,
Mme E A C, a sollicité la désignation d'un expert judiciaire. Il a été fait droit à sa demande par une ordonnance du vice-président du tribunal en date du 29 janvier 2021 qui a désigné comme expert un spécialiste de médecine interne et de maladies infectieuses. L'expert a déposé son rapport au greffe le 12 novembre 2021.
3. Par la présente requête, Mme A C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 1 300 euros en réparation des préjudices causés à feu son époux, M. F A C, par l'infection nosocomiale par Clostridium difficile qu'il a contractée en décembre 2016 à l'hôpital européen George Pompidou.
Sur la responsabilité :
4. Aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les professionnels de santé et les établissement, services ou organismes dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins " sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Son article L. 1142-1-1 précise : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; / (). ".
5. Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
6. Il résulte d'une part de l'instruction, notamment du rapport de l'expert judiciaire désigné par ordonnance du vice-président du tribunal en date du 29 janvier 2021 dans l'instance n° 2011427, que feu M. A C n'était porteur d'aucune infection quand il a été hospitalisé à l'hôpital européen George Pompidou le 14 décembre 2016, qu'il a développé au cours de son séjour une colite pseudomembraneuse et que les prélèvements alors effectués ont permis de mettre en évidence son infection par une bactérie, le Clostridium difficile. Si l'expert judiciaire indique que cette bactérie a pu produire des toxines et se manifester ainsi cliniquement du fait de la " sélection " des bactéries présentes chez le patient résultant de l'antibiothérapie à spectre large qui lui était alors administrée pour tenir compte de son état de santé antérieur, la colite pseudomembraneuse dont a souffert feu M. A C ne peut être regardée pour autant comme résultant d'une circonstance extérieure à sa prise en charge hospitalière. Il résulte ainsi de l'ensemble de ce qui précède que la colite pseudomembraneuse dont l'époux de la requérante a été atteint au cours de son hospitalisation dans cet établissement du 14 au 23 décembre 2016 présente bien le caractère d'une infection nosocomiale au sens et pour l'application des dispositions précitées du code de la santé publique.
7. Il résulte d'autre part de l'instruction, notamment du rapport de l'expert judiciaire, que le décès de M. A C lui a été causé exclusivement par son état de santé antérieur, à savoir son cancer gastrique, et est donc sans lien avec cette infection. De même, ladite infection ne lui a causé aucun déficit fonctionnel permanent.
8. Dans ces conditions, Mme A C est fondée à demander à l'AP-HP de l'indemniser des préjudices subis par feu son époux et en lien direct et certain avec la colite pseudomembraneuse dont il a été atteint au cours de sa prise en charge par l'hôpital européen George Pompidou du 14 au 23 décembre 2016.
Sur les préjudices :
9. La souffrance endurée par M. A C en lien avec sa colite pseudomembraneuse a été fixée par l'expert judiciaire à 1 sur 7. Aucune pièce du dossier ne permet de remettre en cause cette appréciation, qui n'est pas contestée par la requérante. Dans ces conditions, il en sera fait une juste appréciation en la fixant à 1 000 euros.
10. Par suite, l'AP-HP doit être condamnée à verser à Mme A C la somme de 1 000 euros en sa qualité d'ayant droit de son époux décédé.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
11. D'une part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions de Mme A C, dont l'assureur " protection juridique " avait saisi l'AP-HP d'une demande de paiement par un courrier du 27 juin 2019 dont la réception le même jour n'a pas été contestée en défense, tendant à assortir les sommes mises à la charge de l'AP-HP des intérêts au taux légal à compter de cette date.
12. D'autre part, aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
13. En l'espèce, Mme A C a demandé la capitalisation des intérêts pour la première fois dans son mémoire enregistré au greffe le 10 mars 2022. A cette date, les intérêts étaient dus pour plus d'une année, si bien qu'il y a lieu de faire droit à sa demande de capitalisation à la date du 10 mars 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais de l'instance :
14. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
15. Dans les circonstances de l'espèce, les frais et honoraires de l'expertise judiciaire conduite dans l'instance n° 2011427, liquidés et taxés à 1 800 euros TTC par une ordonnance du vice-président du tribunal en date du 10 février 2022, doivent être mis à la charge définitive de l'AP-HP.
16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
17. Il y a enfin lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 500 euros à verser à Mme A C.
D E C I D E :
Article 1er : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) versera à Mme A C la somme de 1 000 euros en sa qualité d'ayant-droit de son époux décédé, feu M. F A C, en réparation des préjudices qu'il a subis en lien avec l'infection nosocomiale qu'il a contractée au cours de sa prise en charge par l'hôpital européen George Pompidou du 14 au 23 décembre 2016. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 27 juin 2019. Les intérêts échus le 10 mars 2022 seront capitalisés pour porter eux-mêmes intérêts à compter de cette date, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise judiciaire conduite dans l'instance n° 2011427, liquidés et taxés à 1 800 euros TTC par une ordonnance du vice-président du tribunal en date du 10 février 2022, sont mis à la charge définitive de l'AP-HP.
Article 3 : L'AP-HP versera à Mme A C la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A C, au directeur général de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et au directeur général de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.
Copies en seront envoyées pour information à l'expert judiciaire désigné dans l'instance n°2011427 par ordonnance du vice-président du tribunal en date du 29 janvier 2021 et à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM).
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
V. D
La greffière,
M. BLa République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026