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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2011548

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2011548

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2011548
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET ADVANCE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2020, M. A B, représenté par Me Vaucheret, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de juger que le gain réalisé est imposable sur le fondement de l'article 150-0 A du code général des impôts et de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et de la contribution sociale généralisée et de la contribution pour le remboursement de la dette sociale sur les revenus d'activités et de remplacement et de la contribution salariale sur les attributions d'options de souscription ou d'achats d'actions, dans la limite de leur montant qui excède le montant du prélèvement forfaitaire unique applicable aux plus-values sur cession de valeurs mobilières ;

2°) à titre subsidiaire, de juger que le gain est imposable dans la catégorie des traitements et salaires visée par l'article 79 du code général des impôts et de prononcer la décharge de la contribution sociale généralisée et de la contribution pour le remboursement de la dette sociale sur les revenus d'activités et de remplacement et de la contribution salariale sur les attributions d'options de souscription ou d'achats d'actions ;

3°) dans les deux cas, de dire que le gain imposable est de 522 200 euros et non de 531 200 euros ;

4°) de prononcer l'application des intérêts moratoires prévus par l'article L. 208 du livre des procédures fiscales et d'ordonner la capitalisation des intérêts dus pour une année entière en application de l'article 1343-2 du code civil ;

5) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

-le gain né de la cession de ses parts de la société Bull après levée d'option constitue un gain taxable uniquement sur le fondement de l'article 150-0 A du code général des impôts ;

-à titre subsidiaire, le gain doit être taxé comme un avantage salarial commun sur le fondement de l'article 79 du code général des impôts ;

-le gain imposable est de 522 200 euros, montant qu'il a effectivement perçu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme C,

-et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, qui était directeur général délégué de la société Bull SA jusqu'au rachat de cette dernière par la société Atos, fin 2014, s'est vu attribuer lors de ce rachat, dans le cadre d'un plan mis en place au profit de certains collaborateurs de la société rachetée, 100 000 options lui permettant de souscrire un même nombre d'actions de la société Bull moyennant un prix unitaire de 4,99 euros à l'issue d'une période d'indisponibilité expirant le 1er juillet 2018. Le requérant a levé l'intégralité des options le 1er août 2018 et les a revendues à la société ATOS le même jour pour un montant de 1 024 300 euros. M. B a fait figurer la somme de 522 200 euros sur sa déclaration de revenus pour 2018 en tant que gain de levée d'option. Estimant que la somme en cause constituait en réalité une plus-value de cession de valeur mobilière imposable au taux forfaitaire de 30 %, il a demandé le 31 décembre 2019 la révision des impositions initiales. L'administration fiscale a rejeté cette demande le 24 février 2020. M. B a ensuite demandé à ce que la somme soit taxée au titre des traitements et salaires selon le régime de droit commun et a reçu une décision de rejet en date du 28 mai 2020. M. B demande, à titre principal, la taxation de la plus-value sur le fondement de l'article 150-0 A et la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales non dues.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article 80 bis du code général des impôts : " I. L'avantage correspondant à la différence entre la valeur réelle de l'action à la date de levée d'une option accordée dans les conditions prévues aux articles L. 225-177 à L. 225-186 du code de commerce, et le prix de souscription ou d'achat de cette action est imposé dans la catégorie des traitements et salaires. () IV.-Le gain net, égal à la différence entre le prix de cession et le prix de souscription ou d'achat des actions, augmenté, le cas échéant, de l'avantage défini au I, est imposé dans les conditions prévues à l'article 150-0 A. () "

3. La circonstance que des options d'achat d'actions ou des bons de souscription d'actions ont été acquis ou souscrits à un prix préférentiel au regard de leur valeur réelle à la date de cette acquisition ou souscription est de nature à révéler l'existence d'un avantage à concurrence de la différence entre le prix ainsi acquitté et cette valeur. Un tel avantage, lorsqu'il trouve essentiellement sa source dans l'exercice par l'intéressé de ses fonctions de dirigeant ou salarié, a le caractère d'un avantage accordé en sus du salaire, imposable au titre de l'année d'acquisition ou de souscription des options ou des bons dans la catégorie des traitements et salaires en application des articles 79 et 82 du code général des impôts. Le caractère préférentiel de ce prix est en revanche sans incidence sur la nature des gains réalisés ultérieurement par le contribuable lors de l'exercice de ces options ou bons, lors de la cession des titres ainsi acquis ou lors de la cession des bons.

4. Il résulte de l'instruction que M. B s'est vu attribuer, lors du rachat, fin 2014, par la société Atos de la société Bull, dont il était directeur général délégué, dans le cadre d'un plan mis en mis en place au profit de certains collaborateurs de la société rachetée dans les conditions prévues par l'article L. 225-177 du code de commerce, de 100 000 options lui permettant de souscrire un même nombre d'actions de la société Bull moyennant un prix unitaire de 4,99 euros à l'issue d'une période d'indisponibilité expirant le 1er juillet 2018. En application du IV de l'article 80 bis du code général des impôts, dans sa version issue de la loi n° 2012-1509 du 12 décembre 2012, le gain réalisé par M. B lors de la cession de ses titres de la société Bull à la société Atos, après la levée d'option, le 1er août 2018, correspondant à la différence entre le prix de cession et le prix d'achat des options constitue une plus-value taxable sur le fondement de l'article 150-0 A du code général des impôts. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, la circonstance que M. B ait pu bénéficier d'un prix d'achat préférentiel desdites options d'achat du fait de ses fonctions dans la société Atos ne saurait avoir une incidence sur la nature des gains réalisés lors de leur cession, qui ne peuvent donc être regardés comme constituant, ainsi que le soutient l'administration, un avantage accordé en sus du salaire, imposable dans la catégorie des traitements et salaires. La circonstance que les titres cédés aient été retirés de la cote en 2014, qu'il n'y ait aucun écart entre le prix de cession et le prix d'achat et que la cession opérée par le requérant en 2018 ne comportait aucun risque en capital est sans incidence le présent litige.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que la plus-value de 522 200 euros, montant admis par l'administration dans ses dernières écritures, devait être taxé dans les condition prévues par l'article 150-0 A du code général des impôts. Par suite, il y a lieu de prononcer la décharge d'une somme correspondant à la différence entre le montant des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles M. B a été assujetti et celui résultant de la taxation de cette plus-value sur le fondement de l'article 150-0 A du code général des impôts.

Sur les intérêts :

6. En l'absence de litige né et actuel opposant M. B au comptable concernant le versement des intérêts moratoires, les conclusions tendant au versement par l'administration de ces intérêts doivent en tout état de cause être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à ce que soit ordonnée la capitalisation desdits intérêts sur le fondement de l'article 1343-2 du code civil.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance, les conclusions présentées par M. B à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : M. B est déchargé d'une somme correspondant à la différence entre le montant des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti et celui résultant de la taxation de la plus-value réalisée lors de la cession d'actions de la société Bull sur le fondement de l'article 150-0 A du code général des impôts.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Seguin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La rapporteure,

A. C

Le président,

B.R. BACHOFFER

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/1-

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