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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2011587

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2011587

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2011587
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET CBA - CABINET BENAYOUN ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2020, M. B D, représenté par Me Benayoun, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits, majorations et intérêts, de l'ensemble des impositions supplémentaires auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 pour une somme totale de 300 735 euros, assortie des intérêts de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

Au titre de l'année 2015 :

-le crédit de 80 000 euros correspond à la vente d'un véhicule au garage GTS Automobiles ;

-le crédit de 25 000 euros correspond au remboursement par sa sœur d'une somme qu'il lui a prêtée ;

-le crédit de 100 000 euros correspond au remboursement par M. A d'une avance qu'il lui avait consentie en 2014 ;

-le crédit d'un montant de 34 825 euros correspond aux loyers des locations meublées qu'il a perçus, aux cautions correspondantes et à un versement de la caisse d'allocations familiales ;

Au titre de l'année 2016 :

-le crédit de 34 399 euros correspond aux loyers des locations meublées qu'il a perçus, aux cautions correspondantes et à un versement de la caisse d'allocations familiales ;

-les locations meublées n'atteignent pas le plafond fixé par l'article 50-0 du code général des impôts et doivent bénéficier d'un abattement de 50 % ;

-le crédit de 50 000 euros correspond à la cession d'une photographie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2021, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile de France conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme C,

-et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et son ancienne épouse ont fait l'objet d'un examen contradictoire de situation fiscale personnelle portant sur les revenus perçus en 2015 et 2016 à l'issue duquel le service leur a notamment notifié, par une proposition de rectification du 20 décembre 2018, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour les années 2015 et 2016. M. D demande la décharge, en droits, majorations et intérêts, de l'ensemble des impositions supplémentaires auxquelles il a été ainsi assujetti pour une somme totale de 300 735 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

2. En application du dernier alinéa de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, il incombe à un contribuable taxé d'office en application des articles L. 16 et L. 69 du même livre, de démontrer le caractère exagéré des sommes imposées au titre des revenus d'origine indéterminée.

3. Il résulte de l'instruction que les redressements en litige, qui concernent des revenus d'origine indéterminée ont été établis selon la procédure de taxation d'office, en application des articles L. 16 et L. 69 du livre des procédures fiscales, dont la mise en œuvre n'est pas contestée par M. D. Ce dernier supporte, dès lors, la charge de la preuve de leur exagération.

En ce qui concerne l'année 2015 :

4. M. D soutient que le crédit d'un montant de 80 000 euros, regardé par l'administration fiscale comme un revenu d'origine indéterminé, correspond à la vente d'un véhicule Porsche au garage GTS Automobiles le 15 janvier 2013, que cette vente a été réglée en cinq versements et que si le numéro d'immatriculation de ce véhicule figurant sur l'attestation établie par ledit garage ne correspond pas, il s'agit d'une erreur de la part de ce dernier. Il produit à l'appui de ses affirmations, trois courriers de la société GTS Automobiles évoquant la vente par le requérant d'un véhicule immatriculé CM 571 RC et les difficultés rencontrées par le garage pour régler cette acquisition. Toutefois, d'une part, les courriers ne permettent pas de connaître le montant exact de la vente et celui des différents remboursements qui auraient été effectués par la société GTS Automobiles. En outre, comme le souligne l'administration, le prix de cession a évolué au gré des réponses de la société, passant de 108 000 euros à 68 000 euros puis à 80 000 euros et il existe un décalage de deux ans entre la vente du véhicule le 15 janvier 2013 et les règlements allégués en 2015 qui n'est pas sérieusement justifié. Dans ces conditions, et alors que M. D indique qu'il a réalisé beaucoup d'opérations avec la société GTS Automobiles, il n'établit pas que c'est à tort que l'administration a estimé que la somme en cause constituait un revenu d'origine indéterminé.

5. En outre, M. D soutient que la somme de 25 000 euros du 12 mai 2015 correspond au remboursement par sa sœur d'une avance qu'il lui avait consentie pour l'achat d'un véhicule auprès de la société JSLM. Toutefois, les seules pièces qu'il produit ne saurait suffire à l'établir.

6. Enfin, M. D soutient qu'il a consenti, le 3 septembre 2014, à M. A une avance de 100 000 euros et que ce dernier lui remboursé cette somme par virement le 5 juin 2015. Toutefois, la seule production d'une reconnaissance de dette établie le 26 novembre 2018 ne saurait suffire à l'établir.

En ce qui concerne l'année 2016 :

7. M. D soutient que le crédit d'un montant de 50 000 euros du 6 juin 2016 correspond au prix de cession d'une photographie de William Klein qu'il avait acquise au prix de 43 100 euros le 6 novembre 2012. Toutefois, la seule production de la facture d'achat du 6 novembre 2012, d'attestations signées par l'acquéreur et par lui-même et de deux factures correspondant à l'assurance de ladite photographie souscrite par l'acquéreur pour des périodes postérieures à l'année en litige, ne saurait suffire à démontrer que la somme en cause correspondrait effectivement à la vente alléguée. En outre, l'administration fait valoir que le libellé de la pièce de virement fournie par l'intéressé lors des opérations de contrôle en ce qui concerne cette somme était " remboursement de prêt ". Dans ces conditions, M. D n'établit pas que c'est à tort que l'administration a taxé la somme en cause dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

En ce qui concerne les crédits correspondant à la location de meublés au titre des deux années en litige :

8. M. D soutient que les sommes de 34 825 euros au titre de l'année 2015 et de 34 399 euros au titre de l'année 2016 correspondent aux loyers de trois appartements meublés situés 12 rue des Trois Frères dans le 18ème arrondissement de Paris, 3 square Raynouard dans le 16ème arrondissement et 19 boulevard de Belleville dans le 11ème arrondissement, dont son épouse et lui étaient propriétaires, aux cautions versées par ses locataires, aux virements de la caisse d'allocations familiales de 2 092 euros pour l'année 2015 et de 1 047 euros pour l'année 2016 et à des doublons dans les calculs effectués par le service. Il produit un certain nombre de quittances de loyer dont les mentions concernant l'adresse, le montant payé et le nom du locataire correspondent à une partie des virements figurant sur ses relevés de compte. Compte tenu du caractère concordant de ces informations et du fait que ces virements sont mensuels, M. D doit être regardé comme justifiant que les sommes en cause constituent des loyers quand bien même il ne produit pas les baux correspondants. Dans ces conditions, M. D est fondé à soutenir que les sommes de 15 502,08 euros pour l'année 2015 et de 25 169,3 euros pour l'année 2016 ne constituent pas des revenus d'origine indéterminé. En revanche, la seule concordance de certains montants mentionnés sur les quittances avec le montant de certaines remises de chèque ne saurait suffire à justifier que les sommes en cause sont liées à la location des trois appartements. Enfin, M. D n'établit pas que l'administration aurait comptabilisé à deux reprises les mêmes sommes et ne verse au dossier aucun document concernant les virements de la caisse d'allocation familiale et permettant d'établir leur nature.

9. Enfin, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il pouvait bénéficier de l'abattement prévu par l'article 50-0 du code général des impôts pour les sommes en litige dès lors qu'il n'a pas déclaré les revenus en cause dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux.

10. Il résulte de ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander la réduction des bases de l'impôt sur le revenu et des contributions sociales dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée à hauteur de 15 502,08 euros au titre de l'année 2015 et de 25 169,3 euros au titre de l'année 2016 et à demander la décharge, en droits, pénalités et intérêts, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales correspondant à la réduction des bases d'imposition susmentionnées.

Sur les intérêts :

11. Aux termes de l'article L. 208 du livre de procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal () les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt légal () ".

12. En l'absence de litige né et actuel opposant M. D au comptable public concernant le versement des intérêts moratoires, les conclusions tendant au versement par l'administration de ces intérêts doivent en tout état de cause être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance, les conclusions présentées par M. D à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : Les bases de l'impôt sur le revenu et des contributions sociales assignées à M. D dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée sont réduites de la somme de 15 502,08 euros au titre de l'année 2015 et de la somme de 25 169,3 euros au titre de l'année 2016.

Article 2 : M. D est déchargé, en droits, pénalités et intérêts, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2015 et 2016 à concurrence de la réduction des bases d'imposition définies à l'article 1er ci-dessus.

Article 3 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile de France.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Seguin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La rapporteure,

A. C

Le président,

B.R. BACHOFFER

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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