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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2011635

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2011635

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2011635
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantNESA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2020, la société SAFFIR, représentée par Me Nesa, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016 et des pénalités correspondantes.

Elle soutient que :

-l'administration aurait dû prononcer le dégrèvement au titre de l'année 2017 de la taxe sur la valeur ajoutée collectée à tort en 2016 pour un montant de 131 600 euros ;

-alors que le solde du compte de taxe sur la valeur ajoutée déductible était créditeur, l'administration n'a pas démontré quelles étaient les factures pour lesquelles la taxe sur la valeur ajoutée n'était pas déductible ;

-les rappels de taxe sur la valeur ajoutée n'étant pas fondés, il y a lieu de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés correspondantes ;

-c'est à tort que l'administration a rejeté les provisions de 390 218 euros et de 9 900 euros passées pour dépréciation de sa créance détenue auprès de la société ATCD, qui a été placée en liquidation judiciaire en 2009.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2021, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile de France conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A,

-et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société SAFFIR, qui a pour activité l'ingénierie et les études techniques, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. Par une proposition de rectification du 18 décembre 2018, le service lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. La société SAFFIR demande la décharge des impositions restant en litige suite à la décision d'admission partielle de sa réclamation du 5 février 2020.

Sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

2. Aux termes de l'article 269 du code général des impôts : " 1 Le fait générateur de la taxe se produit : / a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; () 2. La taxe est exigible : / a) Pour les livraisons et les achats mentionnés aux a et a sexies du 1 et pour les opérations mentionnées aux b et d du même 1, lors de la réalisation du fait générateur ; () " et aux termes de l'article 256 du même code : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / II. - 1° Est considéré comme livraison d'un bien, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien corporel comme un propriétaire. () "

3. Lors des opérations de contrôle, le vérificateur a constaté que la société SAFFIR avait acheté des matériels LED au cours de l'exercice 2016 puis qu'elle les avait revendus à la société DF Prestation Leasing pendant le même exercice sans que cette vente ne soit comptabilisée et que la taxe sur la valeur ajoutée collectée correspondante, d'un montant de 131 600 euros, soit déclarée au titre dudit exercice. La société SAFFIR soutient qu'elle a établi la facture correspondante en 2017 et qu'elle est en droit d'obtenir le dégrèvement de la somme en cause au titre de cette année. Toutefois, d'une part, elle ne produit pas ladite facture et, d'autre part, l'administration fait valoir, sans être contredite, que les déclarations mensuelles de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier au 31 août 2017 ne mentionnaient aucune taxe sur la valeur ajoutée collectée.

4. En outre, le service a constaté qu'au titre de l'année 2015, la taxe sur la valeur ajoutée déductible correspondant aux achats de biens figurant au compte 608 " achats de marchandises " était supérieure à hauteur de 44 577 euros à la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée par la société SAFFIR sur les déclarations CA3 et que, pour l'année 2016, la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée sur la déclaration CA3 était supérieure à hauteur de 142 096 à celle correspondant aux achats de biens. La société n'ayant pas justifié de la différence constatée pour l'année 2016 par la production de factures, le service lui a notifié des rappels de taxe déductible de 97 519 euros pour ladite année. La société soutient qu'il peut exister un décalage entre la taxe sur la valeur ajoutée inscrite en comptabilité et celle mentionnée sur les déclarations CA3 et qu'à aucun moment le compte de taxe sur la valeur ajoutée déductible n'a présenté de solde créditeur. Toutefois, elle ne conteste pas sérieusement les discordances constatées par l'administration et ne produit aucun élément permettant d'en justifier. En outre, si la société soutient que l'administration n'a pas démontré pour quels motifs la taxe figurant sur certaines factures n'était pas déductible, il résulte de l'instruction que le service n'a pas remis en cause la déductibilité de la taxe mentionnée sur des factures comptabilisées par la société mais qu'elle a constaté qu'une partie de la taxe déclarée comme déduite sur les déclarations CA3 n'avait pas été justifiée par la production de factures.

Sur les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :

5. D'une part, il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration fiscale a mis à la charge de la société SAFFIR les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que le service ne pouvait constater l'existence, à hauteur du montant de ces rappels, d'un profit sur le Trésor et réintégrer ce dernier à son résultat imposable.

6. D'autre part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable pour la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables () ". Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent aux opérations de toute nature déjà effectuées à cette date par l'entreprise.

7. Le service a remis en cause la déduction d'une provision pour dépréciation d'une créance détenue par la société SAFFIR sur la société ATCD passée en 2009 pour un montant total de 390 218 euros et d'une provision pour dépréciation de titres de la même société de 9 900 euros. La requérante se prévaut, sans au demeurant l'établir, du fait que la liquidation judiciaire de ladite société a été prononcée en 2009. Toutefois, cette seule circonstance ne saurait suffire à justifier l'inscription des provisions litigieuses au passif du bilan de la requérante aux 31 décembre 2015 et 2016 et démontre, au contraire, comme le fait valoir l'administration qu'elles sont sans objet.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la société SAFFIR doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de la société SAFFIR est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société SAFFIR et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile de France.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Seguin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La rapporteure,

A. A

Le président,

B.R. BACHOFFER

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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