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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2012319

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2012319

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2012319
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET RAMOND OLIVIER AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 août 2020, le 19 février 2021 et le 20 janvier 2022, la société Funecap Topco, représentée par Me Ramond, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur les salaires et des intérêts correspondants mis à sa charge à hauteur de 55 134 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et de 8 909 euros au titre de l'exercice clos en 2016 et de la retenue à la source et des intérêts correspondants mis en recouvrement pour un montant de 2 097 256 euros au titre de l'exercice clos en 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens

Elle soutient que :

-la procédure de rectification concernant la retenue à la source est irrégulière dès lors qu'elle a été privée de la possibilité de saisir la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;

-la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée s'agissant de la taxe sur les salaires en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

-la convention fiscale conclue entre la France et la Suisse était applicable en l'espèce ;

-les conditions d'application de l'article 155 A du code général des impôts n'étaient pas remplies.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 novembre 2020, le 1er mars 2021 et le 6 janvier 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement accordé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

-par une décision du 24 décembre 2021, un dégrèvement de la retenue à la source a été accordé à la société requérante pour un montant total de 2 348 927 euros en droits et pénalités ;

-aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A,

-les conclusions de M. Charzat, rapporteur public,

-et les observations de Me Ramond, représentant la société Funecap Topco.

Considérant ce qui suit :

1. La société Funecap Topco, qui exerce une activité de holding mixte au sein du groupe Funecap, spécialisé dans le secteur des services funéraires, a fait l'objet de vérifications de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 et jusqu'au 31 décembre 2017 en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée. Par des propositions de rectification du 19 décembre 2018, le service vérificateur a notifié à la société des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur les salaires au titre des années 2012 à 2016, ainsi qu'une retenue à la source pour l'année 2015. La société Funecap Topco demande la décharge des impositions restant en litige suite à la décision du 12 juin 2020 par laquelle l'administration fiscale a prononcé la décharge partielle de la taxe sur les salaires au titre de l'année 2015.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 24 décembre 2021, postérieure à l'enregistrement de la requête, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France a prononcé le dégrèvement d'un montant de 2 097 256 euros en droits et de 251 671 euros en pénalités correspondant à la retenue à la source à laquelle la société Funecap Topco a été assujettie. Les conclusions de la requête sont devenues, à cette hauteur, sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la régularité de la procédure :

3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ".

4. S'agissant de la taxe sur les salaires, la proposition de rectification du 19 décembre 2018 rappelle les dispositions du code général des impôts qui fondent en droit les impositions contestées et comporte une présentation précise des éléments de fait justifiant les redressements en litige. Elle expose ainsi de façon suffisamment détaillée les motifs retenus pour permettre à la société Funecap Topco d'engager utilement une discussion avec l'administration fiscale. Si la requérante souligne que les conséquences financières mentionnées dans la proposition de rectification puis dans la réponse aux observations du contribuable contenaient des erreurs de calcul, de telles erreurs ne sauraient révéler par elles-mêmes une insuffisance de motivation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales doit être écarté.

5. En outre, la société Funecap Topco ne peut se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales des paragraphes 40 et 80 de la doctrine référencée BOI-CF-IOR-10-40 du 4 mars 2020 dès lors que cette doctrine, au demeurant postérieure aux années d'imposition en litige, ne peut, s'agissant d'une question relative à la procédure d'imposition, être regardée comme comportant une interprétation formelle de la loi fiscale qui soit opposable à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

6. Enfin, si la société Funecap Topco soutient que la décision de rejet de sa réclamation est elliptique en ce qui concerne le correctif pour franchise et décotes prévu par l'article 1679 du code général des impôts, les irrégularités qui peuvent entacher les décisions prises par l'administration sur les réclamations dont elle est saisie sont sans influence sur la régularité de la procédure.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société Funecap Topco doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à la société Funecap Topco au titre de frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance, les conclusions présentées par la société à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur du dégrèvement accordé en cours d'instance.

Article 2 : L'Etat versera à la société Funecap Topco une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Funecap Topco et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La rapporteure,

A. A

La présidente,

S. VIDAL

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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