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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2012665

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2012665

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2012665
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET CMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 14 août 2020 et le

20 janvier 2021, la Banque postale leasing et factoring représentée par Mes Austry et Dardour-Attali, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 515 173 euros correspondant au droit à remboursement de la créance de crédit-impôt-recherche qui lui a été cédé par la société Primus 53, assortie le cas échéant des intérêts à taux légal à compter du 1er février 2019, date de réception de sa réclamation ainsi que la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'émission d'un certificat de créance postérieurement à l'exigibilité de la créance de crédit impôt recherche a ouvert un délai de prescription quadriennale pour effectuer une demande de remboursement ; le certificat de créance cristallise un droit au remboursement ;

- en tout état de cause, la notification de la cession de créance de crédit impôt recherche valant réclamation, a été introduite dans les délais.

Par un mémoire enregistré le 1er décembre 2020, le directeur régional des Finances Publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la demande de remboursement de crédit impôt recherche formulée le 1er février 2019 est tardive et donc irrecevable et que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Edert, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique ;

- les observations de Me Dardour-Attali représentant la Banque postale leasing et factoring.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 décembre 2015, la société Primus 53 a déclaré au titre de ses filiales un crédit d'impôt recherche 2012 s'élevant à 1 515 173 euros. N'ayant pas été en mesure d'imputer sa créance de crédit-impôt recherche 2012 sur l'impôt sur les sociétés correspondant aux résultats de l'exercice 2015, elle s'est vue établir le 9 septembre 2016, un certificat de créance par le service des impôts des entreprises de Paris-Madeleine. Le 22 décembre 2016, la société Primus 53 a cédé sa créance à la Banque postale crédit entreprises, par un acte de cession de créance professionnelle à titre d'escompte dans les conditions prévues par les dispositions des articles L. 313-23 à L. 313-35 du code monétaire et financier. Le 24 mai 2017, la Banque postale crédit entreprises a procédé à la notification de cette cession de créance de crédit impôt recherche pour un montant de 1 515 173 euros au service des impôts des entreprises du 8 ème arrondissement. Le 1er février 2019, la Banque postale crédit entreprises a demandé au même service le remboursement de la créance qui le lui a refusé au motif que la réclamation préalable était tardive. Par la présente requête, la Banque postale crédit entreprises devenue Banque postale leasing et factoring demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 515 173 euros au titre de cette cession de créance, assortie des intérêts à compter de sa demande de remboursement, et la capitalisation des intérêts.

2. D'une part, aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. () ". Aux termes de l'article 220 B du même code : " Le crédit d'impôt pour dépenses de recherche défini à l'article 244 quater B est imputé sur l'impôt sur les sociétés dû par l'entreprise dans les conditions prévues à l'article 199 ter B ". Aux termes de l'article 199 ter B du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " I. ' Le crédit d'impôt pour dépenses de recherche défini à l'article 244 quater B est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle les dépenses de recherche prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt ont été exposées. L'excédent de crédit d'impôt constitue au profit de l'entreprise une créance sur l'Etat d'égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l'impôt sur le revenu dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée puis, s'il y a lieu, la fraction non utilisée est remboursée à l'expiration de cette période. La créance est inaliénable et incessible, sauf dans les cas et conditions prévus par les articles L. 313-23 à L. 313-35 du code monétaire et financier. () ".

3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article R-196-1 du même code : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : () c) De la réalisation de l'événement qui motive la réclamation. Ne constitue pas un tel événement une décision juridictionnelle ou un avis mentionné aux troisième et cinquième alinéas de l'article L. 190. ".

4. Pour obtenir le remboursement du crédit d'impôt-recherche, non imputé sur l'impôt sur le revenu, le contribuable ou le cessionnaire de la créance de crédit impôt recherche, doit présenter à l'administration une demande expresse en ce sens. La demande de remboursement d'un crédit d'impôt recherche présentée sur le fondement des dispositions de l'article 199 ter B du code général des impôts tendant au bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative constitue une réclamation au sens de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales. La recevabilité d'une telle réclamation s'apprécie au regard des règles posées par les articles R. 196-1 et R. 196-3 du même livre. Ces règles ont pour effet d'instituer un régime légal de prescription propre aux créances d'origine fiscale dont les contribuables entendent se prévaloir envers l'Etat. Il résulte des termes mêmes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics, que la prescription quadriennale instituée par cette loi n'est applicable que sous réserve des dispositions définissant un régime légal de prescription spéciale à une catégorie déterminée de créances susceptibles d'être invoquées à l'encontre de l'une de ces personnes morales de droit public. La créance en litige est, dès lors, exclue du champ d'application de la loi du 31 décembre 1968.

5. En premier lieu, la Banque postale leasing and factoring soutient que la délivrance du certificat de créance du 9 septembre 2016 a fait naître un droit au remboursement sans que soit nécessaire la présentation d'une demande expresse de remboursement. Cependant, ce " certificat de créance " qui ne constituait qu'un moyen de preuve de l'existence d'une créance sur le Trésor à un moment déterminé, n'a eu pour effet ni de créer un droit automatique à remboursement du crédit d'impôt, ni de lui conférer un caractère certain, alors qu'en outre, le certificat de créance précisait que la créance disponible était " certifiée en fonction des informations connues du service " au jour de l'établissement du document et " sous réserve d'une éventuelle remise en cause par le service de contrôle ".

6. En second lieu, si la requérante fait valoir qu'en tout état de cause, son courrier de notification de la cession de la créance crédit impôt recherche à l'administration fiscale le 24 mai 2017 doit être regardé comme une demande de remboursement, au motif qu'il contient l'ensemble des informations requises, il est constant que cette notification qui visait à informer les tiers et ainsi à leur rendre opposable ladite cession ne manifestait pas la volonté de la banque cessionnaire de l'utilisation qu'elle entendait faire de la créance cédée et ne pouvait être regardée comme une demande expresse constitutive de son intention de prétendre " au bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire " telle que prévue à l'article L. 190 du livre des procédures fiscales.

7. En dernier lieu, il est constant que le droit à remboursement du crédit-impôt-recherche 2012 de la société Primus 53 est né le 1er janvier 2016. Il résulte de ce qui précède que le courrier du 24 mai 2017 ne pouvant être regardé comme une réclamation préalable au sens de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales, la société Banque postale leasing and factoring n'a sollicité le remboursement de sa créance que le 1er février 2019 auprès de l'administration fiscale. Cette demande, faute d'être intervenue dans le délai posé à l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, soit avant le 31 décembre 2018, était tardive. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a rejeté sa demande de remboursement du crédit impôt recherche 2012.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de la Banque postale leasing and factoring doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la Banque postale leasing and factoring est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Banque postale leasing and factoring et au ministre de l'Economie, des finances et de la Souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente de chambre,

Mme Edert, première conseillère,

M. Baudat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 octobre 2022.

La rapporteure,

S. EdertLa présidente,

S. Vidal

La greffière,

S. Coulant

La République mande et ordonne au ministre de l'Economie, des finances et de la Souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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