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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2012667

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2012667

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2012667
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET GUIDET ET ASSOCIE (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 17 août 2020, le 25 juin 2021, et les 20 avril, 30 septembre et 8 décembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) MDH INGENOR, représentée par Me Guidet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2012 et 2013 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure d'imposition est entachée d'irrégularité, dès lors qu'elle a été privée de débat oral et contradictoire avec le vérificateur ;

- la dette comptabilisée au passif du compte courant d'associé " INGENOR LITTORAL " figurait au bilan de l'exercice clos le 31 décembre 2002 et doit donc bénéficier du droit à l'oubli, dès lors qu'elle a été comptabilisée plus de sept ans avant la date d'ouverture du premier exercice vérifié ;

- les provisions pour dépréciation réintégrées au résultat de l'exercice clos en 2012 par l'administration correspondent essentiellement à des créances douteuses sur ses filiales AIR INVEST et INGENOR FINANCES, et doivent également bénéficier du droit à l'oubli.

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 11 mars 2021 et 28 mars 2022, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Charzat, rapporteur public,

- et les observations de Me Guidet, représentant la SARL MDH INGENOR.

Une note en délibéré, présenté par Me Guidet pour la SARL MDH INGENOR, a été enregistrée le 11 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par des réclamations des 4 novembre 2016 et 27 décembre 2018, la SARL MDH INGENOR a contesté les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2012 et 2013. Par une décision du 15 juin 2020, l'administration a rejeté ces réclamations. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions litigieuses.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de la procédure de contrôle menée à l'encontre de la société requérante, la première intervention sur place a eu lieu le 8 janvier 2015 et que la suivante a été organisée le 6 février 2015. Le 9 février 2015, le service a proposé un rendez-vous à Mme A, gérante de la société, sur la période du 23 février au 6 mars 2015. À la suite de cette proposition et en l'absence de réponse de la SARL MDH INGENOR, le service a informé cette dernière par lettre recommandée du 24 février 2015 de son intention d'organiser une troisième intervention le 17 mars 2015. Or, la veille de cette intervention, Mme A a adressé un courriel au service pour demander un report de cette intervention au 27 mars 2015, demande acceptée par l'administration. Alors qu'une nouvelle intervention était fixée au 15 avril 2015, Mme A a demandé un nouveau report, l'avant-veille par courriel, demande également acceptée par le service, qui a proposé une nouvelle date d'intervention entre le 20 et le 24 avril. En l'absence de réponse de la gérante de la SARL MDH INGENOR, l'administration l'a informée par un courriel du 24 avril que le vérificateur se présenterait dans les locaux du contrôle le 30 avril. En l'absence de Mme A sur place ce jour-là, le vérificateur a quitté les lieux. Dans ces conditions, d'une part, le vérificateur s'est efforcé d'offrir à la SARL MDH INGENOR un débat oral et contradictoire que la gérante de cette société a systématiquement retardé et, d'autre part, la présence physique du vérificateur, qui s'est rendu trois fois sur les lieux du contrôle, était suffisante pour que le débat oral et contradictoire puisse exister. Au demeurant, l'administration n'était pas tenue d'organiser une réunion de synthèse ni de donner au contribuable des informations sur les rehaussements envisagés avant l'envoi de la proposition de rectification.

Sur le bien-fondé des impositions :

3. En premier lieu, aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de prendre en compte, pour la détermination de l'actif net à la clôture de l'exercice, toutes les dettes qui sont mises à la charge de la société envers des tiers si ces dettes sont, à la date de la clôture de l'exercice, certaines dans leur principe et dans leur montant. Il appartient au contribuable de justifier, par la production de tous éléments suffisamment précis, l'inscription d'une dette au passif du bilan de son entreprise.

4. En l'espèce, la SARL MDH INGENOR soutient que la dette comptabilisée au passif du compte courant d'associé " INGENOR LITTORAL " à l'ouverture de l'exercice 2012 figurait au bilan de son exercice clos le 31 décembre 2002, et qu'elle doit donc bénéficier du droit à l'oubli, dès lors qu'elle a été comptabilisée plus de sept ans avant la date d'ouverture du premier exercice vérifié. Toutefois, si la société requérante produit des extraits de son livre d'inventaire pour les exercices 2002 à 2012, ces documents ne font état que de 119 228 euros d'" autres dettes " figurant à son bilan à compter de l'exercice clos en 2002, sans mention de la société INGENOR LITTORAL, montant porté à 121 044 euros à compter de l'exercice clos en 2007, toujours sans mention de la société INGENOR LITTORAL. Dans ces conditions, la société requérante n'apporte, ainsi qu'il lui appartient, aucun des éléments et des précisions qui seraient de nature à justifier l'inscription de cette dette au passif de son entreprise. En outre, et en tout état de cause, le droit à l'oubli invoqué par la SARL MDH INGENOR n'est pas applicable en l'espèce, dès lors que l'inscription et le maintien au bilan d'une dette injustifiée pendant plusieurs exercices constitue la répétition d'une erreur qui, même lorsqu'elle a été commise pour a première fois au cours d'un exercice clos plus de sept ans avant l'ouverture du premier des exercices non prescrits, ne peut être corrigée dans le bilan d'ouverture de ces premiers exercices. C'est donc à bon droit que l'administration a réintégré la somme en litige au résultat de l'exercice 2012.

5. En second lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 de ce code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, (), notamment : () / 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice () ". D'une part, une entreprise peut valablement porter en provision et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent aux opérations de toute nature déjà effectuées à cette date par l'entreprise. D'autre part, pour les redressements qui portent sur des provisions, il appartient, au préalable, au contribuable de justifier, non seulement du montant des sommes correspondantes, mais de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité.

6. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré au résultat de l'exercice clos en 2012 des provisions pour dépréciation d'éléments d'actifs pour un montant de 373 247 euros. La société requérante soutient que ces provisions, inscrites à son bilan à la clôture de l'exercice 2002, correspondent, d'une part, à des créances douteuses sur ses filiales AIR INVEST et INGENOR FINANCES à hauteur de 342 866 euros et, d'autre part, à des provisions pour dépréciation des titres de ces mêmes filiales à hauteur de 15 214 euros. Toutefois, la SARL MDH INGENOR n'apporte aucun élément de nature à préciser le risque de non-recouvrement ni à démontrer le caractère probable des pertes et dépréciations envisagées à la date de l'inscription des provisions litigieuses à son bilan. En outre, la société requérante ne saurait justifier la comptabilisation de ces provisions, répétée depuis 2002, par la situation financière négative de ses filiales au 31 décembre 2012. Au demeurant, le droit à l'oubli invoqué par la SARL MDH INGENOR n'est pas applicable en l'espèce, dès lors que l'inscription et le maintien au bilan d'une provision injustifiée pendant plusieurs exercices constitue la répétition d'une erreur qui, même lorsqu'elle a été commise pour a première fois au cours d'un exercice clos plus de sept ans avant l'ouverture du premier des exercices non prescrits, ne peut être corrigée dans le bilan d'ouverture de ces premiers exercices. Il suit de là que c'est à bon droit que l'administration a réintégré les provisions en litige au résultat de l'exercice clos en 2012.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL MDH INGENOR n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2012 et 2013.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL MDH INGENOR est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL MDH INGENOR et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

A. B

Le président,

B. BACHOFFER La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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