mercredi 25 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2013067 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | NESA |
Vu les procédures suivantes :
I-Par une requête n°2013067 et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le 24 août 2020 et le 17 février 2021, M. A, représenté par Me Nesa, demande au tribunal de prononcer la décharge de la pénalité prévue à l'article 1759 du code général des impôts mise à sa charge au titre des années 2012 et 2013.
Il soutient que :
- la pénalité prévue à l'article 1759 du code général des impôts ne lui a pas été notifiée ;
- la prescription de la pénalité prévue à l'article 1759 du code général des impôts était acquise ;
- la demande de désignation des bénéficiaires est irrégulière ;
- l'avis de mise en recouvrement de la pénalité précitée est entaché d'irrégularité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 décembre 2020 et 19 juillet 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
II-Par une requête n°2013031 et des mémoires complémentaires, enregistrés respectivement le 21 août 2020, le 17 février 2021 et le 27 décembre 2022, la société MGL, représentée par Me Nesa, demande au tribunal de prononcer la décharge de la pénalité prévue à l'article 1759 du code général des impôts mise à sa charge au titre des années 2012 et 2013.
Elle soutient que :
- la prescription de la pénalité prévue à l'article 1759 du code général des impôts était acquise ;
- la demande de désignation des bénéficiaires est irrégulière ;
- l'avis de mise en recouvrement de la pénalité précitée est entaché d'irrégularité.
Par des mémoire en défense, enregistrés le 16 décembre 2020, le 23 décembre 2022 et le 4 janvier 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société MGL ne sont pas fondés.
La société MGL a produit un mémoire, enregistré le 10 janvier 2023, non communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société MGL, qui exerce une activité de marchand de biens, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle une proposition de rectification du
15 décembre 2015, puis une nouvelle proposition de rectification du 22 décembre 2015 lui a été notifiée. Par cette proposition de rectification du 22 décembre 2015, estimant que les sommes apurées du compte courant d'associé de cette société constituaient des revenus distribués imposables entre les mains des bénéficiaires sur le fondement du c) de l'article 111 du code général des impôts, l'administration a demandé à la société MGL, en application de l'article 117 du même code, de désigner le ou les bénéficiaires de ces revenus distribués. M. C A, en qualité de représentant légal de la société MGL, a été également destinataire d'un courrier du 16 février 2016 dont les termes sont identiques à ceux de la lettre du même jour transmis à la société MGL. La société MGL et M. C A n'ayant pas répondu à cette demande, l'administration a informé par un courrier du 16 février 2016 adressé tant à la société MGL qu'à son représentant légal, M. A, de ce que l'amende fiscale de 100 % prévue à l'article 1759 du code général des impôts, pour un montant de 184 217 euros au titre de l'année 2012 et de 337 958 euros au titre de l'année 2013 a été mise à leur charge. Un avis de mise en recouvrement a été établi le 26 mai 2016 pour avoir paiement de ces sommes. La société MGL ainsi que M. A ont, par des réclamations préalables, contesté ces sommes mises en recouvrement le 28 décembre 2019, qui a donné lieu à une décision de rejet de l'administration du 12 juin 2020. Par les deux requêtes n°2013067 et n°2013031, la société MGL et M. A respectivement demandent la décharge du montant de l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts.
2. Les requêtes n°2013067 et n° 2013031 présentées respectivement par M. A et la société MGL posent des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'amende prononcée en application de l'article 1759 du code général des impôts :
3. Aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759 ". Aux termes de l'article 1759 du code général des impôts : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. Lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat le montant des sommes en cause, le taux de l'amende est ramené à 75 %. ". Aux termes du V de l'article 1754 du même code : " V. () / 3. Les dirigeants sociaux mentionnés à l'article 62 et aux 1°, 2° et 3° du b de l'article 80 ter ainsi que les dirigeants de fait gestionnaires de la société à la date du versement ou, à défaut de connaissance de cette date, à la date de déclaration des résultats de l'exercice au cours duquel les versements ont eu lieu, sont solidairement responsables du paiement de l'amende prévue à l'article 1759. () ".
En ce qui concerne la requête n°2013067 :
4. M. A soutient que la pénalité prévue au titre de l'article 1759 du code général des impôts qui a été notifiée à la société MGL et dont il est solidairement responsable du paiement au titre des dispositions du 3 du V de l'article 1754 du même code ne lui a pas été notifiée à titre personnel, ce qui ne lui a pas permis de faire valoir ses observations. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a notifié à la dernière adresse déclarée de M. A, en qualité de dirigeant de la société par un courrier du 16 février 2016, une lettre modèle n° 751 précisant à ce dernier qu'il est solidairement tenu au paiement de cette amende et que le pli a été avisé le 17 février 2016 mais non réclamé par celui-ci. En tout état de cause, si cette pénalité est au nombre des sanctions qui doivent être motivées en application de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 et faire l'objet d'une procédure contradictoire en application de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales, l'administration n'est tenue à ces deux obligations qu'à l'égard de la société qu'elle envisage de soumettre à la pénalité et non des personnes qui, après mise en recouvrement de cette dernière, sont solidairement responsables de son paiement. De la même manière, l'administration fiscale n'est pas davantage tenue d'inviter ces personnes à présenter leurs observations avant de leur demander le paiement de ces pénalités. Par conséquent, ces moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne les deux requêtes n°2013031 et n°2013067 :
S'agissant de la prescription de l'amende au titre de l'année 2012 :
5. Aux termes de l'article L. 188 du livre des procédures fiscales : " Le délai de prescription applicable aux amendes fiscales concernant l'assiette et le paiement des droits, taxes, redevances et autres impositions est le même que celui qui s'applique aux droits simples et majorations correspondants. / Pour les autres amendes fiscales, la prescription est atteinte à la fin de la quatrième année suivant celle au cours de laquelle les infractions ont été commises () ". L'article L. 189 du même livre précise que " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, par la déclaration ou la notification d'un procès-verbal, de même que par tout acte comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous les autres actes interruptifs de droit commun. / La prescription des sanctions fiscales autres que celles visées au troisième alinéa de l'article L.188 est interrompue par la mention portée sur la proposition de rectification qu'elles pourront être éventuellement appliquées ".
6. La pénalité prévue à l'article 1759 précité du code général des impôts a pour fait générateur l'expiration du délai de trente jours imparti à la personne morale pour désigner les bénéficiaires de la distribution, en vertu de l'article 117 du code général des impôts. Il ne résulte ni de cet article 1759 ni d'aucune autre disposition, que la pénalité prévue à cet article doive être établie au titre d'une année déterminée. En application du 2ème alinéa de l'article L. 188 du livre des procédures fiscales, la prescription de la pénalité prévue à l'article 1759 du code général des impôts en matière de distributions occultes intervient à la fin de la quatrième année suivant celle au cours de laquelle l'infraction a été commise. En l'espèce, dès lors que la proposition de rectification du 22 décembre 2015 et a été notifiée le 31 décembre 2015 et signifiée le même jour par voie d'huissier, ainsi qu'en témoigne l'accusé de réception de cette lettre recommandée produite par l'administration en défense, et qu'elle contient une demande à la société MGL de désigner le nom du ou des bénéficiaires des distributions occultes sous un délai de trente jours, le délai de réponse à la demande de l'administration de lui divulguer le nom des bénéficiaires des revenus réputés distribués expirait le 31 janvier 2016, et le délai de reprise courait ainsi jusqu'au 31 décembre 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette amende serait atteinte par la prescription doit être écarté.
S'agissant de la régularité de la procédure :
7. Aux termes de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction alors en vigueur : " Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications. ".
8. Les requérants soutiennent que l'avis de mise en recouvrement 160501901 du
26 mai 2016 dont l'ampliation a été adressée à M. A le 27 juin 2019 et l'original à la société MGL ne fait pas référence contrairement à ce que prévoient les dispositions citées de l'article
R. 256-1 du livre des procédures fiscales, à la nature de l'amende litigieuse et à la base légale prévoyant cette amende et que l'avis de mise en recouvrement est à ce titre irrégulier. Toutefois, en l'espèce, il ressort de l'instruction que cet avis de mise en recouvrement indique, pour chaque amende prononcée en application de l'article 1759 du code général des impôts, la lettre de motivation du 16 février 2016 qui mentionne la nature, les modalités de calcul et le montant de l'amende contestée. En outre, sont mentionnés tant dans l'avis de mise en recouvrement ainsi que dans son ampliation la qualification " amende " et le montant de l'amende pour chaque année concernée. De plus, les dispositions précitées de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales n'exigent pas que l'avis de mise en recouvrement mentionne le fondement légal des rectifications. Enfin, la société ne peut utilement se prévaloir de la doctrine administrative référencée BOI REC-PREA-10-10-20, dès lors que cette dernière est relative à la procédure d'imposition et ne peut, par suite, être regardée comme comportant une interprétation d'un texte fiscal au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
S'agissant du bien-fondé de l'amende :
9. Les requérants font valoir que les sommes en cause étaient inscrites au solde créditeur du compte courant d'associé au titre de la période vérifiée et ne constituaient pas des revenus distribués dès lors qu'elles ont été distribuées antérieurement à la période en cause, et doivent être imposées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Toutefois, il ressort de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 20 décembre 2015, que contrairement aux allégations des requérants, le service vérificateur leur a indiqué que les sommes de 184 217,16 euros au titre de l'année 2012 et de 337 957,96 euros au titre de l'année 2013, qui ont fait l'objet de l'apurement partiel du compte courant d'associé, n'ont pas été justifiées et constituent une masse de revenus distribués non retracée en comptabilité et dont le bénéficiaire n'est pas identifié, soit une personne autre que la société dans des circonstances non précisées, et peuvent ainsi être regardés comme des revenus occultes en vertu de l'article 111 c du code général des impôts. Or, les bénéfices de la société MGL n'ont été ni mis en réserve, ni incorporés à son capital à hauteur de ses résultats rectifiés, et les requérants n'ont pas répondu à la demande de désignation des bénéficiaires des sommes regardées comme distribuées que lui a adressée l'administration fiscale. Par suite, en application des dispositions de l'article 1759 du code général des impôts, l'administration était en droit de faire application de la procédure prévue à l'article 117 du code général des impôts et de mettre à la charge des requérants une amende de 100 % des revenus considérés comme des distributions occultes.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes n°2013067 et n°2013031 doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.
D E C I D E:
Article 1er : Les requêtes n°2013067 et n°2013031 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la société MGL et au ministre de l'économie, des finances et de la relance.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
M. Baudat, conseiller,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 25 janvier 2023.
Le rapporteur,
J-B B
La présidente,
S. VIDALLa greffière,
S. COULANT
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, chargé des Comptes publics, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2013067-2013031/1-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026