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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2013154

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2013154

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2013154
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET DELSOL AVOCATS (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 24 août 2020, M. et Mme B, représentés par le cabinet Delsol Avocats, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la cession d'actions DNCA et Cie qu'ils ont réalisée est éligible à l'abattement de 85 % prévu au 3° du A du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts ;

- la pénalité de 40 % pour manquement délibéré est injustifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2020, le directeur chargé de la direction nationale des vérifications de situations fiscales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 avril 2023.

Un mémoire présenté par le cabinet Delsol Avocats pour M. et Mme B a été enregistré le 3 avril 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 24 août 2020, M. D B, représenté par le cabinet Delsol Avocats, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la cession d'actions DNCA et Cie qu'il a réalisée est éligible à l'abattement de 85 % prévu au 3° du A du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2021, le directeur de la direction nationale de vérification des situations fiscales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 avril 2023.

Un mémoire présenté par le cabinet Delsol Avocats pour M. B a été enregistré le 3 avril 2023.

III. Par une requête, enregistrée le 24 août 2020, M. C B, représenté par le cabinet Delsol Avocats, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la cession d'actions DNCA et Cie qu'il a réalisée est éligible à l'abattement de 85 % prévu au 3° du A du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2020, le directeur de la direction nationale de vérification des situations fiscales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 avril 2023.

Un mémoire présenté par le cabinet Delsol Avocats pour M. B a été enregistré le 3 avril 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Khansari,

- les conclusions de M. Charzat, rapporteur public,

- et les observations de Me Zerilli, représentant M. et Mme B ainsi que MM. D et C B.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont créé en 2000 la société de gestion d'actifs DNCA Finance. En 2011, dans le cadre d'une opération de rachat réalisée par le fonds d'investissement américain qui était devenu actionnaire majoritaire de cette société, ils ont apporté leurs titres de la société DNCA Finance et les titres démembrés de cette même société dont la nue-propriété appartenaient à leurs enfants, A. D et C B, à une holding spécialement constituée à cette occasion, la société DNCA et Cie. En 2015, M. et Mme B et leurs enfants ont cédé les actions de la société DNCA et Cie qu'ils détenaient et appliqué à l'ensemble des plus-values réalisées, dans leurs déclarations de revenus au titre de cette année, l'abattement renforcé de 85 % pour durée de détention prévu au 3° du A du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts. Par des propositions de rectification du 6 mars 2018, l'administration fiscale a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus au titre de l'année 2015 à M. et Mme B, et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu à MM. D et C B au titre de la même année, en relevant que les intéressés auraient dû appliquer aux plus-values en cause l'abattement de droit commun de 65 % prévu au b) du 1 ter de l'article 150-0 D du code général des impôts. Par des courriers du 28 octobre 2019, les requérants ont contesté les cotisations supplémentaires ainsi réclamées. Par des décisions du 24 juin 2020, l'administration a rejeté ces réclamations. Par les présentes requêtes, M. et Mme B et MM. D et C B demandent la décharge des impositions supplémentaires auxquelles ils ont été assujettis.

2. En premier lieu, aux termes du b) du 1 ter de l'article 150-0 D du code général des impôts dans sa rédaction applicable au litige, l'abattement applicable aux gains nets résultant de la cession à titre onéreux ou retirés du rachat d'actions, de parts de sociétés ou de droits démembrés portant sur ces actions ou parts est égal à : " 65 % du montant des gains nets ou des distributions lorsque les actions, parts, droits ou titres sont détenus depuis au moins huit ans à la date de la cession ou de la distribution ". Le 1 quater du même article dispose que : " A.-Par dérogation au 1 ter, lorsque les conditions prévues au B sont remplies, les gains nets sont réduits d'un abattement égal à : () / 3° 85 % de leur montant lorsque les actions, parts ou droits sont détenus depuis au moins huit ans à la date de la cession. / B.- L'abattement mentionné au A s'applique : / 1° Lorsque la société émettrice des droits cédés respecte l'ensemble des conditions suivantes : / a) Elle est créée depuis moins de dix ans et n'est pas issue d'une concentration, d'une restructuration, d'une extension ou d'une reprise d'activités préexistantes. Cette condition s'apprécie à la date de souscription ou d'acquisition des droits cédés ; / b) Elle répond à la définition prévue au e du 2° du I de l'article 199 terdecies-0 A. Cette condition est appréciée à la date de clôture du dernier exercice précédant la date de souscription ou d'acquisition de ces droits ou, à défaut d'exercice clos, à la date du premier exercice clos suivant la date de souscription ou d'acquisition de ces droits ; () / Lorsque la société émettrice des droits cédés est une société holding animatrice, au sens du dernier alinéa du VI quater du même article 199 terdecies-0 A, le respect des conditions mentionnées au présent 1° s'apprécie au niveau de la société émettrice et de chacune des sociétés dans laquelle elle détient des participations ". Le e du 2° du I de l'article 199 terdecies-0 A dispose que : " La société doit être une petite et moyenne entreprise qui satisfait à la définition des petites et moyennes entreprises qui figure à l'annexe I au règlement (CE) n° 800/2008 de la Commission du 6 août 2008 déclarant certaines catégories d'aide compatibles avec le marché commun en application des articles 87 et 88 du traité (Règlement général d'exemption par catégorie) ". Aux termes de l'article 2 de l'annexe I au règlement (CE) n° 800/2008 de la Commission du 6 août 2008 : " La catégorie des micro, petites et moyennes entreprises (PME) est constituée des entreprises qui occupent moins de 250 personnes et dont le chiffre d'affaires annuel n'excède pas 50 millions EUR ou dont le total du bilan annuel n'excède pas 43 millions EUR ".

3. Les dispositions précitées du B du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts prévoient, d'une part, que lorsque la société émettrice des droits cédés est une société holding animatrice de groupe, la condition, à laquelle est notamment subordonné le bénéfice de l'abattement renforcé, tenant à ce que la société en cause réponde à la définition des micro, petites et moyennes entreprises (PME), s'applique à la fois à la société holding émettrice et à chacune des sociétés dans laquelle elle détient des participations et, d'autre part, que le respect de cette condition s'apprécie à la date de clôture du dernier exercice précédant la date de souscription ou d'acquisition des droits cédés ou, à défaut d'exercice clos, à la date du premier exercice clos suivant la date de souscription ou d'acquisition de ces droits.

4. En l'espèce, les requérants soutiennent que les cessions d'actions de la société holding émettrice DNCA et Cie qu'ils ont réalisées en 2015 étaient éligibles à l'abattement de 85 % prévu au 3° du A du 1 quater de l'article 150-0 D du code général des impôts, dès lors que la condition tenant à la nature de PME de la société DNCA Finance, filiale de la société DNCA et Cie, aurait dû être appréciée à la date à laquelle ils ont acquis les titres de cette société, en 2000. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point précédent, le respect de cette condition s'apprécie à la date de clôture du dernier exercice précédant la date de souscription ou d'acquisition des droits cédés, soit le 31 décembre 2010, dès lors que l'acquisition des actions de la société DNCA Finance, cédées par DNCA et Cie en 2015, est intervenue le 28 juillet 2011. Or, les requérants ne contestent pas qu'au 31 décembre 2010, la société DNCA Finance, dont le bilan annuel s'établissait à 58 141 519 euros et le chiffre d'affaires à 91 986 864 euros, n'entrait pas dans la catégorie des PME. En outre, la circonstance que l'opération d'échange intervenue en 2011 dans le cadre de l'opération de rachat de la société DNCA Finance n'ait donné lieu à aucune taxation immédiate est sans incidence sur le présent litige, une telle taxation n'intervenant, en application du 9 de l'article 150-0 D du code général des impôts, que lors de la vente ultérieure des titres de la société holding reçus en échange, le gain net étant alors calculé à partir du prix d'acquisition des titres remis à l'échange. De même, ainsi que le fait valoir l'administration, si l'article 8 de la directive 90/434/CEE du Conseil du 23 juillet 1990 prévoit que les opérations d'échange de titres ne doivent pas en elles-mêmes engendrer d'imposition sur le revenu ou les plus-values, cette garantie est sans incidence sur la cession ultérieure de ces titres. C'est donc à bon droit que l'administration a substitué à l'abattement renforcé de 85 % pour durée de détention l'abattement de droit commun de 65 % prévu au b) du 1 ter de l'article 150-0 D du code général des impôts.

5. En second lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

6. M. et Mme B soutiennent que la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue par les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts ne saurait leur être appliquée, dès lors qu'ils ont été confrontés à des difficultés d'interprétation des textes applicables. Toutefois, pour appliquer cette majoration, l'administration a relevé, d'une part, que la lettre de l'article 150-0 D était claire et que les dispositions précitées du 1° du B du 1 quater de cet article prévoient que lorsque la société émettrice des droits est une société holding animatrice, le respect des conditions s'apprécie au niveau de la société émettrice et de ses filiales, et, d'autre part, qu'en tant que principal dirigeant de la société DNCA Finance, filiale de la société DNCA et Cie, M. B ne pouvait ignorer que cette filiale n'entrait pas dans la catégorie des PME au 31 décembre 2010, eu égard à l'importance de son chiffre d'affaires et de son bilan annuels à l'issue de l'exercice clôturé à cette date. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve du bien-fondé de la majoration pour manquement délibéré.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus mises à la charge de M. et Mme B au titre de l'année 2015, ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge de MM. D et C B au titre de la même année.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B, de M. D B et de M. C B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B, à M. D B, à M. C B et au directeur chargé de la direction nationale des vérifications de situations fiscales.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

A. KHANSARI

La présidente,

S. VIDAL La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2013160, 2013161/1-

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