mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2013410 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GUIDET ET ASSOCIE (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 août 2020 et 14 avril 2021, la SARL Creuser Le Lit, représentée par le cabinet Guidet et Associé, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la même période ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la méthode de reconstitution de ses recettes utilisée par le service vérificateur n'est pas fiable ;
- les sommes inscrites au crédit du compte courant de son gérant ne constituent pas un passif injustifié ;
- les amortissements pratiqués sont justifiés et correspondent, s'agissant de l'amortissement " installations générales ", aux travaux qui ont été effectués dans ses locaux ;
- la majoration pour manquement délibérée est injustifiée et disproportionnée.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 25 février et 15 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 juillet 2022.
II. Par une requête, enregistrée le 25 août 2020, M. A, représenté par le cabinet Guidet et Associé, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la méthode de reconstitution des recettes de la SARL Creuser le Lit utilisée par le service vérificateur n'est pas fiable ;
- les sommes inscrites au crédit de son compte courant d'associé dans la comptabilité de la SARL Creuser Le Lit ne constituent pas un passif injustifié ;
- la majoration pour manquement délibérée est injustifiée et disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2021, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Par une ordonnance du 15 avril 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mai 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Khansari,
- les conclusions de M. Charzat, rapporteur public,
- et les observations de Me Lebegue, représentant la SARL Creuser le Lit et M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Par une réclamation du 15 mai 2018, la SARL Creuser le Lit a contesté les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014 ainsi que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la même période. Par une décision du 24 juin 2020, l'administration fiscale a rejeté sa demande. Par une requête, enregistrée sous le n° 2013410, la société requérante demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions en litige.
2. Par une réclamation du 22 février 2019, M. A a contesté les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014. Par une décision du 23 juin 2020, l'administration fiscale a rejeté sa demande. Par une requête, enregistrée sous le n° 2013236, M. A demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions en litige.
Sur la jonction :
3. Les requêtes n° 2013410 et n° 2013236 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur le bien-fondé des impositions :
4. En premier lieu, le service vérificateur a procédé à des traitements informatiques sur les fichiers comptables de la société requérante qui ont permis de constater une omission de recettes à hauteur de 61 796 euros en 2013 et de 117 053 euros en 2014, soit respectivement 25 % et 44 % des chiffres d'affaires reconstitués pour ces deux années. Après avoir pris en compte les observations de la SARL Creuser Le Lit dans une première réclamation du 19 juin 2017, l'administration a accepté de réduire le coefficient de marge appliqué aux produits correspondant à la catégorie " optique " et d'augmenter le pourcentage des offerts à 15 % pour 2013 et 20 % pour 2014, contre 10 % initialement s'agissant de ces deux années. L'omission de recettes s'établit donc à 36 977 euros en 2013 et à 78 801 euros en 2014.
5. Pour contester la méthodologie retenue par l'administration fiscale, les requérants soutiennent que l'intervention des mutuelles dans les opérations réalisées par la SARL Creuser Le Lit rend peu probable l'omission de recettes. Ils font également valoir que le taux de marge de la société a évolué entre 2013 et 2014, ce dont l'administration n'a pas tenu compte en appliquant le même coefficient de marge à ses produits au titre de ces deux années. Toutefois, ainsi que le fait valoir l'administration sans être contredite utilement sur ce point, la méthode utilisée par l'administration pour procéder à la reconstitution de la comptabilité de la SARL Creuser Le Lit est fondée sur les produits vendus et non sur les encaissements. En outre, en se bornant à soutenir que la méthode utilisée par l'administration n'est pas fiable, les requérants n'apportent aucun élément de nature à démontrer qu'un changement de fournisseur ou une modification des conditions d'exploitation de l'activité d'opticien par la société aurait dû conduire le service à appliquer des coefficients de marge distincts pour 2013 et 2014. Au surplus, et en tout état de cause, la société requérante ne démontre pas que l'application d'une autre méthode serait plus pertinente que celle utilisée par l'administration. Il suit de là que les requérants n'établissent pas l'exagération du rehaussement du chiffre d'affaires de la SARL Creuser Le Lit résultant des omissions de recettes constatées par le service.
6. En deuxième lieu, aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de prendre en compte, pour la détermination de l'actif net à la clôture de l'exercice, toutes les dettes qui sont mises à la charge de la société envers des tiers si ces dettes sont, à la date de la clôture de l'exercice, certaines dans leur principe et dans leur montant. Il appartient au contribuable de justifier, par la production de tous éléments suffisamment précis, l'inscription d'une dette au passif du bilan de son entreprise.
7. En l'espèce, l'administration a estimé que les sommes de 110 398 euros pour 2013 et 1 115 euros pour 2014 inscrites au crédit du compte courant d'associé de M. A constituaient un passif injustifié. Les requérants contestent cette appréciation et précisent notamment que M. A a engagé des dépenses pour le compte de la société sur ses propres deniers. Toutefois, en produisant quatre factures pour un montant total de 636,40 euros, dont deux ne comportent pas le nom de M. A, ils ne produisent pas des justificatifs permettant d'établir de manière probante la réalité de cette dette. C'est donc à bon droit que l'administration a réintégré les sommes en litige au bénéfice imposable de la SARL Creuser Le Lit au titre des années 2013 et 2014.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : () / 2°) () les amortissements réellement effectués par l'entreprise ". Il résulte de ces dispositions que ne peuvent être déduits du bénéfice imposable que les amortissements qui ont été effectivement inscrits dans les écritures comptables à la clôture de chacun des exercices concernés. Il appartient au contribuable de justifier que cette inscription a été effectuée avant l'expiration du délai imparti pour souscrire la déclaration des résultats annuels de l'entreprise.
9. La SARL Creuser Le Lit soutient que les amortissements pratiqués sont justifiés et correspondent, s'agissant de l'amortissement " installations générales ", aux travaux qui ont été effectués dans ses locaux. Toutefois, il résulte de l'instruction que la société requérante, qui a déposé ses déclarations relatives à l'impôt sur les sociétés le 17 février 2016 pour l'exercice clos en 2013 et le 13 avril 2016 pour celui clos en 2014, a procédé à l'inscription des amortissements en cause après l'expiration des délais impartis pour souscrire les déclarations de résultats. Il suit de là qu'elle ne peut prétendre à leur déductibilité.
Sur la majoration pour manquement délibéré :
10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
11. Pour justifier l'application des pénalités pour manquement délibéré, l'administration fiscale fait valoir qu'elle a constaté des anomalies et des manquements réguliers dans la comptabilité de la SARL Creuser Le Lit, notamment l'absence de remise de chèques, d'état détaillé des stocks et des immobilisations sur les tableaux d'amortissements ainsi que de justification de l'ensemble des ventes et des créances clients. En outre, l'administration relève sans être contestée que M. A, gérant et associé à hauteur de 95 % de la société, a reconnu avoir encaissé sur ses comptes bancaires personnels des chèques correspondant à l'activité de sa société, à hauteur de 30 000 euros en 2013 et 37 000 euros en 2014. Ainsi, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant l'intention délibérée des requérants d'éluder l'impôt. Il suit de là qu'elle était fondée à assortir les impositions en litige de la majoration de 40 % prévue par les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Creuser Le Lit et M. A ne sont pas fondés à demander la décharge, en droit et pénalités, des impositions supplémentaires mises à leur charge.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la SARL Creuser Le Lit et de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Creuser Le Lit, à M. B A et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
Le rapporteur,
A. KHANSARI
Le président,
B. BACHOFFER La greffière,
S. COULANT
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2,2013236/1-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026