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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2013987

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2013987

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2013987
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET AZAMDARLEY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un arrêt du 6 mars 2023 n°22PA02480, la cour administrative d'appel de Paris a annulé l'ordonnance n° 2013987/4-3 du 29 mars 2022 de la vice-présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris et a renvoyé le jugement de l'affaire à ce tribunal.

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 septembre 2020 et 12 juin 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Le Sourire, représentée par Me Tournon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire n°2019/169272 d'un montant de 20 094,64 euros émis à son encontre par la Ville de Paris en vue du recouvrement des droits de voirie au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2019 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 20 163,53 euros réclamée par la Ville de Paris au titre des droits de voirie pour l'année 2019 et d'en fixer le montant à 2 623,23 euros comme en 2018 ;

3°) d'annuler l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire n°2020/133714 d'un montant de 6 334,37 euros émis à son encontre par la Ville de Paris en vue du recouvrement des droits de voirie au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2020 ;

4°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 6 334,37 euros réclamée par la Ville de Paris au titre des droits de voirie pour l'année 2020 et d'en fixer le montant à 2 623,23 euros comme en 2018 ;

5°) d'annuler l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire n°2020/332266 d'un montant de 1 884,41 euros émis à son encontre par la Ville de Paris en vue du recouvrement des droits de voirie au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2020 ;

6°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 1 884,41 euros réclamée par la Ville de Paris au titre des droits de voirie pour l'année 2020 ;

7°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge des sommes correspondant aux majorations appliquées, à la terrasse de la rue Mirabeau et aux dispositifs de chauffage de l'avenue de Versailles ;

8°) en toutes hypothèses, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'année 2019 :

- le titre exécutoire attaqué est entaché d'erreur de fait compte tenu du caractère erroné des surfaces de terrasses prises en compte dans le calcul des droits ordinaires et additionnels, l'exploitant précédent s'acquittant d'un montant très nettement inférieur ;

- la délibération du conseil de Paris fixant les tarifs applicables n'a pas été annexée à la décision d'autorisation d'installation de terrasses qui lui a été délivrée, si bien qu'elle n'avait pas connaissance des montants qui lui étaient exigibles ;

- le titre exécutoire est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté du 18 décembre 2018 au regard des articles L. 2125-3 du code général de la propriété des personnes publiques ; le tarif des droits de voirie additionnels est manifestement excessif et discriminatoire compte tenu des avantages spécifiquement procurés par les installations ;

En ce qui concerne l'année 2020 :

- le titre n°2020/332266 pris à la suite de l'annulation du titre n°2020/133714 ne lui a pas été régulièrement notifié ; dans ces conditions, il n'est ni possible de s'assurer de la compétence du signataire de la décision ni des bases de liquidation sur lesquelles il se fonde.

Par des mémoires en défense enregistrés les 9 février 2022 et 30 mai 2023, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 30 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 12 juin 2023.

Les parties ont été informées le 12 juin 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le titre n°2020/32266.

La SARL Le Sourire a produit des observations en réponse à ce courrier le 13 juin 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté municipal du 18 décembre 2018 portant nouveaux tarifs applicables aux droits de voirie pour l'année 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Perrot,

- et les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée Le Sourire, propriétaire d'un fonds de commerce situé au 1 rue Mirabeau à Paris (16e arrondissement), bénéficie d'autorisations d'occupation du domaine public. Elle demande l'annulation de l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire n°2019/169272 d'un montant de 20 094,64 euros émis à son encontre par la Ville de Paris en vue du recouvrement des droits de voirie au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2019 ainsi que l'annulation des avis des sommes à payer valant titre exécutoire n°2020/133714 d'un montant de 6 334,37 euros et n°2020/332266 d'un montant de 1 884,41 euros émis à son encontre par la Ville de Paris en vue du recouvrement des droits de voirie au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2020 et de prononcer la décharge totale ou partielle des sommes correspondantes.

Sur les conclusions à fin d'annulation et à fin de décharge :

En ce qui concerne le titre exécutoire n°2019/169272 :

2. En premier lieu, la société requérante fait valoir que le montant réclamé par la Ville de Paris au titre des droits de voirie est erroné, dès lors qu'il est très largement supérieur à celui dont l'ancien exploitant s'était acquitté pour l'année 2018 et qu'elle n'a apporté aucune modification aux terrasses installées par celui-ci. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la société Le Sourire a été autorisée, par un arrêté de la Ville de Paris du 13 décembre 2018, à exploiter au-devant de son établissement une terrasse ouverte protégée avenue de Versailles de 16,44 mètres de longueur et 3,10 mètres de largeur, une terrasse ouverte place de Barcelone de 5,32 mètres de longueur et 2,18 mètres de largeur, comme la société qui l'a précédée, ainsi qu'une terrasse ouverte rue Mirabeau de 16,55 mètres de longueur et 1,46 mètre de largeur. Il ressort en outre de cette autorisation que " le bénéficiaire sera assujetti au paiement des droits de voirie, calculés en fonction de la nature et de la superficie de l'installation autorisée, conformément aux tarifs adoptés par le Conseil de Paris " et il n'est pas contesté que la société Le Sourire, qui fait valoir en réplique que ladite autorisation ne visait pas la délibération du conseil de Paris fixant les tarifs applicables, n'a pas contesté cette autorisation dans le délai de recours contentieux de deux mois ni porté à la connaissance de la Ville de Paris son intention de n'exploiter aucune terrasse rue Mirabeau avant notification du titre exécutoire attaqué. Dans ces conditions, la requérante ne contestant pas le détail des modalités de calcul retenues par la Ville de Paris, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions à fin d'annulation et de décharge du titre exécutoire n°2019/169272.

3. En second lieu, l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques dispose : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ". Aux termes de l'article L. 2125-3 du même code : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation ".

4. La société requérante fait valoir que les majorations liées à la surface occupée par la contre-terrasse ainsi qu'à l'installation de dispositifs de chauffage n'est pas justifiée et constitue une double taxation. Or, d'une part, l'installation d'une terrasse chauffée et la présence d'une terrasse hors du tiers du trottoir sont de nature à améliorer l'attractivité d'un commerce de restauration ou de débit de boisson. D'autre part, la requérante n'apporte aucun élément permettant d'établir que la redevance mise à sa charge au titre de ces dispositifs n'aurait pas été fixée au regard des avantages de toute nature que lui procure leur exploitation. Dans ces conditions, la Ville de Paris pouvait légalement appliquer des majorations à la contre-terrasse et à la terrasse chauffée que la société Le Sourire était autorisée à exploiter et le moyen ainsi invoqué doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du titre n°2019/169272 doivent être rejetées.

En ce qui concerne le titre exécutoire n°2020/133714 :

6. Il ressort du mémoire en défense de la Ville de Paris que le titre exécutoire n°2020/133714 a été annulé et qu'un nouveau titre n°2020/332266 a été émis le 18 décembre 2020, d'un montant de 1 881,41 euros, à la suite de la délibération du Conseil de Paris des 17 et 18 novembre 2020 portant sur l'exonération des droits de voirie sur les mois de janvier à septembre de cette même année, compte tenu des mesures appliquées durant la crise sanitaire. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire n°2020/133714 et de décharge de la somme correspondante.

En ce qui concerne le titre exécutoire n°2020/332266 :

7. Dans son mémoire du 12 juin 2023, communiqué avant la clôture de l'instruction, la société Le Sourire demande l'annulation du titre n°2020/332266. Toutefois, les conclusions contre cette décision, distinctes de celles formulées dans sa requête introductive d'instance, constituent un litige distinct devant faire l'objet d'une nouvelle requête. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le titre n°2020/332266 doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire n°2020/133714 et de décharge de la somme correspondate.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Le Sourire, à la Ville de Paris et à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente,

M. Grandillon, premier conseiller,

M. Perrot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

V. PERROT

La présidente,

M-P. VIARDLa greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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