mardi 23 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2014521 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CANIS, LE VAILLANT (SCP) |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête n° 2014521/1-2, enregistrée au greffe du présent tribunal le 11 septembre 2020, ainsi qu'une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 11 septembre 2020 et transmise au présent tribunal par une ordonnance du 15 septembre 2020, et un mémoire enregistré le 24 mars 2021, la société Julien B Vitry, représentée par Me Canis, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2015 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 août 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
-le service ne pouvait pas procéder à des traitements informatiques sur le fondement du VI de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales dès lors que sa comptabilité n'est pas tenue au moyen d'un système informatisé ;
-l'administration a procédé à des traitements informatiques sans lui permettre d'exercer son choix en méconnaissance de la procédure prévue par l'article L. 47 A II du livre des procédures fiscales ;
-le service n'a pas respecté les exigences d'un débat oral et contradictoire ;
-la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée ;
-l'administration ne lui a pas communiqué l'ensemble des documents qu'elle a utilisés pour établir les redressements et a méconnu l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;
-l'administration ne démontre pas l'utilisation d'un logiciel frauduleux ;
-l'administration n'était pas fondée à rejeter sa comptabilité ;
-la méthode utilisée par l'administration pour reconstituer son chiffre d'affaires est viciée et sommaire ;
-la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée en ce qui concerne l'application de la majoration pour manœuvres frauduleuses ;
-l'administration n'était pas fondée à lui infliger cette majoration ;
-M. B ne peut être regardé comme bénéficiaire de revenus distribués dès lors que les rehaussements et rappels contestés ne sont pas justifiés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 février et 2 juin 2021, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
II - Par une ordonnance du 30 septembre 2020, le tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de la société Julien B Vitry, enregistrée au greffe de ce tribunal le 11 septembre 2020.
Par cette requête, enregistrée au greffe du présent tribunal sous le numéro 2016019/1-2 le 2 octobre 2020, la société Julien B Vitry, représentée par Me Canis, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2015 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 août 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
-le service ne pouvait pas procéder à des traitements informatiques sur le fondement du VI de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales dès lors que sa comptabilité n'est pas tenue au moyen d'un système informatisé ;
-l'administration a procédé à des traitements informatiques sans lui permettre d'exercer son choix en méconnaissance de la procédure prévue par le II de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales ;
-le service n'a pas respecté les exigences d'un débat oral et contradictoire ;
-la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée ;
-l'administration ne lui a pas communiqué l'ensemble des documents qu'elle a utilisés pour établir les redressements et a méconnu l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;
-l'administration ne démontre pas l'utilisation d'un logiciel frauduleux ;
-l'administration n'était pas fondée à rejeter sa comptabilité ;
-la méthode utilisée par l'administration pour reconstituer son chiffre d'affaires est viciée et sommaire ;
-la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée en ce qui concerne l'application de la majoration pour manœuvres frauduleuses ;
-l'administration n'était pas fondée à lui infliger cette majoration ;
-M. B ne peut être regardé comme bénéficiaire de revenus distribués dès lors que les rehaussements et rappels contestés ne sont pas justifiés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2021, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme A,
-et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Julien B Vitry, qui exploite un salon de coiffure sous l'enseigne Franck Provost au 43 rue de Clichy, dans le 9ème arrondissement de Paris, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015, étendue jusqu'au 31 août 2016 en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue de ce contrôle, l'administration a écarté la comptabilité de la société et a procédé à la reconstitution de ses recettes. Par une proposition de rectification du 22 décembre 2016, elle a notifié à la société des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de chacune des années vérifiées. La société Julien B Vitry demande la décharge, en droits et pénalités, des rehaussements dont elle a ainsi fait l'objet.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2014521/1-2 et 2016019/1-2, présentées pour la société Julien B Vitry par Me Canis, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la régularité de la procédure :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " Les agents de l'administration fiscale vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. () IV - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contrôle porte sur l'ensemble des informations, données et traitements informatiques qui concourent directement ou indirectement à la formation des résultats comptables ou fiscaux et à l'élaboration des déclarations rendues obligatoires par le code général des impôts ainsi que sur la documentation relative aux analyses, à la programmation et à l'exécution des traitements. () ". En outre, aux termes du dernier alinéa du VI de l'article L. 16 B du même livre : " En présence d'une comptabilité tenue au moyen de systèmes informatisés saisie dans les conditions prévues au présent article, l'administration communique au contribuable, au plus tard lors de l'envoi de la proposition de rectification prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76, sous forme dématérialisée ou non au choix de ce dernier, la nature et le résultat des traitements informatiques réalisés sur cette saisie qui concourent à des rehaussements, sans que ces traitements ne constituent le début d'une procédure de vérification de comptabilité. Le contribuable est informé des noms et adresses administratives des agents par qui, et sous le contrôle desquels, les opérations sont réalisées " et aux termes de l'article L. 47 A du même livre : " II. - En présence d'une comptabilité tenue au moyen de systèmes informatisés et lorsqu'ils envisagent des traitements informatiques, les agents de l'administration fiscale indiquent par écrit au contribuable la nature des investigations souhaitées. Le contribuable formalise par écrit son choix parmi l'une des options suivantes : / a) Les agents de l'administration peuvent effectuer la vérification sur le matériel utilisé par le contribuable ; / b) Celui-ci peut effectuer lui-même tout ou partie des traitements informatiques nécessaires à la vérification. () c) Le contribuable peut également demander que le contrôle ne soit pas effectué sur le matériel de l'entreprise. () Le contribuable est informé des noms et adresses administratives des agents par qui ou sous le contrôle desquels les opérations sont réalisées. L'administration détruit, avant la mise en recouvrement, les copies des fichiers transmis. () ".
4. La société Julien B Vitry soutient que le logiciel de caisse qu'elle utilise n'est pas relié par voie informatique au logiciel comptable, qu'elle envoie seulement une édition papier de sa comptabilité à son comptable et qu'elle ne peut être regardée comme tenant une comptabilité au moyen d'un système informatisé au sens de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales. Elle estime que, par suite, le service ne pouvait procéder à des traitements informatiques à partir du seul logiciel de caisse sur le fondement du VI de l'article L. 16 B. Toutefois, la seule circonstance que ce logiciel de gestion ne soit pas connecté à un logiciel de comptabilité centralisant les recettes de l'entreprise, ne fait pas obstacle à ce que la comptabilité du salon soit regardée comme étant tenue au moyen de systèmes informatisés au sens des dispositions précitées de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales. En outre, il est constant que le logiciel de caisse utilisé par la société Julien B Vitry enregistre les recettes du salon de coiffure exploité par la société et que ces données sont utilisées pour établir sa comptabilité dès lors que les états RESUME DE CAISSE, qui sont conservés dans un fichier mensuel nommé EDITION1 sont transmis à son comptable, sans retraitement, pour l'enregistrement des recettes et la détermination des résultats comptables du salon. Ainsi, ce logiciel doit être regardé comme constituant un système informatisé de tenue de comptabilité, au sens des articles L. 13 et L. 47 A du livre des procédures fiscales précités.
5. En deuxième lieu, la société Julien B Vitry soutient que le service n'a pas respecté la procédure prévue par les dispositions précitées du II de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales dès lors qu'il ne lui a pas demandé de faire un choix entre les différentes options prévues par cet article. Toutefois, les traitements informatiques réalisés par le vérificateur ont uniquement porté sur les fichiers issus du logiciel Marlix Coiffure saisis lors de la visite domiciliaire qui a eu lieu le 24 mai 2016 au domicile personnel de M. B, gérant et unique actionnaire de la société Julien B Vitry, en vertu d'une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal de grande instance de Créteil du 20 mai 2016 et en particulier sur les fichiers FICHE.FIC, CLIENT.FIC et PERSONNE.FIC. Contrairement à ce que soutient la société requérante, les fichiers PERSONNE.FIC ou CLIENT.FIC qui recensent les ventes effectuées pour chaque client et chaque membre du personnel du salon et contribuent au calcul des recettes de ce dernier, ne sont pas de simples fichiers commerciaux et statistiques. Il résulte également de l'instruction que le service n'a utilisé les fichiers obtenus dans le cadre de la vérification de comptabilité que pour s'assurer que la comptabilité de la société était effectivement établie sur la base des données issues du logiciel Marlix Coiffure et que, s'il a effectué des rapprochements entre les données issues de ce logiciel et la comptabilité, c'est sans retraitement de cette dernière mais seulement en confrontant les données y figurant avec celles enregistrées dans le logiciel. Si la société soutient qu'elle a été dans l'impossibilité d'ouvrir les fichiers regroupés dans des répertoires dénommés " Fichiers de travail " et " Fichiers de résultats " communiqués sous format dématérialisé en annexe de la proposition de rectification, d'une part, elle ne l'établit pas et, d'autre part, l'administration fait valoir que ces fichiers ont été fournis au format " .ods " qui est lu par un logiciel téléchargeable gratuitement. Enfin, l'administration précise que les seuls fichiers annexés à la proposition de rectification sous format ".FIC " étaient lisibles avec le logiciel Marlix Coiffure ou avec un éditeur de texte. Dans ces conditions, la société Julien B Vitry ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions du II de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales.
6. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. ". Dans le cas où la vérification de comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.
7. Il est constant que les opérations de contrôle se sont déroulées, à la demande de la société Julien B Vitry, dans les locaux de la société d'expertise comptable auprès de laquelle sont déposés ses documents comptables. La société Julien B Vitry, qui se borne à soutenir que seulement trois rendez-vous avec le service ont été organisés et qu'en réalité un seul rendez-vous a été consacré aux débats sur certains points, ne démontre pas, comme cela lui incombe, que le vérificateur se serait refusé à tout échange de vues avec ses représentants et qu'elle n'aurait ainsi pas bénéficié d'un véritable débat oral et contradictoire. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.
9. La proposition de rectification du 22 décembre 2016 mentionne les impositions et les années en cause, les motifs de fait et de droit sur lesquels sont fondés les redressements ainsi que les modalités de calcul de ces derniers. Elle énonce, en outre, l'ensemble des éléments qui ont conduit le service à estimer que la société avait utilisé un logiciel frauduleux édité par la société Marlix et détaille avec précision l'ensemble des opérations réalisées sur les fichiers saisis. Dans ces conditions, la société Julien B Vitry était informée des motifs de droit et de fait fondant les rectifications de manière suffisante pour lui permettre de présenter utilement ses observations et d'engager avec l'administration un dialogue contradictoire, ce qu'elle a fait en présentant des observations le 21 février 2017. En outre, il ne résulte de pas de l'instruction que, comme l'indique la requérante, la proposition de rectification serait difficilement lisible et compréhensible pour un lecteur non averti. Enfin, si la société Julien B Vitry soutient que les redressements sont uniquement fondés sur les résultats des vérifications de comptabilité d'autres utilisateurs du logiciel Marlix Coiffure et non sur des éléments qui lui sont propres et que l'administration n'apporte aucun élément de preuve justifiant l'utilisation de l'outil IMAGE.exe, elle conteste ainsi le bien-fondé des impositions et non la motivation de la proposition de rectification. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". La garantie prévue par ces dispositions s'applique à tous renseignements et documents obtenus auprès de tiers dont l'administration se prévaut pour établir les impositions, que ce soit pour conduire la procédure d'imposition ou pour déterminer le montant de l'impôt. Cette garantie ne s'étend aux renseignements qui ont motivé l'engagement du contrôle fiscal que dans la mesure où ces renseignements, par la nature et la précision de leur contenu, ont servi à l'établissement des rectifications.
11. La société Julien B Vitry soutient que l'administration aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 76 B de livre des procédures fiscales en ne lui communiquant pas l'ensemble des documents qu'elle a utilisés pour fonder les rectifications et, en particulier, les documents obtenus par l'administration fiscale dans le cadre de l'exercice de son droit de visite chez d'autres utilisateurs du logiciel Marlix Coiffure ou de la vérification de comptabilité de ces derniers. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le service aurait utilisé des données recueillies dans ce cadre pour établir les redressements litigieux. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne le rejet de la comptabilité :
12. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. / Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu, comme en cas de taxation d'office à l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69. ". Il résulte de ces dispositions qu'à défaut de saisine de la commission départementale des impôts et lorsque le contribuable n'a pas accepté les rehaussements qui lui avaient été notifiés dans le cadre de la procédure contradictoire, il revient à l'administration d'apporter la preuve du bien-fondé des suppléments d'impôt en litige.
13. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a pu constater dans le cadre de la vérification de comptabilité d'autres utilisateurs du logiciel de gestion de la société Marlix que l'outil dénommé IMAGE.EXE a pour effet de réduire le montant des recettes perçues en espèces dans les fichiers FICHE.FIC, qui contiennent l'ensemble détaillé des " fiches ", qui correspondent chacune à une vente à un client, et mentionnent le mode de règlement, de renuméroter les fiches en supprimant les lignes annulées, de générer une anomalie dans le champ " EURO " qui ne comprend plus le montant hors taxe de la ligne mais un montant fixe et de conduire à créer un écart entre les chiffres d'affaires résultants du fichier FICHE.FIC et celui résultant du fichier PERSONNE.FIC, qui indique le chiffre d'affaires réalisé par chaque employé et qui n'est pas modifié par l'outil IMAGE.EXE.
14. Lors de la mise en œuvre du droit de visite et de saisie prévu à l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales au domicile personnel de M. B le 20 mai 2016, le vérificateur a procédé à l'examen des données accessibles à partir d'un ordinateur ayant pour nom Marlix60115-PC et de quatre clés USB et a constaté que cet ordinateur contenait la partie BUREAU du logiciel Marlix Coiffure et que les fichiers saisis comprenaient un répertoire nommé " WFIC " contenant les archives du salon avec un sous-répertoire pour chaque mois de la période de janvier 2016 à mai 2016 et que l'une des clés USB contenait les archives des mois de février à décembre 2015. En outre, le vérificateur a relevé des indices de l'utilisation de l'outil IMAGE.EXE comme la présence d'un fichier nommé SALONIMG.FIC, qui permet de stocker le nom du dernier salon traité par l'application, ou du fichier de paramétrage SERVICEO.FIC qui fait état de plusieurs informations de paramétrage comportant les mots " IMAGE " ou " RATTRAPAGE APRES IMAGE " ou encore " IMAGE V5 OU V8 " ou encore " REFAIT ". Le vérificateur a également relevé qu'entre les mois de février et de décembre 2015, il existait entre le chiffre d'affaires apparaissant sur le fichier PERSONNE.FIC, qui, ainsi qu'il a été dit, n'est pas modifié par l'outil IMAGE.EXE, et celui apparaissant sur le fichier FICHE.FIC un écart variant, selon les mois, entre 3,96 % et 8,13 %. De même, en comparant les fichiers CLIENT.FIC et les fichiers FICHE.FIC, il a constaté que sur les 459 clients connus comme ayant eu une dernière date de passage durant la période de février à décembre 2015 dans les fichiers CLIENT.FIC, 389 étaient présents dans le fichier FICHE.FIC. Le vérificateur a également relevé, pour tous les mois de février à décembre 2015, l'existence d'incohérences dans le champ " EURO " du fichier FICHE.FIC, et en particulier la présence dans ce champ d'un montant fixe sans rapport avec le montant hors taxe de la ligne attendu en relation avec le montant toutes taxes comprises figurant dans le champ " PRIX ", anomalie qui constitue une trace de l'utilisation de l'outil IMAGE.EXE. En outre, le vérificateur a constaté qu'au cours des huit premiers mois de l'année 2016, année au cours de laquelle a été installée la version 17 du logiciel qui neutralise l'applicatif frauduleux, les paiements en espèces ont augmenté de près de 30 % par rapport à la même période de 2015 contre une augmentation de 3 % pour les autres modes de paiement pour la même période. De même, il a noté, pour 2015, que la part des règlements espèces variait très fortement selon la position des fiches dans la journée et que la part la plus faible était celle relative au premier tiers de la journée. Enfin, s'agissant des années 2013 et 2014, pour lesquelles la société Julien B Vitry n'a pas conservé, dans les formes prévues par l'article L. 102 B du livre des procédures fiscales, les justificatifs de sa comptabilité, motif qui justifiait à lui seul le rejet de cette dernière, le vérificateur a constaté que la proportion des paiements en espèces était faible en comparaison des recettes correspondantes comptabilisées à partir de janvier 2016 et qu'il existait une forte disparité de la proportion des règlements en espèces selon la période de la journée. L'ensemble de ces éléments confirme l'utilisation, pendant les années 2013 à 2015, du logiciel frauduleux. Si la société requérante fait grief au service de n'avoir utilisé que des données relatives à l'année 2015, ainsi qu'il a été dit, il s'agissait des seules données dont il disposait, la société n'ayant pas conservé les justificatifs de sa comptabilité pour les exercices antérieurs. De même, si la société Julien B Vitry conteste la date à laquelle elle a implanté la version 17 du logiciel pour critiquer l'analyse statistique des paiements en espèces, elle n'établit pas la date de cette implantation. Enfin, elle ne fournit aucune justification plausible sur le faible niveau des règlements en espèces constaté pour l'ensemble de la période contrôlée par rapport aux niveaux constatés à compter du mois de janvier 2016 ni sur la présence des marqueurs d'utilisation du logiciel IMAGE.EXE que sont les fichiers SERVICEO.FIC et SALONIMG.FIC ni encore sur les incohérences contre les fichiers FICHE.FIC et les fichiers PERSONNE.FIC et les anomalies concernant le champ EURO dans le fichiers FICHE.FIC.
15. Dans ces conditions, le service doit être regardé comme apportant la preuve que la société Julien B Vitry a utilisé pendant toute la période en litige un logiciel frauduleux lui permettant de modifier a posteriori des données de caisse afin d'éluder une partie de ses recettes. Il est constant que les données issues de ce logiciel ont été utilisées pour établir la comptabilité de la société requérante dès lors que, ainsi qu'il a été dit, les états RESUME DE CAISSE, qui constituent la synthèse mensuelle des fiches du mois, sont transmis au comptable pour la comptabilisation mensuelle des produits, des encaissements et de la taxe sur la valeur ajoutée. Par suite, et alors même qu'elle aurait été régulière en la forme, la comptabilité de la société, qui ne retrace qu'une partie des opérations réalisées par cette dernière, est dépourvue de caractère probant et elle a pu être écartée comme telle par le vérificateur.
En ce qui concerne la reconstitution des recettes :
16. Il résulte de l'instruction que pour reconstituer les recettes de la société Julien B Vitry pendant la période vérifiée, le service a calculé le montant moyen des suppressions opérées durant la période de mars à décembre 2015 en opérant une comparaison entre les fichiers PERSONNE.FIC et FICHE.FIC de chaque archive mensuelle et a obtenu un montant de 1 785 euros par mois soit 21 420 euros par an. Il a appliqué ces montants pour la totalité des années 2013 et 2014 et pour les mois de janvier et février 2015, en l'absence de conservation des données informatisées permettant de justifier de recettes déclarées par la société. Pour les mois de mars à décembre 2015, il a retenu les sommes apparaissant sur les fichiers non retraités par le logiciel Marlix Coiffure saisis. La société Julien B Vitry ne peut utilement soutenir que la méthode retenue par l'administration est radicalement viciée et sommaire en ce qu'elle s'appuie pour reconstituer son chiffre d'affaires notamment sur le fichier PERSONNE.FIC, qui ne constitue pas une pièce comptable, dès lors qu'il est constant que les employés qui sont mentionnés dans ce fichier sont bien ceux de la société sur la période contrôlée et que ce fichier retrace les chiffres d'affaires mensuels réalisés par chacun de ces employés sur cette même période. En outre, la société soutient que la méthode suivie par l'administration, qui ne prend pas en compte l'évolution des prix au cours des années 2013 à 2015, s'avère forfaitaire et approximative. Toutefois, le service fait valoir, à cet égard, qu'une éventuelle évolution des prix n'a pu être prise en compte puisque les données informatiques des exercices 2013 et 2014 n'ont pas été conservées et que, d'autre part, le chiffre d'affaires déclaré pour 2013 représentait 98,66 % de celui déclaré pour 2015 quand l'inflation générale entre ces deux années a été, en cumul sur deux ans et selon l'INSEE, de l'ordre de 1%. Ainsi, compte tenu des éléments dont disposait le vérificateur pour reconstituer les recettes, et alors que la société requérante ne propose aucune autre méthode d'évaluation plus précise, la méthode de reconstitution des recettes mise en œuvre par l'administration ne peut être regardée comme excessivement sommaire ou radicalement viciée.
17. Il résulte de ce qui précède que la société Julien B Vitry n'est pas fondée à demander la décharge des impositions en litige. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le service a regardé les recettes éludées comme constituant des revenus distribués.
Sur les pénalités :
18. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : () c. 80 % en cas de manœuvre frauduleuse () ".
19. D'une part, la proposition de rectification du 22 décembre 2016 rappelle les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts et indique de manière détaillée les motifs pour lesquels il a été fait application de la majoration pour manœuvres frauduleuses en l'espèce. Elle est ainsi suffisamment motivée sur ce point.
20. D'autre part, pour justifier l'application de la majoration prévue par le c de l'article 1729 du code général des impôts, l'administration fait valoir qu'elle a relevé de nombreux indices démontrant que la société Julien B Vitry avait utilisé de manière délibérée et récurrente une application informatique permettant de minorer les recettes encaissées et que l'utilisation de cet outil a permis de dissimuler des recettes d'exploitation et de réduire la base imposable tant à l'impôt sur les sociétés qu'en matière de taxe sur la valeur ajoutée et que le montant de ces recettes est de 21 240 euros pour les l'exercice clos en 2013 et 2014 et de 21 422 euros pour l'exercice clos en 2015. Elle précise que l'usage, a minima à une fréquence mensuelle, de cet outil, qui permet de supprimer des recettes tout en maintenant une apparence de sincérité de la comptabilité ne peut résulter que d'une volonté manifeste et non de simples erreurs ou omissions involontaires. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, que la société Julien B Vitry a eu recours à des procédés de nature à l'égarer ou à restreindre son pouvoir de contrôle et, par suite, du bien-fondé de la pénalité de 80 % dont étaient assortis les suppléments d'impôts en litige.
Sur les frais liés au litige :
21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Julien B Vitry au titre de frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En outre, aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance, les conclusions présentées par la société requérante à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête de la société Julien B Vitry est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Julien B Vitry et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.
La rapporteure,
A. A
Le président,
B.R. BACHOFFER
La greffière,
L. REGNIER
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-2,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026