jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2014624 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | BOURGI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 septembre 2020, le 15 juin 2021 et le 14 février 2022, Mme A C, représentée en dernier lieu par Me Bourgi, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels elle a été assujettie au titre des années 2012 et 2013, outre les pénalités et intérêts de retard dont ces cotisations ont été assorties ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la proposition de rectification et la réponse à ses observations sont entachées d'irrégularité, faute de comporter la signature de leur auteur ;
- la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée ;
- aucune réponse n'a été apportée à ses observations s'agissant de la contestation de la pénalité pour manquement délibéré ;
- c'est à tort que l'administration fiscale a refusé le caractère déductible de certaines dépenses, alors même qu'elle apporte des justificatifs tels que des relevés de compte, des factures libellées à son nom ou celui de la société dont elle est gérante, des reçus ou des factures établies au nom de ses clients ;
- ces justificatifs doivent être pris en compte, notamment au regard de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne en matière de taxe sur la valeur ajoutée, laquelle est transposable aux autres impositions ;
- par ailleurs, pour les frais de voyage, ceux-ci doivent être pris en compte pour la détermination de son résultat imposable, dès lors qu'elle justifie du caractère professionnel de ces dépenses ;
- s'agissant des sommes inscrites au compte courant d'associé, elle a apporté des justificatifs qui établissent qu'elles correspondent à des paiements effectués au bénéfice de la société, de sorte qu'elles ne peuvent être regardées comme des revenus réputés distribués ;
- s'agissant de la majoration de 1,25 appliquée aux revenus réputés distribués pour la détermination des prélèvements sociaux, celle-ci ne peut être maintenue, compte tenu de la décision du Conseil constitutionnel, qui l'a jugée contraire au principe d'égalité dans sa décision n°634/650 QPC du 7 juillet 2017 ;
- l'administration fiscale ne pouvait légalement lui appliquer une pénalité pour manquement délibéré, dès lors que son comportement ne peut être mis en cause et que les manquements résultent en réalité de la négligence du cabinet d'expert-comptable qu'elle avait mandaté.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la décision n°634/650 QPC du Conseil constitutionnel du 7 juillet 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bourgi, pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est gérante et associée à 80 % de la société SR Institut, établissement de soins de beauté, qui exerce, en outre, une activité de ventes d'accessoires et de mode de luxe. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des années 2012 et 2013, dont les opérations se sont déroulées du 30 mars 2015 au 29 juin suivant et ont donné lieu à la notification d'une proposition de rectification datée du 10 juillet 2015. Parallèlement au contrôle de la société et par une proposition de rectification datée du même jour, adressée à Mme C, l'administration fiscale lui a notifié des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux, outre des pénalités et intérêts de retard. Cette dernière a adressé des observations à l'administration fiscale par une lettre du 12 octobre 2015, à la suite desquelles l'administration fiscale a partiellement maintenu les rectifications. Mme C a alors présenté un recours hiérarchique tout en sollicitant la saisine de l'interlocuteur départemental. A la suite de l'intervention du supérieur hiérarchique, certaines rectifications ont été abandonnées par une décision du 26 janvier 2016, tandis que l'intervention, le 24 mai 2016, de l'interlocuteur départemental a conduit à l'abandon d'autres rectifications. Les impositions en litige ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2016 pour un montant total de 126 494 euros en droits et pénalités. Par une réclamation du 20 décembre 2018, adressée à l'administration fiscale par l'intermédiaire de son conseil, Mme C a contesté l'ensemble de ces impositions. Du silence gardé par l'administration fiscale est née une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme C demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2012 et 2013, outre les pénalités dont ces cotisations ont été assorties.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Selon l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification, ou une réponse aux observations du contribuable, consécutive à un autre contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée. Enfin, aux termes de l'article 350 terdecies de l'annexe III du code général des impôts : " I. - Sous réserve des dispositions des articles 409 et 410 de l'annexe II au code général des impôts, seuls les fonctionnaires de la direction générale des finances publiques appartenant à des corps des catégories A et B peuvent fixer les bases d'imposition et liquider les impôts, taxes et redevances ainsi que proposer les rectifications () ". Si, en l'absence de tout élément permettant d'identifier l'auteur de l'acte, le défaut de signature manuscrite du vérificateur prive de sa valeur la proposition de rectification sur laquelle figurent seulement son nom et son titre, l'absence de signature du vérificateur sur la proposition de rectification n'est pas de nature à rendre la procédure irrégulière dès lors que ce document est revêtu de celle de son supérieur hiérarchique.
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que si la proposition de rectification établie, le 10 juillet 2015, à la suite de l'examen de la situation fiscale personnelle de la requérante, comporte l'identité de l'inspectrice qui a opéré la vérification et de l'inspecteur principal des finances publiques, elle n'est toutefois revêtue d'aucune signature manuscrite, de sorte qu'elle est dépourvue de toute valeur. Dans ces circonstances, Mme C est fondée à soutenir que les impositions en litige ont été établies à la suite d'une procédure irrégulière.
4. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à demander la décharge des impositions en litige en droits et en pénalités, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire partiellement droit à la demande de Mme C en mettant à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux auxquels elle a été assujettie au titre des années 2012 et 2013, à hauteur de 126 494 euros, dont 86 164 euros de droits et 40 330 euros de pénalités.
Article 2 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
Mme Belkacem, première conseillère,
Mme Marchand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
La rapporteure,
N. B
Le président,
C. FOUASSIER
La greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026