mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2014659 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | KRIEF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2020, M. E B et Mme C D, représentés par Me Krief, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits, intérêts et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
-la valeur de l'avantage en nature correspondant à l'utilisation privative du logement situé rue de Rivoli est de 30 % et non de 70 % comme l'a retenu l'administration ;
-M. B n'utilise jamais le véhicule de la marque Triumph à titre personnel ;
-les dons à un parti politique ont été dûment justifiés ;
-l'application des pénalités et majorations n'est pas justifiée, les redressements auxquels elles ont été appliquées n'étant pas fondés ;
-le taux des intérêts de retard appliqué aurait dû être le taux d'intérêt légal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2021, l'administrateur général de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code électoral ;
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme A,
-et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la vérification de comptabilité, pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, de la SAS Galerie Georges-Philippe B Art 9, dont M. B est le président salarié, le service a engagé un contrôle sur pièces des déclarations de revenus de ce dernier et de son épouse pour les années 2014 et 2015. Par une proposition de rectification du 13 juin 2017, le service leur notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années contrôlées et des cotisations supplémentaires de contributions sociales pour l'année 2015. M. B et Mme D demandent la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. Aux termes de l'article 79 du code général des impôts : " Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu. " et aux termes de l'article 82 du même code : " Pour la détermination des bases d'imposition, il est tenu compte du montant net des traitements, indemnités et émoluments, salaires, pensions et rentes viagères, ainsi que de tous les avantages en argent ou en nature accordés aux intéressés en sus des traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères proprement dits ".
3. D'une part, il résulte de l'instruction que lors de la vérification de comptabilité de la SAS Galerie Georges-Philippe B Art 9, le service a constaté que la société prenait en charge le loyer et les charges locatives d'un appartement de sept pièces situé 178 rue de Rivoli à Paris d'une surface de 199,39 m² pour un montant annuel total de 96 000 euros, que cet appartement était occupé à titre d'habitation principale par M. B, Mme D et leur fille et que la société avait déclaré un avantage en nature annuel de 12 000 euros. La société a précisé que l'appartement était utilisé à des fins professionnelles à hauteur de 87 % dès lors qu'elle y recevait des artistes ou des clients. Le service a admis un taux d'utilisation de l'appartement à titre professionnel de 30 %. Dans le cadre de la présente instance, les requérants demandent à ce que ce taux soit porté à 70 % et que l'avantage en nature que leur a accordé la société soit, en conséquence, fixé à 30 %. Ils se prévalent du fait que cet appartement est utilisé pour organiser des cocktails dinatoires dans le cadre d'expositions à la galerie, ainsi que pour l'hébergement d'artistes et de repas professionnels avec des clients. Ils produisent à l'appui de leurs affirmations huit tickets d'invitation à des cocktails dinatoires dans cet appartement, une attestation d'un traiteur datée du 29 novembre 2018 qui indique avoir organisé, livré et servi des prestations de dîner et de déjeuner à cinq reprises en 2014 et 2015 dans cet appartement, des attestations de trois autres traiteurs du 31 janvier 2017 et du 1er septembre 2018 qui précisent que des buffets ont été livrés et des prestations fournies à cette adresse depuis janvier 2013 pour 50 à 80 personnes et trois factures d'une de ces société mentionnant des prestations des 8 septembre, 21 octobre et 10 décembre 2015. Les requérants produisent également des attestations de personnes, notamment des artistes, collectionneurs, critiques d'art, personnalités du monde de l'art, qui indiquent avoir été invitées à plusieurs reprises pendant les deux années en litige à des cocktails dinatoires dans cet appartement. Toutefois, l'ensemble de ces documents et attestations mentionne au maximum dix dates, toujours les mêmes, en deux ans. En outre, M. B et Mme D soutiennent qu'une partie de l'appartement constitue un showroom, terme mentionné également dans les attestations de traiteurs ou de personnes indiquant avoir été invitées aux cocktails dinatoires, et produisent deux justificatifs d'assurance confirmant la présence d'œuvres d'art dans l'appartement de la rue de Rivoli. Toutefois, les requérants n'établissent pas, par ces seuls éléments, que le taux d'occupation professionnelle de leur appartement familial excéderait 30 %. En outre, ainsi que l'a constaté le service, la SAS Galerie Georges Philippe B Art 9 n'a pas déclaré de cotisation foncière des entreprises pour cet appartement et les requérants ont été soumis à la taxe d'habitation pour la totalité de la surface de ce dernier. Par suite, M. B et Mme D ne sont pas fondés à demander la décharge des redressements correspondants.
4. D'autre part, il résulte de l'instruction que le service a constaté que la SAS Galerie Georges-Philippe B Art 9 avait acquis, en 2007, un véhicule de collection de marque Triumph et qu'aucun avantage en nature n'avait été comptabilisé pour ce véhicule, qui a été utilisé à des fins personnelles et professionnelles au cours des deux années en litige. Le service a remis en cause la déduction par la société des frais d'entretien et d'assurance liés à ce véhicule à hauteur de 70 % et a estimé que ces sommes correspondaient à un avantage en nature accordé aux requérants. M. B et Mme D soutiennent que le véhicule en cause, qui a effectué moins de 1 000 km pendant les deux années en litige, n'est jamais utilisé à titre personnel dès lors que M. B dispose de son propre véhicule. Toutefois, la seule production de la carte grise d'un autre véhicule de collection au nom de M. B et acquis le 6 févier 2015 ne saurait suffire à établir que le véhicule litigieux aurait été utilisé exclusivement à titre professionnel. Par suite, M. B et Mme D ne sont pas fondés à demander la décharge des redressements correspondants.
5. Enfin, aux termes de l'article 200 du code général des impôts dans sa version applicable : " 3. Ouvrent également droit à la réduction d'impôt les dons, prévus à l'article L. 52-8 du code électoral versés à une association de financement électorale ou à un mandataire financier visé à l'article L. 52-4 du même code qui sont consentis à titre définitif et sans contrepartie, soit par chèque, soit par virement, prélèvement automatique ou carte bancaire, et dont il est justifié à l'appui du compte de campagne présenté par un candidat, un binôme de candidats ou une liste. Il en va de même des dons mentionnés à l'article 11-4 de la loi n° 88-227 du 11 mars 1988 relative à la transparence financière de la vie politique ainsi que des cotisations versées aux partis et groupements politiques par l'intermédiaire de leur mandataire. () 5. Les versements ouvrent droit au bénéfice de la réduction d'impôt, sous réserve que le contribuable soit en mesure de présenter, à la demande de l'administration fiscale, les pièces justificatives répondant à un modèle fixé par l'administration attestant du montant et de la date des versements ainsi que de l'identité des bénéficiaires. / Toutefois, pour l'application du 3, les reçus délivrés pour les dons et les cotisations d'un montant égal ou inférieur à 3 000 € ne mentionnent pas la dénomination du bénéficiaire ". En outre, aux termes de l'article R. 39-1 du code électoral dans sa version applicable : " Le mandataire prévu par le premier alinéa de l'article L. 52-4 délivre à chaque donateur, quel que soit le montant du don consenti, un reçu détaché d'une formule numérotée, éditée par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Le reçu est produit à l'appui de toute déclaration qui ouvre droit à une réduction de l'impôt sur le revenu, au titre du 2 bis de l'article 200 du code général des impôts. () La souche et le reçu mentionnent le montant et la date du versement ainsi que l'identité et l'adresse du domicile fiscal du donateur. Le reçu est signé par le donateur. () "
6. Le service a remis en cause les réductions et crédits d'impôt dont ont bénéficié M. B et Mme D à raison de dons ou cotisations à des partis politiques à hauteur de 470 euros au titre de chacune des deux années en litige au motif qu'ils n'avaient pas justifié de ces dons et cotisations. Les requérants produisent pour chaque versement un reçu comportant l'en-tête de la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques. Comme ils l'indiquent, l'article 200 du code général des impôts dans sa version antérieure à l'entrée en vigueur de la loi du 15 décembre 2017 pour la confiance dans la vie politique, prévoyait que les reçus délivrés pour les dons et les cotisations d'un montant égal ou inférieur à 3 000 euros ne devaient pas mentionner la dénomination du bénéficiaire. Les requérants sont donc fondés à soutenir que l'administration ne pouvait leur opposer cette absence de mention. En revanche, dès lors que les deux reçus ne comportent aucune signature du donateur en méconnaissance de dispositions de l'article R. 39-1 du code électoral et que celui du 27 novembre 2014 a été établi à l'adresse professionnelle de M. B, ils ne peuvent être admis pour justifier la réalité des dons en cause. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge des impositions supplémentaires correspondantes.
Sur les pénalités :
7. Si M. B et Mme D contestent les pénalités de 10 % mises à leur charge sur le fondement de l'article 1758 A du code général des impôts, ils se bornent à soutenir qu'ils contestent les redressements auxquels ces pénalités ont été appliquées. Compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, leurs conclusions à fin de décharge desdites pénalités doivent donc être rejetées.
Sur les intérêts :
8. Aux termes de l'article 1727 du code général des impôts : " I. - Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code. () ".
9. L'intérêt de retard institué par les dispositions de l'article 1727 du code général des impôts vise essentiellement à réparer les préjudices de toute nature subis par l'Etat à raison du non-respect par les contribuables de leurs obligations de déclarer et payer l'impôt aux dates légales. Le taux de cet intérêt a été ramené de 0,75 % par mois à 0,40 % par mois par l'article 29 de la loi n° 2005-1719 du 30 décembre 2005 de finances pour 2006. Si l'évolution des taux du marché a conduit à une hausse relative de cet intérêt depuis qu'il a ainsi été fixé, cette circonstance ne lui confère pas pour autant la nature d'une sanction, dès lors que son niveau n'est pas devenu manifestement excessif au regard du taux moyen pratiqué par les prêteurs privés pour un découvert non négocié, avec lequel le taux de l'intérêt de retard doit être comparé dès lors que cet intérêt ne compense pas exclusivement le coût d'emprunt pour l'Etat, au taux du marché, des sommes que les contribuables versent en retard et doit garder un caractère incitatif pour les contribuables. Le taux de 0,40% de l'intérêt de retard ne revêtant par suite pas le caractère d'une sanction, il n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B et Mme D au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. B et Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Mme C D et l'administrateur général de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.
La rapporteure,
A. A
Le président,
B.R. BACHOFFER
La greffière,
L. REGNIER
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026