jeudi 6 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2015739 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ARVIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 septembre 2020 et le 15 janvier 2021, M. A B, représenté par Me Arvis, demande au tribunal :
1°) de condamner la ville de Paris à lui verser la somme de 15 000 euros ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande préalable et la capitalisation de ces intérêts, en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de l'illégalité de la décision du 21 mars 2017 fixant le tableau d'avancement au grade d'agent d'accueil et de surveillance principal de 1ère classe au titre de l'année 2017 ;
2°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de l'avis de la commission administrative paritaire permettant d'en vérifier sa régularité ;
- elle méconnaît l'article 79 de la loi du 26 janvier 1984 ;
- elle méconnaît l'article 8 du décret du 16 décembre 2014 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 ;
- elle est entachée d'une discrimination ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la responsabilité de la ville de Paris est engagée en raison de l'illégalité de la décision portant tableau d'avancement au grade d'agent d'accueil et de surveillance principal de 1ère classe au titre de l'année 2017 ;
- il est fondé à solliciter une indemnité de 6 000 euros au titre du préjudice financier qu'il estime avoir subi ;
- son préjudice de carrière est évalué à 3 000 euros et son préjudice moral est évalué à 6 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2020, la maire de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable faute d'une décision individuelle faisant grief ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 15 janvier 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 1er février 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 89-229 du 17 avril 1989 ;
- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B demande la condamnation de la ville de Paris à lui verser une indemnité de 15 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'illégalité de la décision du 21 mars 2017 par laquelle la maire de Paris a arrêté le tableau d'avancement au grade d'agent d'accueil et de surveillance principal de 1ère classe au titre de l'année 2017, annulée par un jugement n° 1706176 et 1715674 du 5 octobre 2018 devenu définitif du Tribunal administratif de Paris.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. "
3. Il résulte de l'instruction que la requête de M. B par laquelle il demande l'indemnisation des dommages qu'il estime avoir subis en raison de l'illégalité fautive du tableau d'avancement au grade d'agent d'accueil et de surveillance principal de 1ère classe au titre de l'année 2017 est accompagnée de sa réclamation ainsi que de la pièce justifiant la date de dépôt. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par la ville de Paris doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction, que la décision du 21 mars 2017 par laquelle la maire de Paris a arrêté le tableau d'avancement au grade d'agent d'accueil et de surveillance principal de 1ère classe au titre de l'année 2017 a été annulée par le Tribunal par un jugement n° 1706176 et 1715674 du 5 octobre 2018 devenu définitif. Cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la ville de Paris, pour autant qu'elle ait été à l'origine d'un préjudice direct et certain.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 80 de la loi du 26 janvier 1984 : " Le tableau annuel d'avancement mentionné au 1° et au 2° de l'article 79 est arrêté par l'autorité territoriale dans les conditions fixées par chaque statut particulier. " Aux termes de l'article 1er du décret du 17 avril 1989 : " Les commissions administratives paritaires comprennent en nombre égal des représentants des collectivités territoriales ou établissements publics et des représentants du personnel. Elles ont des membres titulaires et un nombre égal de membres suppléants. " Aux termes de l'article 26 de ce décret : " Un procès-verbal est établi après chaque séance. Il est signé par le président et contresigné par le secrétaire et le secrétaire adjoint et transmis, dans le délai d'un mois à compter de la date de séance, aux membres de la commission. Ce procès-verbal est soumis à l'approbation des membres de la commission lors de la séance suivante. "
6. M. B soutient que la décision du 21 mars 2017 a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment du procès-verbal produit par la ville de Paris, dûment signé par le président, contre signé par le secrétaire et indiquant l'ordre du jour, que le tableau d'avancement en litige a été pris après avis de la commission administrative paritaire compétente du 20 mars 2017. Ce procès-verbal précise, en outre, l'ensemble des membres de la commission présents et ceux ayant pris part au vote. Dans ces conditions, une éventuelle irrégularité de la procédure de convocation est, en l'espèce, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée et n'aurait pas privé M. B d'une garantie. Par ailleurs, si le procès-verbal de la commission doit être transmis dans un délai d'un mois suivant la séance aux membres de la commission, une transmission au-delà de ce délai n'a pas davantage d'incidence sur la légalité de la décision litigieuse. Par suite, aucune illégalité fautive de nature à ouvrir un droit à réparation du requérant ne peut être retenue sur ce point.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 79 de la loi du 26 janvier 1984 : " L'avancement de grade a lieu de façon continue d'un grade au grade immédiatement supérieur. / Il a lieu suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : / 1° Soit au choix par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi après avis de la commission administrative paritaire, par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents ; () ". Aux termes de l'article 8 du décret du 16 décembre 2014 : " Pour l'établissement du tableau d'avancement prévu à l'article 80 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée et de la liste d'aptitude prévue à l'article 39 de cette même loi, il est procédé à une appréciation de la valeur professionnelle du fonctionnaire, compte tenu notamment : / 1° Des comptes rendus d'entretiens professionnels ; / 2° Des propositions motivées formulées par le chef de service ; / 3° Et, pour la période antérieure à la mise en place de l'entretien professionnel, des notations. / Les fonctionnaires sont inscrits au tableau d'avancement par ordre de mérite ou sur la liste d'aptitude. Les candidats dont le mérite est jugé égal sont départagés par l'ancienneté dans le grade. "
8. Lorsqu'il est saisi d'un recours tendant à l'annulation d'un arrêté portant inscription à un tableau d'avancement, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, qui ne saurait se borner, dans le cadre de son contrôle restreint, à apprécier la valeur professionnelle d'un candidat écarté, d'analyser les mérites comparés de cet agent et de ceux des autres agents candidats à ce même grade.
9. Il résulte de l'instruction que M. B, qui occupait les fonctions de chef d'équipe au sein de la direction des espaces verts et de l'environnement a obtenu pour les années 2014 et 2015, prises en compte pour l'élaboration du tableau d'avancement litigieux, les notes de 18 et de 18,25, supérieures à la moyenne, ainsi que des appréciations élogieuses indiquant notamment son aptitude à accéder à un grade supérieur. Il résulte de l'instruction que les agents promus dont l'ancienneté est égale ou inférieure à celle du requérant ont obtenu des notes moins élevées que celles du requérant. En défense, la ville de Paris n'apporte aucun élément objectif de nature à justifier les motifs qui l'ont conduite à promouvoir les autres agents. Dans ces conditions, la décision du 21 mars 2017 fixant le tableau d'avancement au grade d'agent d'accueil et de surveillance principal de 1ère classe au titre de l'année 2017 doit être regardée comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. M. B est, par suite, fondé à rechercher la responsabilité de la ville de Paris sur ce point, pour autant qu'elle ait été à l'origine d'un préjudice direct et certain.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison () de leur âge, () ".
11. Le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination, attend du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il lui soumette des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
12. M. B soutient avoir subi une discrimination en raison de son âge. Toutefois, la seule circonstance que des agents plus âgés auraient été promus n'est pas à elle seule suffisante pour laisser présumer une atteinte au principe d'égalité de traitement entre les personnes. Par suite, M. B n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de la ville de Paris sur ce point.
En ce qui concerne les préjudices :
13. En premier lieu, au regard de l'erreur manifeste d'appréciation dont est entachée la décision du 21 mars 2017, telle que caractérisée au point 9, M. B est fondé à se prévaloir d'un préjudice de carrière et d'un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en les évaluant à une somme globale de 1 000 euros.
14. En second lieu, l'erreur manifeste d'appréciation entachant le tableau d'avancement en litige a privé M. B d'une chance sérieuse d'être promu au grade d'agent d'accueil et de surveillance principal de 1ère classe. M. B est ainsi fondé à demander à être indemnisé du préjudice financier correspondant à la différence entre le traitement qu'il aurait perçu s'il avait été promu au grade d'agent d'accueil et de surveillance principal de 1ère classe et le traitement effectivement perçu, à compter de la date à laquelle il aurait pu être promu et jusqu'au 6 octobre 2022, date du présent jugement, dans la limite de 14 000 euros.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
15. En premier lieu, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1153 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale.
16. Il résulte de l'instruction que les intérêts moratoires sont dus à compter du 20 mai 2020.
17. En second lieu aux termes de l'article 1154 du code civil : " Les intérêts échus des capitaux peuvent produire des intérêts, ou par une demande judiciaire, ou par une convention spéciale, pourvu que, soit dans la demande, soit dans la convention, il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
18. La capitalisation des intérêts a été demandée dans la requête enregistrée le 25 septembre 2020. A cette date, il n'était pas dû une année entière d'intérêts. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande au 20 mai 2021, date à laquelle ces intérêts étaient dus pour une année entière, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
19. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Paris la somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La ville de Paris versera à M. B la somme de 1 000 euros, en réparation de son préjudice de carrière et moral, et une somme correspondant à la différence entre le traitement qu'il aurait perçu s'il avait été promu au grade d'agent d'accueil et de surveillance principal de 1ère classe et le traitement effectivement perçu, à compter de la date à laquelle il aurait pu être promu et jusqu'au 6 octobre 2022, dans la limite de la somme de 14 000 euros, en réparation de son préjudice financier.
Article 2 : La somme totale mentionnée à l'article 1 du présent jugement sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 mai 2020. Les intérêts échus le 20 mai 2021 seront capitalisés à cette date pour produire eux-mêmes intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 3 : La ville de Paris versera à M. B la somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la maire de Paris.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
Mme Belkacem, première conseillère,
Mme Marchand, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.
La rapporteure,
A. C
Le président,
C. FouassierLa greffière,
B. Chahine
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, où à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pouvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026