jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2015742 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BERNARD LAGARDE (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 septembre 2020 et le 28 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Mosser, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016, des majorations en droits et pénalités dont ces cotisations ont été assortis, pour un montant total de 32 252 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure est entachée d'irrégularité, dès lors qu'aucun débat n'a porté sur le motif du rehaussement de l'imposition en litige ;
- la proposition de rectification du 1er août 2019 n'a pas été notifiée régulièrement, de sorte qu'elle n'a pas pu valablement interrompre la prescription du délai de reprise, qui s'est achevé le 31 décembre 2019 ;
- aucune mutation de sa clientèle n'est intervenue, dès lors que celle-ci n'avait aucune valeur patrimoniale, de sorte que l'imposition supplémentaire ne repose sur aucun fondement ;
- l'administration fiscale aurait dû faire application de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 8 avril 2021, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Belkacem, rapporteure,
- les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique,
- et les observations de Me Mosser pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. Pujol, avocat, qui a exercé à titre individuel jusqu'au 12 décembre 2016, date de cessation de cette activité, puis dans le cadre d'une société d'exercice libéral à responsabilité limitée qu'il a constituée le 7 juillet 2016, a fait l'objet de deux vérifications de comptabilité. La première a concerné son exercice à titre individuel et a porté sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre suivant, tandis que la seconde portait sur l'activité de la société pour la période du 1er septembre 2016 au 31 décembre 2017. Au terme des opérations de vérification l'administration fiscale a adressé à M. A deux propositions de rectification, l'une datée du 15 juillet 2019 et concernant la société, l'autre datée du 1er août 2019 et se rapportant à son activité exercée à titre individuel. Puis, dans le cadre de la vérification de cet exercice individuel, elle a mis à la charge de M. A des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2016, assorties de pénalités pour un montant de 32 252 euros. M. A a contesté ces majorations en droits et pénalités par une réclamation du 27 février 2020 adressée à l'administration fiscale, qui l'a expressément rejetée par une décision du 30 juillet 2020.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables () ". Dans le cas où la vérification de la comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable dans lesquels sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.
3. Si, le requérant soutient qu'il a été privé de la garantie attachée à un débat oral et contradictoire, dès lors que le motif de rehaussement, à savoir l'absence de déclaration de la mutation de sa clientèle et partant de la plus-value réalisée à cette occasion, ne lui a pas été indiqué lors des opérations de contrôle, il résulte toutefois de l'instruction que les vérifications de comptabilité se sont toutes deux tenues dans les locaux de la société constituée par Me A, et ont donné lieu à plusieurs interventions sur place, notamment les 11 avril 2019, 20, 22 et 24 mai suivant. M. A, qui a alors la charge de la preuve, n'établit pas que le vérificateur, qui n'était pas tenu de lui notifier à ce stade les chefs de rectification qu'il entendait retenir, se serait, lors de ses interventions, refusé à tout échange de vues avec lui. Par ailleurs, la circonstance que les vérifications de la comptabilité de Me A et de sa société soient intervenues dans les mêmes locaux n'est pas de nature à établir l'absence de débat oral et contradictoire. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Aux termes de l'article L. 189 du même code : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () ". Eu égard à l'objet de ces dispositions, relatives à la détermination du délai dont dispose l'administration pour exercer son droit de reprise, la date d'interruption de la prescription est celle à laquelle le pli contenant la proposition de rectification a été présenté à l'adresse du contribuable. Il en va de même lorsque le pli n'a pu lui être remis lors de sa présentation et que, avisé de sa mise en instance, il l'a retiré ultérieurement ou a négligé de le retirer.
5. Le requérant soutient que la proposition de rectification datée du 1er août 2019 n'a pas été notifiée régulièrement, de sorte qu'elle n'a pas pu valablement interrompre le délai de reprise dont dispose l'administration. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment des mentions portées sur le bordereau d'envoi du pli contenant la proposition précitée, que celle-ci a été adressée et présentée au domicile personnel du requérant le 3 août 2019 sans que M. A ne le retire dans le délai de quinze jours de mise en instance. En outre, aucune disposition ne faisait obligation à l'administration fiscale d'adresser la proposition de rectification en litige, relative à son exercice individuel jusqu'en 2016, au siège de la société d'exercice libéral qu'il a constituée en juillet 2016. La proposition de rectification présentée le 3 août 2019 au domicile du requérant a ainsi valablement interrompu la prescription. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur le bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu :
6. D'une part, aux termes de l'article 202 du code général des impôts : " 1. Dans le cas de cessation de l'exercice d'une profession non commerciale, l'impôt sur le revenu dû en raison des bénéfices provenant de l'exercice de cette profession y compris ceux qui proviennent de créances acquises et non encore recouvrées et qui n'ont pas encore été imposés est immédiatement établi. Les contribuables doivent, dans un délai de soixante jours déterminé comme il est indiqué ci-après, aviser l'administration de la cessation et lui faire connaître la date à laquelle elle a été ou sera effective, ainsi que, s'il y a lieu, les nom, prénoms et adresse du successeur. () 2. Les contribuables sont tenus de faire parvenir à l'administration dans le délai prévu au 1 la déclaration visée à l'article 97 ou au 2 de l'article 102 ter. Si les contribuables ne produisent pas la déclaration visée au premier alinéa, les bases d'imposition sont arrêtées d'office () ". Aux termes de l'article 93 du même code : " 1. Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession. Sous réserve des dispositions de l'article 151 sexies, il tient compte des gains ou des pertes provenant soit de la réalisation des éléments d'actif affectés à l'exercice de la profession, soit des cessions de charges ou d'offices, ainsi que de toutes indemnités reçues en contrepartie de la cessation de l'exercice de la profession ou du transfert d'une clientèle () ". Aux termes de l'article 39 duodecies de ce code : " 1. Par dérogation aux dispositions de l'article 38, les plus-values provenant de la cession d'éléments de l'actif immobilisé sont soumises à des régimes distincts suivant qu'elles sont réalisées à court ou à long terme. 2. Le régime des plus-values à court terme est applicable : () b. Aux plus-values réalisées à l'occasion de la cession d'éléments détenus depuis deux ans au moins, dans la mesure où elles correspondent à des amortissements déduits pour l'assiette de l'impôt. Le cas échéant, ces plus-values sont majorées du montant des amortissements expressément exclus des charges déductibles ainsi que de ceux qui ont été différés en contravention aux dispositions de l'article 39 B () 3. Le régime des plus-values à long terme est applicable aux plus-values autres que celles définies au 2 () ".D'autre part, aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".
7. Il résulte de l'instruction que l'exercice par M. A en cabinet individuel de son activité libérale relevant du régime des bénéfices non commerciaux, a définitivement cessé le 12 décembre 2016, et qu'il avait préalablement constitué une société d'exercice libéral le 7 juillet 2016, dont il était alors l'unique associé et le gérant. Il est également constant que le requérant n'a pas déclaré de plus-value à long terme dans le délai de soixante jours prescrit pas les dispositions précitées du code général des impôts. Or, en se bornant à invoquer sans l'établir, alors que la charge de la preuve lui incombe en application des dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales en l'absence de réponse dans le délai légal à la proposition de rectification, qu'aucun transfert de clientèle n'est intervenu et que celle-ci n'avait aucune valeur patrimoniale, le requérant ne remet pas utilement en cause le bien-fondé de l'imposition en litige. Enfin, l'administration, qui pouvait légalement se fonder sur les dispositions précitées du code général des impôts, n'était pas tenue de faire application de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales relatives à l'abus de droit. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander la décharge de l'imposition en litige.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à M. A la somme que celui-ci demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
Mme Belkacem, première conseillère,
Mme Marchand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.
Le rapporteur,
N. BELKACEMLe président,
C. FOUASSIER
La greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026