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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2015805

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2015805

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2015805
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET BRET BREMENS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n°2015805 et un mémoire complémentaire, enregistrés le 24 septembre 2020 et le 28 avril 2021, Mme C A B, représentée par la SELAS Bret Bremens, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge (en droits, pénalités et amendes) des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure est entachée d'irrégularité, dès lors que l'avis de vérification adressé par le service le 21 avril 2016 ne fait référence qu'à une seule de ses deux activités, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales ;

- la taxe sur la valeur ajoutée facturée le 31 août 2012 sous l'enseigne " Spacio Creative Leaving " n'est pas exigible dès lors que la facture correspondante n'a jamais été réglée par le client ;

- la facture n°12 d'un montant de 11 000 euros TTC émise le 1er avril 2013 à l'adresse du client " Preen " a été régulièrement inscrite dans sa comptabilité ;

- les prestations de location du loft réalisées sous l'enseigne " Loft Factory " ne sont pas assujetties à la TVA dès lors que, s'agissant des locaux à usage mixte, l'assujettissement à la TVA se fait sur option seulement (option à laquelle elle n'a pas souscrite), et que, s'agissant des locaux à usage d'habitation, seules sont assujetties les locations meublées répondant à une " activité para-hôtelière " ce qui n'est pas le cas en l'espèce.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 avril 2021 et le 4 juin 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris, conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 avril 2021, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 18 mai 2022.

II. Par une requête n°2015806 et un mémoire complémentaire, enregistrés le 24 septembre 2021 et le 28 avril 2021, Mme C A B et M. J D, représentés par la SELAS Bret Bremens, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge (en droits, pénalités et amendes) des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2011 à 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la procédure est entachée d'irrégularité, dès lors que, d'une part, l'avis de vérification adressé par le service le 21 avril 2016 ne fait référence qu'à une seule des deux activités de Mme A B, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, et que, d'autre part, l'administration n'était pas en droit de mettre en œuvre la procédure prévue à l'article L. 16 du livre des procédures fiscales, dite " règle du double " ;

- les redressements issus des revenus d'origine indéterminée correspondant aux crédits bancaires émanant de la société Clio Consultancy Services ne sont pas fondés, dès lors que l'administration ne peut écarter les effets du contrat de prêt contracté avec la société Clio Consultancy Services ;

- la facture n°12 d'un montant de 11 000 euros TTC émise le 1er avril 2013 à l'adresse du client " Preen " a été régulièrement inscrite dans la comptabilité de Mme A B ;

- les autres redressements issus des revenus d'origine indéterminés ne sont pas fondés car ils sont suffisamment justifié par les pièces produites au dossier ;

- les majorations pour manœuvres frauduleuses et pour manquement délibéré appliquées par le service ne sont pas fondées en droit.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 avril 2021 et le 4 juin 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Par une ordonnance du 29 avril 2021, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 28 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Saint Chamas,

- les conclusions de M. Blanc, rapporteur public,

- les observations de Me Dos Santos, représentant Mme A B et M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A B, qui exerce une activité individuelle spécialisée de design sous le numéro SIREN 429 201 684 a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2014. Par une proposition de rectification du 28 juillet 2016, des rehaussements de son bénéfice imposable lui ont été notifiés au titre des années 2012 à 2014 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2012 à 31 décembre 2014, mis en recouvrement le 31 juillet 2017. Par la requête n° 2015805, Mme A B demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de TVA ainsi mis à sa charge pour un montant total restant en litige de 36 883 euros.

2. Par ailleurs, Mme A B et M. D, qui exerce, à titre indépendant, une activité de scénariste et réalisateur, domiciliés 3 rue de Turbigo à Paris, ont également fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle (ESFP) portant sur les années 2013 et 2014. Par une proposition de rectification du 7 décembre 2016, l'administration leur a notifié les rehaussements en résultant à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux des années 2013 et 2014, mis en recouvrement le 30 septembre 2017. Par la requête n° 2015806, les requérants demandent au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012 à 2014 et résultant de la vérification de comptabilité et de l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle.

Sur la jonction :

3. Les requêtes n° 2015805 et n° 2015806 présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de joindre ces deux requêtes, qui ont fait l'objet d'une instruction commune, pour y statuer par un seul jugement.

Sur la requête n°2015805 :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

4. Par une décision du 14 janvier 2021, postérieure à l'enregistrement de la requête, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris a prononcé un dégrèvement, en droits et pénalités de droits de taxe sur la valeur ajoutée pour un montant total de 19 762 euros au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014. Les conclusions de Mme A B sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

En ce qui concerne les conclusions de Mme A B :

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

5. Aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu ou une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification () ".

6. Par ailleurs aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ".

7. Il résulte de l'instruction qu'au titre de l'ensemble de la période vérifiée du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2014, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige ont été notifiés selon la procédure de taxation d'office prévue par les dispositions de l'article L 66-3° du

livre des procédures fiscales, en l'absence de dépôt des déclarations de TVA au cours de cette période. Dès lors, en raison de cette situation de taxation d'office qui n'a pas été révélée par la vérification de comptabilité, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.47 du livre des procédures fiscales est inopérant et doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

8. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui

demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". En application de ces dispositions, la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions notifiées incombe à Mme A B, régulièrement taxée d'office à la taxe sur la valeur ajoutée.

S'agissant des prestations facturées sous l'enseigne " Spacio Creative Leaving " :

9. Aux termes de l'article 283 du code général des impôts dans sa rédaction applicable : " 3. Toute personne qui mentionne la taxe sur la valeur ajoutée sur une facture est redevable de la taxe du seul fait de sa facturation. 4. Lorsque la facture ne correspond pas à la livraison d'une marchandise ou à l'exécution d'une prestation de services, ou fait état d'un prix qui ne doit pas être acquitté effectivement par l'acheteur, la taxe est due par la personne qui l'a facturée () ". Aux termes de l'article 269-2 du même code : " La taxe est exigible : () c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits () ". Enfin, aux termes de l'article 272 du même code, dans sa rédaction applicable à la période de taxation en litige : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a été perçue à l'occasion de ventes ou de services est imputée ou remboursée dans les conditions prévues à l'article 271 lorsque ces ventes ou services sont par la suite résiliés ou annulés () / L'imputation ou la restitution est subordonnée à la justification, auprès de l'administration, de la rectification préalable de la facture initiale () ".

10. Il résulte de l'instruction que Mme A B a émis, le 31 août 2012, via son enseigne " Spacio Creative Leaving ", une facture n°120801 au nom de M. I concernant des " honoraires pour le projet du 8 Square d'Albidoni 75016 " mentionnant une TVA au taux de 19, 6% de 11 276 euros et un montant HT de 57 530,64 euros. Si la requérante fait valoir que son client ne s'est pas acquitté de cette facture et qu'ainsi la TVA correspondante n'est pas exigible en application des dispositions de l'article 269-2 du code général des impôts, il résulte des dispositions du 3 de l'article 283 de ce code, fondement du rappel litigieux, que la taxe est due du seul fait de sa facturation sans qu'il soit tenu compte des règles d'exigibilité de la taxe. Par ailleurs, en tout état de cause, il est constant que le service a limité le rappel de TVA au montant correspondant aux prestations facturées et non réalisées, en application du jugement du tribunal de grande instance de Paris du 2 juin 2015 confirmé par l'arrêt de la cour d'appel de Paris du 20 février 2020, limitant le montant de la prestation réalisée à 10 000 euros TTC " eu égard aux réelles diligences accomplies " par Mme A B. Dans ces conditions, la requérante, qui n'a ni déclaré cette taxe ni établi de facture rectificative, n'est pas davantage fondée à soutenir qu'elle pouvait bénéficier de la procédure de régularisation de l'article 272 du code général des impôts. Il résulte de ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander la décharge du rappel de taxe litigieux.

S'agissant des factures non retrouvées en comptabilité :

11. L'administration fiscale a constaté, lors des opérations de contrôle des activités exercées par Mme A B, que la facture n°12 d'un montant de 11 000 euros TTC émise le 1er avril 2013 à l'adresse du client Preen Thorton Bregazzi correspondant à la location d'un showroom pour la période du 28 juin 2013 au 4 juillet 2013 n'avait pas fait l'objet d'une inscription en comptabilité et a rappelé en conséquence la taxe sur la valeur ajoutée collectée correspondante. Pour justifier de la comptabilisation régulière de cette facture, Mme A B se prévaut des deux écritures comptables BQ 4-5 du 4 avril 2013 d'un montant de 5 500 euros libellée " thornton bregazzi " et BQ 4-7 du 4 juin 2013 d'un montant de 6 370,90 euros libellée " orthornton ". Toutefois, si la requérante soutient que le montant renseigné au titre de l'opération BQ 4-7 du 4 juin 2013, soit " 6 370, 90 " aurait été réalisé en livres sterling, la page de garde du " grand livre général " qu'elle produit à l'appui de son allégation précise que celui-ci est " rédigé en euros ". Au surplus, une application du taux de change Livre sterling/Euro en vigueur au 4 juin 2013, soit 1,17, ne permet pas d'expliquer le différentiel avec le montant total de 11 000 euros facturé. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a assujetti Mme A B à un rappel de droits de taxe sur la valeur ajoutée au titre de cette facture.

S'agissant des prestations facturées sous l'enseigne Loft Factury :

12. L'administration a assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée les recettes provenant de la location du loft appartenant à Mme A B, sis 34 rue Greneta à Paris, réalisées sous l'enseigne " Loft Factory " et consentie, d'une part, pour des courtes durées à des touristes via des agences ou des plateformes de mises en relations telles que AirBNB et I-escape et d'autre part, de location à la journée à des professionnels pour des séminaires, des conférences de presse, des cocktails ou l'organisation de show-room.

13. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel () ". Aux termes de l'article 261-D du code général des impôts : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : () 4° Les locations occasionnelles, permanentes ou saisonnières de logements meublés ou garnis à usage d'habitation. Toutefois, l'exonération ne s'applique pas : () b. Aux prestations de mise à disposition d'un local meublé ou garni effectuées à titre onéreux et de manière habituelle, comportant en sus de l'hébergement au moins trois des prestations suivantes, rendues dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements d'hébergement à caractère hôtelier exploités de manière professionnelle : le petit déjeuner, le nettoyage régulier des locaux, la fourniture de linge de maison et la réception, même non personnalisée, de la clientèle () ".

14. Pour soutenir que les prestations de location du loft en litige ne sont pas assujetties à la TVA, Mme A B se prévaut de ce que, s'agissant des locaux à usage mixte, l'assujettissement à la TVA se fait sur option seulement (option à laquelle elle n'a pas souscrite), et que, s'agissant des locaux à usage d'habitation, seules sont assujetties les locations meublées répondant à une " activité para-hôtelière ", en application des dispositions de l'article 261 D, 4°b) du code général des impôts précitées, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Il résulte toutefois de l'instruction que l'administration a limité le rappel des droits aux seules prestations pour lesquelles la requérante n'a pas transmis le contrat de location correspondant. A défaut pour Mme A B, qui supporte la charge de la preuve, de justifier de la nature des prestations réalisées et au regard de la nature des locations consenties, le service a considéré qu'il s'agissait de locations de locaux aménagés à usage professionnel munis de mobilier, du matériel ou des installations nécessaires à l'exercice de l'activité, opérations commerciales soumises à la TVA de plein droit en application de l'article 256-I du CGI. Il a, en particulier, relevé que lorsque le loft est loué pour des séminaires, showrooms, etc., la requérante met à disposition des locataires des écrans plats et d'autres éléments de mobiliers caractéristiques de l'organisation de séminaires (paper-boards, tables, chaises en nombre suffisant, etc.) et fournit également la décoration florale ainsi que certaines prestations de restauration basiques (thé, café, serviettes en papier, etc.) Dans ces conditions, Mme A B, qui ne produit pas ces contrats devant le tribunal et se borne à indiquer que les locaux sont à usage d'habitation, n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de droits de taxe sur la valeur ajoutée correspondants.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à solliciter la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014.

Sur la requête n°2015806 :

En ce qui concerne la régularité de la procédure de vérification de comptabilité :

16. Aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu ou une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification () ". Toutefois, aucun texte ne prescrit à l'administration d'indiquer, dans l'avis qu'elle adresse au contribuable avant une vérification de comptabilité, la nature de l'activité et la catégorie de revenus sur lesquelles portera ce contrôle.

17. Mme A B reproche au service d'avoir méconnu les dispositions précitées de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, faute de lui avoir adressé un avis de vérification pour chacune des deux activités qu'elle exerce à titre individuel, alors que celles-ci sont distinctes tant par leur objet, que leur localisation, leur clientèle et qu'elles relèvent de régimes comptables et fiscaux différents. Toutefois, il résulte de l'instruction que si l'avis de vérification adressé le 21 avril 2016 à Mme F portait la mention " Mme C A B, pour son activité individuelle BIC immatriculée au RC 429201684 (SIREN), Esc C, 3 rue de Turbigo, 75 002 Paris ", il précise que la vérification portera sur " l'ensemble [des] déclarations fiscales ou opérations susceptibles d'être examinées () ". La mention de l'adresse du siège où est exercée l'une de deux activités de Mme A B ne pouvait être regardée comme excluant du contrôle l'activité exercée à titre individuel par la requérante en une autre localisation, dès lors que l'avis précise que la vérification porte sur l'ensemble de l'activité individuelle exercée par Mme A B sous le numéro SIREN 429201684 et qu'il est constant que chacune des deux activités exercées par l'intéressée à titre individuel, qui sont l'une et l'autre à l'origine des bénéfices industriels et commerciaux contrôlés par le service, sont exercées sous ce même numéro SIREN. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure de vérification de comptabilité diligentée à son encontre méconnait l'article L.47 du livre des procédures fiscales. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la régularité de la procédure de demandes de justifications de l'article L.16 du livre des procédures fiscales :

18. Aux termes de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration () peut également demander [au contribuable] des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés, notamment lorsque le total des montants crédités sur ses relevés de compte représente au moins le double de ses revenus déclarés ou excède ces derniers d'au moins 150 000 € (). Les demandes visées aux alinéas précédents doivent indiquer explicitement les points sur lesquels elles portent et mentionner à l'intéressé le délai de réponse dont il dispose en fonction des textes en vigueur ". Si ces dispositions n'obligent pas l'administration à procéder, préalablement à l'envoi d'une demande de justifications, à un examen critique des crédits figurant sur les comptes bancaires ou les comptes courants, ni, quand elle l'a fait, à se référer comme terme de comparaison aux seuls crédits dont l'origine n'est pas justifiée après le premier examen, elles ne la dispensent pas de neutraliser, afin de déterminer le montant total des crédits à prendre en compte pour procéder à sa comparaison, les virements de compte à compte du contribuable. Par ailleurs, lorsque, pour démontrer l'existence d'indices sérieux de dissimulation de revenus, l'administration retient, comme premier terme de comparaison, les crédits figurant sur des comptes bancaires mixtes retraçant indistinctement des mouvements de fonds liés à l'activité professionnelle du contribuable et des opérations étrangères à cette activité, elle doit retenir, comme deuxième terme de comparaison, non le revenu net déclaré, mais le montant brut des recettes professionnelles de l'intéressé.

19. Les requérants soutiennent que l'administration n'était pas en droit de mettre en œuvre la procédure prévue à l'article L. 16 du LPF dès lors qu'elle n'a pas fait une correcte application de la " règle du double ".

20. En premier lieu, ils soutiennent que le service aurait dû écarter certains crédits bancaires dont le libellé faisait apparaître leur caractère professionnel. Il résulte toutefois de l'instruction que, pour apprécier la " règle du double ", l'administration a, d'une part, écarté les comptes bancaires qui, dans le cadre du débat contradictoire, avaient été identifiés par les contribuables comme étant des comptes strictement professionnels, et d'autre part, en l'absence de la possibilité de déceler sans examen critique préalable leur nature professionnelle, a retenu les crédits des autres comptes bancaires, dès lors qu'ils avaient été désignés par les contribuables eux-mêmes comme étant à usage exclusivement privé. En particulier, la simple mention dans l'intitulé d'un virement du nom, voire de l'adresse de la personne à l'origine du virement, ne permettait pas, à la seule lecture du libellé des crédits bancaires, de déterminer la nature des sommes en cause. Ainsi c'est à bon droit que de tels crédits ont été retenu pour l'application de la " règle du double " quand bien même ils relèveraient, comme le soutiennent les requérants, de l'activité de location meublée du loft, ou correspondraient à des rachats de meubles.

21. En second lieu, dès lors que les comptes bancaires examinés par le service n'étaient pas censés retracer des mouvements de fonds relatifs à des opérations professionnelles mais, selon les indications des requérants données dans le cadre du débat contradictoire, être exclusivement utilisés à des fins personnelles, il n'y avait pas lieu pour le service de comparer le montant des crédits figurant sur ces comptes aux recettes brutes de l'activité professionnelle de Mme A B, mais seulement aux revenus nets déclarés par les contribuables.

22. En dernier lieu, dans la mesure où le compte bancaire d'origine des virements provenant de l'activité de location meublée " Loft Factory " n'est pas un compte analysé dans le cadre de l'ESFP, le caractère de " virement de compte à compte " entre un compte professionnel du contribuable et un compte personnel résulte d'un examen critique préalable que l'administration n'est pas tenue d'effectuer. Il n'y avait ainsi pas lieu de neutraliser ces virements pour apprécier la règle du double.

23. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la règle du double n'a pas été correctement appliquée et que l'administration n'était pas en droit de mettre en œuvre la procédure prévue à l'article L. 16 du livre des procédures fiscales dans le cadre de l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure d'imposition doit donc être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

24. Mme A B et M. D contestent le bien-fondé de la taxation, en tant que revenus d'origine indéterminée, des différents crédits figurant sur leurs comptes bancaires dont l'administration a considéré que leur caractère non imposable n'avait pas été suffisamment justifié par les intéressés.

25. Un contribuable taxé d'office en application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales peut apporter devant le juge de l'impôt la preuve que les sommes concernées, soit ne constituent pas des revenus imposables, soit se rattachent à une catégorie déterminée de revenus. Dans ce cas, le contribuable peut obtenir, le cas échéant, une réduction de l'imposition d'office régulièrement établie au titre du revenu global, à raison de la différence entre les bases imposées d'office et les bases résultant de l'application des règles d'assiette propres à la catégorie de revenus à laquelle se rattachent, en définitive, les sommes en cause.

Sur les revenus provenant de la société Clio Consultancy Services :

26. Les requérants soutiennent que les sommes de 36 100 euros perçues en 2013 et 42 973 euros perçues 2014 provenant de la société de droit américain Clio Consultancy Services correspondent à une partie d'un prêt global d'un montant de 500 000 dollars au bénéfice de M. D afin de développer ses projets cinématographiques. Les requérants produisent pour en justifier un acte notarié américain daté du 1er octobre 2010 qui ne fournit toutefois aucun détail sur le fonctionnement de la ligne de crédit tel que la date de versement des sommes prêtées ou les comptes bancaires destinataires des virements. Il résulte également de l'instruction que les requérants n'ont produit aucun justificatif afin de démontrer le rattachement des sommes provenant de la société Clio Consultancy Services avec l'exécution du contrat de prêt alors qu'un jugement du tribunal de grande instance de Paris en date du 2 juin 2015 fait mention également de prestations facturées pour le compte de Mme A B par la société Clio Consultancy Services. Dans ces conditions, les requérants, qui supportent la charge de la preuve, n'établissent pas la nature exacte des revenus en provenance de la société Clio Consultancy Services. Par suite, c'est à bon droit que les sommes correspondantes ont été qualifiées de revenus d'origine indéterminée par l'administration.

Sur les factures non retrouvées en comptabilité concernant le client " Preen " :

27. Ainsi qu'il a été dit au point 11, c'est à bon droit que l'administration a intégré le montant de la facture n°12 d'un montant de 11 000 euros TTC émise le 1er avril 2013 à l'adresse du client Preen Thorton Bregazzi aux bénéfices industriels et commerciaux de Mme A B.

Sur les autres revenus d'origine indéterminée :

28. En premier lieu, les requérants produisent, au stade de la procédure contentieuse, une facture en date du 7 juillet 2014 à l'adresse de Sarah Berkley et Angela Couts d'un montant de 2 000 euros pour justifier la nature des deux crédits bancaires d'un montant de 1 800 euros et 200 euros en date des 24 juillet 2014 et 18 décembre 2014 respectivement, dont l'intitulé fait apparaître la mention " Angela Couts ".Toutefois, les requérants, qui par ailleurs ne justifient pas des raisons pour lesquelles cette facture aurait été réglée en deux fois, ne peuvent en tout état de cause prétendre à la décharge de l'imposition correspondante en établissant seulement la provenance des sommes en cause, dès lors qu'il leur appartient de justifier que cette somme de 2 000 euros ne serait pas imposable. Au surplus, les requérants ne peuvent pas davantage prétendre à une réduction de l'imposition de cette somme sans démontrer la catégorie de revenus à laquelle cette somme se rattache.

29. En deuxième lieu, les requérants soutiennent que l'administration a qualifié, à tort, de revenus d'origine indéterminée certains crédits bancaires correspondant, selon eux, à des remboursements de dépenses engagées pour leur compte ou à des remboursements de prêts ou d'avance. Toutefois, en l'absence de production d'éléments comportant la liste des dépenses effectuées et des copies des factures d'achats correspondantes ou d'une justification de la date et du montant de la somme initialement avancée, les requérants, qui supportent la charge de la preuve, n'établissent pas la nature de ces crédits bancaires par la seule production de copies de chèques, de simples devis d'achat de meubles ou encore de diverses attestations des personnes à l'origine des virements ainsi que les copies de leurs passeports. En particulier, si les requérants font valoir que le virement de 800 euros effectué le 5 avril 2013 par M. O'Such correspondrait au remboursement de meubles comme l'attesterait la facture émanant de l'enseigne Vivienne Westwood France en date du 13 décembre 2012 produite par les requérants au stade de la procédure contentieuse, cette facture, outre le fait qu'elle ne désigne pas les biens auxquelles elle se rapporte, a été établie directement au nom de M. O' Such lui-même et non à celui des requérants, de sorte qu'il n'est pas établi que ceux-ci auraient acquitté cette facture pour le compte de cette personne.

30. En troisième lieu, la production d'une facture de l'agence 20 000 Lieux datée du 10 juin 2013, par ailleurs non signée, portant la mention " frais de dédommagement pour amende de co-propriété " d'un montant de 500 euros ne saurait constituer une preuve suffisante pour justifier de la nature exacte du crédit bancaire du même montant en date du 13 mars 2014, ni, par conséquent, à démontrer son caractère non imposable, en l'absence de production, par les requérants, de tout élément tendant à justifier de la réalité des dommages causés sur le loft. Dans ces conditions, c'est à bon droit que cette somme a été considérée comme étant d'origine indéterminée par l'administration.

31. En quatrième lieu, les pièces et explications des requérants se rapportant à un crédit d'un montant de 1 400 euros, en date du 13 septembre 2013, qui correspondrait au paiement tardif par Mme E d'une facture du 9 décembre 2009, permettent seulement d'établir l'origine du versement en cause, mais non sa nature, ni, en tout état de cause, la catégorie d'imposition à laquelle ce crédit pourrait se rattacher.

32. En cinquième lieu, pour justifier de l'origine du crédit bancaire de 6 350 euros réceptionné le 31 mars 2014, les requérants produisent un courrier de l'assureur La Mondiale selon lequel la somme correspond à un rachat partiel d'assurance vie. Si ce courrier précise que les prélèvements sociaux afférents ont été réglés, il ne détaille pas l'ancienneté de la souscription du contrat d'assurance-vie. Dans ces conditions, la détermination du régime fiscal en terme d'impôt sur le revenu applicable à ce rachat n'étant pas possible, c'est à bon droit que l'administration a intégré ce montant à la base imposable à l'impôt sur le revenu de M. D mais écarté son imposition aux prélèvements sociaux.

33. En sixième et dernier lieu, si M. D produit une confirmation de transaction vers son compte Paypal réalisée le 16 avril 2014 par M. G pour un montant de 596,32 euros et une attestation établie par le requérant lui-même, selon laquelle cette somme correspondrait à la vente à un ressortissant américain d'un objectif d'appareil photo d'occasion, cette attestation n'a pas de valeur probante suffisante pour établir la cause exacte du versement, ni par conséquent pour justifier de son caractère non imposable.

34. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à contester la taxation, en tant que revenus d'origine indéterminée, des crédits bancaires restant en litige Dans ces conditions, Mme A B et M. D ne sont pas fondés à solliciter la solliciter la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014.

En ce qui concerne les pénalités :

35. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses ou de dissimulation d'une partie du prix stipulé dans un contrat ou en cas d'application de l'article 792 bis ".

36. D'une part, comme il a été dit au point 16, les requérants n'établissent pas l'origine des crédits bancaires concernés par la majoration de 80% pour manœuvres frauduleuses par la seule production d'un acte notarié relatif à un prêt accordé par la société Clio Consultancy Services à M. D alors que l'administration se prévaut du jugement du 2 juin 2015 du tribunal de grande instance de Paris aux termes duquel Mme A B a facturé certains de ses honoraires via la société Clio Consultancy LLC, " qu'elle qualifie de société " mère " afin d'éviter à son client de payer la TVA ". Or, l'utilisation d'une société étrangère dont on a la maîtrise dans le seul but de faire encaisser par cette société des sommes imposables et d'éluder l'impôt constitue une manœuvre frauduleuse au sens des dispositions précitées. Dans ces circonstances, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le service vérificateur a bien motivé, en droit et en fait, la majoration de 80% pour manœuvres frauduleuses appliquée aux crédits bancaires émanant de la société Clio Consultancy Services.

37. D'autre part, pour établir le caractère délibéré des manquements reprochés aux requérants, l'administration s'est fondée sur l'importance des sommes dont l'origine ou la nature n'étaient pas justifiées, et dont le caractère imposable ne pouvait être ignoré. Par ailleurs, l'administration a également tenu compte du caractère répétitif des manquements sur les deux années d'imposition qui ont été vérifiées. Dans ces circonstances, l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée des requérants d'éluder l'impôt. Dès lors, ils ne peuvent prétendre à la décharge des pénalités appliquées sur le fondement de l'article 1729 a du code général des impôts.

38. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A B et M. D ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014.

Sur les frais liés au litige :

39. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, les sommes demandées par Mme A B et M. D et au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de la requête n° 2015805 à concurrence du dégrèvement prononcé le 14 janvier 2021 par le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris, pour un montant de 19 762 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n°2015805 et la requête n° 2015806 de Mme A B et M. D sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B, à M. J D et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris, pôle juridictionnel administratif.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

M. Le Bianic, premier conseiller,

Mme de Saint Chamas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

M. de SAINT CHAMAS

La présidente,

J. EVGÉNAS

La greffière,

C. LELIEVRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/2-1 et N° 2015806/2-1

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