vendredi 3 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2015951 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BODIN GENTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 30 septembre 2020, 20 janvier 2021 et 9 novembre 2021, Mme B A et M. C A, représentés par Me Genty, demandent au tribunal :
1°) de condamner la société ENEDIS (ex ERDF) à déposer dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir le boitier et le branchement qu'elle a installés dans le sous-sol de l'immeuble leur appartenant sis dans le 15ème arrondissement de Paris, 32 rue Chauvelot, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de la société ENEDIS la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que ce branchement et cette installation de boitier sont constitutifs d'une voie de fait ou d'une emprise irrégulière ; au regard de l'état du boitier, contrairement à ce que la société ENEDIS soutient, son installation est postérieure à l'année 1985 ; le coffret en cause a été déposé dans le sous-sol de leur immeuble sans aucune autorisation, sans information préalable ; il a été installé au seul bénéfice de D, et non dans l'intérêt général ; la société ENEDIS n'explique pas pourquoi il n'était pas possible d'installer directement ce coffret dans les locaux de D ; enfin la société ENEDIS évoque de manière erronée les immeubles des 32 et 34 rue Baudry alors que leur immeuble dans lequel a été installé irrégulièrement le coffret est situé 32 rue Chauvelot.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 décembre 2020 et 3 mars 2021, la société ENEDIS, représentée par Me Trecourt, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des époux A de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le coffret dont les requérants sollicitent le retrait est un coffret coupe-circuit et constitue en réalité le branchement de l'immeuble voisin (34 rue Baudry) au réseau électrique ;
- il s'agit d'un tronçon commun, un même branchement qui alimente plusieurs cages d'escaliers correspondant chacune à une adresse postale distincte et constitutif d'un ouvrage public, les ouvrages appartenant au concessionnaire et directement affectés au service public de la distribution d'électricité ayant le caractère d'ouvrage public ;
- le branchement litigieux est antérieur à 1985, date à laquelle il a été renouvelé ; sa réalisation n'a pu être mise en œuvre qu'avec l'accord des propriétaires de l'immeuble du 32 rue Baudry ; elle implique le percement des murs à l'intérieur de l'immeuble ; or, le concessionnaire ne peut intervenir dans des parties privatives, auxquelles il n'a pas le libre accès, sans l'accord des propriétaires ;
- ce branchement a été exploité et entretenu depuis au moins 1985 sans aucune contestation des propriétaires ; il n'entraîne aucune gêne ni dépossession pour les époux A ni de se clore ni de bâtir ; en revanche, la suppression de ce branchement entraînerait des conséquences excessives pour l'immeuble voisin ; la suppression du branchement litigieux constituerait également une atteinte excessive à l'intérêt général ;
- à titre subsidiaire, il est impossible de supprimer et créer un branchement au réseau public de distribution d'électricité dans un délai aussi court de huit jours.
Par ordonnance du 10 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 10 décembre 2021.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête, dès lors qu'il n'appartient pas à la juridiction administrative de prononcer des injonctions à titre principal.
Par un mémoire enregistré le 21 décembre 2022, M. et Mme A ont présenté leurs observations.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kanté, première conseillère,
- les observations de Mme Lambrecq, rapporteure publique,
- et les observations de Me Genty, représentant M. et Mme A et de E représentant la société ENEDIS.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A, propriétaires d'un immeuble sis 32 rue Chauvelot à Paris
(15ème arrondissement) doivent être regardés comme demandant l'annulation de la décision par laquelle la société ENEDIS a rejeté leur demande tendant à ce qu'elle dépose dans un délai de huit jours le boitier et le branchement qu'elle a installés dans le sous-sol de leur immeuble et qu'il soit enjoint à la société ENEDIS de procéder à cet enlèvement.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
2. Il est constant que le coffret (boitiers et branchements électriques) dont M. et
Mme A sollicitent le retrait, situé dans le sous-sol de leur immeuble au niveau des caves à partir duquel un câble est tendu vers l'immeuble voisin, est un coffret coupe-circuit raccordant l'immeuble voisin, situé 34 rue Baudry, par un branchement, au réseau électrique. Ce tronçon commun alimente ainsi par un même branchement plusieurs cages d'escaliers correspondant chacune à une adresse postale distincte. Cet ouvrage appartenant au concessionnaire et directement affecté au service public de la distribution d'électricité a ainsi le caractère d'ouvrage public.
3. En l'absence de voie de fait, la demande des époux A relève ainsi, par nature, de la seule compétence de la juridiction administrative et donc du présent tribunal, le juge judiciaire ne pouvant prescrire aucune mesure de nature à porter atteinte, sous quelque forme que ce soit, à l'intégrité ou au fonctionnement d'un ouvrage public, sauf dans l'hypothèse où la réalisation de l'ouvrage procède d'un acte manifestement insusceptible de se rattacher à un pouvoir dont dispose l'administration, ce qui n'est pas le cas en l'espèce.
4. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.
5. Il résulte de l'instruction qu'au premier sous-sol de l'immeuble situé 32 rue Chauvelot, appartenant aux époux A, a été posé un boîtier électrique sur un socle en bois sur lequel est gravé le nom de D, propriétaire de l'immeuble voisin. Par ailleurs, ainsi qu'en atteste le procès-verbal en date du 26 mars 2019 dressé par l'huissier sollicité par les requérants, deux câbles circulent en sous-face de la dalle haute puis dans l'escalier, traversant le mur par deux points de percement, puis circulant dans la courette du 32 Chauvelot et traversent par deux percements, le mur pignon arrière de l'immeuble situé 34 Jacques Baudry.
6. En premier lieu, la société ENEDIS en se bornant à soutenir que le branchement litigieux est antérieur à 1985, qu'un seul raccordement alimente les deux immeubles mitoyens et que la réalisation de la dérivation alimentant l'immeuble du 34 rue Baudry, impliquant le percement des murs à l'intérieur de l'immeuble des requérants, n'a pu être mise en œuvre sans leur autorisation, n'établit pas, par ses seules affirmations, avoir obtenu l'accord de ceux-ci ou des propriétaires précédents pour ce faire. Dans ces conditions, M. et Mme A sont fondés à soutenir que l'emprise de l'ouvrage en cause est irrégulière, le coffret déposé dans le sous-sol de leur immeuble et le branchement litigieux ayant été effectués sans leur autorisation.
7. En deuxième lieu, en l'espèce, il n'est pas établi ni même allégué par la société ENEDIS qu'il aurait effectivement été envisagé de recourir à une procédure d'établissement de servitudes après déclaration d'utilité publique permettant de régulariser la situation. Par suite, eu égard à la nature et à l'ampleur de l'irrégularité en cause, une régularisation appropriée n'apparaît pas possible.
8. En troisième lieu, la présence de l'ouvrage irrégulièrement implanté qui occupe la cave et l'immeuble des requérants leur occasionne nécessairement une gêne et des inconvénients en portant une atteinte excessive à leur droit de propriété. Et si la société ENEDIS fait valoir que la suppression du branchement litigieux ne serait pas sans conséquences pour l'immeuble voisin, il ne résulte pas de l'instruction que cette suppression entraînerait des conséquences excessives pour l'intérêt général, la société ENEDIS se bornant à soutenir, au demeurant sans en justifier, que la réalisation des travaux qu'impliquerait le " retrait/déplacement " de l'ouvrage, s'il devait être ordonné, ne pourrait être inférieure à un an.
9. Dans ces conditions, il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A sont fondés à demander l'annulation de la décision par laquelle la société ENEDIS a rejeté leur demande tendant à obtenir le retrait du boitier et du branchement qu'elle a installés dans le sous-sol de leur immeuble et à ce qu'il soit enjoint à cette même société de procéder à ce retrait dans un délai d'un an à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société ENEDIS demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société ENEDIS une somme de 1 500 euros euros au titre des frais exposés par M. et Mme A et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La décision par laquelle la société ENEDIS a rejeté la demande de M. et Mme A tendant à obtenir le dépôt du boitier et du branchement qu'elle a installés dans le sous-sol de l'immeuble des requérants est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la société ENEDIS de procéder au retrait du boitier et du branchement qu'elle a installés dans le sous-sol de l'immeuble des requérants dans un délai d'un an à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La société ENEDIS versera à M. et Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la société ENEDIS présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et
M. C A et à la société ENEDIS.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
Mme Kanté, première conseillère,
M. Coz, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.
La rapporteure,
C. KantéLa présidente,
C. Riou
La greffière,
S. Porrinas
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026