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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2016015

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2016015

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2016015
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantSANCHEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2020, la société Cashpad, représentée par Me Sanchez, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits, intérêts et majorations, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, et par voie de conséquence, la restitution de la somme de 83 971,40 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 9 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-l'administration a estimé à tort que ses fichiers d'écritures comptables étaient irréguliers ;

-elle ne lui a pas permis de bénéficier d'un débat oral et contradictoire ;

-sa comptabilité était sincère et probante et la charge de la preuve repose sur l'administration ;

-l'administration aurait dû lui demander de régulariser la taxe sur la valeur ajoutée dans le cadre de l'article L. 62 du livre des procédures fiscales ;

-elle a procédé à une régularisation de 46 706 euros pour l'exercice 2015 le 29 juillet 2016, soit avant la procédure de contrôle, et l'administration ayant validé cette régularisation, la somme a été taxée deux fois ;

-aucun manquement délibéré ne peut lui être reproché ;

-l'application de l'amende prévue par l'article 1729 D n'est pas justifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2021, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 22 février 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 mai 2021 à 12:00

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A,

-et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Cashpad est spécialisée dans le conseil en systèmes et logiciels informatiques et a notamment développé un logiciel de caisse pour les métiers de la restauration. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour l'ensemble de ses déclarations pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 et sur ses déclarations de crédit d'impôt recherche au titre des années 2014 à 2017. Par une proposition de rectification du 13 décembre 2018, le service lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, de taxe d'apprentissage et de formation professionnelle continue. La société Cashpad demande la décharge des impositions restant en litige suite à la décision d'admission partielle du 27 juillet 2020 par laquelle l'administration a prononcé le dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés en raison de la saisine du comité consultatif du crédit d'impôt sur dépenses de recherche.

Sur la régularité de la procédure :

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. ". Dans le cas où la vérification de comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.

3. Si la société Cashpad soutient qu'elle n'a pas bénéficié d'un véritable débat oral et contradictoire, elle n'assortit pas de ce moyen de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé alors que la charge de la preuve de l'absence d'un tel débat lui incombe dès lors que les opérations de contrôle se sont déroulées dans ses locaux situés 28 rue Réaumur à Paris. En outre, la circonstance que l'administration ait notifié, dans le cadre de la procédure de recouvrement, une requête aux fins de saisie conservatoire postérieurement à la notification de la proposition de rectification, est sans incidence sur l'appréciation de la réalité du débat oral et contradictoire qui s'est déroulé entre la requérante et le vérificateur pendant les opérations de contrôle sur place et ne saurait caractériser une atteinte au principe de confiance légitime comme le soutient la société Cashpad.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ".

5. A supposer que la société Cashpad ait entendu soutenir que la proposition de rectification du 13 décembre 2018 n'est pas suffisamment motivée, il résulte de l'instruction que cette dernière précise les règles de droit applicables, les impôts concernés, les années d'imposition ainsi que les motifs de fait sur lesquels l'administration s'est fondée avec suffisamment de précision pour permettre à la requérante de présenter utilement ses observations. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

6. Il résulte de l'instruction que le service a constaté, lors des opérations de contrôle, pour chacune des années en litige, une insuffisance de déclaration du chiffre d'affaires soumis à la taxe sur la valeur ajoutée et qu'il a opéré un rapprochement entre les mentions figurant sur les déclarations de chiffre d'affaires et les déclarations de résultat et a retenu les produits mentionnés dans ces déclarations, corrigés par la prise en compte des créances sur les clients et des avances et acomptes reçus à l'ouverture comme à la clôture des exercices. La société Cashpad, qui a reconnu l'insuffisance de déclaration en matière de taxe sur la valeur ajoutée pour 2015 lors des opérations de contrôle, soutient que l'administration n'a pas pris en compte la régularisation de 46 706 euros opérée le 29 juillet 2016 pour l'exercice 2015. Toutefois, l'administration indique avoir pris en compte l'ensemble des régularisations opérées par la société au titre de l'année 2015. La seule pièce que produit la société Cashpad pour contredire cette affirmation est un imprimé n° 3310-CA3 indiquant " régularisation année 2015 " et mentionnant la somme de 46 706 euros mais qui est libellé au nom de l'EURL Osilia et non à celui de la requérante. Dans ces conditions, la société Cashpad n'établit pas que la somme de 46 706 euros aurait été taxée à la fois en 2015 et en 2016.

7. En outre, aux termes de L. 62 du livre des procédures fiscales : " Si, dans un délai de trente jours à compter de la réception d'une demande mentionnée aux articles L. 10, L. 16 ou L. 23 A du présent code ou de la réception d'une proposition de rectification ou, dans le cadre d'une vérification de comptabilité ou d'un examen de situation fiscale personnelle, avant toute proposition de rectification, le contribuable demande à régulariser les erreurs, inexactitudes, omissions ou insuffisances dans les déclarations souscrites dans les délais, il est redevable d'un montant égal à 70 % de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. / Cette procédure de régularisation ne peut être appliquée que si : / 1° Elle ne concerne pas une infraction exclusive de bonne foi ; / 2° Le contribuable dépose une déclaration complémentaire dans les trente jours de la demande de régularisation mentionnée au premier alinéa du présent article et s'acquitte de l'intégralité des suppléments de droits simples dus et des intérêts de retard calculés en application du même premier alinéa soit au moment du dépôt de cette déclaration complémentaire, soit, en cas de mise en recouvrement par voie de rôle, au plus tard à la date limite de paiement portée sur l'avis d'imposition. () ".

8. Les dispositions précitées de l'article L. 62 du livre des procédures fiscales, qui visent les régularisations spontanées, n'imposent pas à l'administration de proposer au contribuable, pendant le contrôle, de régulariser les erreurs, inexactitudes, omissions ou insuffisances qu'elle relève et de l'inviter à présenter une demande de régularisation. Par suite, la société Cashpad n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait méconnu les dispositions de cet article.

9. Il résulte de ce qui précède que la société Cashpad n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie.

Sur les pénalités :

10. D'une part, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Il résulte des dispositions de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales et du principe de présomption d'innocence prévu notamment au 2 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que la charge de la preuve du bien-fondé de l'application des majorations pour manquement délibéré repose sur l'administration.

11. La société Cashpad soutient que les pénalités pour manquement délibéré n'étaient pas dues dès lors qu'elle a spontanément procédé à une régularisation de taxe sur la valeur ajoutée le 29 juillet 2016 pour l'exercice 2015. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, la déclaration rectificative qu'elle produit ne mentionne pas son nom mais celui d'une autre société. En outre, l'administration fait valoir que la minoration de taxe sur la valeur ajoutée déclarée pour 2015, soit 104 211 euros, était significative, que le montant des recettes non soumises à cette taxe ressortait clairement de la comptabilité puisqu'elle figurait au crédit des comptes de taxe sur la valeur ajoutée et que cette dette existait sur les trois exercices vérifiés et que l'importance et la récurrence des montants éludés tendent à démontrer qu'il ne peut s'agir d'un oubli ponctuel mais que cela constitue un mode de fonctionnement de la société. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme justifiant du caractère délibéré du manquement reproché à la société Cashpad et, par suite, du bien-fondé de l'application de la majoration de 40 % prévue à l'article 1729 précité du code général des impôts.

12. D'autre part, aux termes de l'article 1729 D du code général des impôts : " I. - Le défaut de présentation de la comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales entraîne l'application d'une amende égale à 5 000 € ou, en cas de rectification et si le montant est plus élevé, d'une majoration de 10 % des droits mis à la charge du contribuable. () ". Aux termes de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " I. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. / Le premier alinéa du présent article s'applique également aux fichiers des écritures comptables de tout contribuable soumis par le code général des impôts à l'obligation de tenir et de présenter des documents comptables autres que ceux mentionnés au premier alinéa du même article 54 et dont la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés. () ". En outre, aux termes de l'article A. 47 A du même livre : " VII. 1° Conformément au premier alinéa du I de l'article L. 47 A, l'ensemble des données comptables et des écritures retracées dans tous les journaux comptables au titre d'un exercice est remis dans un fichier unique, dénommé fichier des écritures comptables, dans lequel les écritures sont classées par ordre chronologique de validation. Ce fichier est constitué des écritures après opérations d'inventaire, hors écritures de centralisation et hors écritures de solde des comptes de charges et de produits. Il comprend les écritures de reprise des soldes de l'exercice antérieur et contient, pour chaque écriture, l'ensemble des données comptables figurant dans le système informatisé comptable de l'entreprise, les dix-huit premières informations devant obligatoirement correspondre, dans l'ordre, à celles listées dans le tableau suivant () ".

13. Il résulte de l'instruction que la société Cashpad a remis des fichiers d'écritures comptables (FEC) au vérificateur et que ce dernier a demandé à la société par deux courriers des 6 novembre et 4 décembre 2018 de procéder à la mise en conformité de ces fichiers avec les exigences et normes comptables dès lors que les numéros de pièces étaient remplacés par " X " ou " NonDispo ", ce qui rend le chemin de révision impossible, que pour 2017, une centralisation des écritures comptables des produits comptabilisés a été opérée et que la date validation des fichiers était le 15 octobre 2018 et était donc postérieure à l'envoi de l'avis de vérification. L'administration indique, sans être sérieusement contredite, que seuls les FEC 2015 ont été mis en conformité et il est constant que le service a adressé à la société un procès-verbal de FEC non probants pour les années 2014, 2016 et 2017 le 12 décembre 2018. Si la société Cashpad se prévaut du fait que l'administration n'a pas rejeté sa comptabilité comme non probante et sincère ni remis en cause la déductibilité des charges, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé de la pénalité litigieuse. En outre, la société requérante soutient que l'année 2014 étant prescrite, elle n'était pas tenue de fournir à l'administration les FEC correspondantes. Toutefois, dès lors que la vérification portait sur le crédit d'impôt recherche demandé par la société requérante en 2015 pour 2014 et que la comptabilité au titre de l'année 2015 comportait un report déficitaire, l'administration était fondée à solliciter la communication des FEC de l'année 2014. Ainsi, compte tenu des anomalies constatées, c'est à bon droit que l'administration a mis à la charge de la société l'amende prévue par l'article 1729 D du livre des procédures fiscales.

Sur les frais liés au litige :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

15. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Cashpad au titre de frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : La requête de la société Cashpad est rejetée.

Article 2 :: Le présent jugement sera notifié à la société Cashpad et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction régionale du contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

La rapporteure,

A. A

Le président,

B.R. BACHOFFER

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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