vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2016046 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | GUITTON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 octobre 2020, 16 novembre 2021 et 8 février 2022, Mme A B, représentée par Me Guitton, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 75 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi du fait du non-renouvellement de son contrat et d'une situation de harcèlement moral et de discrimination.
Elle soutient que :
- le non-renouvellement de son contrat n'est pas lié à des motifs relatifs à l'intérêt du service mais à la situation de harcèlement et de discrimination dont elle a été victime ; l'administration ne s'explique pas sur les motifs de sa décision ; ses qualités professionnelles pour occuper le poste sont incontestables ; son chef de cellule lui reproche d'avoir télé-travaillé pendant la crise sanitaire et l'a stigmatisée en raison de son statut de mère célibataire ; elle a dénoncé le comportement inadapté et sexiste de son chef de cellule ; ce dernier instaure un climat de sexisme ambiant envers elle et il déprécie la valeur de son travail ; ses courriers à la cellule Thémis font état de la situation de harcèlement et de discrimination qu'elle a subie ;
- en raison de cette situation elle a été victime d'une discrimination sexuelle et de faits de harcèlement moral ;
- elle a subi un préjudice financier lié au non-renouvellement de son contrat ;
- elle a subi un préjudice moral lié à la discrimination et au harcèlement qu'elle a subis.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 novembre 2021 et 1er décembre 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, Mme B ne justifiant pas avoir formulé de demande préalable indemnitaire ; elle est dépourvue de conclusions et de moyens ;
- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 mai 2021.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Blusseau, conseiller ;
- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;
- et les observations de Me Guitton, avocat de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B a été recrutée par un contrat à durée déterminée pour exercer les fonctions d'agent de secrétariat confirmée - infographiste à la direction des ressources humaines de l'armée de terre pour une durée d'un an, du 1er octobre 2019 au 30 septembre 2020. Elle exerçait ses missions au sein de la cellule communication visuelle du bureau marketing du recrutement dans la section éditoriale. Le 25 juin 2020, le ministre des armées lui a notifié le non-renouvellement de son contrat à l'issue de son échéance. Le 30 novembre 2020, elle a demandé l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de cette décision et de la situation de harcèlement moral et de discrimination sexuelle dont elle se prévaut. Sa demande ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet, elle demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 75 000 euros en réparation de ces préjudices.
Sur les fins de non-recevoir :
2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le 30 novembre 2020, Mme B a demandé à l'administration la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison du non-renouvellement de son contrat et d'une situation de harcèlement moral et de discrimination sexuelle dont elle aurait été victime. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'absence de réclamation préalable doit être écarté.
3. En second lieu, il ressort des écritures de Mme B qu'elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de conclusions et du défaut de motivation de la requête doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne le non-renouvellement du contrat :
4. En premier lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service.
5. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de la saisine de la cellule Thémis en août 2020 par Mme B, l'administration a mené, en septembre 2020, une enquête interne. Il résulte notamment des entretiens réalisés au cours de cette enquête que, en dépit des efforts de confiance et d'écoute renouvelés par sa hiérarchie ainsi que des conseils qui ont pu lui être donnés, Mme B a eu des difficultés à s'intégrer au sein du bureau marketing de recrutement où elle était affectée depuis octobre 2019, qu'elle a démontré, à plusieurs reprises, mal comprendre les consignes qui lui étaient données par sa hiérarchie, que les travaux qu'elle réalisait n'étaient pas toujours conformes aux demandes formulées, notamment pour des travaux importants, que plusieurs travaux n'ont pas été menés à terme, qu'elle ne respectait pas les délais, en particulier pour les travaux urgents, et que ces insuffisances ont conduit à reporter la charge de travail sur ses collègues. Il en résulte également qu'elle s'adressait de manière inadaptée aux partenaires extérieurs et qu'elle a mis ses collègues en porte-à-faux en sortant de son propre périmètre de compétence. Enfin, par les pièces qu'elle produit, notamment les comptes rendus circonstanciés de plusieurs des supérieurs hiérarchiques de Mme B de septembre 2020, l'administration établit de manière suffisante que celle-ci ne se remettait pas en question, ne respectait pas le protocole de travail et prenait pendant son temps et sur son lieu de travail des pauses trop longues au cours desquelles elle était injoignable, notamment en juin 2020. Dans ces conditions, la décision de non-renouvellement du contrat doit être regardée comme ayant été prise dans l'intérêt du service. Il suit de là que la circonstance qu'elle aurait également eu pour objet ou pour effet de l'évincer du service en raison de la situation de harcèlement et de discrimination qu'elle estime avoir subis est sans incidence sur sa légalité. Dès lors, en l'absence d'illégalité, le ministre n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la discrimination fondée sur le sexe :
6. Aux termes des dispositions de l'article 6 bis de la loi du 13 juillet 1983 : " () Aucun fonctionnaire ne doit subir d'agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d'une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant. () ".
7. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
8. Il résulte de l'instruction qu'à l'occasion de pauses méridiennes et lors d'une séance de sport, Mme B a été victime de propos sexistes et misogynes dans le cadre de remarques faites au sujet de la présence des femmes dans l'armée, auxquelles il lui a été conseillé de ne pas réagir afin de ne pas créer une situation difficile. Il résulte des pièces produites en défense, en particulier de l'entretien de l'un des agents présents lors de ces pauses méridiennes, que des propos sexistes, présentés comme des plaisanteries, ont bien été tenus. Dans ces conditions ces propos ont eu pour objet ou pour effet de créer un environnement dégradant, humiliant et offensant envers Mme B et sont constitutifs d'agissements sexistes. Il résulte de l'instruction que ces agissements ont causé à Mme B un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 1 000 euros. Par suite, l'Etat doit être condamné à verser à Mme B une indemnité de 1 000 euros.
En ce qui concerne le harcèlement moral :
9. Aux termes des dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 11 janvier 1984 alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ".
10. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
11. D'une part, il résulte de manière concordante des témoignages recueillis par l'administration au cours de l'enquête qu'elle a menée auprès des différents collègues de Mme B, de son supérieur hiérarchique direct ainsi que de leur hiérarchie qu'aucune situation anormale sur la façon dont ces deux agents s'adressaient l'un à l'autre n'a été relevée. Il résulte en outre de l'instruction que l'agent qui occupait le poste de Mme B avant elle, qui a également a été entendue dans le cadre de l'enquête administrative, ne fait plus partie du service et était particulièrement vigilante dans la lutte contre les propos et comportements sexistes, a témoigné du fait que son supérieur hiérarchique direct ne tenait pas de propos déplacés de nature sexiste ou misogyne. En revanche, si Mme B fait valoir qu'elle a été stigmatisée du fait de son statut de mère célibataire, que son supérieur hiérarchique direct l'a traitée comme si elle était son assistante personnelle ou sa secrétaire et qu'il a une attitude peu respectueuse des femmes, elle n'apporte pas d'éléments de fait suffisamment établis pour en faire présumer l'existence. Par suite, Mme B n'est pas fondé à soutenir que ces faits caractérisent une situation de harcèlement moral.
12. D'autre part, il résulte de l'instruction que les agissements mentionnés au point 8 du présent jugement, s'ils constituent une discrimination sexiste, ne caractérisent pas, à eux seuls, une situation de harcèlement moral au sens de l'article 6 quinquies de la loi du 11 janvier 1984.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1 : L'Etat est condamné à verser à Mme B une indemnité de 1 000 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Guitton et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Blusseau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
Le rapporteur,
A. BLUSSEAU
La présidente,
S. AUBERT
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026