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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2016157

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2016157

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2016157
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET ARSENE TAXAND (SELAS)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 octobre 2020 et le 12 mai 2021, la société par actions simplifiées (SAS) Travel Event, représentée par Me Teper, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des compléments d'impôt sur les sociétés mis à sa charge au titre des années 2015 et 2016 et pour la période du 1er janvier au 31 août 2017, ainsi que les majorations correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- elle justifie de la déductibilité à l'impôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée des sommes correspondant à des prestations de service rendues par des sociétés externes ; l'administration ne pouvait réintégrer ces sommes dans son résultat imposable dès lors qu'elle n'établit pas l'absence de réalité de ces prestations et leur caractère anormal ;

- l'administration ne pouvait refuser la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée facturée par les sociétés prestataires dès lors que la réalité des prestations est démontrée ;

- les charges dont la déduction a été refusée par le service ne constituent pas des revenus distribués.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2021, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée du contrôle fiscal d'Ile-de-France (division juridique) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique ont été entendus :

- le rapport de M. Guiader,

- les conclusions de M. Pottier, rapporteur public,

- et les observations de Me Teper, représentant la société Travel Event.

Considérant ce qui suit :

1. La société Travel Event, qui exerce l'activité d'agence de voyages, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 août 2017. L'administration fiscale lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er juin 2014 au 31 août 2017 et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015 et 2016, par une proposition de rectification du 12 juin 2018. Par la requête susvisée, la société Travel Event demande la décharge, en droits et en pénalités, de ces impositions.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :

2. En application des dispositions de l'article 39 du code général des impôts, applicable en vertu de l'article 209 du même code pour la détermination de l'impôt sur les sociétés, le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant notamment les frais généraux de toute nature. La déduction de tels frais n'est cependant admise que s'ils constituent une charge effective, ont été exposés dans l'intérêt direct de l'entreprise et sont appuyés par des justifications suffisantes.

3. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.

4. L'administration a refusé d'admettre en déduction du résultat imposable de la société Travel Event une somme globale de 42 748 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et une somme de 80 180 euros au titre de l'exercice clos en 2016, correspondant à des prestations de services facturées par les sociétés Your Music Consulting (YMC), Neodifuz et Fortedi SL, au motif que les justificatifs fournis par la société requérante ne permettaient pas d'établir la réalité des prestations fournies, correspondant à la réalisation de tâches administratives et de gestion ou se rapportant à des actions de marketing et de développement commercial.

5. Pour justifier des charges dont elle demande la déduction, la société Travel Event a produit lors des opérations de vérifications le contrat de prestation établi le 17 mai 2015 avec la société YMC qui précise que son intervention correspond à " l'ensemble des activités de conseil, d'audit, de gestion et de développement réalisées par le prestataire pour le client " ainsi qu'un contrat de prestation conclu avec la société Fortedi SL le 1er décembre 2015. En outre, la société requérante produit des factures émises par les trois sociétés prestataires ainsi que des tableaux récapitulatifs des prestations rendues et des exemples de documents produits dans ce cadre. Toutefois, il résulte de la proposition de rectification que le service a estimé que la réalité de ces prestations n'était pas établie dès lors qu'une communauté d'intérêts liait M. B et M. A, dirigeants de la société Travel Event et ceux des sociétés prestataires. En effet, la société YMC était détenue à 100 % par M. B alors que M. A était administrateur unique de la société de droit espagnol Fortedi SL et détenait 99,67 % des parts sociales de la société Neofuz et lesdites sociétés, qui ne bénéficiaient pas d'une réputation de savoir-faire dans leurs domaines respectifs, ne disposaient pas des moyens humains et matériels pour assurer des prestations qui auraient pu être réalisées directement par la société Travel Event.

6. Si, pour démontrer la réalité des prestations facturées par les sociétés YMC, Neofuz et Fortedi SL, la société Travel Event soutient qu'elle ne comptait qu'un salarié au cours de la période vérifiée et a fait le choix d'externaliser la quasi-totalité de son fonctionnement et de confier la réalisation des missions de marketing et de développement à des sociétés extérieures compétentes dans ces domaines, il résulte toutefois de l'instruction qu'elle n'a produit aucun contrat de prestation avec la société Neofuz et que la société YMC ne disposait d'aucun salarié au cours de la même période. En outre, la requérante ne conteste pas sérieusement les liens d'intérêt existant entre les différentes sociétés et elle-même ni que les sociétés prestataires n'intervenaient qu'au profit de Travel Event. Enfin, il ne résulte pas des pièces versées par la société requérante à titre d'exemple des prestations qui lui ont été rendues, au demeurant peu précises, que les différents livrables et produits n'auraient pas pu être réalisés par ses propres dirigeants, compte tenu des mentions portées sur ces documents, qui font état, notamment, de prestations de " recherche de nouveaux clients ", de " définition d'une stratégie sur les réseaux sociaux " ou de " suivi des prestataires ". Dès lors, c'est à bon droit que l'administration fiscale, après avoir remis en cause la réalité des prestations de services facturées par les sociétés YMC, Neofuz et Fortedi SL, a refusé d'admettre en déduction du résultat de la société Travel Event les charges comptabilisées correspondant à ces prestations. Par suite, elle était fondée à procéder, en conséquence, au rehaussement de son bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015 et 2016.

En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :

7. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Aux termes du 1 du I de l'article 271 du même code : " La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération ".

8. Dès lors qu'il n'est pas démontré, ainsi qu'il a été dit, que les prestations en cause ont été réellement exécutées, l'administration fiscale était fondée à remettre en cause la déductibilité de la TVA sur les sommes correspondantes facturées à la société Travel Event. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des rappels litigieux au titre de la période du 1er juin 2014 au 31 août 2017.

En qui concerne les revenus distribués :

9. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ".

10. La société soutient que les rehaussements en base de son impôt sur les sociétés ne constituent pas des revenus distribués. Toutefois, en l'absence d'éléments justifiant la réalité des prestations qui auraient été effectuées par les sociétés YMC, Neofuz et Fortedi SL, l'administration est fondée à considérer que les versements de sommes par la société requérante, devaient être regardés comme des revenus distribués. En tout état de cause, dès lors que ce constat n'a aucune incidence sur les rectifications en litige, le service n'ayant pas appliqué à la société Travel Event l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts pour non désignation de bénéficiaire de revenus distribués, le moyen soulevé est inopérant et doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la société Travel Event doivent être rejetées. En conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées, aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance.

D E C I D E

Article 1er : La requête de la société Travel Event est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Travel Event et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée du contrôle fiscal d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

M. Guiader, premier conseiller,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

V. GUIADER

Le président,

B. ROHMER

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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