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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2016487

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2016487

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2016487
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSCP FOUSSARD - FROGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 7 octobre 2020 et 14 juin 2022, M. E F, représenté par Me Vernassiere, demande au tribunal :

1°) de condamner la Ville de Paris à lui verser une indemnité de 1 557 961,26 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'accident dont il a été victime le 31 mars 2015 au sein de la paroisse Saint-Marcel à Paris (75013) ;

2°) de surseoir à statuer sur l'indemnisation du poste de préjudice des dépenses de santé futures ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que le remboursement des frais liés à l'expertise judiciaire.

Il soutient que :

- la responsabilité de la Ville de Paris est engagée en raison du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;

- le préjudice subi est évalué à la somme globale de 1 557 961,26 euros, soit 1 680 euros au titre des frais relatifs aux opérations d'expertise, 11 916,80 euros au titre des frais de véhicule adapté, 5 147,76 euros au titre des frais de déplacement, 16 955,71 euros au titre de l'assistance par une tierce personne avant consolidation, 709 231,40 euros au titre de l'assistance par une tierce personne après consolidation, 637 399,74 euros au titre des pertes de gains professionnels futures, 30 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, 8 629,85 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 60 000 euros au titre des souffrances endurées, 10 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 46 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 6 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 10 000 euros au titre du préjudice d'agrément et 5 000 euros au titre du préjudice sexuel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, la maire de Paris conclut au rejet de la requête ainsi qu'au rejet des demandes de la caisse primaire d'assurance maladie de Seine-et-Marne, et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. F sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La Ville de Paris soutient que :

- la demande d'indemnisation formée par M. F est prescrite ;

- à titre principal, la responsabilité de la Ville de Paris ne peut être utilement recherchée alors que les préjudices allégués trouvent leur origine dans un chantier initié par l'affectataire cultuel de l'église Saint-Marcel, dans le cadre de travaux qui n'étaient pas commandés par la Ville de Paris et qui ne pouvaient lui incomber en application des dispositions de la loi de séparation de l'église et de l'État de 1905 ;

- à titre subsidiaire, s'il fallait considérer que la responsabilité de la Ville de Paris peut être recherchée, ce ne serait pas au titre du défaut d'entretien normal d'un ouvrage public, mais uniquement pour faute prouvée, M. F devant être regardé comme un participant aux travaux publics ;

- la responsabilité de la Ville de Paris ne saurait être recherchée pour défaut d'entretien normal d'un ouvrage public dès lors qu'elle établit l'absence de défaut d'entretien normal de l'édifice,

- en tout état de cause, la faute de la victime revêt un caractère exonératoire. En effet, M. F a indiqué lors de son audition durant l'enquête pénale qu'il connaissait parfaitement les lieux, ayant déjà eu l'occasion d'effectuer des travaux similaires au sein de la paroisse. En outre, il était exclu de marcher dans les combles, une telle structure n'étant pas conçue comme un plancher pouvant supporter du passage, ce qu'un professionnel du bâtiment ne pouvait ignorer ;

- à titre infiniment subsidiaire, les préjudices dont la réparation est demandée ont été indemnisés dans le cadre de l'action judiciaire intentée par M. F contre son ancien employeur, de sorte que l'intéressé ne pourra obtenir réparation que pour les seuls préjudices non réparés.

Par un mémoire, enregistré le 10 mai 2021, la Caisse primaire d'assurance maladie de Seine-et-Marne, représentée par Mme C, demande au tribunal :

1°) de condamner la Ville de Paris à lui rembourser la somme de 247 609,96 euros au titre des dépenses exposées pour le compte de M. F, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

3°) et de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La CPAM soutient que :

- dans l'hypothèse où la responsabilité de la Ville de Paris dans la survenance de l'accident dont M. F a été victime serait reconnue, il y aurait lieu de condamner la Ville à lui rembourser le montant des prestations patrimoniales temporaires exclusivement imputables aux faits en cause ;

- les dépenses exposées dans le cadre de l'accident survenu le 31 mars 2015 ont été prises en charge, au titre de la législation sur l'assurance-maladie, par la CPAM, à laquelle M. F est affilié. La créance de la CPAM s'élève à la somme de 247 609,96 euros au titre des dépenses actuelles, des frais divers, des pertes de gains professionnels actuels et des pertes de gains professionnels futurs.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État, modifiée notamment par la loi du 13 avril 1908 sur la conservation des édifices du culte ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'État, les départements, les communes et les établissements publics ;

- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B

- les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,

- et les observations de Me Froger pour la Ville de Paris.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 mars 2015, M. E F, né le 21 janvier 1966, conducteur de travaux au sein de la société " Etablissements Madru ", a été victime d'une chute depuis les combles de l'église Saint-Marcel, à Paris (75013), alors qu'il visitait les lieux en vue d'établir un devis pour des travaux de réfection électrique. Par une demande préalable en date du 30 juin 2020, M. F a demandé à la Ville de Paris la réparation de ses préjudices. Cette demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, M. F demande au tribunal de condamner la ville de Paris à lui verser la somme de 1 557 961,26 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis.

2. Dans le cadre de l'instance judiciaire engagée par M. F à l'encontre de son employeur, le Dr A, désigné le 21 février 2017, a remis un rapport d'expertise le 4 avril 2019, dont les conclusions ne sont pas démenties par les pièces du dossier et n'ont pas été contestées par la Ville de Paris.

Sur la prescription :

3. Aux termes de l'article premier de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'État, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". S'agissant d'une créance indemnitaire détenue sur une collectivité publique au titre d'un dommage corporel engageant sa responsabilité, le point de départ du délai de prescription prévu par ces dispositions est le premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les infirmités liées à ce dommage ont été consolidées. Il en est ainsi pour tous les postes de préjudice, aussi bien temporaires que permanents, qu'ils soient demeurés à la charge de la victime ou aient été réparés par un tiers, tel qu'un organisme de sécurité sociale, qui se trouve subrogé dans les droits de la victime.

4. La Ville de Paris soutient que l'action en réparation introduite par M. F est prescrite dès lors que l'intéressé a adressé une demande préalable le 30 juin 2020, soit au-delà du délai de prescription quadriennal prévu par l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968, alors que le fait générateur du dommage allégué est survenu en 2015 et que le dommage est connu depuis cette date. Toutefois, il résulte de l'instruction que la CPAM de Seine-et-Marne, après avoir pris connaissance du rapport de l'expert, a fixé la date de consolidation de l'état de santé de M. F au 31 mars 2018, en vertu de l'article L. 442-6 du code de la sécurité sociale. Par suite, quand bien même l'accident à l'origine des préjudices de M. F est intervenu le 31 mars 2015, M. F n'a pu évaluer les dommages allégués dans toute leur étendue qu'à compter du 31 mars 2018. Il s'ensuit que l'action en réparation introduite par M. F n'est pas prescrite.

Sur la responsabilité de la Ville de Paris :

5. Aux termes de l'article 13 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État modifiée par la loi du 13 avril 1908 sur la conservation des édifices du culte : " () L'État, les départements, les communes et les établissements publics de coopération intercommunale pourront engager les dépenses nécessaires pour l'entretien et la conservation des édifices du culte dont la propriété leur est reconnue par la présente loi. ". Et aux termes de l'article 13 de cette loi : " Les édifices servant à l'exercice public du culte, ainsi que les objets mobiliers les garnissant, seront laissés gratuitement à la disposition des établissements publics du culte, puis des associations appelées à les remplacer () ".

6. La responsabilité du maître de l'ouvrage public est engagée en cas de dommages causés aux usagers par cet ouvrage dès lors que la preuve de l'entretien normal de celui-ci n'est pas apportée, sans que le maître de l'ouvrage puisse invoquer le fait d'un tiers pour s'exonérer de tout ou partie de cette responsabilité.

En ce qui concerne l'origine du dommage :

7. La Ville de Paris soutient que les préjudices allégués ne trouvent pas leur origine dans un dommage résultant d'un ouvrage public ou de travaux initiés par elle mais dans des relations de droit privé nouées entre l'association affectataire cultuelle et la société " Établissements Madru ", dont M. F était le salarié. Toutefois, la circonstance que l'accident en cause soit survenu à l'occasion de l'établissement d'un devis en vue de travaux de réfection électrique pour les seuls besoins de l'association affectataire du culte, n'est pas de nature à exonérer la Ville de Paris de son obligation d'entretien normal de l'ouvrage public dont elle a la garde, comme tel est le cas pour l'église Saint-Marcel. En l'espèce, le dommage survenu le 31 mars 2015, s'il s'est produit dans le cadre de l'exécution de travaux effectués pour le compte d'une personne privée, a pour origine l'effondrement du plancher des combles, qui constitue un élément de structure de l'église, situé immédiatement au-dessus du lieu de rassemblement des fidèles lors des offices, et dont la conservation est nécessaire à la préservation de l'édifice. Par conséquent, le dommage en cause se rapporte à l'entretien de l'ouvrage dont la Ville de Paris avait la garde.

En ce qui concerne la qualité de M. F par rapport à l'ouvrage :

8. Il résulte de l'instruction que M. F s'est rendu dans l'église Saint-Marcel pour y réaliser un devis préalable à des travaux de réfection électrique ainsi que modifier le positionnement d'un projecteur et changer plusieurs ampoules en vue des fêtes pascales. Ces travaux s'effectuaient pour le compte de l'association affectataire du lieu de culte, en vertu d'un contrat conclu avec la société " Établissements Madru ". Ces travaux, qui ne concernaient pas des travaux de structure incombant à la collectivité propriétaire, ne peuvent être regardés comme relevant d'une opération de travaux publics. Dans ces conditions, M. F, qui utilisait l'ouvrage public dans le cadre de ses fonctions d'électricien, doit être regardé, dans les circonstances particulières de l'espèce, comme usager de l'ouvrage public. Il appartient dès lors à la Ville de Paris d'établir l'entretien normal de l'ouvrage.

En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité de la Ville de Paris :

9. Le 31 mars 2015, M. F a été victime d'une chute d'une hauteur de plus de 10 mètres à la suite de l'effondrement du plancher des combles auxquels il avait accédé, notamment pour réorienter un projecteur en prévision des fêtes pascales. Il a été transporté à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, où ont été constatés de multiples fractures faciales ainsi que du thorax, du poignet gauche et du genou gauche.

10. Il résulte de l'instruction, notamment des procès-verbaux d'audition des 1er avril et 9 septembre 2015 du prêtre de la paroisse, que le plancher des combles était de très mauvaise qualité et qu'un trou présent à droite du plancher n'avait jamais été réparé. En outre, les combles n'étaient pas éclairés, hormis à l'entrée de la trappe d'accès, de sorte que la visibilité très réduite rendait difficile la progression à cet endroit ainsi que la localisation de ce trou. Il résulte également de l'instruction que si la Ville de Paris a entrepris, en 2013 et 2014, des travaux pour installer des rampes de sécurité pour l'accès aux combles, ces travaux n'ont pas eu pour objet de remédier à la fragilité du plancher des combles, ces travaux n'ayant au demeurant été réalisés que postérieurement à l'accident dont a été victime M. F.

11. En défense, la Ville de Paris fait valoir que sa responsabilité ne saurait être engagée dès lors que, conformément aux dispositions du dernier alinéa de l'article 13 de la loi du 9 décembre 1905 de séparation de l'église et de l'État, la prise en charge des travaux de réparation et d'entretien des édifices cultuels ne constitue, pour les collectivités territoriales, qu'une faculté, et non pas une obligation, l'entretien et la conservation des édifices cultuels ne faisant pas partie des dépenses obligatoires des collectivités territoriales, telles qu'elles sont énumérées à l'article L. 2321-2 du code général des collectivités territoriales. Toutefois, si les collectivités ne sont pas tenues d'effectuer les travaux d'entretien ou de réfection au sein des édifices cultuels dont elles sont propriétaires, cette circonstance n'est pas de nature à les exonérer de leur responsabilité en cas de dommage causé par un défaut d'entretien normal de l'édifice.

12. La Ville de Paris précise également qu'il n'y avait pas de raison de procéder à une sécurisation particulière des combles de l'église dès lors que cet espace n'est pas accessible au public et n'est pas aménagé pour y recevoir des personnes. Toutefois, dès lors que les combles, situés au-dessus de locaux recevant du public, constituent un élément de structure de la paroisse, et quand bien même ils n'étaient pas destinés à accueillir eux-mêmes du public, la très grande fragilité du plancher exposait à la survenue d'un accident, en particulier pour les personnes habilitées à y pénétrer, notamment le prêtre responsable de la paroisse ou, comme en l'espèce, M. F, chargé de la réalisation de travaux nécessitant un tel accès. Dans ces conditions, M. F est fondé à soutenir que la Ville n'a pas entrepris les travaux nécessaires à l'entretien normal de l'ouvrage. Dans la mesure où l'accident survenu le 31 mars 2015 présente un lien direct et certain avec l'effondrement du plancher des combles de la paroisse, M. F est fondé à demander l'engagement de la responsabilité de la Ville.

En ce qui concerne la faute de la victime :

13. La Ville de Paris soutient que la victime du dommage a commis une faute en faisant preuve d'imprudence en accédant aux combles puis en marchant sur le plancher, qui n'était pas destiné à supporter le passage, ce qu'un professionnel du bâtiment ne pouvait ignorer. Il résulte de l'instruction que M. F a accédé aux combles en marchant sur les poutres métalliques constituant la structure porteuse principale de l'église et non pas sur le plancher des combles, dont il connaissait l'état dégradé, et qu'il a ensuite par inadvertance glissé sur le plancher, lequel s'est effondré sous son poids. Par suite, la Ville de Paris n'est pas fondée à exciper de la faute de la victime pour s'exonérer de sa responsabilité.

Sur les préjudices :

14. Par un jugement du 10 décembre 2021 du pôle social du tribunal judiciaire de Melun, M. F a obtenu la réparation de ses préjudices en raison de la faute inexcusable de son employeur à hauteur de 110 637,80 euros.

15. D'une part, lorsqu'un dommage trouve sa cause dans plusieurs fautes qui, commises par des personnes différentes ayant agi de façon indépendante, portaient chacune en elle le dommage au moment où elles ont été commises, la victime peut rechercher la réparation de son préjudice par l'une de ces personnes, sans préjudice de la possibilité pour celle-ci de former une action récursoire contre le ou les co-auteurs du dommage.

16. D'autre part, il appartient au juge administratif de prendre, en déterminant la quotité et la forme de l'indemnité par lui allouée, les mesures nécessaires en vue d'empêcher que sa décision n'ait pour effet de procurer à la victime, par suite des indemnités qu'elle a pu obtenir devant d'autres juridictions à raison des conséquences dommageables du même accident, une réparation supérieure au montant total du préjudice subi.

17. Il résulte des principes énoncés aux deux points précédents qu'il y a lieu de statuer sur les différents chefs de préjudice invoqués par M. F, puis de vérifier si la somme accordée au titre de chacun d'entre eux est supérieure à celle déjà obtenue devant le tribunal judiciaire de Melun. M. F pourra obtenir le versement de la différence, ainsi que, le cas échéant, l'indemnisation des chefs de préjudice qui n'ont pas été réparés dans le cadre de l'instance judiciaire, soit en l'espèce le déficit fonctionnel permanent, les frais d'aide à tierce personne postérieurs à la date de consolidation, la perte de gains futurs et l'incidence professionnelle. La CPAM de la Seine-et-Marne a fixé la date de consolidation de l'état de santé de M. F au 31 mars 2018. Par ailleurs, les éléments présents au dossier permettent d'évaluer les préjudices subis par M. F, sans qu'il soit besoin d'ordonner un complément d'expertise. Il y a également lieu de statuer sur les droits de la CPAM de Seine-et-Marne.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des dépenses de santé futures à la charge de M. F :

18. M. F demande que le poste de préjudice correspondant aux dépenses de santé futures soit réservé dès lors que l'expert judiciaire a indiqué la nécessité de maintenir des séances de psychothérapie et d'orthophonie ainsi qu'un suivi au centre des traumatismes crânio-faciaux de Garches jusqu'à deux années après la consolidation. Toutefois, à la date du présent jugement, alors que le rapport a été rendu le 4 avril 2019, ces dépenses ne peuvent plus être regardées comme éventuelles. En l'absence de justification quant aux frais exposés par M. F à raison de ces dépenses, il n'est pas fondé à en demander réparation.

S'agissant des frais d'assistance à tierce personne exposés antérieurement à la date du présent jugement :

19. Si l'expert a retenu un besoin en assistance par une tierce personne pour la période antérieure à la date du présent jugement, M. F n'établit toutefois pas qu'une aide lui aurait effectivement été apportée au cours de cette période. Il s'ensuit que ce chef de préjudice doit être écarté.

S'agissant des frais d'assistance à tierce personne exposés à compter de la date du présent jugement :

20. En retenant un taux horaire de 15,97 euros pour une aide non spécialisée à hauteur de 3 heures 30 par semaine, les frais liés à l'assistance par tierce personne s'élèveraient annuellement à la somme de 2 906,54 euros. Pour la période du 19 juillet au 31 décembre 2022, il y a donc lieu d'allouer au requérant une somme de 1322 euros. Pour l'avenir, il y a lieu de lui allouer une rente annuelle viagère d'un montant de 2 906,54 euros, qui sera revalorisée par application des coefficients prévus par l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale. Elle sera versée sous déduction des aides financières ayant le même objet éventuellement perçues par M. F, qu'il lui reviendra de déclarer et de justifier. Dès lors, la Ville de Paris versera cette rente à M. F, sous réserve qu'il justifie chaque année de la réalité de l'assistance par un tiers, à raison de cinq heures par semaine, une rente annuelle payable à terme échu dont le montant sera revalorisé par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

S'agissant de l'incidence professionnelle :

21. Il résulte de l'instruction que, le 5 avril 2018, lors de sa visite de reprise au sein de la société, le médecin du travail a déclaré M. F inapte à son poste en précisant qu'il pourrait occuper un emploi sans posture pénible et sans port de charge. Par un courrier du 5 avril 2018, le médecin du travail a également précisé que le poste d'électricien occupé par M. F comportait des postures pénibles et des ports de charge le rendant inadaptable à l'état de santé du salarié. Le 21 juin 2018, M. F a été licencié pour inaptitude d'origine professionnelle, sans possibilité de reclassement. Enfin, M. F est reconnu en tant que travailleur handicapé avec un taux d'incapacité fixé par la CPAM de Seine-et-Marne entre 50 % et 80 %. Au regard de l'ensemble de ces éléments, et alors que M. F, âgé de 56 ans, est actuellement sans emploi et que ses perspectives de reprise d'emploi dans le secteur des travaux publics sont nécessairement très limitées en raison des séquelles qu'il conserve de sa chute, ainsi que dans un autre secteur d'activité, il y a lieu de lui allouer une somme de 30 000 euros au titre de l'incidence professionnelle.

S'agissant des pertes de gains professionnels passés :

22. Le principe de la réparation intégrale du préjudice doit conduire le juge à déterminer, au vu des éléments de justification soumis à son appréciation, le montant de la perte de revenus dont la victime ou ses ayants droit ont été effectivement privés du fait du dommage qu'elle a subi. Ce montant doit en conséquence s'entendre comme correspondant aux revenus nets perdus par elle.

23. Pour se conformer aux règles des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, il appartient au juge de déterminer si l'incapacité permanente conservée par M. F à la suite des séquelles de l'accident dont il a été victime a entraîné pour lui des pertes de revenus professionnels et une incidence professionnelle et, dans l'affirmative, d'évaluer ces postes de préjudice sans tenir compte, à ce stade, du fait qu'ils donnaient lieu au versement de prestations de sécurité sociale. Pour déterminer ensuite dans quelle mesure ces préjudices ont été réparés par ces prestations, il y a lieu de regarder chaque prestation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels et, par suite, comme ne réparant tout ou partie de l'incidence professionnelle que si la victime n'a pas subi de pertes de revenus ou si le montant de ces pertes est inférieur au montant de la prestation. La victime doit se voir allouer, le cas échéant, une somme correspondant à la part de ces postes de préjudice non réparée par les prestations de sécurité sociale, évaluées ainsi qu'il a été dit ci-dessus. Le solde de la pension d'invalidité, s'il existe, doit être versé à la caisse primaire d'assurance maladie.

24. Il résulte de l'instruction que M. F a été embauché, à compter du 16 mars 2015, par la société " Etablissements Madru " dans le cadre d'un contrat à durée déterminée au poste de conducteur de travaux électricien, pour une rémunération mensuelle nette de 2 314,76 euros. Ainsi qu'il a été dit, l'accident dont a été victime M. F le prive de la possibilité de retrouver son ancien d'emploi d'électricien, qu'il exerçait depuis 25 ans. Si l'intéressé a par ailleurs obtenu un titre professionnel de conducteur de transports en commun le 6 mars 2019, il n'a cependant pas pu trouver d'emploi dans ce secteur. Par suite, la baisse de revenus de M. F doit être regardée comme étant directement imputable à l'accident dont il a été victime le 31 mars 2015. En l'espèce, ses revenus se sont établis à 24 892 euros en 2014. Entre mars et décembre 2015, il aurait pu prétendre à une rémunération annuelle de 20 832,84 euros, soit 27 777,12 euros en moyenne annualisée. La moyenne de ses revenus pour ces deux années s'établit ainsi à 26 334,56 euros. M. F a perçu 18 128 euros en 2015, 18 127 euros en 2016 et 17 082 euros en 2017. Les revenus de M. F se sont établis à 20 631 euros en 2018, 19 285 euros en 2019, 18 059 euros en 2020 et 19 702 euros en 2021, soit une moyenne de 19 419 euros. La différence moyenne de revenus de M. F pour la période comprise entre 2015 et 2022 par rapport à la moyenne de ses revenus pour la période antérieure s'établit ainsi à 6 915 euros par an. La perte de revenus professionnels entre 2015 et 2021 doit ainsi être fixée à 48 405 euros. Cette perte de revenus doit être regardée comme présentant un lien direct et certain avec le dommage subi par M. F, lequel rend difficile la reprise d'un emploi tant dans le secteur où il occupait ses précédentes fonctions que dans un autre secteur, notamment au regard de son âge et de son handicap. Il y a donc lieu de mettre cette somme à la charge de la Ville de Paris.

S'agissant des pertes de gains professionnels futurs :

25. D'une part, il résulte de l'instruction que M. F a perçu des revenus d'un montant de 19 702 euros en 2021. Il y a lieu en l'espèce de retenir qu'il percevra une telle somme annuellement, jusqu'à son départ à la retraite. Il y a dès lors lieu de retenir une perte moyenne annuelle de revenus de 6 632,56 euros par rapport à la moyenne des revenus perçus en 2014 et 2015. Il résulte par ailleurs de l'instruction que M. F ne perçoit pas de versement de la part de la caisse d'allocations familiales au titre de l'allocation adulte handicapé (AAH). L'euro de rente prévu au barème de capitalisation des rentes des victimes, établi selon les tables de mortalité de l'INSEE de la population générale pour 2014-2016 et publié le 15 septembre 2020 à la Gazette du Palais, à 5,830, lequel correspond au taux applicable à un homme âgé de 56 ans à la date de liquidation de son préjudice et de 62 ans lors du dernier arrérage. Par conséquent, il sera fait une juste appréciation des pertes de gains futurs de l'intéressé en les évaluant à la somme de 38 668 euros. Cette somme sera mise à la charge de la Ville de Paris.

S'agissant des frais de véhicule adapté :

26. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les séquelles que présentant M. F nécessitent le recours à un véhicule automobile doté d'une boîte automatique. Le requérant établit que le surcoût lié à l'acquisition d'un tel véhicule se chiffre à 2 000 euros. Toutefois, M. F a déjà obtenu le versement d'une rente déterminée sur la base d'un surcoût identique dans le cadre de l'instance judiciaire intentée contre son employeur. Il n'y a donc pas lieu de lui verser une somme supplémentaire à ce titre.

S'agissant des frais de médecin-conseil :

27. M. F demande le remboursement des frais de médecin conseil qu'il a exposés dans le cadre de la présente instance. Les honoraires d'un montant de 1 600 euros versés au Dr D étant établis par deux factures des 11 septembre et 22 novembre 2017, il y a lieu de mettre cette somme à la charge de la Ville de Paris.

S'agissant des frais de déplacement :

28. M. F demande à être indemnisé de ces frais de déplacements exposés dans le cadre de ses examens de suivi médicaux et paramédicaux ainsi que pour la réunion d'expertise judiciaire. Au regard des différents rendez-vous auxquels il a dû se rendre, justifiés par des documents établissant ses déplacements, il y a lieu de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 5 147,76 euros.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

29. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'accident dont a été victime M. F a entrainé un déficit fonctionnel temporaire de 100 % pendant 9 jours. Le déficit fonctionnel du requérant peut également être estimé à 67 % du 8 avril au 10 juin 2015, à 50 % du 12 juin au 11 août 2015, et à 33 % pour la période du 12 août au 9 octobre 2017. Il sera fait une exacte indemnisation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 6 840 euros. M. F ayant obtenu le versement d'une somme supérieure au titre de ce chef de préjudice dans le cadre de l'instance judiciaire intentée contre son employeur, il n'y a pas lieu de mettre cette somme à la charge de la Ville de Paris.

S'agissant des souffrances endurées :

30. Il y a lieu de fixer à 5/7 les souffrances endurées par M. F, conformément à l'estimation de l'expert. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à 8 000 euros. M. F ayant obtenu le versement d'une somme supérieure au titre de ce chef de préjudice dans le cadre de l'instance judiciaire intentée contre son employeur, il n'y a pas lieu de mettre à la charge cette somme à la Ville de Paris.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire et du préjudice esthétique permanent :

31. Il résulte de l'instruction qu'en raison de l'accident dont il a été victime, M. F a subi un préjudice esthétique temporaire notamment lié à ses fractures. Au regard de ces éléments, le préjudice esthétique temporaire doit être fixé à 3,5/7. Le préjudice esthétique permanent doit lui être évalué à 3/7. Il y a lieu d'allouer à M. F à ce titre la somme de 4 000 euros. M. F ayant obtenu le versement d'une somme supérieure au titre de ce chef de préjudice dans le cadre de l'instance judiciaire intentée contre son employeur, il n'y a pas lieu de mettre à la charge cette somme à la Ville de Paris.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

32. Il résulte de l'instruction que M. F conserve des troubles sensitifs au niveau du visage, une incontinence labiale droite ainsi qu'une sinusite chronique. Il est également atteint d'une raideur partielle du poignet gauche, d'une gêne fonctionnelle douloureuse avec boiterie du membre inférieur gauche. Enfin, l'intéressé demeure marqué par le retentissement traumatique et des traumatismes faciaux associant des troubles cognitifs et des éléments anxio-dépressifs. Ces gênes ont entraîné un déficit fonctionnel permanent de 23 %, tel qu'évalué par l'expert. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à 37 000 euros.

S'agissant du préjudice d'agrément :

33. Il résulte de l'instruction qu'en raison des troubles dont il souffre, M. F ne peut plus pratiquer d'activités sportives alors que celles-ci faisaient partie intégrante de son temps libre auparavant, ainsi qu'il est notamment corroboré par les attestations de ses proches faisant état de sa pratique du football, des arts martiaux et du cyclisme. Il y a lieu de lui allouer, par suite, au titre du préjudice d'agrément, une somme de 6 000 euros. M. F ayant obtenu le versement d'une somme supérieure au titre de ce chef de préjudice dans le cadre de l'instance judiciaire intentée contre son employeur, il n'y a pas lieu de mettre cette somme à la charge de la Ville de Paris.

S'agissant du préjudice sexuel

34. Il résulte de l'instruction que la pathologie de M. F est à l'origine d'un préjudice sexuel caractérisé par une diminution de sa libido. Il y a donc lieu de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 1 600 euros. M. F ayant obtenu le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de ce chef de préjudice dans le cadre de l'instance judiciaire intentée contre son employeur, il y a lieu de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 600 euros.

Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie :

35. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, les caisses de sécurité sociale sont autorisées à demander à l'auteur du dommage causé à l'un de leurs assurés le remboursement des prestations servies, quel que soit le fondement de la responsabilité encourue.

36. Aux termes de l'article L. 431-1 du code de la sécurité sociale : " Les prestations accordées aux bénéficiaires du présent livre comprennent : / 1°) la couverture des frais médicaux, chirurgicaux, pharmaceutiques et accessoires, des frais liés à l'accident afférents aux produits et prestations inscrits sur la liste prévue à l'article L. 165-1 et aux prothèses dentaires inscrites sur la liste prévue à l'article L. 162-1-7, des frais de transport de la victime à sa résidence habituelle ou à l'établissement hospitalier et, d'une façon générale, la prise en charge des frais nécessités par le traitement, la réadaptation fonctionnelle, la rééducation professionnelle, le reclassement et la reconversion professionnelle de la victime. Ces prestations sont accordées qu'il y ait ou non interruption de travail ; / 2°) l'indemnité journalière due à la victime pendant la période d'incapacité temporaire qui l'oblige à interrompre son travail ; lorsque la victime est pupille de l'éducation surveillée, l'indemnité journalière n'est pas due aussi longtemps que la victime le demeure sous réserve de dispositions fixées par décret en Conseil d'Etat ; () 4°) pour les victimes atteintes d'une incapacité permanente de travail, une indemnité en capital lorsque le taux de l'incapacité est inférieur à un taux déterminé, une rente au-delà et, en cas de mort, les rentes dues aux ayants droit de la victime. / La charge des prestations et indemnités prévues par le présent livre incombe aux caisses d'assurance maladie ".

37. En application de l'article L. 454-1 du même code : " Les caisses primaires d'assurance maladie sont tenues de servir à la victime () les prestations et indemnités prévues par le présent livre, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident, dans les conditions ci-après () Si la responsabilité du tiers est partagée avec l'employeur, la caisse ne peut poursuivre un remboursement que dans la mesure où les indemnités dues par elle en vertu du présent livre dépassent celles qui auraient été mises à la charge de l'employeur en vertu du droit commun () ".

38. La CPAM de Seine-et-Marne justifie, par la production d'un relevé de ses débours et d'une attestation d'imputabilité de son médecin conseil, avoir pris en charge, pour le compte de M. F, des frais hospitaliers d'un montant de 13 222,33 euros pour la période du 31 mars au 7 avril 2015 et de 1 422,82 euros pour la période du 11 au 12 juin 2015, des frais médicaux d'un montant de 6 656,83 euros, des frais pharmaceutiques d'un montant de 210,07 euros, des frais d'appareillage d'un montant de 81,10 euros et des frais de transport d'un montant de 1 186,47 euros. Il y a lieu de mettre ces sommes à la charge de la Ville de Paris.

39. La caisse établit également avoir versé à M. F des indemnités journalières d'un montant total de 97 993,79 euros pour la période du 1er avril 2015 au 5 mai 2018. Ces dépenses ayant été exposées en raison de l'accident dont a été victime M. F, il y a lieu de mettre la somme de 97 993,79 euros à la charge de la Ville de Paris.

40. Il résulte de l'instruction que la caisse justifie avoir versé la somme de 13 864,98 euros pour la période du 31 mars 2018 au 15 janvier 2021 au titre de la rente d'accident du travail accordée à M. F. Par suite, il y a lieu de condamner la Ville de Paris à verser la somme de 13 864,98 euros correspondant aux arrérages échus au titre de cette période. Pour les arrérages échus du 16 janvier 2021 à la date du présent jugement, la Ville de Paris versera à la CPAM de Seine-et-Marne les sommes exposées à ce titre, sur présentation de justificatifs. La Ville de Paris n'ayant pas donné son accord au versement d'un capital pour les arrérages à échoir de la rente d'accident du travail, la somme demandée par la caisse ne peut donc pas lui être accordée sous cette forme. Pour ce chef de préjudice, le remboursement sera effectué sur présentation de justificatifs annuels par la caisse primaire d'assurance maladie de Seine-et-Marne attestant des montants versés à M. F au cours de l'année écoulée.

Sur les intérêts :

41. M. F a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité globale de 162 742,76 euros à compter de la date du présent jugement. La CPAM de Seine-et-Marne a également droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité globale de 134 638,39 euros, ainsi que pour les arrérages échus versés au titre de la rente d'accident du travail de M. F à compter de la date du présent jugement.

Sur le versement de l'indemnité forfaitaire de gestion :

42. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 109 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2021. "

43. En application de ces dispositions, il y a lieu de mettre à la charge de la Ville de Paris le versement de la somme de 1 098 euros à raison des frais engagés par la CPAM de la Seine-et-Marne pour obtenir le remboursement des prestations servies à son assuré.

Sur les frais liés au litige :

44. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. F et non compris dans les dépens. En revanche, les conclusions de la Ville de Paris et celles de la CPAM de Seine-et-Marne présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La Ville de Paris versera à M. F la somme de 162 742,76 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 19 juillet 2022.

Article 2 : La Ville de Paris versera à M. F une rente annuelle viagère d'un montant de 2 906,54 euros, qui sera revalorisée par application des coefficients prévus par l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Article 3 : La Ville de Paris versera à la CPAM de Seine-et-Marne la somme de 134 638,39 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 19 juillet 2022.

Article 4 : La Ville de Paris versera à la CPAM de Seine-et-Marne les sommes versées au titre des arrérages échus du 16 janvier 2021 à la date du présent jugement, sur présentation de justificatifs. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 19 juillet 2022.

Article 5 : La Ville de Paris versera annuellement à la CPAM de Seine-et-Marne, sur présentation de justificatifs, les sommes correspondant aux arrérages à échoir de la rente d'accident du travail versée à M. F.

Article 6 : La Ville de Paris versera à M. F une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : La Ville de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Seine-et-Marne la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.

Article 9 : Le surplus des conclusions de la CPAM de Seine-et-Marne est rejeté.

Article 10 : Les conclusions de la Ville de Paris présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 11 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, à la Ville de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée à la société par actions simplifiée " Etablissements Madru ".

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Versol, présidente,

M. Pény, premier conseiller,

M. Doan, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

F. Versol

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au préfet d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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