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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2017042

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2017042

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2017042
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET DU PARC, CURTIL, HUGUENIN - DECAUX - GESLAIN - CUNIN - CUISINIER (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 octobre 2020 et le 31 mai 2021, la société Lan Architecture, représentée par Me Geslain, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la restitution d'un crédit d'impôt recherche pour les années 2015 et 2016 et la décharge de l'impôt sur les sociétés dû pour l'année 2016 pour un montant de 296 256 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-le service n'établit pas qu'il lui a adressé des demandes d'informations ;

-le service n'était pas juridiquement fondé à lui adresser de telles demandes ;

-le service n'était pas compétent pour apprécier le bien-fondé de sa demande de restitution, qui relève de la seule compétence des agents du ministère chargé de la recherche ;

-il ne ressort pas de l'article L. 11 du livre des procédures fiscales qu'un défaut de réponse dans le délai de trente jours justifie le rejet d'une demande ;

-l'administration indique à tort que ses conclusions à fin de décharge de la somme de 296 256 euros pour 2016 sont irrecevables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-la demande de remboursement immédiat doit être limitée au montant de 53 336 euros et à l'année 2015

-aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A,

-et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Lan Architecture, qui exerce une activité d'architecte et d'urbaniste, a sollicité, le 21 décembre 2018, la restitution de crédits d'impôt recherche au titre des années 2015 et 2016 pour des montants respectifs de 53 336 euros et 119 781 euros. L'administration fiscale a rejeté cette demande le 18 août 2020. Dans le cadre de la présente instance, la société Lan Architecture demande la restitution des crédit d'impôt recherche en litige.

2. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts : " I. Les entreprises industrielles et commerciales () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année () II. Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : () b) Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations () ". Aux termes du I de l'article 199 ter B de ce code : " Le crédit d'impôt () défini à l'article 244 quater B est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle les dépenses de recherche prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt ont été exposées. L'excédent de crédit d'impôt constitue au profit de l'entreprise une créance sur l'Etat d'égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l'impôt sur le revenu dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée puis, s'il y a lieu, la fraction non utilisée est remboursée à l'expiration de cette période. () ".

3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si des dépenses sont éligibles au dispositif du crédit d'impôt prévu par les dispositions précitées du I de l'article 244 quater B du code général des impôts.

4. En outre, aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. / Elle contrôle, également les documents déposés en vue d'obtenir des déductions, restitutions ou remboursements, ou d'acquitter tout ou partie d'une imposition au moyen d'une créance sur l'Etat. / A cette fin, elle peut demander aux contribuables tous renseignements, justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés. () " et aux termes de l'article L. 11 du même livre : " A moins qu'un délai ne soit prévu par le présent livre, le délai accordé aux contribuables pour répondre aux demandes de renseignements, de justifications ou d'éclaircissements et, d'une manière générale, à toute notification émanant d'un agent de l'administration des impôts est fixé à trente jours à compter de la réception de cette notification ".

5. La demande de remboursement d'un crédit d'impôt pour dépenses de recherche présentée sur le fondement des dispositions de l'article 199 ter B du code général des impôts constitue une réclamation au sens de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales. La décision par laquelle l'administration rejette tout ou partie d'une telle réclamation, qui est une décision de nature contentieuse, n'a pas le caractère d'une procédure de reprise ou de redressement. En conséquence, les irrégularités susceptibles d'avoir entaché la procédure d'instruction d'une telle réclamation sont sans incidence sur le bien-fondé de la décision ayant refusé le remboursement du crédit d'impôt recherche. Il suit de là que la société Lan Architecture ne peut utilement soutenir que la procédure d'instruction de sa réclamation serait irrégulière au motif que l'administration n'établirait pas qu'elle lui a adressé des demandes de renseignements et que cette dernière n'était pas fondée à lui adresser de telles demandes et à lui impartir un délai de trente jours pour y répondre. En tout état de cause, d'une part, l'administration indique sans être sérieusement contredite avoir adressé à la société Lan Architecture une demande de renseignements par courrier simple le 28 novembre 2019 à l'adresse rue Popincourt à Paris communiquée par cette dernière le 21 décembre 2018 et d'avoir également adressé cette demande par courriel le même jour à deux adresses mails différentes et n'avoir pas reçu de message indiquant que ces adresses étaient inexistantes. Elle indique également avoir renouvelé cette demande de renseignements le 4 juin 2020 à une des deux adresses mails déjà utilisées en novembre 2019 et en modifiant un tiret de la seconde et n'avoir reçu aucune réponse. A supposer qu'une des trois adresses mail utilisées était erronée, la requérante ne conteste pas l'exactitude des autres adresses ni l'adresse postale utilisée le 28 novembre 2019. En outre, en vertu des dispositions précitées des articles L. 10 et L. 11 du livre des procédures fiscales, l'administration était fondée à adresser une demande de renseignements à la société Lan Architecture et à lui impartir un délai de trente jours pour y répondre.

6. Par ailleurs, l'article L. 45 B du livre des procédures fiscales dispose : " La réalité de l'affectation à la recherche des dépenses prises en compte pour la détermination du crédit d'impôt défini à l'article 244 quater B du code général des impôts peut, sans préjudice des pouvoirs de contrôle de l'administration des impôts qui demeure seule compétente pour l'application des procédures de rectification, être vérifiée par les agents du ministère chargé de la recherche et de la technologie. / Un décret fixe les conditions d'application du présent article ". Aux termes de l'article R. 45 B-1 du même livre : " La réalité de l'affectation à la recherche des dépenses prises en compte pour la détermination du crédit d'impôt mentionné à l'article 244 quater B du code général des impôts est vérifiée soit par un agent dûment mandaté par le directeur général pour la recherche et l'innovation, soit par un délégué régional à la recherche et à la technologie ou un agent dûment mandaté par ce dernier () ".

7. Les dispositions citées au point précédent n'imposent pas à l'administration fiscale, qui est en droit d'exercer son pouvoir de contrôle de droit commun sur les déclarations relatives au crédit d'impôt recherche sans intervention préalable d'agents du ministère de la recherche et de la technologie, de recueillir l'avis de ces agents pour statuer sur une demande de crédit d'impôt recherche. Par suite, la société Lan Architecture n'est pas fondée à soutenir que l'administration fiscale n'était pas compétente pour statuer sur le bien-fondé de sa demande.

8. Enfin, la société ne produit aucun élément de nature à établir que ses projets seraient éligibles au crédit d'impôt recherche et ne démontre pas, comme cela lui incombe, ainsi qu'il a été dit au point 3, qu'elle était fondée à demander la restitution et le remboursement des sommes en litige.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions à fin de restitution présentée par la société Lan Architecture au titre de l'année 2016, que la requête de cette dernière doit être rejetée dans toute ses conclusions y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de la société Lan Architecture est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Lan Architecture et au directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

A. A

Le président,

B.R. BACHOFFER

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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