mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2017341 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | MARUANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 21 octobre 2020 et le 5 novembre 2021, Mme B A, représentée par Me Maruani, demande au tribunal :
1°) de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme de 56 853,93 euros en réparation des préjudices résultant de la chute qu'elle a subie le 7 juillet 2007 du fait de l'absence de signalisation de travaux sur la chaussée ;
2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- la responsabilité de la Ville de Paris est engagée du fait du défaut de signalisation ;
- elle a subi un préjudice de carrière à la suite de son placement en congé de longue maladie puis en disponibilité d'office pour raison de santé jusqu'à sa mise en retraite le 1er janvier 2017, des troubles dans les conditions d'existence et une perte de chance de progression de carrière, un préjudice tiré de l'absence de cotisations à la retraite additionnelle de la fonction publique et un préjudice tiré des restes à charge passés et à venir pour le matériel et les traitements consécutifs à son accident.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2021, la Ville de Paris conclut à l'irrecevabilité pour tardiveté et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'elle n'a commis aucune faute dans la gestion de la carrière de Mme A.
Par un mémoire enregistré le 14 février 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris demande au tribunal de prendre acte du fait qu'elle n'a pas eu le temps nécessaire à évaluer sa créance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Coz,
- et les conclusions de M. Thulard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une chute sur la voie publique le 7 juillet 2007, Mme A, employée par la Ville de Paris en qualité d'agent spécialisé des écoles maternelles, a demandé à la Ville de Paris à être indemnisée des conséquences dommageables de cet accident. Par courrier du 3 février 2011, la Ville de Paris a reconnu sa responsabilité pour défaut d'entretien normal de la voie publique. Le 28 janvier 2013, la maire de Paris a signé un procès-verbal prévoyant le versement d'une provision de 20 000 euros à valoir sur l'indemnisation des frais futurs et des pertes de gains professionnels. Les deux parties ont convenu que le calcul définitif des préjudices subis interviendrait une fois que Mme A serait placée en retraite, ce qui est intervenu en janvier 2017.
2. Le 3 mai 2017 le conseil de Mme A a transmis une demande d'indemnisation pour un total de 74 973,57 euros, ramenée à 54 973,57 euros après déduction de la provision versée. Ces préjudices se décomposent comme suit : 53 327,61 euros au titre des pertes de rémunération subies, 15 000 euros au titre de " l'incidence professionnelle ", 2 499,74 euros au titre de la perte de retraite additionnelle, 4 146,22 euros au titre des frais médicaux et pharmaceutiques. Le 31 mai 2017 le service des affaires juridiques de la direction de la voirie et des déplacements a demandé à Mme A de lui transmettre ses avis d'imposition pour la période, ce qu'elle soutient avoir fait dans les semaines qui suivent.
3. En l'absence de réponse, Mme A a saisi, le 22 mars 2019, le tribunal administratif de Paris d'une demande de provision sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Par une ordonnance n° 1905658 du 23 juillet 2021, le juge des référés a condamné la Ville de Paris à verser à Mme A une provision de 20 000 euros. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme de 56 853,93 euros, le montant demandé au titre des frais médicaux et pharmaceutiques étant porté à 6 026,58 euros.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la Ville de Paris :
4. La Ville de Paris fait valoir que la demande préalable datée du 3 mai 2017 a fait naître, en l'absence de réponse, une décision de rejet implicite que la requérante devait contester dans le délai de deux mois.
5. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
6. Il résulte, par ailleurs, du principe de sécurité juridique que le destinataire d'une décision administrative individuelle qui a reçu notification de cette décision ou en a eu connaissance dans des conditions telles que le délai de recours contentieux ne lui est pas opposable doit, s'il entend obtenir l'annulation ou la réformation de cette décision, saisir le juge dans un délai raisonnable, qui ne saurait, en règle générale et sauf circonstances particulières, excéder un an. Toutefois, cette règle ne trouve pas à s'appliquer aux recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique qui, s'ils doivent être précédés d'une réclamation auprès de l'administration, ne tendent pas à l'annulation ou à la réformation de la décision rejetant tout ou partie de cette réclamation mais à la condamnation de la personne publique à réparer les préjudices qui lui sont imputés. La prise en compte de la sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause indéfiniment des situations consolidées par l'effet du temps, est alors assurée par les règles de prescription prévues par la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics.
7. Par un courrier daté du 31 mai 2017 la Ville de Paris a demandé à Mme A des documents complémentaires afin d'examiner sa demande, la phrase " à réception de ces documents, je serai en mesure de faire une proposition d'indemnité définitive " manifestant au demeurant l'engagement de répondre de manière explicite. Ce courrier ne contient aucune indication relative à la naissance d'un rejet tacite après l'écoulement d'un délai de deux mois, ni ne mentionne les voies et délais de recours. Dans ces conditions, le délai de deux mois prévu par l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'ayant pas couru, la fin de non-recevoir opposé par la Ville de Paris doit être rejetée.
Sur les conclusions de la CPAM :
8. La procédure a été communiquée à la CPAM de Paris le 1er février 2023. La CPAM a produit un mémoire le 14 février 2023, se disant dans l'impossibilité de chiffrer le préjudice subi. Cependant, l'instruction a été rouverte à la suite de la communication de ce mémoire et la CPAM n'a pas demandé de report de la clôture d'instruction. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la CPAM tendant à ce que ses droits soient réservés.
Sur la responsabilité de la Ville de Paris :
9. Il résulte de l'instruction et notamment du courrier du 3 février 2011 du maire de Paris que la Ville de Paris a reconnu le défaut d'entretien normal de la voie publique à l'origine de l'accident survenu à Mme A, le 7 juillet 2007 à l'angle de l'avenue Paul Appel et de la rue Henri Barboux. Ce défaut d'entretien normal de la voie publique engage la responsabilité de la Ville de Paris à raison des préjudices directs et certains qui ont pu en résulter.
10. Il résulte également de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 25 mai 2011, que l'inaptitude définitive de Mme A à reprendre son emploi et l'impossibilité de la reclasser dans un autre emploi, ainsi que ses placements en congé de longue maladie puis en disponibilité d'office pour raison de santé jusqu'à sa mise à la retraite à compter de janvier 2017, et par conséquent la diminution de ses revenus professionnels pendant cette période, sont la conséquence directe de l'accident du 7 juillet 2007.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les frais médicaux et pharmaceutiques :
11. Mme A justifie de frais restés à sa charge de 95,82 euros jusqu'à sa consolidation. Par ailleurs, l'expert qui l'a examinée a considéré qu'elle aurait besoin chaque année de deux paires de bas et d'une paire de chaussettes de contention par an, d'une paire de semelles orthopédiques, d'une paire de chaussure orthopédiques, et de 15 séances annuelles de kinésithérapie d'entretien. Elle produit des éléments faisant apparaître un reste à charge moyen de 201,43 euros annuel, soit 2 215 euros de 2010 à 2020, et, une fois cette somme actualisée en application du barème de capitalisation 2020, de 3 715 euros au titre des dépenses futures certaines. Il y a par conséquent lieu de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme de 6 026 euros.
En ce qui concerne le préjudice financier :
12. Mme A soutient, en produisant un tableau détaillé reconstituant son traitement en tenant compte de sa revalorisation, que le montant de la rémunération qu'elle aurait pu percevoir si elle n'avait pas été victime de cet accident entre le mois d'août 2008 et le mois de décembre 2016 s'élève à 181 134,61 euros. Elle soutient également avoir perçu pendant cette période la somme de 99 454 euros, correspondant à sa rémunération à demi-traitement par la ville de Paris, et la somme de 28 443 euros versée par sa mutuelle, ainsi qu'il ressort des fiches de paie et avis d'imposition ainsi que d'une attestation de sa mutuelle. Enfin, la Ville de Paris lui a versé une provision de 20 000 euros en 2013. La différence entre les revenus perçus et ceux qu'elle aurait dû percevoir se monte par suite à 33 327 euros. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner cette dernière à verser à Mme A la somme de 33 327 euros au titre du préjudice financier.
En ce qui concerne le préjudice d'incidence professionnelle :
13. Mme A soutient sans être contestée de manière précise, qu'elle aurait dû percevoir de l'Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique un versement en capital de 2 499 euros plus important que celui qu'elle a perçu. Par ailleurs, elle soutient qu'elle a d'une part subi une perte de chance de promotion professionnelle et d'autre part que l'impossibilité de travailler lui a causé des troubles dans ses conditions d'existence consécutifs à l'absence de relations sociales normales. En l'absence d'éléments circonstanciés de nature à établir les chances de promotion de Mme A ainsi que d'éventuelles séquelles psychologiques, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en condamnant la Ville de Paris à verser à Mme A la somme de 10 500 euros.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à obtenir la condamnation de la Ville de Paris à lui verser la somme de 32 352 euros.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La Ville de Paris est condamnée à verser à Mme A, après déduction des provisions déjà versée de 40 000 euros, la somme de 32 352 euros, en réparation de ses préjudices.
Article 2 : La Ville de Paris versera à Mme A une somme de 1 500 euros à en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la CPAM sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à la Ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
Mme Kanté, première conseillère,
M. Coz, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.
Le rapporteur,
Y. Coz
La présidente,
C. Riou
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026