jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2017355 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ATHON-PEREZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 octobre 2020 et le 20 mai 2022, Mme A C, représentée par Me Athon-Perez, demande au tribunal :
1°) de condamner la ville de Paris à lui verser la somme de 25 000 euros à parfaire, en réparation du préjudice de carrière et du préjudice moral qu'elle a subis et résultant de fautes commises par la ville de Paris ;
2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa réclamation préalable et de la capitalisation de ces derniers ;
3°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la ville de Paris a commis une faute de nature à engager sa responsabilité, dès lors qu'elle a été maintenue illégalement en détachement pour une durée supplémentaire d'un an et que le refus d'intégration est lui-même entaché d'illégalité ;
- l'illégalité de ces deux décisions constitue une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- la ville de Paris a également commis une faute tirée du manquement à son obligation de d'aménager son poste de travail ;
- ces fautes lui ont causé un préjudice dans le déroulé de sa carrière, évalué à la somme de 20 000 euros, outre un préjudice moral qui pourra être réparé par l'allocation d'une somme de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée,
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 modifiée,
- le décret n°82-453 du 28 mai 1982 modifié ;
- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 modifié,
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 modifié,
- le décret n° 89-229 du 17 avril 1989 modifié
- le décret n°94-415 du 24 mai 1994 modifié,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Marmier, rapporteur public,
- et les observations de Me Achard pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, agent de surveillance de la préfecture de police de Paris, a été intégrée dans le corps des agents de surveillance de la ville de Paris au 1er janvier 2018, en application de la loi du 28 février 2017 relative à la réforme du statut de Paris. Antérieurement à son intégration dans les effectifs de la Ville de Paris, au cours du mois de juillet 2016, elle a été reconnue en qualité de travailleur handicapé, tandis que, par décision du 31 octobre suivant, elle a été déclarée inapte à exercer les missions d'agent de surveillance et apte à exercer les fonctions d'adjoint administratif. Elle a pris l'exercice de ses fonctions au sein de la ville de Paris le 30 août 2018, à l'issue d'une disponibilité pour convenances personnelles. Elle a sollicité, le 10 octobre 2018, son détachement dans le corps des adjoints administratifs, à la direction du logement et de l'habitat (DLH), en invoquant des raisons de santé. Par un arrêté du 2 novembre 2018, la maire de Paris a fait droit à cette demande pour une période d'un an à compter du 15 octobre 2018. A l'issue de cette première année de détachement, un nouveau poste a été proposé à Mme C en qualité d'agent polyvalent au service de l'accueil général de la mairie du 12ème arrondissement. Elle a été ainsi été maintenue, par arrêté du 24 janvier 2020, en détachement dans le corps des adjoints administratifs et affectée à la direction de la démocratie, des citoyens et des territoires (DDCT). Par une lettre du 30 janvier 2020 adressée à la ville de Paris, Mme C a présenté un recours gracieux tendant au retrait de la décision refusant son intégration, révélée par l'arrêté du 24 janvier 2020, qui a été rejeté par une décision du 25 février 2020. C'est dans ce contexte que, par une demande du 7 mai 2020, Mme C a demandé la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis et résultant de l'illégalité fautive des décisions la maintenant en détachement et lui refusant son intégration dans le corps des adjoints administratifs, outre ceux découlant du non-respect par la ville de son obligation d'aménager son poste de travail.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la recherche de responsabilité au titre de l'arrêté du 24 janvier 2020 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1 du décret n°85-1054 du 30 septembre 1985 modifié dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque l'état physique d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade après avis de la commission administrative paritaire. L'autorité territoriale procède à cette affectation après avis du service de médecine professionnelle et de prévention, dans l'hypothèse où l'état de ce fonctionnaire n'a pas rendu nécessaire l'octroi d'un congé de maladie, ou du comité médical si un tel congé a été accordé () ". Aux termes de l'article 38 du décret n° 89-229 du 17 avril 1989 modifié alors en vigueur: " Les demandes de détachement auprès d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public territorial de fonctionnaires territoriaux, hospitaliers ou de l'État ainsi que les intégrations dans un cadre d'emplois à la suite d'un détachement sont soumises à l'avis de la commission administrative paritaire compétente pour le cadre d'emplois ou l'emploi d'accueil ". Si, ces dispositions, qui visent les demandes de détachement, n'imposent pas la consultation de la commission administrative paritaire de l'administration d'accueil préalablement à une décision de renouvellement d'un détachement ou une décision de refus d'intégration, il résulte, toutefois, de l'instruction, que l'arrêté du 24 janvier 2020 ne se borne pas à prolonger le détachement de Mme C, il l'affecte sur un autre emploi au sein de la direction de la démocratie, des citoyens et des territoires à compter du 7 janvier 2020, ce qui caractérise une nouvelle affectation au sens des dispositions précitées. Par ailleurs, si la requérante établit que la ville de Paris n'a pas saisi le service de la médecine préventive, il résulte toutefois de l'instruction, notamment des pièces produites par la requérante, que celle-ci a bien été reçue par ce service lors d'une visite du 3 juillet 2019, à la suite de laquelle les conclusions été adressées à la collectivité employeur par un courriel du 4 juillet 2019. Dans ces circonstances, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de l'absence de saisine préalable de la médecine préventive par la ville, dès lors que celle-ci a bien été consultée, et alors même que c'est la requérante, qui est à l'initiative de cette consultation.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 81 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 modifiée dans sa rédaction alors applicable : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". Aux termes de l'article 83 de cette loi également dans sa rédaction alors applicable : " Il peut être procédé dans un cadre d'emploi, emploi ou corps de niveau équivalent ou inférieur au reclassement des fonctionnaires mentionnés à l'article 81 par la voie de détachement. Dès qu'il s'est écoulé une période d'un an, les fonctionnaires détachés dans ces conditions peuvent demander leur intégration dans le cadre d'emploi, emploi ou corps de détachement. Leur ancienneté est déterminée selon les modalités prévues par l'article 82 ".
4. Pour établir l'illégalité de l'arrêté du 24 novembre 2020, la requérante soutient qu'il est fondé sur des faits matériellement inexacts, dès lors qu'elle n'a pas bénéficié d'un poste adapté à son état de santé et qu'elle n'a pas davantage bénéficié d'aménagements ou d'accompagnements dans sa prise de fonctions en qualité d'adjoint administratif. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction, notamment d'un rapport établi le 24 novembre 2020 par la hiérarchie de Mme C, que celle-ci a bénéficié de six jours de formation, dont une journée consacrée à l'accueil des nouveaux arrivants au sein de la DLH ou bien encore de quatre jours sur la qualification d'une demande de logement social, outre des formations plus ponctuelles sur la présentation de dossiers. Si elle soutient que celles-ci n'étaient pas suffisantes, elle ne l'établit pas, ce d'autant qu'elle n'allègue même pas avoir sollicité davantage d'accompagnement sur ce point. D'autre part, il résulte également de l'instruction, que la requérante a signalé, trois mois après sa prise de fonctions des difficultés liées à l'adaptation de son poste, parmi lesquelles le temps de concentration devant l'écran ainsi que la position statique prolongée, et en raison desquelles ses tâches ont été allégées avec cinq à dix dossiers à traiter par jour contre quinze à vingt pour les autres adjoints, une liberté d'organisation de son temps de travail assorti de possibilité de pauses supplémentaires sans besoin d'en référer à sa hiérarchie. Ce rapport fait également état que ces adaptations sont demeurées sans effet sur la qualité du travail fourni par la requérante, qui commettait des erreurs récurrentes dans le traitement des dossiers, ou sa manière de servir, ses collègues faisant état d'un comportement désinvolte, susceptible de constituer une gêne pour un travail efficace. Par suite, en édictant l'arrêté du 24 arrêté 2020, la ville de Paris ne s'est pas fondée sur des faits matériellement inexacts.
5. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que, la requérante n'ayant pas été placée en position de détachement dans le corps des adjoints administratifs en qualité de stagiaire, la circonstance que ses évaluations aient été portées sur des formulaires portant une telle qualité demeure dans les circonstances de l'espèce sans incidence. Par suite, Mme C ne peut utilement se prévaloir des modalités d'organisation d'une période de stage.
6. Il résulte de ce qui précède qu'en s'abstenant de consulter la commission administrative paritaire, la ville de Paris a commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'une telle faute soit la cause d'un préjudice de carrière, dont la réalité n'est au demeurant pas établie d'une part, et, d'autre part, la requérante n'établit pas davantage la réalité du préjudice moral qu'elle invoque. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation présentées à ce titre doivent être rejetées.
En ce qui concerne la recherche de responsabilité en raison des obligations de respect des préconisations médicales et d'aménagement du poste :
7. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées au point 2 du présent jugement que l'affectation au sein de la DLH dans le cadre du détachement de Mme C aurait dû être précédée de l'avis du service de médecine professionnelle et de prévention. Par suite, en méconnaissant une telle obligation, la ville de Paris a commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'une telle faute soit la cause d'un préjudice de carrière, dont la réalité n'est au demeurant pas établie, ainsi que cela résulte des motifs exposés au point 6.
8. En second lieu, le moyen tiré du manquement aux préconisations de la médecine de prévention doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4.
9. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la ville de Paris. Par suite, ses conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant au paiement des intérêts et à la capitalisation des intérêts.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamnée à verser une somme à Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Dalle, président,
Mme Mauclair, première conseillère,
Mme Belkacem, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
La rapporteure,
N. B
Le président,
D. DALLE
La greffière,
M.-C. POCHOT
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2017355/2-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026