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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2017692

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2017692

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2017692
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET LE SERGENT (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 27 octobre 2020 et 29 avril 2021, Mme C B, représentée par Me Le Sergent, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2014 résultant de l'imposition de la plus-value immobilière réalisée lors de la vente du bien sis 13 rue de Nesle à Paris, mise en recouvrement le 15 février 2018 ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015, mises en recouvrement le 30 juin 2018 et correspondant à la remise en cause de la demi-part pour parent isolé ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle bénéficie de l'exonération de la plus-value immobilière prévue à l'article 150 U II du code général des impôts dès lors que l'appartement cédé au 13 rue de Nesle (Paris 6e) constituait sa résidence principale ;

- elle bénéficie de la demi-part supplémentaire de quotient familial prévue en faveur des parents isolés dès lors qu'elle ne se vit pas en situation de concubinage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Par une ordonnance du 17 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 7 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Saint Chamas,

- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B a cédé, le 21 mai 2014, un appartement situé 13 rue de Nesle à Paris (6ème) et a placé la plus-value immobilière réalisée à cette occasion sous le régime d'exonération prévu au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts. À l'issue d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, par une proposition de rectification du 3 mai 2017, l'administration a remis en cause le bénéfice de cette exonération au motif que ledit bien immobilier ne constituait pas la résidence principale de la contribuable à la date de la cession. L'administration a également remis en cause la majoration de son quotient familial pour parent isolé au titre des années 2014 et 2015. L'administration ayant rejeté, le 27 août 2020, la réclamation de Mme B dirigée contre les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de taxe sur les plus-values auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015, la requérante en demande la décharge au tribunal.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne l'imposition de la plus-value immobilière réalisée lors de la cession de l'appartement situé au 13 rue de Nesle

2. Aux termes de l'article 150 U du code général des impôts : " I.- Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices agricoles et aux bénéfices non commerciaux, les plus-values réalisées par les personnes physiques ou les sociétés ou groupements qui relèvent des articles 8 à 8 ter, lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis ou de droits relatifs à ces biens, sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH. /Ces dispositions s'appliquent, sous réserve de celles prévues au 3° du I de l'article 35, aux plus-values réalisées lors de la cession d'un terrain divisé en lots destinés à être construits. / II.- Les dispositions du I ne s'appliquent pas aux immeubles, aux parties d'immeubles ou aux droits relatifs à ces biens : 1° Qui constituent la résidence principale du cédant au jour de la cession ; () ". Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.

3. Mme B fait valoir que l'appartement en cause situé au 13 rue de Nesle (Paris 6e) constituait sa résidence principale depuis le 19 mars 2012 jusqu'au moment de sa cession le 21 mai 2014. Pour en justifier, elle se prévaut notamment avoir déclaré cette habitation comme étant sa résidence principale lors de ses déclarations d'impôt 2013 et 2014. Elle verse également au dossier un contrat de réexpédition de son courrier d'une durée de 12 mois à compter de son déménagement de l'appartement situé 21 bd de la Tour Maubourg, le 10 mars 2012, vers ce logement 13 rue de Nesle et se prévaut de plusieurs courriers expédiés à cette adresse au cours des années 2013 et 2014 pour justifier de sa qualité de résidence principale. Toutefois, ces éléments (deux courriers concernant ses enfants en date du 2 octobre 2013, deux courriers concernant un enseignement délivré à ses enfants, deux courriers bancaires de 2014, une facture d'électricité pour la période du 11 août 2013 au 10 avril 2014 et un courrier du gestionnaire de copropriété du 10 mars 2014) ne permettent pas, à eux seuls, d'établir le caractère de résidence effective et habituelle de la contribuable, alors qu'il est constant que Mme B était co-titulaire d'un bail conclu le 22 novembre 2012 et couvrant la période du 30 novembre 2012 au 10 octobre 2014 au 9 rue Magdebourg à Paris avec M. A D, que Mme B avait déclaré comme étant son compagnon depuis de nombreuses années lors du débat oral et contradictoire de la procédure d'examen de situation fiscale personnelle. L'administration fiscale se prévaut également des informations obtenues dans le cadre de la consultation des fichiers bancaires réalisée lors de ce contrôle selon lesquelles les adresses déclarées auprès des établissements bancaires par Mme B et ses enfants sur la période en cause correspondent toutes aux adresses successives de son compagnon. La circonstance que certains relevés bancaires auraient été adressés au 13 rue de Nesle lors de la période en cause est sans incidence sur la réalité des changements d'adresse ainsi déclarés. L'adresse de domicile renseignée lors de l'immatriculation du véhicule automobile de Mme B le 29 mai 2013 est également celle du 9 rue de Magdebourg, où réside M. D. Enfin, si Mme B soutient que cet appartement n'a pas été remis en location depuis le jugement du tribunal de grande instance de Paris en 2012, et que les revenus locatifs perçus sur cette période - soit 14 201 euros en 2013 et 4 835 euros en 2014 seraient issus de la location d'une résidence secondaire, elle ne produit aucune pièce à l'appui de ses assertions. Dans ces conditions, c'est à bon droit qu'à partir de ce faisceau d'éléments, le service a considéré que le bien cédé situé rue de Nesle ne constituait pas la résidence principale de la requérante au jour de la cession. Dès lors Mme B n'est pas fondée à prétendre au bénéfice de l'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts.

En ce qui concerne la remise en cause de la majoration du quotient familial pour parent isolé

4. Aux termes de l'article 194 du code général des impôts : " II. Pour l'imposition des contribuables célibataires ou divorcés qui vivent seuls, le nombre de parts prévu au I est augmenté de 0,5 lorsqu'ils supportent à titre exclusif ou principal la charge d'au moins un enfant. () ". En outre, aux termes de l'article 196 bis du même code : " La situation dont il doit être tenu compte est celle existant au 1er janvier de l'année de l'imposition. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le bénéfice de la demi-part supplémentaire prévue pour les parents isolés ne constitue un droit pour le contribuable que sous la condition, notamment, qu'il vive seul au 1er janvier de l'année d'imposition. Lorsque, dans le cadre de son pouvoir de contrôle des déclarations des contribuables, l'administration remet en cause, selon la procédure contradictoire, la majoration du quotient familial prévue par les dispositions susmentionnées du code général des impôts, il lui incombe d'établir que le contribuable ne vivait pas seul au 1er janvier de l'année d'imposition et qu'ainsi il ne remplit pas l'une des conditions auxquelles est soumis le bénéfice de ce droit. Le contribuable peut néanmoins, par tous moyens, apporter la preuve contraire.

6. L'administration fiscale a remis en cause la demi-part correspondant à la situation de parent isolé dont a bénéficié Mme B, qui est séparée de son mari et a la charge de leurs deux enfants, au titre des années 2014 et 2015, au motif qu'elle vivait avec M. D lors de ces deux années. Si Mme B soutient qu'elle ne vivait pas en concubinage avec M. D et qu'ils disposaient chacun d'une résidence distincte, elle ne l'établit pas par les pièces versées à l'instance, ainsi qu'il a été dit au point 3, alors que l'administration fiscale invoque le bail du 22 novembre 2012 dont sont co-titulaires M. D, son compagnon, et Mme B pour remettre en cause la qualité de parent isolé dont se prévaut la requérante. Dans ces conditions, l'administration fiscale était fondée à rectifier le quotient familial applicable aux revenus de Mme B au titre des années en litige.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander la décharge des impositions en litige.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris, pôle juridictionnel administratif.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

Mme de Saint Chamas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

La rapporteure,

M. de SAINT CHAMAS

La présidente,

J. EVGÉNAS

La greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2017692/2-1

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