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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2018228

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2018228

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2018228
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET VIA JURIS TAX LAW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 novembre 2020 et le 25 novembre 2021, la SCI Jacaro, représentée par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés et des pénalités auxquelles elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

-la location des appartements situés dans la résidence pour personnes âgées ne constitue pas une activité commerciale par nature dès lors qu'elle loue seulement des appartements nus ;

-elle ne participe pas aux résultats de la société exploitante de la résidence ;

-elle n'a reçu qu'une petite partie des loyers de l'appartement situé 93 rue Saint Charles à Paris ;

-il convient de déduire la commission d'intermédiaire versée à la personne qui s'occupe de cet appartement ;

-elle n'a fourni aucune prestation de domiciliation ;

-les abandons de créance de 700 000 et 200 000 euros pour 2016 et 2017 doivent être réintégrés en vertu de la clause de retour à meilleure fortune ;

-les pénalités pour manquement délibéré ne sont pas justifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2021, l'administrateur général des finances publiques de la direction de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme D,

-et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Jacaro, détenue par M. C A, son gérant, et ses enfants, est propriétaire de différents biens immobiliers et, en particulier, d'une résidence pour personnes âgées située place Cadelade au Puy-en-Velay et d'un appartement situé 93 rue Saint Charles à Paris. A l'issue du contrôle sur place dont elle a fait l'objet pour la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2017, le service lui a notifié des cotisations d'impôt sur les sociétés, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités, par des propositions de rectification des 15 février et 17 mai 2019. La SCI Jacaro demande la décharge, en droits et pénalités, des impositions mises en recouvrement le 31 janvier 2020.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes du 2 de l'article 206 du code général des impôts, relatif à l'impôt sur les sociétés, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Sous réserve des dispositions de l'article 239 ter, les sociétés civiles sont également passibles dudit impôt, même lorsqu'elles ne revêtent pas l'une des formes visées au 1 si elles se livrent à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 34 et 35 () ". Aux termes de l'article 34 de ce code : " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale () ". En outre, aux termes de l'article 35 du même code : " I. - Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : () 5° Personnes qui donnent en location un établissement commercial ou industriel muni du mobilier ou du matériel nécessaire à son exploitation, que la location comprenne, ou non, tout ou partie des éléments incorporels du fonds de commerce ou d'industrie ; () ".

En ce qui concerne la résidence seniors Les Millepertuis :

3. Il résulte de l'instruction que SCI Jacaro loue des appartements situés dans un immeuble dont elle est propriétaire place Cadelade au Puy-en-Velay qui a été aménagé en résidence pour personnes âgées indépendantes et non médicalisées, la résidence Les Millepertuis, et que les locataires bénéficient de prestations de services spécifiques et, en particulier, de la mise à disposition d'une coordinatrice et de locaux communs meublés et équipés, comme une terrasse aménagée avec du mobilier de jardin, une buanderie comprenant deux machines à laver, deux sèche-linges, deux tables à repasser et deux fers à repasser, et une salle d'activités et de rencontres. La coordinatrice, qui a pour mission d'assurer les activités de la résidence, d'effectuer le tour des appartements le matin et de proposer son aide le cas échéant, est rémunérée par la SARL Résidence Le Puy En Velay qui facture son intervention à la SCI Jacaro et la refacturation est incluse dans le loyer demandé au locataire. L'administration a estimé que l'activité de location d'appartements nus réalisée par SCI Jacaro, en ce qu'elle incluait systématiquement l'accès pour les locataires à l'ensemble de ces services obligatoires, devait être regardée comme une activité de nature commerciale au sens de l'article 34 du code général des impôts. La SCI Jacaro soutient que ces prestations sont accessoires par rapport à la location des appartements nus. Toutefois, ces prestations, qui excèdent, comme le fait valoir l'administration, celles fournies normalement dans le cadre d'une simple gestion locative, constituent une des causes substantielles de l'engagement de la location par les résidents. En outre, ainsi que l'a relevé le service, la SCI Jacaro doit être regardée comme participant à la gestion et aux résultats de l'activité de sa filiale à 100 %, la SARL Résidence Le Puy En Velay, qui emploie la coordinatrice, et de sa filiale à 89,27 %, la SARL A2CJB, qui conclut avec la SCI requérante les contrats de location de certains appartements qu'elle sous-loue en appartements meublés, compte tenu de l'interdépendance de ces structures pour l'exploitation de la résidence les Millepertuis et de la dépendance des deux SARL par rapport à la SCI requérante. Eu égard à l'ensemble de ces éléments l'administration était fondée à estimer que la SCI Jacaro ne se bornait pas à louer des appartement nus mais qu'elle exploitait une résidence-services, ce qui constitue une activité commerciale, et à l'assujettir à l'impôt sur les sociétés à raison du résultat d'ensemble de ces opérations.

En ce qui concerne l'appartement situé 93 rue Saint Charles à Paris :

4. Une société civile donnant habituellement en location des locaux garnis de meubles doit être regardée comme exerçant une activité commerciale au sens de l'article 34 du code général des impôts et, par suite, est passible de l'impôt sur les sociétés par application du 2 de l'article 206 du même code.

5. Il constant que la SCI Jacaro est propriétaire d'un appartement de type F2 qu'elle loue meublé et où sont domiciliées deux filiales de la SARL A2CJB, les sociétés Logiscope et Palettes Pratiques, dont M. A est le gérant.

6. D'une part, il résulte de l'instruction que l'appartement est loué, pour de courtes durées, à des touristes ou des personnes en déplacement professionnel et que des services annexes sont proposés, comme la fourniture du linge, l'accueil ou le ménage en fin de séjour. Le service a constaté que des sommes portées au crédit des comptes bancaires de la SCI Jacaro correspondaient à des arrhes de location de l'appartement et que les soldes relatifs à ces arrhes étaient peu nombreux et que certains de ces loyers avaient été encaissés sur un compte Paypal, qui selon la requérante n'appartiendrait pas à son gérant, ou payés en espèces. En l'absence d'informations précises apportées par la société, le service a reconstitué les revenus procurés par cette location pendant la période vérifiée, sur la base d'un prix de nuitée moyen de 116 euros et d'un taux d'occupation de 70 %. La société conteste ce redressement mais ne produit aucun élément de nature à démontrer que le taux retenu par l'administration, qui est inférieur au taux de remplissage constaté sur le marché de la location meublée saisonnière à Paris, serait exagéré. En outre, si la requérante soutient que la personne qu'elle a chargée de gérer cet appartement, Mme B, ne lui a pas transmis les baux et les comptes précis des locations et qu'elle ne lui a pas reversé la totalité des sommes perçues et évoque, à cet égard, un détournement de fonds, elle ne produit aucune pièce à l'appui de ses affirmations et n'établit pas, en particulier, avoir porté plainte contre cette personne ou entrepris une quelconque procédure pour récupérer ses fonds. Par ailleurs, si la SCI Jacaro demande à ce que le montant de recettes retenu soit réduit de 30 % pour tenir compte de la commission d'intermédiaire versée à Mme B, elle ne produit aucune pièce permettant d'établir l'existence d'un tel taux ni même celle de liens juridiques entre la SCI et cette personne.

7. D'autre part, le service a constaté que la SCI avait comptabilisé, au titre de l'année 2014, la somme de 6 000 euros correspondant au loyer versé par la société Logiscope pour sa domiciliation et, au titre de 2015, la somme totale de 12 000 euros au titre la domiciliation des sociétés Logiscope et Palettes Pratiques. Le service a estimé que la SCI avait ainsi exercé une activité commerciale au sens de l'article 35 du code général des impôts. La société soutient que l'opération avait essentiellement pour objet de donner une adresse de siège social aux deux sociétés et qu'elle n'a assuré aucune une prestation de domiciliation intégrant d'autres services. Toutefois, dès lors qu'il est constant qu'elle a perçu une rémunération pour cette domiciliation, que les sociétés ont ainsi pu bénéficier d'une adresse pour leur siège social, d'un lieu pour recevoir leur courrier et pour organiser des réunions quand l'appartement n'était pas loué, la SCI requérante doit être regardée comme ayant exercé une activité commerciale passible de l'impôt sur les sociétés.

En ce qui concerne les abandons de créance :

8. Il résulte de l'instruction que M. A a consenti au profit de la SCI Jacaro des abandons de créance de 700 000 euros en 2016 et de 200 000 euros en 2017. La société indique que son gérant a consenti ces abandons de créance afin de lui permettre, alors qu'elle était en déficit, de souscrire des crédits afin de réaliser des travaux importants, la banque ayant indiqué qu'elle ne lui accorderait pas de crédits si ses bilans n'étaient pas en équilibre. La SCI précise, en outre, que ces abandons de créance ont été assortis d'une clause de retour à meilleure fortune et soutient, que, dès lors que, du fait des redressements opérés par le service, la situation de la société est devenue bénéficiaire en 2016 et 2017, les sommes correspondant aux deux abandons de créance doivent être réintégrées et les résultats soumis à l'impôt sur les sociétés doivent être minorés de 700 000 euros en 2016 et de 200 000 euros en 2017. Toutefois, aucun effet rétroactif ne peut être donné à la mise en jeu de la clause de retour à meilleure fortune. En effet, une obligation consentie avec une telle clause ne devient certaine, dans son principe et dans son montant, qu'à la date de la réalisation des conditions de retour à meilleure fortune telles qu'elles sont stipulées dans cette clause. Or, en l'espèce ce n'est que suite aux redressements opérés par l'administration fiscale après la vérification de comptabilité de la SCI en 2019 que les résultats de la société sont devenus bénéficiaires. En tout état de cause, la SCI ne peut demander à ce que cette clause soit mise en œuvre au titre des années au cours desquelles les abandons de créance ont été accordés, dès lors qu'une telle opération conduirait à annuler lesdits abandons.

Sur les pénalités :

9. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".

10. Pour justifier l'application des pénalités pour manquement délibéré aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée non déclarée concernant les loyers relatifs au bail conclu entre la SCI Jacaro et la société A2CJB pour le local commercial situé en rez-de-chaussée de l'immeuble de la place Cadelade au Puy-en-Velay, l'administration qui a, au demeurant, réduit la majoration de 40 % à 10 % pour tenir compte du montant modeste de ce rappel, fait valoir que le bail en cause prévoyait expressément que les loyers seraient soumis à la taxe sur la valeur ajoutée, que la taxe sur la valeur ajoutée a été déduite par la société A2CJB et que M. A, dirigeant des deux sociétés ne pouvait ignorer que SCI Jacaro devait déclarer la taxe sur la valeur ajoutée collectée dès lors qu'elle a été déduite par la société A2CJB. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme établissant le manquement délibéré et, par suite, le bien-fondé des pénalités mises à la charge de la société requérante sur le fondement du a) de l'article 1729 du code général des impôts.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par SCI Jacaro au titre de frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En outre, aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance, les conclusions présentées par la SCI requérante à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de la SCI Jacaro est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Jacaro et à l'administrateur général des finances publiques de la direction de contrôle fiscal Centre-Est.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

A. D

Le président,

B.R. BACHOFFER

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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