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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2019134

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2019134

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2019134
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET F.NAIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête initiale et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le

16 novembre 2020 et le 10 décembre 2020, M. et Mme B, représentés par le cabinet Naïm, demandent au tribunal :

1°) de prononcer, en droits, intérêts et pénalités, la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales au titre des années 2008 à 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la base d'imposition doit être diminuée à due concurrence de la partie des sommes détournées que M. B a déjà remboursées ;

- la méthode de reconstitution utilisée par l'administration fiscale pour déterminer les revenus imposables au titre du foyer fiscal à partir de la date du mariage des requérants du 18 juillet 2008 est arbitraire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2021, le directeur de la direction nationale des vérifications de situations fiscales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, mariés depuis le 18 juillet 2008, ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre des années 2008 à 2014 ainsi que d'un examen de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2015 à 2017. Or, M. B, qui était de 1996 à 2016 responsable administratif et gestionnaire des crédits du laboratoire de météorologie dynamique en qualité d'agent du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a fait l'objet d'une enquête judiciaire ouverte par le procureur de la République du tribunal de grande instance d'Evry pour des faits de " détournement de fonds publics, complicité de ce délit, blanchiment et recel de ce délit, faux et usage de faux ". L'administration fiscale a, en application des articles L. 81, L. 82 C et L. 101 du livre des procédures fiscales, exercé son droit de communication pour accéder aux éléments de la procédure qui ont permis d'identifier les sommes effectivement détournées au titre des années 2008 à 2017 par M. B et qui ont fait l'objet, selon la procédure d'évaluation d'office des articles L. 68 et L. 73 du même livre, d'impositions en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, assorties de pénalités. Par la présente requête, M. et Mme B contestent, en droits, intérêts et pénalités, ces impositions.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

2. En application des dispositions des articles L. 193 et R. 193-1 du livre des procédures fiscales, il appartient à M. et Mme B, régulièrement taxés d'office selon la procédure d'évaluation d'office dans la catégorie des bénéfices non commerciaux sur le fondement, au titre des années en cause, des articles L. 68 et L. 73 du livre des procédures fiscales, d'apporter la preuve de l'exagération des bases d'imposition retenues par l'administration.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 92 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. () ". En application de ces dispositions, des détournements de fonds, qui constituent pour leur auteur une source de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de revenus, sont imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. Aux termes de l'article 156 du même code : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent, sous déduction : I. du déficit constaté pour une année dans une catégorie de revenus ; si le revenu global n'est pas suffisant pour que l'imputation puisse être intégralement opérée, l'excédent du déficit est reporté successivement sur le revenu global des années suivantes jusqu'à la sixième année inclusivement. ". Il résulte de ces dispositions combinées que les recettes à retenir au titre d'une année déterminée pour l'assiette de l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices non commerciaux sont celles qui ont été mises à la disposition du contribuable au cours de cette année, soit au plus tard le 31 décembre. La circonstance qu'une décision de justice, postérieure à l'année d'imposition, ordonne le reversement par le contribuable d'un revenu déjà imposé dans la catégorie des bénéfices non commerciaux n'est pas de nature à entraîner le dégrèvement de cette imposition, mais ouvre seulement à l'intéressé la faculté de déduire de ses revenus imposables, au titre de l'année au cours de laquelle elle intervient, la perte de revenus résultant de cette décision.

4. Il résulte de l'instruction que M. B a reconnu être l'auteur des détournements de fonds publics du CNRS, de l'ENS et de l'Ecole Polytechnique dans le cadre de l'exercice de sa profession d'agent administratif du CNRS. Les sommes détournées au titre de l'année 2008 ont ainsi été imposées par l'administration fiscale dans la catégorie des bénéfices non commerciaux en application du 1. de l'article 92 du code général des impôts. Or,

M. et Mme B font valoir dans leur requête initiale du 16 novembre 2020 qu'ils ont déjà remboursé en 2017 la somme de 72 186,99 euros au CNRS puis, dans leur mémoire complémentaire du 10 décembre 2020, qu'ils démontrent avoir remboursé 225 867,33 euros à cette même structure et produisent, pour en justifier, un avis à tiers détenteur du CNRS du

17 novembre 2020 , et qu'à ce titre la base d'imposition litigieuse doit être diminuée à due concurrence du montant déjà recouvré de 225 867,33 euros. Toutefois, les remboursements de sommes détournées effectués au cours d'une année ultérieure à l'année d'imposition est sans influence sur le caractère imposable desdites sommes compte tenu du caractère annuel de l'impôt, du principe selon lequel les évènements postérieurs au fait générateur de l'impôt sont sans incidence sur l'imposition établie à la date de ce fait générateur et, enfin, des limites apportées par le législateur à la faculté d'imputer certains déficits catégoriels sur le revenu global du contribuable, parmi lesquels figurent les déficits de la catégorie des bénéfices non commerciaux non professionnels en application du 2° du I de l'article 156 précité. Dès lors, la circonstance que M. et Mme B aient effectué des remboursements en 2017 et ultérieurement est sans incidence sur l'imposition des sommes détournées au titre des années 2008 à 2016, qui sont antérieures. S'agissant de l'année 2017, si les sommes ont été remboursées pour cette année, ce qui ne fait en principe pas obstacle au regard de la règle de l'annualité à leur prise en compte, il ressort de l'instruction que le requérant n'a perçu aucun revenu en bénéfices non commerciaux " non professionnels " alors que les fonds détournés constituent des bénéfices non commerciaux et que ces déficits ne sont imputables que dans la même catégorie de revenus. Ainsi, ce moyen doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 158 du code général des impôts dans sa version applicable : " 7. Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par 1,25. Ces dispositions s'appliquent : 1° Aux titulaires de revenus passibles de l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ou des bénéfices non commerciaux ou des bénéfices agricoles, réalisés par des contribuables soumis à un régime réel d'imposition qui ne sont pas adhérents d'un centre de gestion ou association agréé défini aux articles 1649 quater C à 1649 quater H, à l'exclusion des membres d'un groupement ou d'une société mentionnés aux articles 8 à 8 quinquies et des conjoints exploitants agricoles de fonds séparés ou associés d'une même société ou groupement adhérant à l'un de ces organismes ; ".

6. Les requérants contestent la méthode de reconstitution utilisée par l'administration fiscale pour déterminer entre la part des revenus de l'année 2008 imposable au titre du foyer fiscal à partir du 18 juillet 2008, date du mariage de M. et Mme B, et la part des revenus de cette même année imposable au nom seulement de M. B, entre le 1er janvier 2008 et le 17 juillet 2008. Toutefois, les intéressés se bornent à faire état de ce que l'administration fiscale a utilisé une méthode " sommaire " de calcul consistant, après majoration de

1,25 conformément à l'article 158 du code général des impôts susmentionné, à rapporter le total des sommes extournées au nombre de jour annuel de l'année 2008, de 366, permettant de déterminer le revenu imposable du foyer fiscal par jour et le multipliant par le nombre de jours entre le 18 juillet 2008 et le 31 décembre 2008, soit 166. Des lors, ils ne démontrent pas, comme ils en ont la charge, que cette répartition dite " au prorata temporis " aboutirait à une exagération de leur imposition.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et au directeur de la direction nationale des vérifications de situations fiscales.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Edert, première conseillère,

M. Baudat, conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 16 novembre 2022.

Le rapporteur,

J-B A

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. COULANT

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, chargé des Comptes publics, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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