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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2019177

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2019177

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2019177
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantMODICOM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés le 12 novembre 2020 et le 30 septembre 2021, la société par actions simplifiées à associé unique (SASU) SN Atelier Architecture, prise en la personne de la SCP BTSG, représentée par Me Modicom, demande au tribunal :

1°) de prononcer, à titre principal, la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017, ainsi que des pénalités et intérêts de retard, dont ont été assortis ces cotisations et ces droits ;

2°) de prononcer, à titre subsidiaire, la réduction de ces cotisations supplémentaires et de ces rappels de taxe sur la valeur ajoutée ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure de taxation d'office, au terme de laquelle les impositions en litige ont été établies, est entachée de nullité, en l'absence d'opposition au contrôle fiscal ;

- les déclarations d'impôt sur les sociétés établies, à la demande de l'administration fiscale, postérieurement à la proposition de rectification, ne font apparaître aucun bénéfice, de sorte qu'aucune cotisation d'impôt sur les sociétés ou somme réputée distribuée, ne peut être légalement établie ;

- la circonstance que ces déclarations ont été établies tardivement ne saurait à elle seule leur retirer leur caractère probant ;

- elle est également fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour les mêmes raisons que celles précédemment exposées.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 mai et le 25 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts,

- le livre des procédures fiscales,

- le code de commerce,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiées à associé unique (SASU) SN Atelier Architecture, qui exerce une activité d'architecture, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, initiée par un avis de vérification du 14 septembre 2018 et portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée au 30 juin 2018. En l'absence de rencontre avec le dirigeant de la société requérante, l'administration fiscale a dressé un procès-verbal d'opposition à contrôle fiscal le 20 novembre 2018, puis, par une proposition de rectification du 22 novembre suivant, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires au titre de l'impôt sur les sociétés résultant de rehaussements des résultats imposables à l'impôt sur les sociétés et de sommes réputées distribuées ont été notifiés à la société requérante et à son associé unique. Ces impositions ont été mises en recouvrement le 15 février 2019. Par une lettre du 18 novembre 2019, la société requérante a adressé une réclamation contentieuse à l'administration fiscale, qui l'a expressément rejetée par une décision du 11 septembre 2020. Postérieurement, par un jugement du 15 septembre 2020, le tribunal de commerce a prononcé le redressement judiciaire, converti en liquidation judiciaire, de la société requérante, un jugement du 17 mars 2021, désignant la SCP BTSG en qualité de mandataire judiciaire. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal de prononcer la décharge, ou à défaut, la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017, et des intérêts et pénalités afférents à ces cotisations et ces droits.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de la procédure de redressement judiciaire dans laquelle a été placée la société requérante, les intérêts de retard en litige ont été dégrevés en application des dispositions de l'article 1756 du code général des impôts par une décision du 6 octobre 2020, antérieure à l'introduction de la requête. Les conclusions par lesquelles la société requérante demande la décharge de ces intérêts sont donc dépourvues de tout objet.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

3. Aux termes de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales : " Les bases d'imposition sont évaluées d'office lorsque le contrôle fiscal ne peut avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers () ".

4. Il est constant que, par un avis de vérification du 14 septembre 2018, adressé au siège social de la société requérante à l'attention de son associé unique, qui l'a reçu le 20 septembre 2018, l'administration fiscale a avisé ce dernier d'une vérification de comptabilité dont la date des opérations était alors fixée au 4 octobre 2018. Il résulte, en outre, de l'instruction, que l'associé unique de la société n'était pas présent à cette date, ni lors du rendez-vous fixé le 19 octobre suivant, toujours au siège social, par une lettre de mise en garde consécutive à son absence du 4 octobre 2018, l'informant des conséquences d'une éventuelle opposition à contrôle fiscal, et qu'il ne s'est pas davantage présenté lors du rendez-vous fixé le 25 octobre 2018, ce qui a donné lieu à l'émission d'une deuxième lettre de mise en garde, qui fixait un nouveau rendez-vous le 6 novembre 2018, qui n'a pas pu se tenir, l'associé unique de la société requérante ayant informé l'administration fiscale de son absence la veille du rendez-vous, en raison de circonstances familiales faisant obstacle à son déplacement à Paris. Si le requérant soutient qu'il a contacté le service des impôts pour solliciter un report du rendez-vous fixé le 6 novembre, cette seule circonstance ne suffit pas à écarter l'opposition à contrôle fiscal, dès lors qu'il s'est systématiquement abstenu de se présenter aux rendez-vous fixés par l'administration fiscale, alors même que celle-ci avait déjà reporté le rendez-vous à trois reprises. Dans ces circonstances, l'administration fiscale était fondée à procéder à une évaluation d'office des bases d'imposition, compte tenu de l'opposition du contribuable au contrôle fiscal, qui ne peut, au demeurant, utilement se prévaloir de la circonstance qu'il a produit, postérieurement à la vérification, des éléments de sa comptabilité. Par suite, le moyen tiré d'une irrégularité de la procédure d'imposition doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de la charge de la preuve :

5. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". L'article R* 193-1 du même livre précise : " dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". Comme il a été dit, les impositions en litige ont été à bon droit établies d'office dans le cadre de la procédure prévue à l'article L. 74 du même livre. Par suite, il incombe à la société requérante d'établir le caractère exagéré de ces impositions.

S'agissant de l'impôt sur les sociétés :

6. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts rendu applicable à l'impôt sur les sociétés par son article 209 : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. 2 bis. Pour l'application des 1 et 2, les produits correspondant à des créances sur la clientèle ou à des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services () ". Aux termes de l'article 39 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais () ".

7. Il résulte de l'instruction que, pour procéder à l'évaluation d'office des bases d'imposition de la société requérante, l'administration fiscale s'est fondée sur des relevés bancaires qu'elle a obtenus dans le cadre de son droit à communication, en considérant que les encaissements correspondaient à des recettes toutes taxes comprises issues de l'activité d'architecture, puis a déterminé le chiffre d'affaires pour les années 2016 et 2017, soit, respectivement, les sommes de 167 160 euros hors taxes et 203 293 euros hors taxes, tandis que, pour l'année 2015, en l'absence de relevés bancaires, l'administration fiscale s'est fondée sur la seule déclaration de taxe sur la valeur ajoutée déposée par la société requérante au titre du premier trimestre 2015 mentionnant un chiffre d'affaires hors taxes de 117 727 euros. Puis, pour déterminer le bénéfice imposable, l'administration fiscale a également admis, alors même qu'aucun justificatif n'était fourni, des charges déductibles à hauteur de 80% du chiffre d'affaires. Le bénéfice net au titre des exercices clos les 31 décembre 2015, 2016 et 2017 a donc été reconstitué respectivement pour un montant de 23 545 euros, 33 432 euros et 40 659 euros. Pour contester l'évaluation faite par l'administration fiscale, la société requérante se borne à produire les déclarations de résultat établies par un expert-comptable, qu'elle a déposées auprès de l'administration fiscale le 21 novembre 2019, soit postérieurement à la mise en recouvrement des impositions en litige, de sorte qu'elles n'ont aucune valeur probante en l'absence de tout autre élément comptable ou pièce justificative. Ce faisant, elle n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, du caractère exagéré des impositions en litige.

S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée

8. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () ". Aux termes de l'article 269 de ce code : " () 2. La taxe est exigible : () c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits ". Aux termes de l'article 271 du même code : " () II. - 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ".

9. Il résulte de l'instruction, ainsi que cela a été précédemment exposé, que, pour déterminer les bases imposables des années 2016 et 2017, l'administration fiscale s'est fondée sur des relevés bancaires et, pour l'année 2015, sur la seule déclaration de taxe sur la valeur ajoutée déposée par la société requérante, au titre du premier trimestre 2015 et pour laquelle aucun rappel de taxe sur la valeur ajoutée n'a été mis à sa charge. Pour les deux autres années, l'administration fiscale a pris en compte les encaissements figurant sur le compte bancaire et a considéré que ces sommes étaient des recettes toutes taxes comprises, issues de l'activité d'architecte de la société requérante, permettant d'établir le chiffres d'affaires à la somme de 167 160 euros hors taxes au titre de 2016 et de 203 293 euros au titre de 2017. Puis, ces montants ont été soumis à la taxe sur la valeur ajoutée au taux de 20 %, soit un montant de taxe collectée de 33 432 euros en 2016 et 40 659 euros en 2017. La société requérante, qui se borne à produire les déclarations de résultat établies postérieurement à l'imposition en litige, sans autre justificatif ou tout autre élément comptable, ne rapporte pas la preuve du caractère exagéré des impositions en litige.

S'agissant des pénalités :

10. Il résulte des écritures de la société requérante que celle-ci n'articule aucun moyen contre les pénalités. Par suite, et en tout état de cause, la demande présentée sur ce point ne peut qu'être rejetée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des impositions en litige. Par suite, les conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de cet article font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à la société requérante la somme que celle-ci demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société SN Atelier Architecture est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société SN Atelier Architecture, à la SCP BTSG prise en la personne de Me Gasnier, et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

N. ALe président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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