mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2019266 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABNET ASKOLDS (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les
10 novembre 2020 et 27 juillet 2021, les sociétés Zurich Insurance Public Limited Company, Allianz, Passage des Princes et BNP Paribas Real Estate Property Management, représentées par Me Trotsky, du cabinet Askolds, demandent au tribunal :
1°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société Zurich Insurance Public Limited Company de la somme de 36 367,89 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 juillet 2020 et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société Zurich Insurance Public Limited Company de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, les dégradations ayant été commises en marge de la manifestation du 8 décembre 2018 ;
- le préfet de police n'établit pas que les dommages seraient imputables à des groupes de casseurs ;
- la société Zurich Insurance Public Limited Company a indemnisé ses assurées, les sociétés Passage des Princes et BNP Paribas Real Estate Property Management, du préjudice subi et est ainsi subrogée dans leurs droits en application de l'article L. 121-12 du code des assurances ;
- le montant des préjudices de la société Zurich Insurance Public Limited Company s'élève à 33 847,89 euros correspondant à l'indemnité contractuelle versée à son assurée et à 2 520 euros, correspondant aux frais d'expertise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Une ordonnance de clôture d'instruction du 15 avril 2022 a fixé la clôture au 2 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public ;
- et les observations de Me Garrigues, du cabinet Askolds, pour les sociétés Zurich Insurance Public Limited Company, Allianz, Passage des Princes et BNP Paribas Real Estate Property Management.
Considérant ce qui suit :
1. La société Zurich Insurance Public Limited Company a indemnisé ses assurées, la société Passage des Princes, filiale du groupe Allianz, exploitant une galerie marchande située 1, 1 bis, 3 et 5 bis, boulevard des Italiens dans le 9ème arrondissement de Paris, et la société BNP Paribas Real Estate Property Management, gestionnaire du parc immobilier du groupe Allianz, deux sociétés assurées par la société Allianz, au titre d'un contrat d'assurance groupe, à hauteur de la somme de 37 232,67 euros en réparation des dégâts occasionnées le 8 décembre 2018 à ces immeubles. La société Zurich Insurance Public Limited Company et ses assurées dans les droits desquelles elle a été subrogée, en vertu de l'article L. 121-12 du code des assurances, imputent la cause de ces dégradations à des débordements commis à l'occasion de la manifestation de " gilets jaunes " qui s'est tenue à Paris le 8 décembre 2018. La société Zurich Insurance Public Limited Company, agissant en sa qualité de subrogée dans les droits de ses assurées, et les sociétés Passage des Princes, Allianz et BNP Paribas Real Estate Property Management demandent au tribunal de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, la somme de 36 367, 89 euros à verser à la société Zurich Insurance Public Limited Company, soit 33 847,89 euros en réparation des vitrages brisées et 2 520 euros pour les frais d'expertise.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. "
3. L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés.
4. Les sociétés requérantes demandent à l'Etat, sur le fondement de ces dispositions, la réparation de dégradations commises lors de la manifestation du 8 décembre 2018. Toutefois, le procès-verbal de dépôt de plainte du 10 décembre 2018, produit à l'instance, indique seulement que les dégâts ont été commis à la suite de la manifestation des gilets jaunes et l'auteur de la plainte mentionne ne pas avoir de soupçon sur le ou les auteurs des faits. Le procès-verbal d'ambiance relatif au quartier Opéra/Haussmann indique qu'à 16h06, un important groupe de casseurs a emprunté le boulevard Haussmann en direction de l'Opéra Garnier. Des sommations ont été effectuées et la police a usé de
" moyens lacrymogènes " pour obtenir la dispersion des casseurs. A 16h17, des " éléments masqués " ont été repérés à l'intérieur du magasin Monoprix de Saint-Augustin. Des dégradations et des pillages dans le secteur Opéra sont mentionnés à 16h34 tandis qu'à 16h42, un groupe de casseurs remonte du boulevard des Capucines vers l'Opéra. En outre, à 17h45, les forces de l'ordre indiquent être avisées de dégradations intervenues à l'intersection des boulevards Haussmann et des Italiens. Ainsi, le secteur dans lequel se trouve l'immeuble " Passage des Princes " a été investi par des groupes de casseurs que la police a tenté de disperser par différents moyens, tels que des grenades lacrymogènes et des barrages, notamment au débouché du boulevard des Capucines et de l'avenue de l'Opéra. Ils se sont dispersés et ont commis plusieurs dégradations et pillages dans le quartier et aux abords de l'immeuble ayant fait l'objet de dégradations. Le procès-verbal d'ambiance ne mentionne la présence d'aucun manifestant, à ce moment-là, dans ce quartier. Dans ces conditions, les dommages dont les sociétés requérantes demandent l'indemnisation ne peuvent être regardés comme résultant de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des participants à la manifestation du 8 décembre 2018.
5. Il résulte de ce qui précède que les sociétés requérantes ne sont pas fondées à demander à l'Etat, sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, la réparation du préjudice subi par les sociétés Passage des Princes et BNP Paribas Real Estate Property Management et Allianz. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête des sociétés Zurich Insurance Public Limited Company, Allianz, Passage des Princes et BNP Paribas Real Estate Property Management Mme B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Zurich Insurance Public Limited, première dénommée dans la requête, et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann Jager, présidente,
- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,
- Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
La rapporteure,
N. C
La présidente,
V. HERMANN JAGER
La greffière,
S. DICK
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2019266
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026