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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2019395

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2019395

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2019395
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET JASPER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 novembre 2020 et 22 septembre 2022, Mme C B, représentée par Me Callon, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux Paris (AP-HP) à lui verser la somme de 31 860,80 euros en réparation des préjudices subis assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que la somme de 2 400 euros au titre des frais d'expertise.

Elle soutient que :

- l'arthroplastie réalisée le 23 octobre 2012 au sein de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière a eu pour conséquence une paralysie du nerf crural ;

- ce dommage est imputable à des fautes commises par cet établissement hospitalier lors de sa prise en charge, le caractère incomplet de son dossier médical ne permet pas d'établir la qualité des soins prodigués et elle n'a pas été informée des risques encourus ;

- s'agissant de ses préjudices temporaires, le déficit fonctionnel temporaire doit être évalué à 1 960,80 euros, les besoins d'assistance par tierce personne à 9 200 euros, les souffrances endurées à 4 500 euros, le préjudice esthétique temporaire à 2 000 euros ;

- s'agissant de ses préjudices permanents, le déficit fonctionnel permanent doit être évalué à 7 700 euros, le préjudice esthétique permanent à 500 euros, le préjudice sexuel à 5 000 euros et le préjudice d'impréparation à 1 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2022, l'AP-HP conclut au rejet de la requête et à titre subsidiaire à une minoration de sa condamnation.

Elle soutient que :

- les lésions neurologiques dont est atteinte Mme B relèvent d'un aléa thérapeutique ;

- aucune faute ne peut lui être imputée dans la prise en charge de la requérante ;

- la communication d'un dossier médical incomplet ne suffit pas à caractériser une prise en charge ou un suivi défectueux ;

- une information complète sur les risques encourus lui a été dispensée avant l'intervention. En outre, Mme B pouvait difficilement se soustraire à l'intervention compte tenu de son état antérieur ;

- s'agissant de l'indemnisation des préjudices le déficit fonctionnel temporaire doit être évalué à 1 084,63 euros, le besoin d'aide par une tierce personne doit être évalué à 7 785 euros, la souffrance endurée doit être évaluée entre 3 076 et 4 500 euros, le déficit fonctionnel permanent doit être évalué à 5 000 euros et les demandes tendant à l'indemnisation d'un préjudice esthétique, de frais de santé, et d'un préjudice sexuel doivent être rejetées.

Par un mémoire enregistré le 21 juillet 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, conclut à ce que l'AP-HP soit condamnée à lui verser la somme de 2 777,79 euros assortie des intérêts de droit à compter de la demande en remboursement de ses débours, ainsi qu'une somme de 925,93 euros au titre de l'indemnité de gestion forfaitaire, actualisable au 1er janvier de chaque année.

Elle soutient que les débours dont il est demandé le remboursement sont strictement imputables aux fautes commises par l'AP-HP.

Par un mémoire enregistré le 18 août 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Saumon, conclut à sa mise hors de cause.

Il fait valoir que les conditions d'intervention de la solidarité nationale ne sont pas remplies.

La requête a été communiquée à la Matmut protection juridique qui n'a pas produit d'observations.

Par ordonnance du 3 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique,

- le code de la sécurité sociale,

- l'ordonnance n° 59-76 du 7 janvier 1959,

- la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985,

- l'arrêté du 14 décembre 2021,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de M. Guérin-Lebacq, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, née le 10 juin 1970, a présenté à la naissance une luxation congénitale de la hanche gauche ayant nécessité une ostéotomie bilatérale du bassin. A l'âge adulte Mme B a présenté une coxarthrose accompagnée de douleurs et d'impotence fonctionnelle. Compte tenu de l'aggravation de son état, elle a bénéficié, le 23 octobre 2012, d'une arthroplastie de hanche au sein de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière réalisée sous anesthésie générale avec un bloc fémoral sous échographie faite en préopératoire. Au décours de cette intervention il a été constaté des escarres importantes et une paralysie du nerf crural gauche en rapport avec l'impotence douloureuse ressentie par la requérante ainsi qu'une récupération partielle du trouble neurologique avec persistance d'un déficit dans le territoire fémoral. La consolidation du dommage a été fixée au 21 octobre 2015.

2. A la demande de la requérante, le juge des référés du tribunal administratif de Paris, par une ordonnance en date du 18 décembre 2018, a désigné un expert afin de se prononcer sur les responsabilités et procéder à l'évaluation des préjudices. Le rapport d'expertise a été établi par le docteur A le 16 avril 2019. Par un courrier en date du 14 septembre 2020, Mme B a adressé une demande préalable à l'Assistance publique - Hôpitaux Paris (AP-HP) qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête la requérante demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 31 860,80 euros en réparation des préjudices subis au décours de l'intervention du 23 octobre 2012.

Sur la responsabilité de l'AP-HP :

3. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

En ce qui concerne la prise en charge médicale :

4. Il résulte de l'instruction que l'arthroplastie de la hanche gauche réalisée le 23 octobre 2012 au sein de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière était nécessaire compte tenu du caractère extrêmement évolué de la coxarthrose dont était atteinte la requérante. En outre, le choix de la technique opératoire retenue était adéquat et l'implant a été correctement posé. Toutefois, il résulte de cette même instruction, et en particulier du rapport d'expertise, qu'une traction excessive durant l'intervention a entraîné des escarres périnéales qui auraient pu être évitées et que le suivi de ces lésions par l'établissement hospitalier n'a pas été suffisamment attentif. En outre, il résulte également de l'instruction que la complication neurologique crurale survenue au décours de l'intervention du 23 octobre 2012 peut-être liée soit à la traction excessive soit à l'anesthésie de complément par bloc fémoral sans qu'il soit possible de trancher entre ces deux hypothèses considérées comme équiprobables par l'expert.

5. Mme B, fait valoir que dans la mesure où il résultait de l'expertise que la complication neurologique pouvait être imputable à l'anesthésie de complément par bloc fémoral et où l'insuffisance de traçabilité du bloc fémoral n'avait pas permis à l'expert d'affirmer la conformité de ce dernier, un manquement de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP devait être retenu. Toutefois, le caractère incomplet du dossier médical, pour regrettable qu'il soit, ne permet pas à lui seul d'établir qu'une faute a été commise lors de l'intervention d'anesthésie qui s'est déroulée le 23 octobre 2012, au sein de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière alors même que l'expert a par ailleurs indiqué que la récupération assez rapide du trouble moteur n'était pas en faveur d'une injection intra neurale et que la survenue de la pathologie neurologique, si elle était en lien avec le geste anesthésique serait plus un aléas que le résultat d'une faute.

6. Il résulte de ce qui précède, d'une part, l'existence d'un lien direct et certain entre la traction excessive, associée à un manque de soins, et la survenue des escarres dès lors que celles-ci auraient pu être évitées en l'absence de manquements de l'établissement hospitalier et d'autre part, en l'absence de certitude sur le lien de causalité entre la traction excessive et la lésion nerveuse, une perte de chance d'échapper à cette complication neurologique qui doit être évaluée à 50% eu égard aux constatations de l'expert.

En ce qui concerne le défaut d'information :

7. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. () ". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

8. Il résulte de l'instruction que si un formulaire de consentement éclairé a été signé par la requérante le 22 octobre 2012, l'AP-HP, qui ne saurait se prévaloir de ce que la requérante avait déjà subi ce type d'intervention, ne rapporte pas la preuve, dont la charge lui incombe, de la délivrance d'une information complète à la patiente préalablement à l'opération du 23 octobre 2012, en particulier s'agissant des risques de lésions cutanées et neurologiques pouvant résulter de ce type d'intervention. Dans ces conditions, le défaut d'information doit être retenu.

9. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

10. Il résulte de l'instruction que Mme B, qui souffrait avant l'intervention du 23 octobre 2012 d'une coxarthrose gauche extrêmement évoluée sur une séquelle de luxation congénitale de la hanche, serait devenue totalement invalide en l'absence de prothèse de la hanche et aurait, compte tenu de l'absence d'alternative thérapeutique à l'intervention chirurgicale qui lui était proposée, encore consenti à cette opération si elle avait été informée des risques de lésions neurologiques qu'elle comportait. Dans ces conditions, l'absence de délivrance à Mme B d'une information sur les risques que comportait l'intervention à laquelle elle s'est soumise n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, privé l'intéressée d'une chance de se soustraire au risque qui s'est réalisé. Dans ces conditions, la responsabilité de l'AP-HP ne saurait être engagée à ce titre.

11. Toutefois, indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que l'AP-HP doit être condamnée à réparer intégralement les préjudices résultant des lésions cutanées et à hauteur de 50% les préjudices résultant de la lésion neurologique. Mme B est également fondée à demander la réparation intégrale du préjudice d'impréparation résultant d'un défaut d'information. Par ailleurs, les dommages subis par Mme B n'atteignant pas une gravité suffisante au sens des dispositions des articles L. 1142-1 et D. 1142-1 du code de la santé publique, aucune indemnisation ne peut être mise à la charge de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale et celui-ci doit être mis hors de cause.

Sur l'évaluation des préjudices :

13. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la consolidation de l'état de santé de Mme B a été fixée au 21 octobre 2015.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des dépenses de santé :

14. Mme B fait valoir que, ainsi que l'a relevé l'expert, elle a dû bénéficier d'une prise en charge psychologique en lien direct avec l'épisode traumatique subi lors de sa prise en charge défectueuse au sein de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière et que cette prise en chambre s'est poursuivie jusqu'en juin 2021. Toutefois, elle ne sollicite aucune réparation au titre de ce chef de préjudice. La caisse primaire d'assurance maladie de Paris (CPAM) de Paris justifie, pour sa part, avoir exposé pour le compte de son assurée des frais médicaux pour les périodes du 16 novembre 2012 au 21 octobre 2015 et du 8 avril 2016 au 30 septembre 2016. Les débours de la caisse comprennent également des frais pharmaceutiques. Ces débours, d'un montant total de 2 777,79 euros, détaillés dans le relevé de débours définitif établi le 7 mai 2020 et attestés par le médecin conseil de la caisse, sont imputables, à part égale, aux complications cutanées et neurologiques survenues lors de la prise en charge de Mme B par l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

S'agissant de l'aide par tierce personne :

15. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise qu'une assistance a été nécessaire pour l'aide aux soins et d'hygiène, l'entretien de la maison, ainsi que la prise en charge de son fils cadet âgé de quatre ans et de son fils aîné handicapé. L'assistance par tierce personne strictement imputable aux complications cutanées et neurologique doit être évaluée à deux heures par jour du 2 au 30 novembre 2012, à 4 heures par jour du 1er décembre 2012 au 15 février 2013, à 1 heure par jour du 16 février 2013 au 30 juin 2013 et à 4 heures par semaine jusqu'à la consolidation, soit du 1er juillet 2013 au 20 octobre 2015. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction et n'est ni soutenu ni même allégué qu'une assistance par tierce personne est nécessaire postérieurement à la consolidation. S'agissant d'une aide non spécialisée, ce poste de préjudice doit être évalué sur la base du salaire minimum de croissance applicable entre l'année 2012 et l'année 2015, majoré afin d'inclure les cotisations patronales et les congés payés, soit un montant horaire moyen au cours de cette période qui peut être évalué à 15 euros. Sur cette base, eu égard aux besoins d'assistance évalués à 980 heures, le montant d'aide par tierce personne doit être évalué à la somme de 14 730 euros.

En ce qui concerne les préjudices personnels :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

16. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme B a subi, en lien direct avec les complications cutanées et neurologiques, un déficit fonctionnel temporaire partiel de 40% durant 77 jours, un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % pendant 150 jours et de 10% pendant 842 jours. Il sera fait une juste appréciation du préjudice ayant résulté pour elle de son déficit fonctionnel temporaire durant ces périodes en l'évaluant, sur la base de 20 euros par jour à taux plein, à 3 050 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

17. Il résulte également de l'instruction que Mme B a subi, en raison des complications cutanées et neurologiques survenues au décours de l'intervention du 23 octobre 2012 de fortes douleurs liées aux escarres ainsi qu'une souffrance psychique en lien avec la perte de contrôle de son membre inférieur. Les souffrances endurées sont évaluées par l'expert à 3 sur 7 sur une échelle de 0 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 4 000 euros.

S'agissant du préjudice esthétique :

18. Il résulte de l'instruction et, notamment du rapport d'expertise médicale, que le préjudice esthétique lié strictement aux complications cutanées et neurologiques a été fixé par l'expert à 2 sur 7 au titre du préjudice temporaire et à 0,5 sur 7 au titre du préjudice permanent sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de l'ensemble de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 500 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

19. Il résulte de l'instruction que Mme B, dont l'état est consolidé depuis le 21 octobre 2015, subit, en raison des complications cutanées et neurologiques survenues au décours de l'intervention du 23 octobre 2012, un déficit fonctionnel permanent global de 7% consistant en des manifestations anxieuses spécifiques, une tension psychique, des douleurs résiduelles et une faiblesse ressentie du membre inférieur. Dans la mesure où Mme B était âgée de 45 ans à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant le montant de sa réparation à 7 700 euros.

S'agissant du préjudice sexuel :

20. Si Mme B fait valoir qu'elle subit un préjudice sexuel constitué par une baisse de sa libido et une gêne lors des rapports sexuels en raison de l'impotence de sa jambe, il résulte de l'instruction que les allégations de la requérante ne sont pas corroborées par l'expert médical qui se borne à indiquer qu'une perte de libido a régulièrement été abordée avec le psychologue sans indiquer que ces difficultés seraient en lien avec la complication neurologique. Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires présentées par la requérante au titre de ce chef de préjudice doivent être rejetées.

En ce qui concerne le préjudice d'impréparation :

21. Dans les circonstances particulières de l'espèce marquées par l'absence de recueil de consentement libre et éclairé de Mme B quant aux risques, même peu fréquents, de complications neurologiques survenues au décours de l'intervention arthroplastie de hanche réalisée le 23 octobre 2012, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral d'impréparation de l'intéressée en le fixant à la somme de 1 000 euros.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les préjudices patrimoniaux et personnels subis par Mme B en lien avec les complications cutanées et neurologiques survenues au décours de l'intervention du 23 octobre 2012 doivent être évalués à la somme de 31 980 euros. Ces préjudices sont imputables à part égale aux escarres et à la lésion nerveuse. Ainsi compte tenu de ce qui a été dit au point 12 du présent jugement, il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à Mme B, la moitié de cette somme dans son intégralité en réparation des dommages résultant des escarres qui sont directement imputables à la faute commise par l'hôpital et pour la seconde moitié de cette somme, de faire application d'un taux de perte de chance de 50%. Par suite, il y a lieu de mettre une somme 23 985 euros à la charge de l'AP-HP au titre de ces chefs de préjudices ainsi qu'une somme de 1 000 euros au titre du préjudice d'impréparation qui doit être réparée intégralement, soit une somme totale de 24 985 euros.

23. Il résulte, par ailleurs de ce qui a été dit aux points 12 et 22 du jugement, qu'il y a lieu de condamner l'AP-HP, à verser à la CPAM de Paris la somme de 2 083,34 euros au titre des frais exposés en conséquence des dommages subis par Mme B.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

24. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

25. Il y a lieu, d'une part, de faire droit aux conclusions de Mme B tendant à ce que la somme qui lui est allouée au point 22 du présent jugement porte intérêt au taux légal à compter du 18 septembre 2020, date de réception de sa demande préalable.

26. Et, d'autre part, de faire droit aux conclusions de la CPAM de Paris tendant à ce que la somme qui lui est allouée au point 23 du présent jugement porte intérêt au taux légal à compter du 21 juillet 2022, date d'introduction de sa demande.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

27. L'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses d'assurance maladie exerçant leur recours subrogatoire de recouvrir une indemnité forfaitaire de gestion égale au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans des limites fixées par arrêté. L'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 fixe les montants minimum et maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion à respectivement 110 euros et 1 114 euros.

28. Eu égard au montant des sommes accordées à la CPAM de Paris, il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à cette caisse, à titre forfaitaire, la somme de 694,44 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais liés à l'instance :

29. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

30. Dans les circonstances de l'espèce, doivent être mis à la charge définitive de l'AP-HP les frais et honoraires de l'expertise qui ont été liquidés et taxés à la somme de 2 400 euros.

31. Par ailleurs, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros au profit de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme B la somme de 24 985 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 septembre 2020, date de réception de sa demande préalable.

Article 2 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 2 083,34 euros assortie des intérêts à compter du 21 juillet 2022.

Article 3 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 694,44 euros au titre de l'article L. 371-1 du code de la sécurité sociale

Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise ordonnée qui ont été liquidés et taxés à la somme de 2 400 euros sont mis à la charge définitive de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Article 5 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à Mme B la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la Matmut et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Laloye, président,

Mme Roussier, première conseillère,

M. Théoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

S. D

Le président,

P. LaloyeLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2019395/6-

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TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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