jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2019637 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | RIDJA MALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 novembre 2020 et le 5 janvier 2023, M. D C, représenté par Me Ridja Mali, demande au tribunal :
1°) de condamner la ville de Paris à lui verser la somme globale de 60 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subis, résultant de la faute commise par la ville de Paris ;
2°) de condamner la ville de Paris aux entiers dépens ;
3°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la ville de Paris a commis une faute en manquant à son obligation d'assurer la sécurité de ses agents, puisqu'il a été victime d'une agression sur son lieu de travail par un autre agent ;
- à ce titre, il est fondé à demander la réparation d'un préjudice résultant des souffrances physiques évalué à 10 000 euros, du préjudice tiré des souffrances psychiques évalué à la somme de 10 000 euros, d'un préjudice moral évalué à 30 000 euros, et du préjudice tiré du trouble dans ses conditions d'existence évalué à 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a été recruté par la ville de Paris le 10 décembre 1990 en qualité d'ouvrier professionnel stagiaire et titularisé le 10 décembre 1991. Il est depuis lors affecté à la direction de la jeunesse et des sports de la ville de Paris. Adjoint technique principal de 1ère classe depuis le 1er janvier 2019, il a été victime de violences physiques de la part d'un collègue, en état d'ébriété, sur son lieu de travail, soit le terrain de sport Reverdy, qui lui ont occasionné une incapacité temporaire totale au travail supérieure à trente jours. Estimant que la ville de Paris avait manqué à son obligation d'assurer la sécurité physique de ses agents, M. C a demandé à la ville de Paris une indemnité tendant à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis, par une réclamation préalable adressée par l'intermédiaire de son conseil, le 17 juillet 2020. Du silence gardé par la ville de Paris est née une décision implicite de rejet.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité de la ville de Paris :
2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article 11 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 alors en vigueur, reprises à l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique : " La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".
3. D'autre part, l'autorité de chose jugée appartenant aux décisions des juges répressifs devenues définitives, qui s'impose aux juridictions administratives, s'attache à la constatation matérielle des faits mentionnés dans le jugement et qui sont le support nécessaire du dispositif.
4. Il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal du 9 août 2019, que le requérant a déposé plainte contre son collègue pour des violences aggravées, intervenues sur le lieu de travail, alors que celui-là était en état d'ébriété. Il résulte également de l'instruction, notamment du jugement du 31 janvier 2020, dont le caractère définitif n'est pas contesté, que le tribunal correctionnel de Paris a expressément admis la matérialité des faits, en considérant que le collègue de M. C avait pointé un couteau sur ce dernier et lui avait lacéré la main, et en condamnant le prévenu à une peine d'emprisonnement de dix mois totalement assortie d'un sursis pour des faits de violences aggravées par deux circonstances entraînant une incapacité temporaire totale au travail inférieure à huit jours. De telles constatations, qui s'imposent au juge administratif, ne sont pas utilement remises en cause par la ville de Paris, qui se borne à invoquer, sans l'établir, que le requérant aurait giflé son collègue, ce qui aurait été la cause de l'agression physique. Enfin, il résulte également de l'instruction, notamment de courriels internes aux services de la ville de Paris, que les difficultés liées notamment à la consommation d'alcool et l'état d'ébriété en résultant du collègue du requérant, étaient connues des supérieurs hiérarchiques de ces derniers, sans qu'aucune mesure ne soit prise. Dans ces conditions, faute d'avoir assuré la sécurité de son agent, la ville de Paris a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne le droit à réparation de M. C :
5. Si la ville de Paris fait valoir que le requérant aurait pu se constituer partie civile pour solliciter une indemnisation par l'agent qui a commis la faute, et que c'est seulement en cas d'insolvabilité qu'elle serait tenue de faire droit à une demande de réparation, il est constant que la faute a été commise à l'occasion du service. Par suite, alors même que cette faute présenterait également le caractère d'une faute personnelle, il était loisible au requérant de rechercher la seule responsabilité de la collectivité.
En ce qui concerne les préjudices :
Quant au préjudice tiré des souffrances physiques :
6. Il est constant que la main du requérant a été lacérée par un couteau de marque Opinel. Il résulte, en outre de l'instruction, que si, initialement, l'incapacité temporaire totale de travail du requérant avait été estimée à une durée supérieure à trente jours, le jugement correctionnel a retenu une durée de cinq jours. Enfin, les pièces produites par le requérant, à savoir un compte-rendu opératoire assorti d'une prescription de paracétamol pour dix jours, une échographie et un compte-rendu établi le 12 octobre 2020 par un radiologue, qui indique la présence d'un petit granulome séquellaire post traumatique de trois millimètres de diamètre, établissent la réalité du préjudice invoqué par le requérant, dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant une indemnité de 1 000 euros à ce titre.
Quant au préjudice tiré des souffrances psychiques :
7. Le requérant produit un certificat médical établi le 2 octobre 2019 par le médecin du service de prévention de la ville de Paris, qui fait état d'un syndrome anxio-dépressif très important, tout en préconisant un suivi par un psychiatre, et une prolongation de son placement en congé maladie. Dans ces circonstances, il sera fait une juste appréciation du préjudice tiré des souffrances psychiques du requérant en lui allouant une somme de 2 000 euros.
Quant au préjudice moral :
8. Pour établir la réalité du préjudice moral qu'il invoque, le requérant se borne à invoquer un fort sentiment de dévalorisation au quotidien sans autre précision. De telles allégations ne suffisent pas à établir la réalité de ce préjudice, si bien que la demande de réparation présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée.
Quant au préjudice tiré du trouble dans ses conditions d'existence :
9. En se bornant à invoquer des troubles du sommeil, des insomnies matinales, une perte d'appétit et une irritabilité récurrente, le requérant n'établit pas la réalité du préjudice tiré du trouble dans ses conditions d'existence. Par suite, la demande de réparation présentée au titre de ce préjudice doit être rejetée.
10. Il résulte de ce qui précède que le requérant est seulement fondé à demander la réparation des préjudices résultant des souffrances physiques et psychiques, pour lesquels la ville de Paris est condamnée à lui verser la somme totale de 3 000 euros.
Sur les dépens :
11. La présente instance n'ayant pas occasionné des dépens, les conclusions tendant à ce que ces derniers soient mis à la charge de la ville de Paris doivent, en tout état de cause, être rejetés.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 1 200 euros à verser à M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La ville de Paris est condamnée à verser à M. C la somme de 3 000 euros.
Article 2 : La ville de Paris versera la somme de 1 200 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
Mme Belkacem, première conseillère,
Mme Marchand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
Le rapporteur,
N. ALe président,
C. FOUASSIER
La greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026