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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2020113

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2020113

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2020113
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET MARCHESSEAU (SELARLU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête n° 2020113/1-2 et des mémoires, enregistrés les 28 novembre et 4 décembre 2020, le 16 juin 2021 et le 3 février 2022, la SNC Zhao A, représentées E, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euro sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-sa comptabilité ne comportait pas de graves irrégularités et c'est à tort que l'administration l'a rejetée ;

-eu égard à l'autorité absolue de la chose jugée qui s'attache au jugement de la 11ème chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris du 12 décembre 2017 devenu définitif, le montant des détournements de fonds à retenir ne peut excéder 100 euros par semaine, soit 5 200 euros au total ;

-les redressements reposent sur des aveux qui ont été obtenus en fin de garde à vue dans un climat hostile et tendu et qui n'ont aucune valeur ;

-l'administration n'établit pas la dissimulation de recettes qui proviendrait de l'encaissement sur ses comptes de chèques d'entreprises ;

-les rappels de taxe correspondant aux flux financiers provenant des chèques entreprises encaissés sur les comptes bancaires des époux A sont erronés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

II - Par une requête n° 2020662/1-2 et des mémoires, enregistrés le 4 décembre 2020, le 9 juin 2021 et le 3 février 2022, Mme C A et M. D A, représentés E, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits, intérêts et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

-la comptabilité de la SNC Zhao A ne comportait pas de graves irrégularités et c'est à tort que l'administration l'a rejetée ;

-eu égard à l'autorité absolue de la chose jugée qui s'attache au jugement de la 11ème chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris du 12 décembre 2017 devenu définitif, le montant des détournements de fonds à retenir ne peut excéder 100 euros par semaine, soit 5 200 euros au total ;

-les redressements reposent sur des aveux qui ont été obtenus en fin de garde à vue dans un climat hostile et tendu et qui n'ont aucune valeur ;

-l'administration a inversé la charge de la preuve en ce qui concerne les chèques d'entreprises encaissés sur le compte de la SNC et sur leurs comptes ;

-les chèques d'entreprises encaissés sur le compte de la société Zhao A n'ont pas généré de recettes pour la société ;

-le 2 bis de l'article 38 du code général des impôts a été méconnu ;

-une partie des sommes encaissées sur leur compte personnel est justifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme B,

-et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SNC Zhao A, qui exerce à titre principal sous le nom commercial " le Saint Claude " une activité de café, bar, brasserie, débit de tabac, jeux de la Française des jeux et autres jeux autorisés et PMU, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle le service a rejeté sa comptabilité et a reconstitué ses recettes. Par des propositions de rectification des 20 décembre 2017 et 20 juillet 2018, il lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016. En outre, le service a diligenté un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle de M. et Mme A qui détiennent la totalité du capital de la SNC Zhao A et dont M. A est le gérant de droit. Par des propositions de rectification du 20 juillet 2018, le service leur a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2015 et 2016. La SNC Zhao A et M. et Mme A demandent la décharge, en droits, intérêts et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquels ils ont ainsi été assujettis.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2020113/1-2 et n° 2020662/1-2, présentées respectivement pour la société SNC Zhao A et M. et Mme A E, présentent à juger les mêmes questions et on fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur le rejet de la comptabilité de la SNC Zhao A :

3. Il résulte de l'instruction que lors de la vérification de comptabilité de la SNC Zhao A, le service a constaté que cette dernière n'avait pas tenu de livre de comptes concernant l'activité PMU sur la période vérifiée ni de caisse séparée pour les fonds détenus à ce titre et que le journal de caisse comportait des omissions et ne retraçait pas l'ensemble des encaissements réalisés au jour le jour. Il a, en outre, relevé que la société avait fourni des tickets Z journaliers regroupant les produits vendus par famille sans désignation précise et qu'elle n'a pas été en mesure de produire des pièces justificatives permettant d'en préciser le détail et qu'il n'était donc pas possible de connaître le montant exact des recettes et leur ventilation entre le taux normal et le taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée. Dans ces conditions, la comptabilité ne pouvait être regardée comme retraçant avec précision l'ensemble des recettes et opérations de l'entreprise et comme permettant de déterminer la répartition des recettes et de justifier l'exactitude des résultats déclarés. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, ces motifs étaient suffisants pour écarter la comptabilité de l'entreprise comme non probante et procéder à la reconstitution du chiffre d'affaires de la société relatif aux années d'imposition en litige.

Sur la reconstitution du chiffre d'affaires :

4. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité, mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. () ".

5. Ainsi qu'il a été dit, la comptabilité de la SNC Zhao A comportait de graves irrégularités justifiant son rejet et il est constant que les impositions en litige ont été établie conformément à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires du 18 novembre 2019. Dans ces conditions, la charge de la preuve incombe à aux requérants.

6. Par ailleurs, l'autorité de la chose jugée qui appartient aux décisions des juges répressifs devenues définitives s'attache à la constatation des faits mentionnés dans les jugements et arrêts, support nécessaire du dispositif, et à leur qualification au regard de la loi pénale. En revanche, elle ne s'attache pas à l'appréciation de ces mêmes faits au regard de la loi fiscale, notamment en ce qui concerne l'évaluation des bases d'imposition.

7. Les requérants se prévalent du fait que, par un jugement du 12 décembre 2017, la 11ème chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris a jugé que les détournements des fonds de la SCN Zhao A effectués par M. et Mme A étaient évalués " a minima à 100 euros par semaine " et soutiennent que l'autorité de la chose jugée qui s'attache à ce jugement, devenu définitif, fait obstacle à ce qu'une somme supérieure à 5 200 euros soit retenue pour la reconstitution des résultats de la société pour toute la période. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, la constatation des faits mentionnée dans ce jugement est sans influence sur l'appréciation par le juge administratif de la matérialité et de la qualification de ces faits au regard de la loi fiscale. En outre, le jugement indique également que les époux A ont estimé le détournement du chiffre d'affaires de la partie bar de la SNC à 35 %. D'autre part, le juge judiciaire s'est ainsi prononcé sur les sommes détournées par les époux A, dont il a, au demeurant, uniquement précisé le montant minimal, et non sur le montant du chiffre d'affaires éludé de la SNC. Enfin, il résulte de l'instruction que le service a reconstitué le chiffre d'affaires de l'activité " bar " à partir des quantités de bières consommées correspondant aux achats comptabilisés et que, pour les autres activités, il a utilisé les données recueillies lors de la consultation du dossier pénal des époux A, et en particulier les relevés de leurs comptes bancaires et de ceux de la société, ainsi que les données recueillies à l'occasion de la vérification de comptabilité de la SNC, de la SCI A et de l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle de M. et Mme A. Les requérants, qui ne critiquent pas cette méthode et qui ne proposent pas une autre méthode, n'établissent pas le caractère excessivement sommaire ou radicalement vicié de la reconstitution du chiffre d'affaires de la SNC.

8. Enfin, la circonstance que l'administration n'ait pas déposé plainte contre M. et Mme A pour fraude fiscale ne faisait obstacle à ce qu'elle leur notifie les redressements litigieux à la suite de la vérification de comptabilité de la SNC et de l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle.

Sur les chèques encaissés sur le compte bancaire de la SNC Zhao A :

9. Le service vérificateur a constaté que la SNC Zhao Che avait comptabilisé au débit du compte n° 5120000 " Banque Populaire ", qui correspond au compte courant de la société, des chèques émis par différentes entreprises pour des montants de 12 591 euros en 2015 et de 59 810 euros en 2016 et que, en contrepartie, les sommes avaient été inscrites au crédit du compte 5580000 " virements internes ". Ainsi que le fait valoir l'administration, les sommes encaissées sur le compte de la société sont réputées provenir de son activité et sont donc imposables entre les mains de ses associés dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux.

10. Les requérants soutiennent, d'une part, que les redressements s'appuient sur des aveux des époux A obtenus en fin de garde à vue dans un climat hostile et tendu et qu'ils ont été orientés par les enquêteurs. Toutefois la 11ème chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris a jugé que M. et Mme A avaient encaissé des chèques émis par plusieurs sociétés pour le paiement de boissons alcoolisées et de prises de jeux et que d'autres chèques émis par les mêmes sociétés avaient été encaissés sur les comptes bancaires de la SNC Zhao A. M. et Mme A n'ont pas fait appel de ce jugement et il n'a pas été établi que leurs aveux auraient été obtenus de manière irrégulière ou qu'ils auraient été contraints. En outre, les redressements litigieux reposent également sur les éléments obtenus par le service à l'occasion de la vérification de comptabilité de la SNC Zhao A, de la SCI A et de l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle des requérants et sur les encaissements constatés sur les comptes bancaires de la SNC.

11. Les requérants soutiennent, d'autre part, que les sommes correspondant à ces chèques ont été prélevées dans les espèces de la caisse du bar et reversées au PMU et à la FDJ et qu'elles ne représentent aucun gain pour la SNC, ainsi que cela ressort des ses écritures comptables. Toutefois, il est constant que les sommes en cause correspondent à des recettes en espèces éludées par la SNC et que si, comme il a été dit au point 9, les chèques ont eu pour contrepartie une écriture au compte " virements internes ", cette écriture avait seulement pour objet de neutraliser artificiellement la recette dans les résultats de la société. Enfin, les requérants, qui ne sauraient se prévaloir des écritures comptables de la société qui sont dépourvues de valeur probante, la comptabilité de la SNC étant entachée d'importantes irrégularités, ne produisent aucune pièce de nature à établir que l'ensemble des sommes en cause auraient effectivement été reversées au PMU ou à la FDJ.

12. Enfin, aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. ()2 bis. Pour l'application des 1 et 2, les produits correspondant à des créances sur la clientèle ou à des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services () ".

13. M. et Mme A soutiennent que le service a méconnu les dispositions précitées du 2 bis de l'article 38 du code général des impôts dès lors qu'il n'a pas démontré que les sommes correspondant aux montants des chèques encaissés par la SNC se rapportaient bien à la livraison de bien et à des prestations de service intervenues ou achevées au cours des exercices litigieux. Toutefois, le moyen est inopérant dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les sommes litigieuses constitueraient des créances sur la clientèle ou des versements reçus à l'avance mentionnées au 2 bis de cet article.

Sur les sommes encaissées sur les comptes de M. et Mme A :

En ce qui concerne l'année 2015 :

14. Si M. et Mme A contestent un rehaussement concernant un chèque de 18 170,10 euros, ainsi que le fait valoir l'administration, ce chèque n'a pas fait l'objet de redressements.

15. En outre, M. et Mme A indiquent que les sommes de 10 000 euros encaissées les 3 novembre et 7 décembre 2015 constitueraient leur rémunération prélevée sur les bénéfices mais ils ne produisent aucune pièce pour l'établir et l'administration indique que ces sommes n'ont pas été comptabilisées aux comptes courants d'associés des intéressés.

16. Enfin, M. et Mme A soutiennent que le chèque de 1 156 euro émis par la société Alarme Video Systems constitue un dédommagement en réparation de la casse d'un ordinateur intervenue lors de l'installation d'un système de caméra dans le bar. Toutefois, la seule production d'une copie du chèque et de la facture d'installation du système d'alarme ne saurait suffire à l'établir.

En ce qui concerne l'année 2016 :

17. M. et Mme A soutiennent qu'un chèque de 2 672,75 euros, provenant de la SNC Zhoa A et non d'un tiers, " doit correspondre " à des remboursements de frais qu'ils ont avancés pour la société et que le chèque de 3600 euros " peut correspondre " soit également à un remboursement de frais avancés par eux soit à l'appréhension des bénéfices de la société qu'ils étaient en droit de se verser. Toutefois, ces seules affirmations, au demeurant imprécises, ne sauraient suffire, en l'absence de production de pièces probantes, à justifier que les sommes en cause ne constituaient pas de revenus imposables entre leurs mains. En outre, ainsi que fait valoir l'administration les sommes en litige, pas plus que d'ailleurs que le versement en espèces de 5 000 euros provenant, selon M. et Mme A, de la caisse de la SNC, dans laquelle ils indiquent qu'ils étaient en droit de " piocher ", n'ont été comptabilisées au compte courant d'associés ouvert en leur nom.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la SNC Zhao A et de M. et Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête n° 2020113/1-2 présentée par la SNC Zhao A et la requête n° 2020552/1-2 présentée par M. et Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SNC Zhao A, à M. D A, à Mme C A et au directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La rapporteure,

A. B

Le président,

B.R. BACHOFFER

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/1-2, 2020662/1-

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