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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2020131

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2020131

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2020131
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET VITOUX & ASSOCIES (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 novembre 2020 et le 13 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Vitoux-Lepoutre, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser une somme de 412 518,48 euros, ou, à titre subsidiaire, une somme de 380 016,80 euros, en réparation des préjudices consécutifs à sa prise en charge à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'AP-HP est engagée pour faute en raison de l'oubli d'un champ opératoire dans son corps lors de l'intervention du 21 mars 2018 ;

- elle n'a pas été informée des risques inhérents à l'opération ni des autres options de traitement possibles ;

- elle est fondée à solliciter le versement d'indemnités de 16 640 euros pour l'assistance temporaire par tierce personne, de 292 114,30 euros pour l'assistance permanente par tierce personne, de 30 000 euros au titre des souffrances endurées, de 3 462,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 30 800 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, de 2 000 euros au titre du préjudice esthétique, et de 37 051,68 euros au titre de la perte de chance de se soustraire aux conséquences de l'intervention ou, subsidiairement, de 5 000 euros au titre du préjudice d'impréparation.

Par un mémoire, enregistré le 28 avril 2021, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, représentée par Me Dontot, demande au tribunal :

1°) de condamner l'AP-HP à lui verser une somme de 66 319,44 euros en remboursement des prestations versées ou à verser dans l'intérêt de Mme B, somme assortie des intérêts au taux légal à compter de la première demande pour les prestations servies antérieurement et à compter de leur règlement pour les débours effectués postérieurement, ainsi que de la capitalisation des intérêts ;

2°) de condamner l'AP-HP à lui verser une somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à demander à l'AP-HP le remboursement des prestations versées ou à verser dans l'intérêt de Mme B, qui s'élèvent à la somme totale de 66 319,44 euros, se décomposant en 64 954,02 euros pour les prestations en nature prises en charge avant la consolidation et 1 365,42 euros pour les prestations en nature après consolidation ;

- l'indemnité forfaitaire de gestion doit être mise à la charge de l'AP-HP.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut à ce que l'indemnisation accordée à la requérante soit ramenée à de plus justes proportions.

Elle soutient que :

- les complications survenues en peropératoire relèvent de l'aléa thérapeutique ;

- elle n'entend pas contester sa responsabilité s'agissant de l'oubli d'un corps étranger dans le corps de la patiente ;

- le manquement à l'obligation d'information n'est pas caractérisé ;

- les préjudices invoqués par Mme B au titre de l'assistance permanente par tierce personne et du préjudice d'impréparation ne peuvent donner lieu à indemnisation ;

- l'indemnisation des préjudices tirés de l'assistance temporaire par tierce personne, du déficit fonctionnel permanent et du préjudice esthétique doit être ramenée à des montants plus raisonnables ;

- la réparation des préjudices de Mme B peut être fixée à 13 531 euros pour les souffrances endurées et à 1 800,50 euros pour le déficit fonctionnel temporaire.

Par ordonnance du 10 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été opérée le 21 mars 2018 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dépendant de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), d'un anévrysme de l'aorte abdominale sous-rénale. L'intervention s'est compliquée d'une plaie peropératoire de la rate avec choc hémorragique ayant nécessité une reprise chirurgicale immédiate et une splénectomie. Mme B, qui s'est plainte dans les suites de cette intervention de douleurs abdominales avec vomissements, a été admise aux urgences de l'hôpital de Montfermeil le 19 juin 2018 où un scanner a été réalisé et a mis en évidence la présence d'un corps étranger intra-abdominal. Le 25 juin 2018, Mme B a été admise au sein du service de chirurgie vasculaire de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière où elle a été opérée en vue de l'ablation dudit corps étranger, constitué d'un champ opératoire oublié lors de l'intervention du 21 mars 2018. Le 29 juin 2018, dans les suites de cette opération, elle a présenté un syndrome coronaire aigu avec état de choc et insuffisance rénale nécessitant son admission en unité de soins intensifs de cardiologie, et ce jusqu'au 6 juillet 2018. Dans les mois qui ont suivi, Mme B a par ailleurs dû être hospitalisée à deux reprises à l'hôpital de Montfermeil, du 23 au 25 juillet 2018 pour une poussée d'insuffisance rénale et du 3 au 6 septembre 2018 pour un syndrome occlusif. Par ordonnance n° 1911812 du 11 décembre 2019, le juge des référés du tribunal administratif de Paris, saisi par Mme B, a ordonné une expertise médicale en vue de déterminer les préjudices subis par l'intéressée lors de sa prise en charge à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière ainsi que les responsabilités encourues. Le rapport d'expertise a été remis le 11 mai 2020. Par courrier du 28 août 2020, Mme B a saisi l'AP-HP d'une demande d'indemnisation de ses préjudices à hauteur de 70 852,50 euros. Cette réclamation préalable ayant été implicitement rejetée, Mme B demande au tribunal, par la présente requête, de condamner l'AP-HP à lui verser une somme de somme de 412 518,48 euros en réparation de ses préjudices.

Sur la responsabilité de l'AP-HP :

En ce qui concerne l'oubli d'un champ opératoire dans l'abdomen de Mme B :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. Il résulte du rapport d'expertise du 11 mai 2020 que les douleurs abdominales et les vomissements dont a souffert Mme B dans les suites de son intervention du 21 mars 2018 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, et qui ont motivé son admission aux urgences de l'hôpital de Montfermeil le 19 juin 2018 en raison d'un syndrome abdominal subocclusif, avaient pour origine l'oubli d'un champ opératoire dans son abdomen lors de la réalisation de ladite intervention du 21 mars 2018. Il résulte des mentions du même rapport que cet oubli, qui a rendu nécessaire la réalisation le 25 juin 2018 d'une nouvelle opération en vue de l'ablation dudit champ opératoire, elle-même à l'origine d'une insuffisance rénale et d'un infarctus du myocarde justifiant l'hospitalisation de Mme B en unité de soins intensifs jusqu'au 6 juillet 2018, et qui a également été responsable d'une poussée d'insuffisance rénale aiguë et d'un syndrome occlusif de l'intestin grêle pour lesquels la requérante a été hospitalisée respectivement du 23 au 28 juillet 2018 et du 3 au 6 septembre 2018, a présenté un caractère fautif dans les circonstances de l'espèce.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à soutenir que l'AP-HP a commis, à l'occasion de sa prise en charge à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière le 21 mars 2018, une faute de nature à engager sa responsabilité à son égard.

En ce qui concerne le défaut d'information :

5. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, dans sa version alors en vigueur : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () ". Il résulte des dispositions précitées que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

6. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

7. Si Mme B soutient qu'elle n'a pas été informée, préalablement à l'intervention qu'elle a subie le 21 mars 2018, du risque d'hémorragique lié à cette intervention, risque qui s'est réalisé en l'espèce et qui a nécessité une reprise chirurgicale immédiate et une splénectomie, ni de l'existence d'une alternative à cet acte chirurgical, consistant en un traitement endovasculaire par endoprothèse, il résulte en tout état de cause de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 11 mai 2020, que Mme B, compte tenu notamment de la taille de son anévrysme, qualifiée de " critique " par l'expert, et de l'incertitude quant à la possibilité d'un traitement endovasculaire en raison de l'étroitesse de son chenal circulant intra anévrysmal, aurait, même correctement informée, consenti à la réalisation de l'acte en cause.

Sur les préjudices de Mme B et de la CPAM de Paris :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des préjudices temporaires :

Quant aux dépenses de santé :

8. Il résulte d'une notification définitive de ses débours que la CPAM de Paris a exposé, en lien avec la prise en charge de Mme B à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à compter du 19 mars 2018, des frais hospitaliers d'un montant total de 66 319,44 euros. S'il est constant que les hospitalisations de la requérante du 19 au 20 juin 2018, du 24 juin au 6 juillet 2018, du 23 au 25 juillet 2018 et du 3 au 6 septembre 2018, représentant des frais hospitaliers d'un montant total de 34 931,39 euros, sont imputables à la faute commise par l'AP-HP lors de l'intervention du 21 mars 2018 en raison de l'oubli d'un champ opératoire dans le corps de la requérante, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 11 mai 2020, que la période d'hospitalisation initiale de Mme B, du 19 mars 2018 au 11 avril 2018, n'était pas imputable à cette faute mais correspondait, à hauteur de 8 jours, à la durée d'hospitalisation normale pour une cure chirurgicale d'un anévrysme de l'aorte abdominale sous rénale et, à hauteur des 14 jours restants, à la durée d'hospitalisation résultant des complications non fautives de cette intervention liées à l'hémorragie survenue durant celle-ci.

9. Il résulte de ce qui précède, et alors que Mme B n'établit ni n'allègue avoir exposé des frais de santé restés à sa charge, qu'il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à la CPAM de Paris la somme précitée de 34 931,39 euros.

Quant à l'assistance par tierce personne :

10. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 11 mai 2020, que Mme B a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne à hauteur de 4 heures par jour et 7 jours sur 7 pendant les périodes du 12 avril 2018 au 18 juin 2018 et du 21 juin 2018 au 31 décembre 2018, et à hauteur de 2 heures par jour et 5 jours par semaine pour la période du 1er janvier 2019 au 10 mars 2020. Par ailleurs, elle n'a pas été exposée à un tel besoin d'assistance entre le 24 juin et le 6 juillet 2018 ni du 23 au 25 juillet 2018 et du 3 au 6 septembre 2018, périodes au cours desquelles elle était hospitalisée. Dans ces conditions, au regard du caractère non spécialisé de cette assistance justifiant que le taux horaire retenu soit fixé à 15 euros pour la période considérée, sur la base du salaire minimum de croissance augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés, il sera fait une juste appréciation des besoins temporaires en assistance d'une tierce personne à domicile de Mme B en les évaluant à la somme de 23 700 euros pour 1 580 heures.

S'agissant des préjudices permanents :

Quant aux dépenses de santé futures :

11. Si la CPAM de Paris demande le remboursement sous forme de capital des frais de santé futurs qu'elle sera amenée à exposer dans l'intérêt de Mme B, correspondant à des frais de pharmacie, de suivi médical et de biologie afférents au traitement antibiotique prophylactique devant être administré à la requérante pendant 2 ans et à ses rappels de vaccination à raison d'un rappel tous les 5 ans de manière viagère, il résulte du rapport d'expertise du 11 mai 2020 que le traitement antibiotique en cause ainsi que la vaccination de Mme B ont été rendus nécessaires du fait des complications non fautives de l'intervention du 21 mars 2018 et non du fait de la faute commise durant la réalisation de celle-ci. Les prétentions de la CPAM de Paris ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Quant à l'assistance par tierce personne :

12. Il ne résulte pas de l'instruction que l'état de santé de Mme B aurait justifié, après la date du 10 mars 2020, l'assistance d'une tierce personne pour les besoins de la vie quotidienne, l'expert ayant au contraire relevé qu'après cette date, " aucune aide par tierce personne n'est nécessaire en relation avec les faits en cause ". La requérante n'est lors pas fondée à réclamer une indemnité à ce titre.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

S'agissant des préjudices temporaires :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

13. Il résulte de l'instruction et n'est d'ailleurs pas contesté par l'AP-HP que Mme B a présenté, en lien avec la faute commise durant sa prise en charge à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % du 12 avril 2018 au 18 juin 2018, de 75 % du 21 juin 2018 au 30 septembre 2018 et de 50 % du 1er octobre 2018 au 1er janvier 2019. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de l'indemnisation due à la requérante au titre du déficit fonctionnel en lien avec ladite faute en l'évaluant, sur la base d'un taux de 20 euros par jour de déficit fonctionnel temporaire total, à 2 795 euros.

Quant aux souffrances endurées :

14. L'expert a évalué le préjudice correspondant aux souffrances endurées par Mme B à 5 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation du chef de préjudice dont s'agit en condamnant l'AP-HP à verser à Mme B une somme de 13 000 euros.

Quant au préjudice d'impréparation :

15. Si Mme B sollicite l'octroi d'une somme de 5 000 au titre de son préjudice d'impréparation, elle ne fournit, en tout état de cause, aucune précision sur la nature des troubles dont elle entendrait demander réparation à ce titre. Elle ne peut dès lors prétendre à être indemnisée dudit préjudice.

S'agissant des préjudices permanents :

Quant au déficit fonctionnel permanent :

16. L'expert a évalué le déficit fonctionnel permanent de Mme B à 10 %, dont 5 % au titre des séquelles cardiologiques de l'infarctus du myocarde survenu le 29 juin 2018 et imputable à la faute commise durant l'intervention du 21 mars 2018. Il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'âge de la requérante à sa date de consolidation, une juste appréciation du chef de préjudice dont s'agit en l'évaluant à la somme de 5 000 euros.

Quant au préjudice esthétique :

17. L'expert a évalué le préjudice esthétique permanent de Mme B, en raison de la cicatrice résultant de l'incision nécessaire à l'ablation du champ opératoire oublié dans son abdomen, à 1,5/7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, dans les circonstances de l'espèce, en mettant à la charge de l'AP-HP à ce titre une indemnité de 1 500 euros.

18. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à Mme B une somme totale de 45 995 euros en réparation de ses préjudices, ainsi qu'une somme de 34 931,39 euros à la CPAM de Paris.

Sur les intérêts et la capitalisation :

19. La CPAM de Paris a droit aux intérêts au taux légal sur la somme totale de 34 931,39 euros à compter du 28 avril 2021, date d'enregistrement au greffe de ses conclusions. Il y a également lieu de faire droit à sa demande de capitalisation des intérêts à compter du 28 avril 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale :

20. Aux termes du neuvième aliéna de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 110 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022 ".

21. Il y a lieu de faire droit aux conclusions présentées par la CPAM de Paris sur le fondement des dispositions précitées et de mettre à la charge de l'AP-HP, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par lesdites dispositions, une somme de 1 114 euros.

Sur les frais liés au litige :

22. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal administratif à la charge de l'AP-HP.

23. D'autre part, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens, ainsi qu'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la CPAM de Paris et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'AP-HP est condamnée à verser à Mme B une indemnité de 45 995 euros.

Article 2 : L'AP-HP est condamnée à verser à la CPAM de la Paris une somme de 34 931,39 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 28 avril 2021. Les intérêts échus à la date du 28 avril 2022 seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : L'AP-HP versera à la CPAM de Paris la somme de 1 114 euros au titre de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Les frais d'expertise sont la charge de l'AP-HP.

Article 5 : L'AP-HP versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : L'AP-HP versera à la CPAM de Paris une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au directeur général de la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris et au directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marino, président,

M. Le Broussois, premier conseiller,

M. Thulard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

Le rapporteur,

N. C

Le président,

Y. Marino

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2020131/6-1

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