lundi 23 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2020369 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | CABINET PETIT - MARCOT - HOUILLON - & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er décembre 2020 et le 13 décembre 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme H B, représentée par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 6 735 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi du fait du refus du préfet de police d'accorder le concours de la force publique ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- le refus de concours de la force publique engage la responsabilité de l'Etat et ouvre droit à réparation;
- elle subit un préjudice qui doit être réparé à hauteur de 6 735 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, le préfet de police conclut à ce que l'indemnisation allouée soit réduite à 754,84 euros au titre des indemnités d'occupation non versées entre le 11 et le 23 juillet 2020 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
La requête a été communiquée à M. A qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 8 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 20 décembre 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- l'ordonnance n° 2021-141 du 10 février 2021 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme F en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B est propriétaire d'un logement situé 15 rue Pétrarque dans le 16ème arrondissement de Paris, qu'elle a donné à bail à M. E A et Mme C D en vertu d'un contrat signé le 19 juin 2017. Mme D a quitté les lieux en janvier 2019. Par une ordonnance du 14 juin 2019, le tribunal d'instance de Paris, après avoir relevé l'acquisition de la clause résolutoire contenue dans le contrat de bail pour défaut de paiement des loyers, a notamment ordonné l'expulsion de M. A à défaut d'avoir libéré les lieux deux mois après la signification du commandement de quitter les lieux. Un commandement de quitter les lieux a été délivré à l'occupant le 8 juillet 2019. Par acte d'huissier du 26 septembre 2019, reçu par la préfecture de police le 1er octobre 2019, Mme B a ensuite requis le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de M. A. Le concours de la force publique a été apporté et M. A a été effectivement expulsé le 23 juillet 2020. Mme B demande la condamnation de l'Etat à réparer les préjudices qu'elle estime résulter du refus de concours de la force publique jusqu'au 23 juillet 2020.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-1 de ce code : " Si l'expulsion porte sur un lieu habité par la personne expulsée ou par tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois qui suit le commandement, sans préjudice des dispositions des articles L. 412-3 à L. 412-7. ( ) ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion en saisit le représentant de l'Etat dans le département () ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 412-6 de ce même code : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille. () ". Cette période a été prolongée jusqu'au 10 juillet 2020 inclus, par l'article 10 de la loi n° 2020-546 du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ses dispositions.
5. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet, régulièrement requis à cet effet, refuse le concours de la force publique pour l'exécution d'une décision juridictionnelle exécutoire ordonnant l'expulsion de l'occupant d'un local, la responsabilité de l'Etat se trouve engagée à compter de ce refus ou, s'il intervient à une date où l'occupant bénéficie du sursis prévu à l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution, à compter du terme de la période de sursis. Par ailleurs, la période de responsabilité de l'Etat au titre d'un refus d'accorder le concours de la force publique pour l'exécution d'un jugement s'achève en principe le jour où l'administration décide d'octroyer ce concours. Elle ne prend fin qu'à la date de mise en œuvre effective du concours lorsque celle-ci intervient plus de quinze jours après la décision, sauf si ce délai est imputable au propriétaire ou à l'huissier ou justifié par des circonstances particulières.
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé le concours de la force publique pour l'exécution de l'ordonnance du 14 juin 2019 est intervenue le 1er décembre 2019, soit à une date à laquelle l'occupant du logement bénéficiait du sursis prévu à l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution, dont le terme a été reporté au 10 juillet 2020 inclus en application des dispositions citées au point 5 du présent jugement. Par suite, la responsabilité de l'Etat n'a pu se trouver engagée, du fait de ce refus implicite, qu'à compter du terme de la période de sursis, c'est-à-dire à compter du 11 juillet 2020.
7. En second lieu, il résulte de l'instruction que le logement en cause a été effectivement libéré le 23 juillet 2020. Par suite, et dès lors que la responsabilité de l'Etat prend, en tout état de cause, fin à la date du départ des occupants, il incombe à l'Etat de réparer les préjudices que l'occupation irrégulière a causé à Mme B entre le 11 juillet et le 23 juillet 2020. Il résulte de l'instruction que le préjudice locatif de la requérante correspond à la perte du loyer mensuel, augmenté des charges incombant au locataire, d'un montant de
1 800 euros. Il y a ainsi lieu de fixer le montant de l'indemnité due à ce titre à la somme de 754,84 euros.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander le versement d'une somme de 754,84 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi entre le
entre le 11 et le 23 juillet 2020.
Sur la subrogation de l'Etat :
9. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il détermine le montant et la forme des indemnités allouées par lui, de prendre, au besoin d'office, les mesures nécessaires pour que sa décision n'ait pas pour effet de procurer à la victime d'un dommage, par les indemnités qu'elle a pu ou pourrait obtenir en raison des mêmes faits, une réparation supérieure au préjudice subi. Par suite, lorsqu'il condamne l'Etat à indemniser le propriétaire auquel le préfet a refusé le concours de la force publique pour exécuter un jugement ordonnant l'expulsion des occupants d'un local, le juge doit, au besoin d'office, subroger l'Etat dans la limite de l'indemnité mise à sa charge, dans les droits que le propriétaire peut détenir sur les occupants au titre de l'occupation irrégulière de son bien pendant la période de responsabilité de l'Etat.
10. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité que le présent jugement accorde à Mme B à la subrogation de l'Etat, dans la limite du montant de cette indemnité, dans les droits qu'elle peut détenir sur M. A au titre de l'occupation irrégulière, entre le 11 et le 23 juillet 2020, du logement situé 15 rue Pétrarque dans le 16ème arrondissement de Paris.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les dépens :
12. Dès lors que Mme B ne fait pas état des dépens qu'elle aurait engagés au cours de la présente instance, il ne peut être fait droit aux conclusions tendant à mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme B une somme de 754,84 euros.
Article 2 : Le paiement de l'indemnité prévue à l'article 1er est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits que Mme B peut détenir sur M. A au titre de l'occupation irrégulière, entre le 11 et le 23 juillet 2020, du logement situé 15 rue Pétrarque dans le 16ème arrondissement de Paris.
Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme H B, au ministre de l'intérieur et M. A
Copie en sera adressée au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2023.
La magistrate désignée,
A. F
La greffière,
Mme G
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026