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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2020858

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2020858

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2020858
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET AYACHESALAMA (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 décembre 2020 et le 6 mars 2023, M. B C et Mme A C, représentés par la SCP Ayache Salama, agissant par Me Erard, demandent au Tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2017 et 2018 à concurrence de la prise en compte en bases d'une moins-value sur cession de titres reportable d'un montant total de 18 342 680 euros.

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Ils soutiennent que :

-Le service ne leur a pas adressé de demande d'éclaircissement ou de document s'agissant des conditions d'acquisition des actions de la société Consolis Holding ;

-Les documents qu'ils ont produits suffisent à justifier le prix d'acquisition des actions ordinaires et des actions de préférence de catégorie D de la société Consolis Holding et les modalités de leur attribution ;

-Les documents produits relatifs au prix de cession des actions de la société Consolis Holding sont suffisamment probants ;

-C'est à tort que l'administration a considéré que l'acquisition des titres de la société Consolis Holding devait être placée sous le régime de l'article 150-0 B du code général des impôts.

Par des mémoires en défense enregistrés le 28 juillet 2021 et le 28 avril 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- et le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Merino, rapporteur,

- les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique,

- et les observations de Me Erard, avocat de M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Par une réclamation du 20 décembre 2019, M. et Mme C ont déposé au titre des années 2017 et 2018 des déclarations rectificatives tendant à la prise en compte en bases d'une moins-value sur cession de titres reportable d'un montant total de 18 342 680 euros. L'administration ayant rejeté leur demande par une décision du 9 octobre 2020, ils demandent la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2017 et 2018 à concurrence de la prise en compte en bases de cette moins-value de cession.

2. D'une part, aux termes de l'article 150-0 A du code général des impôts dans sa rédaction applicable aux années d'imposition : " I. - 1. Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices non commerciaux et aux bénéfices agricoles ainsi que des articles 150 UB et 150 UC , les gains nets retirés des cessions à titre onéreux, effectuées directement, par personne interposée ou par l'intermédiaire d'une fiducie, de valeurs mobilières, de droits sociaux, de titres mentionnés au 1° de l'article 118 et aux 6° et 7° de l'article 120 , de droits portant sur ces valeurs, droits ou titres ou de titres représentatifs des mêmes valeurs, droits ou titres, sont soumis à l'impôt sur le revenu. () ". Aux termes de l'article 150-0 D de ce code dans sa rédaction applicable aux années d'imposition : " 1. Les gains nets mentionnés au I de l'article 150-0 A sont constitués par la différence entre le prix effectif de cession des titres ou droits, net des frais et taxes acquittés par le cédant, et leur prix effectif d'acquisition par celui-ci diminué, le cas échéant, des réductions d'impôt effectivement obtenues dans les conditions prévues à l'article 199 terdecies-0 A, ou, en cas d'acquisition à titre gratuit, leur valeur retenue pour la détermination des droits de mutation. () 11. Les moins-values subies au cours d'une année sont imputables exclusivement sur les plus-values de même nature réalisées au cours de la même année ou des dix années suivantes. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable () ".

4. Dès lors que M. et Mme C ont été imposés conformément à leurs déclarations au titre des années en litige, il leur appartient de justifier du caractère exagéré des impositions mises à leur charge pour pouvoir en obtenir la réduction.

5. Il résulte de l'instruction que M. C est devenu directeur général et actionnaire du groupe Bonna Sabla aux côtés du Fonds d'investissement Axa Private Equity dans le cadre de l'acquisition de cette entreprise auprès de La Générale des Eaux. En 2005, le groupe Bonna Sabla a fusionné avec le groupe finlandais Consolis-Oy donnant naissance au groupe Consolis dont la société française Consolis SAS est devenue la société mère. Du fait de la fusion,

M. C est devenu le dirigeant et l'actionnaire de Consolis SAS. En 2007, dans le cadre d'une opération d'acquisition par effet de levier " LBO ", des fonds d'investissement gérés par LBO France ont acquis le groupe Consolis. Dans ce cadre, M. C a cédé la totalité de sa participation dans la société Consolis SAS à la société Consolis Holding spécialement constituée à cette occasion puis y a investi aux côtés des fonds gérés par LBO France et d'autres dirigeants du groupe. Ainsi, M. C a cédé le 6 mars 2007, 3 418 207 actions de la société Consolis SAS pour 31 998 922 euros et a réinvesti le même jour environ la moitié de cette valeur dans la société Consolis Holding par la souscription de 8 477 044 actions ordinaires de la société Consolis Holding pour un prix de 8 477 044 euros et 7 735 001 obligations remboursables en actions de la société Consolis Holding pour un prix de 7 735 001 euros. Le 28 février 2011, M. C a souscrit 10 518 898 actions de préférence de catégorie D émises par Consolis Holding par voie d'incorporation au capital de la société des obligations convertibles souscrites le 6 mars 2007 pour la valeur nominale des obligations, majorée des intérêts capitalisés, soit une valeur globale de 10 518 898 euros. A compter du mois d'avril 2016, à l'initiative des créanciers, le fonds d'investissement BAIN Capital a entrepris de racheter le groupe Consolis pour le prix de 60,2 millions d'euros. Un protocole de cession a été signé le 2 mars 2017 dont il ressort que les actions ordinaires et les actions de préférence de catégorie D détenues par M. C ont été globalement vendues au prix symbolique de 1 euro pour chaque catégorie de titres, tous porteurs confondus. Ce prix a été réparti entre chacun des porteurs et M. C a obtenu un prix global de 0,12 euros pour l'ensemble des actions qu'il détenait dans le groupe Consolis Holding. Le protocole de cession prévoyait de plus qu'à ce prix s'ajoutera le remboursement de la dette résiduelle du groupe à cette date.

6. Pour déterminer le montant de leur moins-value, les requérants ont retenu comme prix d'acquisition la valeur des titres cédés à la date de l'apport des titres à la société Consolis Holding, soit au 6 mars 2007 et à la date de la conversion de la créance du 28 février 2011. Toutefois, en se bornant à produire l'acte de cession de droits sociaux daté du 16 avril 2007 qui fait mention de la cession de seulement 3 418 207 actions de la société Consolis SAS sur les 42 500 000 au total qu'il détenait pour un montant de 31 998 922 euros, ainsi que les procès-verbaux d'assemblée générale de la société Consolis Holding du 6 mars 2007 et du

28 février 2011, les requérants, qui supportent la charge de la preuve, n'apportent aucun élément suffisamment précis permettant de justifier des modalités de détermination de la valeur des titres de la société Consolis Holding ainsi cédés. Il suit de là que c'est à bon droit que l'administration fiscale, qui n'était pas tenue d'adresser aux intéressés une demande de justification, a refusé de tenir compte de la moins-value de cession dont ils se prévalent.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme C demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et au directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Merino, première conseillère,

M. Baudat, conseiller.

Rendu public par sa mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

La rapporteure,

M. MERINO

La présidente,

S. VIDAL

La greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires publics à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2020858/1-1

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