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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2021466

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2021466

lundi 24 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2021466
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantSCP LONQUEUE - SAGALOVITSCH - EGLIE-RICHTERS & Associés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 décembre 2020, 26 avril et 16 juin 2022, la société d'étude et d'application thermique (SEATH), représentée par Me Baudiffier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement le Conseil départemental du Haut-Rhin et la société CITIVIA SEM à lui régler la somme de 105 938,91 euros TTC correspondant au solde de son marché, décomposée en 17 995,71 euros TTC au titre du solde de son marché de base et avenant n°1 agréés par le maître d'ouvrage et 87 943,20 euros TTC au titre du solde des travaux complémentaires exécutés conformément aux avenants n°2 à 7 et non explicitement agréés par le maître d'ouvrage, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er décembre 2016, date de la première demande de paiement du solde dû ;

2°) de condamner la société SPIE Batignolles Ile-de-France à lui verser solidairement la somme de 87 943,20 euros TTC ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner solidairement le Conseil départemental du Haut-Rhin et la société CITIVIA SEM à lui régler la somme de 17 995,71 euros TTC au titre de son marché de base et avenant n°1 agréés, par le maître d'ouvrage, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er décembre 2016, date de la première demande de paiement du solde dû ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge solidaire du Conseil départemental du Haut-Rhin, de la société CITIVIA SEM, et de la société SPIE Batignolles Ile-de-France une somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le tribunal administratif de Paris est compétent pour connaître de sa demande ;

- la somme de 17 995,71 euros TTC est due au titre du solde du marché de base et de l'avenant n°1 agréés par le maître d'ouvrage ;

- la somme de 87 943,20 euros TTC est due au titre des travaux complémentaires non explicitement agréés par le maître d'ouvrage, dès lors que les prestations supplémentaires correspondantes ne pouvaient être ignorées ;

- il lui est possible de mettre en œuvre l'action de paiement direct envers non seulement le maître d'ouvrage mais également son mandataire, la société CITIVIA SEM et en tout état de cause sa requête est dirigée contre le maître d'ouvrage et son mandataire ;

- la société SPIE Batignolles Ile-de-France est partiellement responsable de l'absence de paiement du solde du marché.

Par des mémoires en défense enregistrés les 26 mai 2021, 1er juin et 16 juin 2022, la société CITIVIA SEM, représentée par Me Morel-Rager conclut à titre principal à l'incompétence de la juridiction administrative au profit de la juridiction judiciaire, et, en cas de compétence de la juridiction administrative, à l'incompétence territoriale du tribunal administratif de Paris au profit du tribunal administratif de Strasbourg en application de l'article R. 312-1 du code de justice administrative et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et à la condamnation de la société SPIE Batignolles Ile-de-France au paiement des sommes correspondant aux prestations et montant non agréés ainsi que, en tout état de cause, à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge solidaire de la SEATH et de la société SPIE Batignolles Ile-de-France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le litige correspond à une action contractuelle dans le cadre d'un contrat de sous-traitance de droit privé liant la SEATH à la société SPIE Batignolles Ile-de-France ;

- les cocontractants ont leur siège respectif en Alsace ;

- le recours est mal orienté dès lors qu'elle n'a pas le pouvoir de régler des sous-traitants pour des prestations qui ne sont pas agrées ;

- le paiement des sommes demandées incombe à la société SPIE Batignolles Ile-de-France.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2022, la société SPIE Batignolles Ile-de-France conclut au rejet de l'appel en garantie dont elle fait l'objet et à la condamnation solidaire de la SEATH et de la société CITIVIA SEM au paiement de la somme de 7 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'appel en garantie formé par la société CITIVIA SEM est irrecevable dès lors qu'il a été introduit sans ministère d'avocat, qu'il méconnaît les règles de communication des mémoires sur l'application télérecours et que la somme demandée n'est pas mentionnée dans le décompte général du 3 février 2021 ; subsidiairement, le tribunal administratif de Paris peut surseoir à statuer jusqu'à l'issue du contentieux du décompte général pendant devant le tribunal administratif de Strasbourg ;

- l'appel en garantie est infondé dès lors que les travaux sont couverts par le paiement direct ;

- si les travaux ne sont pas couverts par le paiement direct, la requête est portée devant une juridiction incompétente ;

- en tout état de cause, les sommes demandées par la SEATH sont proscrites.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022 la collectivité européenne d'Alsace, représentée par la SCP Sartorio - Longueue - Sagalovitsch et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la SEATH au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande de règlement de la somme de 17 955,71 euros TTC est infondée dès lors qu'elle résulte d'une erreur du taux de TVA applicable sur une partie des prestations relevant du paiement direct ;

- la demande de règlement de la somme de 87 943,20 euros TTC est infondée dès lors que la preuve du caractère indispensable des travaux en cause n'est pas apportée.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires dirigées contre la société SPIE Batignolles Ile-de-France, faute de demande indemnitaire préalable.

La SEATH a produit des observations le 11 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- la loi du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,

- et les observations de Me Baudiffier, représentant la SEATH, de Me Camion représentant la collectivité européenne d'Alsace, et de Me Wezel représentant la société SPIE Batignolles Ile-de-France.

Une note en délibéré présentée pour la SEATH a été enregistrée le 13 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Le département du Haut-Rhin, auquel s'est substitué, avec le département du Bas-Rhin, la collectivité européenne d'Alsace le 1er janvier 2021, a conclu, le 2 avril 2012, par l'intermédiaire de son mandataire, la société CITIVIA SEM, avec la société SPIE Batignolles Ile-de-France, un marché de travaux publics en vue de la restructuration de la Maison de l'Alsace, située au 39, avenue des Champs-Elysées, dans le 8ème arrondissement de Paris. Par acte spécial de sous-traitance la société SPIE Batignolles Ile-de-France a confié à la société d'étude et d'application thermique (SEATH), société requérante, l'exécution d'un lot pour un montant total de 823 602 euros hors taxes (HT), en prévoyant la mise en place d'un paiement direct au profit de la SEATH. Par un acte modificatif spécial du 24 février 2014, un avenant a porté ce montant à la somme de 834 841 euros HT et précisé que le montant faisant l'objet du paiement direct était augmenté d'autant. La SEATH a eu recours à un sous-traitant, la société JB Ventilation, et cette intervention a fait l'objet d'un accord conclu le 6 mars 2014 entre la société SPIE Batignolles Ile-de-France, la SEATH, la société CITIVIA SEM et la société JB Ventilation qui porte acceptation de cette dernière comme sous-traitant de second rang et prévoit le paiement direct par la maîtrise d'ouvrage déléguée. La société CITIVIA SEM a réglé un montant total de 893 727,55 euros toutes taxes comprises (TTC) à la SEATH. Par courrier en date du 1er décembre 2016, la SEATH a adressé à la société SPIE une demande de paiement direct pour le solde de ses travaux, en sollicitant le paiement de la somme de 105 938,91 euros TTC. Par courrier du 22 mai 2017, réitéré les 5 juillet 2019, 29 juillet et 9 novembre 2020, la SEATH a adressé une demande de paiement direct à la société CITIVIA SEM. Par la présente requête, elle demande le paiement de la somme supplémentaire de 105 938,91 euros.

Sur la compétence du tribunal administratif de Paris :

2. Aux termes de l'article R. 351-3 du code de justice administrative : " Lorsqu'une cour administrative d'appel ou un tribunal administratif est saisi de conclusions qu'il estime relever de la compétence d'une juridiction administrative autre que le Conseil d'Etat, son président, ou le magistrat qu'il délègue, transmet sans délai le dossier à la juridiction qu'il estime compétente. ()". L'article R. 312-11 du code de justice administrative dispose quant à lui : " Les litiges relatifs aux marchés, contrats, quasi-contrats ou concessions relèvent de la compétence du tribunal administratif dans le ressort duquel ces marchés, contrats, quasi-contrats ou concessions sont exécutés. Si leur exécution s'étend au-delà du ressort d'un seul tribunal administratif ou si le lieu de cette exécution n'est pas désigné dans le contrat, le tribunal administratif compétent est celui dans le ressort duquel l'autorité publique contractante ou la première des autorités publiques dénommées dans le contrat a signé le contrat, sans que, dans ce cas, il y ait à tenir compte d'une approbation par l'autorité supérieure, si cette approbation est nécessaire. / Toutefois, si l'intérêt public ne s'y oppose pas, les parties peuvent, soit dans le contrat primitif, soit dans un avenant antérieur à la naissance du litige, convenir que leurs différends seront soumis à un tribunal administratif autre que celui qui serait compétent en vertu des dispositions de l'alinéa précédent ".

3. Le deuxième alinéa de l'article 11 du cahier des clauses administratives particulières du marché passé entre la société CITIVIA SEM, mandataire du département du Haut-Rhin, d'une part, et la société SPIE Batignolles Ile-de-France, d'autre part, stipule : " Le tribunal administratif de Strasbourg est seul compétent ".

4. Le présent litige est relatif au paiement direct au sous-traitant, par le maître d'ouvrage, du prix des travaux concernant l'exécution du marché de travaux publics passé entre la société CITIVIA SEM en tant que mandataire du département du Haut-Rhin et la société SPIE Batignolles Ile-de-France. Il ne concerne pas l'application du contrat de sous-traitance passé entre la SEATH et la société SPIE Batignolles Ile-de-France. Dès lors, les stipulations précitées au point 3 du présent jugement sont applicables. Par suite, il y a lieu de transmettre la requête au tribunal administratif de Strasbourg.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SEATH est transmise au tribunal administratif de Strasbourg.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société d'étude et d'application thermique, à la collectivité européenne d'Alsace, à la société CITIVIA SEM et à la société SPIE Batignolles Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.

Le rapporteur,

F. A

La présidente,

M-P. VIARDLa greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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