mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2021823 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CHARVET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 décembre 2020 et 17 septembre 2021, M. et Mme A, représentés par Me Charvet, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 à 2015 et des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la somme de 135 843 euros versée par la société Coutot-Roehrig au titre de l'année 2013 doit être imposée dans la catégorie des traitements et salaires, dès lors que M. A était dans une situation de subordination vis-à-vis de cette société et que l'administration ne pouvait se fonder sur l'absence d'un contrat de travail écrit ;
- ils peuvent se prévaloir d'une prise de position formelle de l'administration, qui n'a pas remis en cause la déclaration de ces versements en traitements et salaires au titre de l'année 2008 et a abandonné les rectifications se fondant sur une telle requalification au titre des années 2010 à 2012, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales et des énonciations des paragraphes 140 et 430 de la documentation administrative BOI-SJ-RES-10-20-10 ;
- la procédure est irrégulière, dès lors que l'administration a méconnu l'égalité devant la charge de la preuve en procédant à la taxation d'office des sommes figurant au crédit des comptes bancaires, alors qu'ils avaient sollicité auprès des établissements bancaires les copies des chèques concernés et que l'administration n'a pas mis en œuvre son droit de communication pour obtenir de telles copies ;
- les sommes de 1 550 euros figurant le 21 décembre 2015 au crédit du compte bancaire BNP Paribas et de 3 800 euros figurant le 30 décembre 2015 au crédit du compte bancaire Société Générale ne sont pas imposables dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, dès lors qu'elles correspondent au produit de ventes de meubles à des particuliers, qui ne sont soumises à aucun formalisme particulier ;
- les rectifications résultant de la réintégration des virements de la SAS Société d'Investigations Financières doivent être diminuées du montant de la quote-part de résultat de la société revenant à M. A et, au demeurant, aucune règle comptable n'interdit les mouvements au débit d'un compte courant d'associés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a fait l'objet d'une vérification de comptabilité de son activité d'apporteur d'affaires et de généalogiste, à l'issue de laquelle l'administration lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2013, par une proposition de rectification du 12 décembre 2016. M. et Mme A ont également fait l'objet d'un examen de situation fiscale personnelle, à l'issue duquel l'administration leur a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2014 et 2015, par une proposition de rectification du 19 juillet 2017. Par la présente requête, M. et Mme A demandent la décharge, en droits et en pénalités, de ces impositions.
Sur les rectifications au titre de l'année 2013 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 92 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. () ". Aux termes de l'article 79 du même code : " Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu. () ".
3. Après exercice de son droit de communication auprès de la société Coutot-Roehrig, l'administration a regardé la somme de 135 843 euros, déclarée dans la catégorie des traitements et salaires par M. A, comme perçue en rémunération de prestations d'apporteur d'affaires et de généalogiste. Faute pour ce dernier de justifier d'un lien de subordination avec cette société, l'administration a considéré que cette somme devait être imposée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. Elle a, par suite, après déduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée notifié à M. A au titre de cette même activité pour un montant de 22 262 euros et application de la majoration de 25 % prévue au a du 1° du 7 de l'article 158 du code général des impôts, réintégré cette somme au bénéfice imposable du requérant dans la catégorie des bénéfices non commerciaux pour un montant de 141 976 euros. Le requérant soutient qu'il était lié à la société Coutot-Roehrig par un contrat à durée indéterminée non écrit et qu'il était placé dans une situation de subordination, dès lors qu'il tirait l'intégralité de ses revenus de cette société. Toutefois, il résulte de l'instruction que le requérant ne produit aucun élément de nature à caractériser l'existence d'un tel lien justifiant que les sommes perçues soient imposées dans la catégorie des traitements et salaires. En outre, la déclaration DAS 2 souscrite par la société Coutot-Roehrig mentionnait les sommes versées à M. A en tant que commissions et honoraires et les attestations accusant réception du règlement des opérations mentionnaient la taxe sur la valeur ajoutée afférente à ces dernières. Dans ces conditions, les gains provenant de l'activité à laquelle s'est livré M. A, consistant dans la réalisation de prestations de généalogiste et d'apporteur d'affaires, qui ne se rattachaient pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus, devaient être imposés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux sur le fondement des dispositions de l'article 92 du code général des impôts.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. ()". L'article L. 80 B du même livre dispose que : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi. () ".
5. Les requérants entendent se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, des mentions figurant dans la proposition de rectification du 26 avril 2011, par lesquelles le vérificateur a indiqué que M. A avait perçu, dans la catégorie des traitements et salaires, des commissions versées par la société Coutot-Roehrig en 2009. Toutefois, l'absence de remise en cause de l'intégration de ces sommes dans la catégorie des traitements et salaires ne constitue pas une prise de position formelle de l'administration au sens des dispositions de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales. De même, les requérants entendent se prévaloir, sur ce fondement, des mentions figurant dans un courrier du 8 juillet 2015, par lequel l'administration a abandonné l'intégralité des rectifications relatives aux années 2010 à 2012 proposées au requérant dans la proposition de rectification du 11 décembre 2013 et considéré que les commissions perçues de la société Coutot-Roehrig devaient être regardées comme des salaires, conformément à la taxation qui avait été effectuée par le service au titre de l'année 2008. Toutefois, il résulte de l'instruction que ce courrier, qui indiquait que l'analyse faite précédemment par le service ne saurait être retenue à compter des sommes perçues en 2013, ne peut davantage être regardé comme une prise de position formelle de l'administration au sens des dispositions de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales. En outre, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations des paragraphes 140 et 430 de la documentation administrative BOI-SJ-RES-10-20-10, qui ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale.
6. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à solliciter la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2013.
Sur les rectifications au titre des années 2014 et 2015 :
En ce qui concerne la procédure :
7. Aux termes de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. () Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés, notamment lorsque le total des montants crédités sur ses relevés de compte représente au moins le double de ses revenus déclarés ou excède ces derniers d'au moins 150 000 €. () ". L'article L. 69 de ce même livre dispose que : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ".
8. L'administration a adressé, dans le cadre de l'examen de leur situation fiscale personnelle, une demande d'éclaircissements et de justification à M. et Mme A les 6 février et 2 mai 2017, relative à des chèques figurant au crédit de comptes bancaires personnels et mixtes détenus par les requérants. Ces derniers soutiennent que la procédure est irrégulière au motif que leur demande de production de copies des chèques en question auprès des établissements bancaires n'a pas abouti et que l'administration n'a pas sollicité leur production dans le cadre de son droit de communication. Toutefois, ces circonstances sont sans incidence sur le caractère insuffisant de la réponse à la demande d'éclaircissements et de justifications et, par conséquent, sur le bien-fondé du recours à la procédure de taxation d'office. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.
En ce qui concerne la charge de la preuve :
9. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Les requérants supportent la charge de la preuve de l'exagération des cotisations supplémentaires résultant de la réintégration des revenus d'origine indéterminée au titre des années 2014 et 2015 qu'ils contestent, dès lors que, ainsi qu'il a été indiqué au point 8, ils ont régulièrement fait l'objet d'une taxation d'office, en application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
10. En premier lieu, M. et Mme A soutiennent que l'administration n'était pas fondée à réintégrer à leur revenu imposable, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, la somme de 1 550 euros figurant le 21 décembre 2015 au crédit du compte bancaire BNP Paribas et la somme de 3 800 euros figurant le 30 décembre 2015 au crédit du compte bancaire Société Générale, qui étaient, selon les requérants, relatives respectivement à la vente à des particuliers de quatre chaises " Eames " et d'une " table 200x90 en marbre et pieds métal ", au simple motif qu'ils n'avaient pas assorti leur réponse à la demande d'éclaircissements et de justification de justificatif suffisant. Toutefois, les requérants, sur qui repose, ainsi qu'il a été dit au point 9, la charge de la preuve, ne démontrent pas le caractère exagéré des impositions mises à leur charge en se bornant à soutenir que les ventes de biens entre particuliers ne sont soumis à aucun formalisme juridique particulier.
11. En second lieu, l'administration a réintégré au revenu imposable de M. et Mme A, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, des sommes figurant au crédit de leurs comptes bancaires BNP Paribas, Caisse d'Epargne et LCL, correspondant à des virements de la SAS Société d'Investigations Financières pour un montant de 78 420,41 euros au titre de l'année 2014 et de 66 085,76 euros au titre de l'année 2015, au motif que les contribuables ne justifiaient pas de la nature des sommes versées. Les requérants soutiennent que la quote-part de résultat de la SAS Société d'Investigations Financières revenant à M. A au titre des années 2013 à 2015, soit un montant de 129 526 euros, doit être déduite du montant des revenus d'origine indéterminée. Toutefois, l'administration a identifié les versements relatifs à la quote-part de M. A dans les résultats fiscaux de la SAS Société d'Investigations Financières au titre des années 2013 et 2014 et n'a prononcé aucune rectification au titre de ces versements. En outre, dès lors que le résultat fiscal de la SAS Société d'Investigations Financières n'est connu qu'au 31 décembre 2015, les sommes figurant au crédit des comptes bancaires au cours de l'année 2015 ne sauraient correspondre au versement de la quote-part de résultat de la société au titre de cette même année. Au demeurant, si les requérants soutiennent que le compte courant d'associés de M. A dans la SAS Société d'Investigations Financières pouvait être mouvementé au débit, il résulte de l'instruction que l'administration n'a prononcé aucun rehaussement d'imposition en se fondant sur le relevé du compte courant d'associés de M. A. Dès lors, les requérants, qui supportent, ainsi qu'il a été dit au point 9, la charge de la preuve, ne démontrent pas l'exagération des impositions mises à leur charge.
12. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à solliciter la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme A doit être rejetée, y compris leurs conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B A et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
Le rapporteur,
A. C
Le président,
B. BACHOFFER
La greffière,
L. REGNIER
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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2/1-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026