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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2021933

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2021933

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2021933
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantRENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2020, Mme B A, représentée par Me Renard, demande au tribunal :

1°) de condamner la Banque de France à lui verser une indemnité de 362 224,50 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi à l'occasion de sa relation de travail avec la Banque de France ;

2°) de mettre à la charge de la Banque de France une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la Banque de France a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en raison de l'irrégularité de la procédure disciplinaire engagée à son encontre ;

- elle a également commis une faute, son licenciement étant irrégulier et injustifié ; il est intervenu en méconnaissance des règles applicables en matière de préavis ;

- elle a fait l'objet d'un harcèlement moral et d'un harcèlement managérial ;

- la Banque de France engage sa responsabilité en raison des graves manquements aux obligations contractuelles qu'elle a commis ;

- elle a rencontré de graves difficultés à la suite du comportement de son employeur ;

- la Banque de France n'a pas respecté ses obligations à la suite du licenciement faute de lui avoir communiqué le certificat de travail et l'attestation Pôle emploi ;

- ces fautes lui ont causé des préjudices qu'il y a lieu d'évaluer à la somme de 362 224,50 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2021, la Banque de France conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le juge administratif n'est pas compétent pour connaître de conclusions indemnitaires relatives à des fautes commises dans le cadre du bail d'habitation qu'elle a conclu avec Mme A et dans la gestion de ses comptes bancaires ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle de Mme A a été rejetée par une décision du 25 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code monétaire et financier ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blusseau, conseiller ;

- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été recrutée le 15 juillet 2014 par un contrat à durée indéterminée comme contrôleur bancaire au secrétariat général de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Par un courrier du 20 juin 2020, elle a demandé à la Banque de France l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis dans le cadre de sa relation de travail. Du silence de l'administration, une décision implicite de rejet est née. Puis, par un courrier du 6 octobre 2020, la Banque de France a expressément refusé de faire droit à cette demande indemnitaire. Mme A demande au tribunal de condamner la Banque de France à lui verser une indemnité de 362 224,50 euros.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 142-1 du code monétaire et financier : " La Banque de France est une institution dont le capital appartient à l'Etat ". Aux termes de l'article L. 142-9 du même code : " () Le conseil général de la Banque de France détermine, dans les conditions prévues par le troisième alinéa de l'article L. 142-2, les règles applicables aux agents de la Banque de France dans les domaines où les dispositions du code du travail sont incompatibles avec le statut ou avec les missions de service public dont elle est chargée. () ". Il résulte de ces dispositions que la Banque de France constitue une personne publique chargée par la loi de missions de service public, qui n'a pas cependant le caractère d'un établissement public, mais revêt une nature particulière et présente des caractéristiques propres. Au nombre de ces caractéristiques figure l'application, à son personnel, des dispositions du code du travail qui ne sont incompatibles ni avec son statut, ni avec les missions de service public dont elle est chargée.

3. En premier lieu, par un jugement du 28 juillet 2021, le tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A tendant à l'annulation de la décision la suspendant de ses fonctions avec maintien de salaire à partir du 1er juillet 2019. Par un arrêt devenu définitif du 19 octobre 2021, la cour administrative d'appel de Paris a rejeté la requête de Mme A tendant à l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail du 30 août 2019 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. Elle a retenu que la requérante a été invitée à prendre connaissance de son dossier administratif, qu'elle a été informée de la réunion de la commission disciplinaire un mois avant sa réunion, que la seule circonstance qu'elle n'a pu assister à la réunion du comité social et économique du fait de la désactivation de son badge d'accès liée à son placement en congé de maladie depuis plusieurs années ne saurait suffire à établir qu'elle a été empêchée de se présenter à cette réunion. En outre, si la requérante fait valoir que le procès-verbal de la commission disciplinaire est insuffisamment motivé, l'inspection du travail a toutefois autorisé son licenciement par une décision définitive du 30 août 2019 en se prononçant sur la régularité de la procédure interne à l'entreprise. Enfin, la circonstance que son dossier serait mal tenu n'est pas de nature à caractériser une faute de la Banque de France. Dans ces conditions, Mme A, qui n'apporte aucun élément de fait ou de droit nouveau de nature à établir l'irrégularité de la procédure disciplinaire engagée à son encontre, n'est pas fondée à soutenir que la Banque de France aurait commis une faute en raison de l'irrégularité de cette procédure.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 1235-3 du code du travail : " Si le licenciement d'un salarié survient pour une cause qui n'est pas réelle et sérieuse, le juge peut proposer la réintégration du salarié dans l'entreprise, avec maintien de ses avantages acquis. Si l'une ou l'autre des parties refuse cette réintégration, le juge octroie au salarié une indemnité à la charge de l'employeur () ".

5. Contrairement à ce que soutient Mme A, la décision de licenciement avec préavis du 5 septembre 2019 ne prévoit pas une prise d'effet avant l'échéance de ce préavis. En outre, si elle fait valoir que son licenciement est injustifié, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dans ces conditions, Mme A, qui n'apporte aucun élément de fait ou de droit nouveau de nature à établir l'illégalité de son licenciement, n'est pas fondée à soutenir que la Banque de France a commis une faute en la licenciant.

6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 1152-1 du code du travail : " Aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ". Pour se prononcer sur l'existence d'un harcèlement moral, il appartient au juge d'examiner l'ensemble des éléments invoqués par le salarié, en prenant en compte les documents médicaux éventuellement produits, et d'apprécier si les faits matériellement établis, pris dans leur ensemble, permettent de présumer l'existence d'un harcèlement moral au sens de l'article L. 1152-1 du code du travail. Dans l'affirmative, il revient au juge d'apprécier si l'employeur prouve que les agissements invoqués ne sont pas constitutifs d'un tel harcèlement et que ses décisions sont justifiées par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement.

7. Si la requérante soutient avoir fait l'objet d'un harcèlement moral et d'un harcèlement managérial, ce moyen n'est toutefois pas assorti des éléments de fait permettant d'en établir le bien-fondé. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la Banque de France a commis une faute en raison de la situation de harcèlement moral et managérial qu'elle lui aurait fait subir.

8. En quatrième lieu, en produisant uniquement une offre d'emploi de la Banque centrale européenne du 9 mars 2016, la requérante n'établit pas que son employeur a bloqué de manière injustifiée ses demandes de départ vers cette institution et vers la Commission européenne. En outre, par un jugement du 28 juillet 2021, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa requête tendant à l'annulation de la décision du 13 juin 2019 prononçant son licenciement pour motif disciplinaire en retenant qu'elle n'a pas fait l'objet d'une discrimination en raison de son statut de travailleur handicapé et, dans la présente requête, elle n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence d'une telle discrimination. Enfin si elle fait état de ce que de graves manquements aux obligations contractuelles ont été commis par son employeur en matière de congés payés écrêtés en raison de sa maladie, d'intéressement et de participation sur cinq ans, d'atteinte à sa réputation de l'absence de respect des préconisations du médecin du travail pour un changement de service, de l'absence de fiches de paie pour octobre 2019 et août 2019 et de bulletins de salaire et des interventions répétées et intempestives du médecin conseil interne, elle n'apporte toutefois, par les pièces qu'elle produit, aucun élément de nature à en établir la réalité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la Banque de France a commis une faute en manquant à ses obligations contractuelles.

9. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 30 août 2017, la Banque de France a procédé à la clôture du compte de Mme A au motif qu'en dépit de plusieurs relances de cette banque, elle n'a pas transmis une photocopie lisible de sa pièce d'identité. Elle ne produit aucun élément de nature à démontrer que les sommes qui figuraient sur ce compte ne lui auraient pas été restituées. De même, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer le maintien pendant quatre mois d'un avis à tiers détenteur malgré la demande de suspension du service des impôts et l'engagement de procédures contentieuses, de l'application du tarif maximal à la caisse des écoles en l'absence d'indemnisation du chômage, de difficultés pour l'obtention du chèque emploi service universel (CESU) provoquées par le comportement de son employeur et de défaut de fiches de paie. Enfin, Mme A ne démontre pas que la suppression du supplément familial de traitement, de l'aide aux familles et de l'accès au centre de voyage à partir de 2016, l'augmentation du loyer du logement donné à bail par la Banque de France résultent d'un comportement fautif de son employeur. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la Banque de France a commis une faute en ce sens.

10. En dernier lieu, la requérante n'apporte aucun élément de nature à établir que la Banque de France ne lui a pas communiqué le certificat de travail et l'attestation Pôle emploi lorsque son contrat de travail a pris fin. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la Banque de France a ainsi commis une faute.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation de Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la Banque de France.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

Le rapporteur,

A. BLUSSEAU

La présidente,

S. AUBERT

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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