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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2022199

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2022199

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2022199
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET GUILLON (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2020, Mme A C, représentée par Me Guillon, demande au tribunal :

1°) de condamner la ville de Paris à lui verser la somme globale de 170 000 euros, en réparation des préjudices qu'elle a subis et résultant des fautes commises par la ville de Paris dans la gestion de sa carrière d'une part, et, d'autre part, à raison des faits de harcèlement moral et de discrimination dont elle a été victime ;

2°) d'assortir la somme précitée des intérêts au taux légal, outre leur capitalisation ;

3°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 5 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la ville a commis des fautes en édictant des décisions illégales ;

- elle a, en outre, engagé sa responsabilité, en procédant à des actes de discrimination à raison de son handicap ;

- elle est également fondée à rechercher la responsabilité de la ville de Paris, compte tenu du harcèlement moral dont elle a été victime ;

- dès lors, elle est fondée à demander la réparation des préjudices qu'elle a subis, dont il sera fait une juste appréciation, en lui allouant une somme totale de 170 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984,

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986,

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guillon pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. 1. Mme C, assistante spécialisée des bibliothèques et des musées de classe supérieure, alors affectée à la direction des affaires culturelles de la ville de Paris, a été victime, le 9 janvier 2016, d'un accident de service, lequel a engendré un traumatisme des deux genoux. Par un arrêté du 2 juin 2016, elle a été placée en congé de maladie à plein traitement au titre de cet accident de service pour la période comprise entre le 11 janvier 2016 et le 21 mars 2016.

Mme C a saisi le tribunal administratif de céans d'une demande tendant à l'annulation, d'une part, des décisions des 15 février 2018 et 5 juin suivant par lesquelles la ville de Paris a estimé que son état de santé était consolidé depuis le 6 avril 2016 et a refusé de reconnaître l'imputabilité à l'accident de ses arrêts de travail postérieurs à cette date, d'autre part, des décisions des 26 mars 2018 et 13 juin suivant lui refusant le bénéfice d'un congé de longue maladie, enfin, de l'arrêté du 27 juin 2018 par lequel elle a été placée en disponibilité d'office pour raisons de santé, à l'expiration de ses droits à congé de maladie ordinaire, du 7 avril 2017 au 31 mai 2018 et autorisée à reprendre ses fonctions à temps plein à compter du 1er juin 2018. Par jugement du 25 juin 2020, le tribunal administratif de Paris a annulé les décisions de la maire de Paris des 26 mars 2018 et 13 juin 2018 au motif que le courrier, informant Mme C de la date à laquelle son dossier devait être examiné par le secrétariat médical, de ses droits concernant la communication de son dossier et de la possibilité de faire entendre le médecin de son choix, lui avait été adressé dans un délai trop bref pour qu'elle puisse effectivement bénéficier des garanties prévues à l'article 4 du décret du 30 juillet 1987. Par le même jugement, le tribunal administratif a ordonné avant dire droit une expertise en vue de statuer sur les autres conclusions de la demande de Mme C. Le rapport d'expertise a été enregistré le 29 décembre 2020 au greffe du tribunal. Par un jugement du 25 mars 2021, le tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du 27 juin 2018, a enjoint à la ville de Paris de procéder au réexamen de la demande de placement en congé de longue maladie de Mme C dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement, a mis les frais de l'expertise, d'un montant total de 1 897,39 euros, à la charge définitive de Mme C, a mis à la charge de la ville de Paris une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, enfin a rejeté les conclusions à fin d'annulation des décisions des 15 février 2018 et 5 juin 2018. Mme C a interjeté appel de ce jugement devant la cour administrative d'appel de Paris, qui a rejeté sa requête par un arrêt n° 21PA02731 du 21 juin 2022. Antérieurement, par une demande adressée le 27 octobre 2020 à la ville de Paris, Mme C a demandé à celle-ci de l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison notamment des fautes commises par la ville dans la gestion de sa carrière.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la recherche de responsabilité :

S'agissant des faits de discrimination pour handicap :

2. D'une part, aux termes de l'article 6 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " La liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires. / Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. / Toutefois des distinctions peuvent être faites afin de tenir compte d'éventuelles inaptitudes physiques à exercer certaines fonctions (). / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il a subi ou refusé de subir des agissements contraires aux principes énoncés au deuxième alinéa du présent article ; 2° Le fait qu'il a formulé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire respecter ces principes ; 3° Ou bien le fait qu'il a témoigné d'agissements contraires à ces principes ou qu'il les a relatés. Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ". Aux termes de l'article 6 sexies de cette loi alors en vigueur : " I. - Afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des travailleurs handicapés, les employeurs visés à l'article 2 prennent, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux travailleurs mentionnés aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de développer un parcours professionnel et d'accéder à des fonctions de niveau supérieur ainsi que de bénéficier d'une formation adaptée à leurs besoins tout au long de leur vie professionnelle, sous réserve que les charges consécutives à la mise en œuvre de ces mesures ne soient pas disproportionnées, notamment compte tenu des aides qui peuvent compenser en tout ou partie les dépenses supportées à ce titre par l'employeur. / Ces mesures incluent notamment l'aménagement de tous les outils numériques concourant à l'accomplissement de la mission des agents, notamment les logiciels métiers et de bureautique ainsi que les appareils mobiles. () / III. - Pour tout changement d'emploi dans le cadre d'une mobilité, les administrations mentionnées à l'article 2 de la présente loi prennent les mesures appropriées permettant aux agents mentionnés au I du présent article de conserver leurs équipements contribuant à l'adaptation de leur poste de travail() ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 1er de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 modifiée : " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement de son origine, de son sexe, de sa situation de famille, de sa grossesse, de son apparence physique, de la particulière vulnérabilité résultant de sa situation économique, apparente ou connue de son auteur, de son patronyme, de son lieu de résidence ou de sa domiciliation bancaire, de son état de santé, de sa perte d'autonomie, de son handicap, de ses caractéristiques génétiques, de ses mœurs, de son orientation sexuelle, de son identité de genre, de son âge, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales, de sa capacité à s'exprimer dans une langue autre que le français, de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée, une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable. / Constitue une discrimination indirecte une disposition, un critère ou une pratique neutre en apparence, mais susceptible d'entraîner, pour l'un des motifs mentionnés au premier alinéa, un désavantage particulier pour des personnes par rapport à d'autres personnes, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne soit objectivement justifié par un but légitime et que les moyens pour réaliser ce but ne soient nécessaires et appropriés. / La discrimination inclut : 1° Tout agissement lié à l'un des motifs mentionnés au premier alinéa et tout agissement à connotation sexuelle, subis par une personne et ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ; 2° Le fait d'enjoindre à quiconque d'adopter un comportement prohibé par l'article 2 ". Aux termes de l'article 2 de cette loi : " Sans préjudice de l'application des autres règles assurant le respect du principe d'égalité : () 2° Toute discrimination directe ou indirecte fondée sur un motif mentionné à l'article 1er est interdite en matière d'affiliation et d'engagement dans une organisation syndicale ou professionnelle, y compris d'avantages procurés par elle, d'accès à l'emploi, d'emploi, de formation professionnelle et de travail, y compris de travail indépendant ou non salarié, ainsi que de conditions de travail et de promotion professionnelle. / Ce principe ne fait pas obstacle aux différences de traitement fondées sur les motifs visés à l'alinéa précédent lorsqu'elles répondent à une exigence professionnelle essentielle et déterminante et pour autant que l'objectif soit légitime et l'exigence proportionnée () ". Enfin, l'article 3 de cette loi dispose que : " Aucune personne ayant témoigné de bonne foi d'un agissement discriminatoire ou l'ayant relaté ne peut être traitée défavorablement de ce fait. / Aucune décision défavorable à une personne ne peut être fondée sur sa soumission ou son refus de se soumettre à une discrimination prohibée par l'article 2 ", tandis que son article 4 énonce que : " Toute personne qui s'estime victime d'une discrimination directe ou indirecte présente devant la juridiction compétente les faits qui permettent d'en présumer l'existence. Au vu de ces éléments, il appartient à la partie défenderesse de prouver que la mesure en cause est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. Le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. / Le fait que la victime ait seulement poursuivi l'objectif de démontrer l'existence d'un agissement ou d'une injonction discriminatoire n'exclut pas, en cas de préjudice causé à cette personne, la responsabilité de la partie défenderesse. / Le présent article ne s'applique pas devant les juridictions pénales ".

4. De manière générale, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. Il est constant que la requérante a bénéficié d'une reconnaissance en qualité de travailleur handicapé du 26 septembre 2017 au 26 septembre 2027 et que la médecine de prévention de la ville de Paris a émis des préconisations à la suite des visites médicales de Mme C intervenues les 17 mai 2018 et 19 juillet suivant, portant notamment sur l'absence de station debout prolongée, l'absence de montée et descente d'escaliers, une compensation du handicap, l'absence de port de charges et la nécessité d'un travail en position assise avec un siège ergonomique et un repose-jambe intégré. Pour établir la réalité de ses allégations, Mme C fait valoir que les préconisations de la médecine de prévention n'auraient pas été respectées, en se fondant notamment sur la circonstance que le poste sur lequel elle a été affectée, lors de sa reprise le 1er juin 2018, impliquait le rangement des collections jeunesses. Or, une telle mention sur la fiche de poste n'établit pas que la requérante devait rester en station debout prolongée, ni même porter des charges lourdes. Il en va de même s'agissant de la couverture des livres, dès lors que la requérante n'établit pas qu'elle était tenue de se déplacer pour récupérer le matériel adéquat. En outre, si la requérante soutient qu'elle aurait été victime de propos vexatoires de la part de sa hiérarchie s'agissant de ses aptitudes intellectuelles et physiques, elle n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ses allégations. Enfin, à supposer, comme le soutient la requérante, que les postes qui lui ont été proposés lors de sa reprise de travail ne correspondent pas à son niveau de compétence, il ne résulte pas de l'instruction que ces affectations seraient empreintes de discrimination à raison de son handicap. Dans ces circonstances, la requérante n'apporte pas d'éléments de nature à faire présumer l'existence d'une discrimination.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la ville de Paris en raison de faits de discrimination.

S'agissant des illégalités fautives :

7. En premier lieu, il résulte des motifs exposés au point 1 du présent jugement que la légalité des décisions du 15 février 2018 et du 5 juin suivant par lesquelles la ville de Paris a estimé que son état de santé était consolidé depuis le 6 avril 2016 et a refusé de reconnaître l'imputabilité à l'accident de ses arrêts de travail postérieurs à cette date, a été confirmée tant par le tribunal de céans que par la cour administrative d'appel, par un arrêt devenu définitif. En outre, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 21 bis de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 dans leur rédaction issue de l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017, dès lors que ces dispositions sont entrées en vigueur le lendemain de la publication du décret n° 2019-301 du 10 avril 2019, soit le 13 avril 2019. Par suite, en l'absence d'illégalité, la ville de Paris n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité.

8. En deuxième lieu, il résulte également des motifs exposés au point 1 du présent jugement que les décisions des 26 mars 2018 et 13 juin 2018 ont été annulées par le tribunal de céans, dont la cour administrative d'appel de Paris a confirmé le jugement, au motif que le courrier, informant Mme C de la date à laquelle son dossier devait être examiné par le secrétariat médical, de ses droits concernant la communication de son dossier et de la possibilité de faire entendre le médecin de son choix, lui avait été adressé dans un délai trop bref pour qu'elle puisse effectivement bénéficier des garanties prévues à l'article 4 du décret du 30 juillet 1987. Ces décisions ont ainsi été annulées en raison d'un vice de légalité externe, et leur illégalité caractérise une faute de nature à engager la responsabilité de la ville de Paris. En revanche, la requérante n'établit pas que la ville de Paris aurait méconnu les dispositions de l'article 57 de la loi n°84-53 alors en vigueur, en se bornant à se prévaloir d'un certificat médical établi le 14 avril 2017, dans le cadre de sa demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, faisant état de ce qu'elle a souffert de gonalgie depuis le 9 janvier 2016 et qu'elle continue d'en souffrir, qu'elle se déplace avec une canne et doit travailler assise, ne peut pas porter de charges, ni rester longtemps debout, ni prendre les escaliers ou les transports en commun.

9. En troisième lieu, il résulte également des motifs exposés au point 1 du présent jugement que l'arrêté du 27 juin 2018 par lequel la requérante a été placée en disponibilité d'office pour raisons de santé, à l'expiration de ses droits à congé de maladie ordinaire, du 7 avril 2017 au 31 mai 2018 et autorisée à reprendre ses fonctions à temps plein à compter du 1er juin 2018, a été annulé par le tribunal de céans pour défaut de base légale, dont la cour administrative d'appel de Paris a confirmé le jugement, par un arrêt devenu définitif. L'illégalité de cette décision caractérise une faute de nature à engager la responsabilité de la ville de Paris. En revanche, la requérante n'établit pas que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'une erreur de droit.

10. En quatrième lieu, la requérante n'établit pas la réalité de ses allégations s'agissant de la suppression de son poste, ce d'autant que le courriel daté du 23 mai 2018 des services de la ville de Paris, que Mme C produit dans le cadre de la présente instance, précise que le poste en question n'a pas été supprimé mais qu'il a simplement évolué pour des motifs tenant à la continuité du service public. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article 97 de la loi n°84-53 alors en vigueur, qui imposait préalablement à la suppression de ce poste la consultation du comité technique et du comité territorial. Dans ces circonstances, la requérante n'établit pas que la ville de Paris aurait commis une faute.

11. En cinquième lieu, la requérante, qui se borne à invoquer des faits de discrimination pour handicap, pour contester la légalité de la décision du 22 janvier 2019 lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle, ne démontre pas l'illégalité de cette décision, ce d'autant qu'il résulte des motifs précédemment exposés que la requérante n'établit pas la réalité des faits de discrimination pour handicap qu'elle invoque. Dans ces circonstances, la requérante n'établit pas que la ville de Paris aurait commis une faute.

12. En sixième lieu, la requérante ne démontre pas davantage l'illégalité de la décision du 31 juillet 2019 lui refusant le bénéfice d'un congé de longue maladie, en se bornant à invoquer un certificat médical de son médecin traitant préconisant un tel placement sans autre précision et la circonstance qu'elle aurait été informée tardivement de la réunion du comité médical. Par suite, et en tout état de cause, elle n'établit pas que la ville de Paris aurait commis une faute.

13. En septième lieu, la requérante ne démontre pas l'illégalité de la décision du 25 octobre 2020 refusant de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail prescrits à la requérante du 4 juin au 16 juin 2018, du 12 octobre 2018 au 16 février 2019, puis à compter du 2 avril 2019, au titre d'un syndrome anxiodépressif réactionnel, et du 5 au 9 mars, puis du 22 mars au 30 mars 2019, au titre de gonalgies bilatérales, en se bornant à invoquer la teneur de certificats médicaux sans établir le lien direct avec l'accident de service survenu en 2016.

14. Il résulte de ce qui précède que la requérante est seulement fondée à rechercher la responsabilité de la ville de Paris en raison de l'illégalité fautive résultant des décisions des 26 mars 2018 et 13 juin suivant lui refusant le bénéfice d'un congé de longue maladie, ainsi que celle résultant de l'arrêté du 27 juin 2018 par lequel elle a été placée en disponibilité d'office pour raisons de santé, à l'expiration de ses droits à congé de maladie ordinaire, du 7 avril 2017 au 31 mai 2018 et autorisée à reprendre ses fonctions à temps plein à compter du 1er juin 2018.

S'agissant des faits de harcèlement moral :

15. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ".

16. D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui, le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime devant alors être intégralement réparé.

17. Pour établir les faits de harcèlement moral invoqués, la requérante se borne à invoquer, d'une part l'illégalité, au demeurant non démontrée, des décisions prises dans la gestion de sa carrière, et d'autre part, des injonctions contradictoires et humiliantes pour lesquelles elle n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ses allégations. Dans ces circonstances, Mme C n'apporte aucun élément de fait de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement. Dès lors, la responsabilité de la ville de Paris ne peut être recherchée à ce titre.

En ce qui concerne le droit à réparation de Mme C :

18. En premier lieu, il résulte des motifs précédemment exposés que la requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la ville de Paris pour des faits de harcèlement moral, ni de discrimination à raison de son handicap. Par suite, les demandes de réparation présentées sur ces fondements doivent être rejetées.

19. En second lieu, lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative entachée d'un vice de légalité externe, il appartient au juge administratif de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si la même décision aurait pu légalement intervenir et aurait été prise, dans les circonstances de l'espèce, par l'autorité compétente. Dans le cas où il juge qu'une même décision aurait été prise par l'autorité compétente, le préjudice allégué ne peut alors être regardé comme la conséquence directe du vice de légalité externe qui entachait la décision administrative illégale.

20. Il résulte des termes de la requête que la requérante sollicite le versement d'une indemnité de 20 000 euros en réparation des troubles subis dans ses conditions d'existence, à savoir une diminution significative de ses ressources, pour la période du 7 avril 2016 au 31 mai 2018, résultant de l'illégalité fautive des décisions des 15 février 2018 et 5 juin suivant, et des 28 mars 2018 et 13 juin 2018, ainsi que de l'arrêté du 27 juin 2018 la plaçant en disponibilité d'office pour raison de santé, et une indemnité de 30 000 euros au titre du préjudice moral résultant de l'illégalité de l'ensemble des décisions prises dans la gestion de sa situation administrative. Toutefois, eu égard à la nature des illégalités affectant les décisions précitées, et en tout état de cause, en l'absence de lien de causalité direct et certain avec les préjudices invoqués, la demande de réparation présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander la condamnation de la ville de Paris à lui réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées, y compris celles tendant au paiement des intérêts et de leur capitalisation, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

Le rapporteur,

N. BLe président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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