mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2022267 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | VOGELS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 décembre 2020, le 27 octobre 2021, le 28 mars 2022 et le 3 mai 2022, M. A B, représenté par Me Vogels, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014, ainsi que des majorations y afférentes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
-La procédure de taxation d'office est irrégulière ;
-Les cinq crédits bancaires ne sauraient revêtir la qualification de revenus d'origine indéterminée puisqu'ils correspondent au remboursement de bons anonymes ;
-La décision du conseil d'Etat du 30 mars 2011 n'est pas transposable dès lors que les contrats de capitalisation anonymes en litige ne relèvent pas du 2° du III de l'article 125 A du code général des impôts mais de l'article 125-0-A de ce code, ce que confirme la doctrine fiscale ;
-La pénalité pour manquement délibéré est infondée.
Par des mémoires en défense enregistrés le 6 juillet 2021, le 7 mars 2022, le
29 avril 2022 et le 5 mai 2022, le directeur de la direction nationale des vérifications de situations fiscales conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- et le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merino, rapporteur,
- les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a fait l'objet d'un examen contradictoire de situation fiscale personnelle au titre des années 2013, 2014 et 2015, à l'issue de laquelle l'administration, devant la discordance constatée entre ses revenus déclarés et ses revenus constatés sur ses comptes bancaires, lui a adressé une demande d'éclaircissements et de justifications, suivie d'une mise en demeure. Elle a réintégré dans ses revenus imposables de l'année 2014 cinq sommes portées au crédit de son compte bancaire pour un montant total de 361 354 euros, qualifiées de revenus d'origine indéterminée. M. B demande la décharge, en droits et pénalités, des suppléments d'imposition à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales, ainsi que des cotisations de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus pour 2014 en résultant, qui lui ont été notifiés selon la procédure de taxation d'office.
Sur les conclusions à fin de décharge :
Sur la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. () Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés, notamment lorsque le total des montants crédités sur ses relevés de compte représente au moins le double de ses revenus déclarés ou excède ces derniers d'au moins 150 000 €. En particulier, si le contribuable allègue la possession de bons ou de titres dont les intérêts ou arrérages sont exclus du décompte des revenus imposables en vertu de l'article 157 du même code, l'administration peut exiger la preuve de la possession de ces bons ou titres et celle de la date à laquelle ils sont entrés dans le patrimoine de l'intéressé. Le contribuable ne peut pas alléguer la vente ou le remboursement de bons mentionnés au 2° du III bis de l'article 125 A du code général des impôts, ou de titres de même nature, quelle que soit leur date d'émission, lorsqu'il n'avait pas communiqué son identité et son domicile fiscal à l'établissement payeur dans les conditions prévues au 4° du III bis du même article. () ". Aux termes de l'article L. 69 de ce même livre : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'un contribuable, qui fait état du remboursement de bons anonymes, y compris les bons et contrats de capitalisation mentionnés à l'article 125-0-A du code général des impôts, en réponse à une demande de justifications, alors que l'anonymat n'a pas été levé à la date de la vente ou du remboursement allégué, doit être regardé comme s'étant abstenu de répondre et que l'administration est alors en droit de le taxer d'office.
4. Il résulte de l'instruction que l'administration a demandé à M. B par un courrier du 16 mars 2017 des justifications sur l'origine, la nature et le caractère non imposable des sommes non identifiées apparaissait au crédit de ses comptes bancaires. Dans sa réponse du
10 mai 2017, M. B a indiqué que les cinq crédits litigieux correspondaient à des remboursements de contrats de capitalisation souscrits dans l'anonymat sans toutefois établir que cet anonymat avait été levé à la date du remboursement allégué. De plus, M. B a fait l'objet d'une mise en demeure de compléter sa réponse le 24 mai 2017 à laquelle il n'a pas répondu. Par conséquent, l'administration était en droit de le taxer d'office sans que M. B puisse utilement se prévaloir à l'appui de la contestation de la régularité de la procédure d'imposition des doctrines fiscales référencées BOI-ENR-TIM-40-10-12/09/2012 et BOI-BIC-PVMV-30-30-10-11/03/2013, n° 110 ou encore BOI-RPPM-RCM-30-10-20-30, n° 50).
Sur le bien-fondé :
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées des articles L. 16 et L. 69 du livre des procédures fiscales et de celles des articles L. 192, dernier alinéa, et L. 193 de ce livre que le contribuable, à la suite de son défaut de réponse, supporte la charge de la preuve devant la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires et, en cas de réclamation contre l'imposition, devant l'administration puis le juge de l'impôt. Ainsi, si le contribuable qui fait état du remboursement de bons anonymes en réponse à une demande de justification, alors que l'anonymat n'a pas été levé à la date de la vente ou du remboursement allégué, se trouve en situation de taxation d'office en vertu des articles L. 16 et L. 69 du livre des procédures fiscales, les dispositions de l'article L. 16 n'ont ni pour objet ni pour effet de faire obstacle à ce que l'intéressé apporte ensuite la preuve qui lui incombe du caractère exagéré de l'imposition, en faisant état, devant la commission départementale puis, le cas échéant, devant le directeur des services fiscaux et devant le juge, d'autres éléments de nature à démontrer la vente ou le remboursement, au cours de l'année d'imposition, de bons anonymes qui sont entrés dans son patrimoine soit avant le 1er janvier, soit après cette date dans le cas où il établit qu'ils ont été acquis à titre gratuit.
6. Pour établir que les crédits bancaires en litige proviennent du remboursement de bons anonymes qui n'auraient pas été acquis à titre onéreux, M. B produit plusieurs documents dont un courrier du 28 octobre 2014 que lui a adressé l'inspecteur conseil de la compagnie d'assurance portant copie originale de sa déclaration de nouveau porteur de trois contrats de capitalisation qui lui ont été remis de main à main et sans formalité portant les
n° 8000 8317001788, 8000 8317001888 et 8000 8317001988, une attestation de règlement datée du 4 décembre 2014 établie par l'organisme d'assurances désignant M. B comme ayant racheté les bons de capitalisation de trois contrats 80008317001788, 80008317001888 et 80008317001988 pour les valeurs nettes respectives de 19 664 euros, 19 664 euros et
19 651 euros au 5 novembre 2014, deux déclarations de l'intéressé lui-même du 24 octobre 2014 et du 24 novembre 2014 se désignant comme unique porteur des 5 contrats, des états de situation datés du 28 avril 2014 établis au nom de la souscriptrice pour un contrat qui porte le numéro 0080008317042388, un imprimé fiscal unique daté du 27 mars 2015 établi par l'organisme d'assurance au nom de M. B pour le même contrat, deux courriers de réponse du
9 avril 2015 et du 22 juin 2015 de l'organisme d'assurance reconnaissant que la levée de l'anonymat lors du rachat des bons de capitalisation pour les contrats 80008317042388 et 80008317058988 a été faite à tort, sans la volonté de M. B. Toutefois, ces documents ne permettent pas de s'assurer que les crédits en litige proviennent du remboursement de bons de capitalisation qui auraient fait l'objet d'une libéralité ou qui n'auraient pas été acquis à titre onéreux alors par ailleurs que l'intéressé produit également deux courriers du 24 juillet 2013 et du 25 mars 2013 adressés par l'organisme d'assurance à la souscriptrice désignée dont il ressort qu'aucun des contrats de capitalisation souscrits par elle l'ont été au profit de M. A B et que certains ont eu pour bénéficiaire Paul Mathieu B, qui est le père du requérant. Au surplus ces pièces ne permettent pas d'établir de façon suffisamment certaine la date à laquelle ces bons seraient entrés dans le patrimoine de M. B. Ce dernier ne peut dès lors être regardé comme justifiant de l'origine des crédits bancaires en litige et l'administration était fondée à les regarder comme des revenus d'origine indéterminée.
Sur les pénalités :
7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
8. Pour établir le caractère délibéré des manquements reprochés au requérant, l'administration s'est fondée sur le nombre de flux bancaires ayant fait l'objet d'omissions et le montant élevé des sommes rehaussées dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée. Dans ces circonstances, l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée du contribuable d'éluder l'impôt. Dès lors, M. B ne peut prétendre à la décharge des pénalités appliquées sur le fondement du a. de l'article 1729 du code général des impôts.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des impositions contestées.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur de la direction nationale des vérifications de situations fiscales.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Merino, première conseillère,
M. Baudat, conseiller.
Rendu public par sa mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.
La rapporteure,
M. MERINO
La présidente,
S. VIDAL
La greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires publics à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2022267/1-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026