vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2022522 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | CABINET CALLON AVOCAT & CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2020, la société Sécurité Pierre Investissement, représentée par Me Callon, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 17 640,88 euros assortie des intérêts au taux légal en réparation du préjudice qu'elle a subi du fait du refus d'accorder le concours de la force publique ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus de concours de la force publique méconnaît les dispositions de l'article
L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution et engage la responsabilité de l'Etat ;
- elle subit un préjudice correspondant au montant de la dette locative pendant la période de responsabilité de l'Etat,
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2021, le préfet de police conclut à la limitation de la responsabilité de l'Etat à une somme de 15 777,94 euros au titre des indemnités d'occupation non versées entre le 3 septembre 2015 et le 19 février 2020, à ce que le versement de l'indemnité soit subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits et actions détenues la société requérante à l'égard de Mme A, et au rejet du surplus des conclusions de la requête
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat peut être engagée du 3 septembre 2015 au 19 février 2020 ;
- le préjudice est limité à la somme de 15 777,94 euros.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- l'ordonnance n° 2021-141 du 10 février 2021 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Castéra en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Castéra a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Sécurité Pierre Investissement est propriétaire d'un appartement situé 179 boulevard Malesherbes, dans le 17ème arrondissement de Paris, qu'elle a donné à bail à Mme A en vertu d'un contrat signé le 15 avril 2011. Par une ordonnance du 15 novembre 2013, le tribunal d'instance de Paris, après avoir relevé l'acquisition de la clause résolutoire contenue dans le contrat de bail pour défaut de paiement des loyers, a, d'une part, suspendu les effets de cette clause pendant l'exécution des délais accordés à Mme A pour payer à la société Sécurité Pierre Investissement la somme de 3 966,54 euros correspondant à l'arriéré locatif, d'autre part, autorisé la société Sécurité Pierre Investissement, à défaut de paiement de toute mensualité dans les délais impartis, de faire procéder à l'expulsion de Mme A ainsi que celle de tout occupant de son chef. Un commandement de quitter les lieux a été délivré à l'occupante le 10 avril 2015 et notifié aux services de la préfecture de police le
15 avril 2015. Par actes d'huissier des 3 juillet 2015 et 8 septembre 2015, la société Sécurité Pierre Investissement a ensuite requis le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de Mme A. Le préfet de police a octroyé le concours de la force publique le 29 janvier 2020, à compter du 1er avril 2020. Le 19 février 2020, Mme A a libéré l'appartement. La société Sécurité Pierre Investissement demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 17 640,88 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi du fait du refus d'accorder le concours de la force publique.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-1 de ce code : " Si l'expulsion porte sur un lieu habité par la personne expulsée ou par tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois qui suit le commandement, sans préjudice des dispositions des articles L. 412-3 à L. 412-7. ( ) ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion en saisit le représentant de l'Etat dans le département () ".
4. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet, régulièrement requis à cet effet, refuse le concours de la force publique pour l'exécution d'une décision juridictionnelle exécutoire ordonnant l'expulsion de l'occupant d'un local, la responsabilité de l'Etat se trouve engagée à compter de ce refus ou, s'il intervient à une date où l'occupant bénéficie du sursis prévu à l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution, à compter du terme de la période de sursis. Par ailleurs, la période de responsabilité de l'Etat au titre d'un refus d'accorder le concours de la force publique pour l'exécution d'un jugement s'achève en principe le jour où l'administration décide d'octroyer ce concours. Elle ne prend fin qu'à la date de mise en œuvre effective du concours lorsque celle-ci intervient plus de quinze jours après la décision, sauf si ce délai est imputable au propriétaire ou à l'huissier ou justifié par des circonstances particulières.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé le concours de la force publique pour l'exécution de l'ordonnance du 15 novembre 2013 est intervenue le 3 septembre 2015. D'autre part, Mme A a libéré l'appartement le 19 février 2020. Par suite, et dès lors que la responsabilité de l'Etat prend, en tout état de cause, fin à la date du départ des occupants, il incombe à l'Etat de réparer les préjudices que l'occupation irrégulière a causé à la société Sécurité Pierre Investissement entre le 3 septembre 2015 et le 19 février 2020.
En ce qui concerne le préjudice locatif :
6. Il résulte de l'instruction que le préjudice locatif de la requérante correspond à la perte du loyer mensuel, augmenté des charges incombant au locataire, au cours de la période de responsabilité du 3 septembre 2015 au 19 février 2020. Il y a ainsi lieu de fixer le montant de l'indemnité due à ce titre à la somme de 15 777,94 euros.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la société Sécurité Pierre Investissement est fondée à demander le versement d'une somme de 15 777,94 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi entre le 3 septembre 2015 et le 19 février 2020, du fait du refus implicite de concours de la force publique. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 février 2016, date de réception de la demande indemnitaire préalable.
Sur la subrogation de l'Etat :
8. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il détermine le montant et la forme des indemnités allouées par lui, de prendre, au besoin d'office, les mesures nécessaires pour que sa décision n'ait pas pour effet de procurer à la victime d'un dommage, par les indemnités qu'elle a pu ou pourrait obtenir en raison des mêmes faits, une réparation supérieure au préjudice subi. Par suite, lorsqu'il condamne l'Etat à indemniser le propriétaire auquel le préfet a refusé le concours de la force publique pour exécuter un jugement ordonnant l'expulsion des occupants d'un local, le juge doit, au besoin d'office, subroger l'Etat dans la limite de l'indemnité mise à sa charge, dans les droits que le propriétaire peut détenir sur les occupants au titre de l'occupation irrégulière de son bien pendant la période de responsabilité de l'Etat.
9. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité que le présent jugement accorde à la requérante à la subrogation de l'Etat, dans la limite du montant de cette indemnité, dans les droits qu'elle peut détenir sur Mme A, au titre de l'occupation irrégulière, entre le 3 septembre 2015 et le 19 février 2020, du logement situé 179 boulevard Malesherbes, dans le 17ème arrondissement de Paris.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à la société Sécurité Pierre Investissement une somme de 15 777,94 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 février 2016, date de réception de la demande indemnitaire préalable.
Article 2 : L'État versera à la société Sécurité Pierre Investissement une somme de1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Sécurité Pierre Investissement, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Callon.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
La magistrate désignée,
A. Castéra
Le greffier,
Y. Fadel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026