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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2101017

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2101017

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2101017
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantPILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 19 janvier 2021, le 8 avril 2022 et le 12 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Poncet, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à Pôle emploi de lui proposer une formation de responsable d'affaires immobilières, à distance, permettant la délivrance de la carte professionnelle d'agent immobilier, dans un délai de trois mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par mois de retard ;

2°) de condamner Pôle emploi à lui verser une indemnité d'un montant de 109 800 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait des fautes que Pôle emploi aurait commises dans la gestion de son dossier ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Pôle emploi a manqué à ses obligations, lui faisant ainsi perdre une chance de trouver une formation valorisant ses acquis ou une formation lui permettant de trouver un emploi ;

- cette perte de chance de trouver un emploi doit être estimée à hauteur de 30%.

Par trois mémoires en défense, enregistrés le 8 mars 2022, le 24 mai 2022 et le 14 mars 2023, le directeur régional de Pôle emploi d'Ile-de-France, représenté par Me Pillet, conclut au rejet de la requête.

Il oppose la prescription quadriennale prévue par la loi du 31 décembre 1968 et soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 16 mars 2023.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Ménéménis, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pillet, représentant de Pôle emploi.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité argentine, est entrée en France le 9 février 2007. Elle est titulaire d'un diplôme d'expert-comptable qui n'a pas été reconnu par l'ordre français des experts comptables. Inscrite comme demandeuse d'emploi depuis le 1er octobre 2007, elle a travaillé de 2008 à 2010 comme responsable de comptabilité client et trésorerie avant de perdre son emploi. Après avoir présenté une demande préalable indemnitaire le 16 octobre 2020, Mme B demande au tribunal la condamnation de Pôle emploi à lui verser la somme de 109 800 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait des fautes que Pôle emploi aurait commises dans la gestion de son dossier.

Sur le cadre juridique :

2. Aux termes du cinquième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère la Constitution du 4 octobre 1958 : " Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi () ". Aux termes de l'article L. 5311-1 du code du travail : " Le service public de l'emploi a pour mission l'accueil, l'orientation, la formation et l'insertion ; il comprend le placement, le versement d'un revenu de remplacement, l'accompagnement des demandeurs d'emploi et l'aide à la sécurisation des parcours professionnels de tous les salariés ". Pôle emploi, qui est doté de la personnalité morale, contribue, en vertu de l'article L. 5311-2 du même code, au service public de l'emploi, en exerçant notamment les missions de placement et d'accompagnement des demandeurs d'emploi ainsi définies à l'article L. 5312-1 de ce code : " 1° Prospecter le marché du travail, développer une expertise sur l'évolution des emplois et des qualifications, procéder à la collecte des offres d'emploi, aider et conseiller les entreprises dans leur recrutement, assurer la mise en relation entre les offres et les demandes d'emploi et participer activement à la lutte contre les discriminations à l'embauche et pour l'égalité professionnelle ; / 2° Accueillir, informer, orienter et accompagner les personnes, qu'elles disposent ou non d'un emploi, à la recherche d'un emploi, d'une formation ou d'un conseil professionnel, prescrire toutes actions utiles pour développer leurs compétences professionnelles et améliorer leur employabilité, favoriser leur reclassement et leur promotion professionnelle, faciliter leur mobilité géographique et professionnelle et participer aux parcours d'insertion sociale et professionnelle () ".

3. La qualité de demandeur d'emploi est reconnue, selon l'article L. 5411-1 du code du travail, à " toute personne qui recherche un emploi et demande son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi " auprès de Pôle emploi. En vertu de l'article L. 5411-2 du même code, il incombe à tout demandeur d'emploi de renouveler son inscription, selon une périodicité mensuelle fixée par un arrêté du ministre chargé de l'emploi, et de porter à la connaissance de Pôle emploi les changements affectant sa situation susceptibles d'avoir une incidence sur cette inscription. Aux termes de l'article L. 5411-6 du même code : " Le demandeur d'emploi immédiatement disponible pour occuper un emploi est orienté et accompagné dans sa recherche d'emploi par [Pôle emploi]. Il est tenu de participer à la définition et à l'actualisation du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L 5411-6-1, d'accomplir des actes positifs et répétés de recherche d'emploi et d'accepter les offres raisonnables d'emploi telles que définies aux articles L. 5411-6-2 et L. 5411-6-3 ". Aux termes de l'article L. 5411-6-1 de ce code : " Un projet personnalisé d'accès à l'emploi est élaboré et actualisé conjointement par le demandeur d'emploi et [Pôle emploi] (). / Ce projet précise, en tenant compte de la formation du demandeur d'emploi, de ses qualifications, de ses connaissances et compétences acquises au cours de ses expériences professionnelles, de sa situation personnelle et familiale ainsi que de la situation du marché du travail local, la nature et les caractéristiques de l'emploi ou des emplois recherchés, la zone géographique privilégiée et le niveau de salaire attendu. / Le projet personnalisé d'accès à l'emploi retrace les actions que [Pôle emploi] s'engage à mettre en œuvre dans le cadre du service public de l'emploi, notamment en matière d'accompagnement personnalisé et, le cas échéant, de formation et d'aide à la mobilité ". Aux termes de l'article L. 5411-6-2 de ce code : " La nature et les caractéristiques de l'emploi ou des emplois recherchés, la zone géographique privilégiée et le salaire attendu, tels que mentionnés dans le projet personnalisé d'accès à l'emploi, sont constitutifs de l'offre raisonnable d'emploi ". Aux termes de l'article L. 5411-6-3 de ce code : " Le projet personnalisé d'accès à l'emploi est actualisé périodiquement. Lors de cette actualisation, les éléments constitutifs de l'offre raisonnable d'emploi sont révisés, notamment pour accroître les perspectives de retour à l'emploi () ". Aux termes de l'article R. 5411-14 de ce code : " Le projet personnalisé d'accès à l'emploi est élaboré conjointement par le demandeur d'emploi et Pôle emploi ou un des organismes mentionnés à l'article L. 5411-6-1 lors de l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi ou au plus tard dans les trente jours suivant cette inscription. Il est actualisé selon la périodicité et les modalités définies avec le demandeur d'emploi. A l'issue de l'élaboration ou de l'actualisation du projet, Pôle emploi ou l'un des organismes mentionnés à l'article L. 5411-6-1 le communique au demandeur d'emploi. " Enfin, la convention tripartite pour 2012 à 2014, signée le 11 janvier 2012 entre l'Etat, l'Unedic et Pôle emploi sur le fondement de l'article L. 5312-3 du code du travail et applicable à une partie de la période en litige, fait figurer au nombre des priorités fixées à Pôle emploi la personnalisation de l'offre de services.

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'il incombe à Pôle emploi, au titre de ses missions de placement et d'accompagnement des demandeurs d'emploi par lesquelles il contribue au service public de l'emploi, de mettre en œuvre un accompagnement personnalisé de chaque demandeur d'emploi pour l'aider à retrouver un emploi, précisé au moyen du projet personnalisé d'accès à l'emploi, en tenant compte de ses besoins, déterminés notamment en fonction de sa formation et de son expérience professionnelle, de l'autonomie dont il dispose dans sa recherche et de la durée qui s'est écoulée depuis son dernier emploi, ainsi que des demandes qu'il exprime. Les carences de Pôle emploi, dans l'exercice de ces missions, sont susceptibles de constituer des fautes de nature à engager sa responsabilité. Il appartient toutefois au juge saisi d'une demande d'indemnisation du préjudice qu'un demandeur d'emploi soutient avoir subi du fait de ces défaillances de tenir compte, le cas échéant, du comportement de l'intéressé et, en particulier, de la manière dont il a lui-même satisfait aux obligations qui lui incombent.

Sur les fautes invoquées par Mme B :

5. En premier lieu, Mme B soutient qu'en 2011, sa conseillère pôle emploi l'a inscrite à des ateliers inadaptés à sa situation et à un bilan de compétences auxquels elle a participé, sans résultat, et qu'elle n'a pas bénéficié de conseils personnalisés. Il résulte de l'instruction que dans un courriel du 27 juillet 2011, sa conseillère Pôle emploi l'a invitée à consulter le site du conseil régional qui propose des formations conventionnées. Mme B a alors demandé à sa conseillère un rendez-vous le 8 août suivant pour lui parler d'une formation. Le 22 août, sa conseillère lui a proposé un entretien le 6 septembre et de lui faire part de son projet par mail en attendant leur rencontre. En réponse, Mme B lui a demandé un rendez-vous après le 10 septembre, lui a fait part de son projet professionnel, et lui a posé plusieurs questions. Il résulte par ailleurs des comptes rendus d'entretien avec sa conseillère Pôle emploi des 27 juillet, 6 et 16 décembre 2011, que Mme B était dans un premier temps intéressée par une formation en allemand, qu'un rendez-vous lui a été proposé le 10 août pour travailler sur son projet professionnel, que Mme B a ensuite suivi une formation en comptabilité internationale et en analyse financière, qu'elle avait des pistes pour occuper un poste de crédit manager, et qu'elle a suivi un atelier d'information le 16 décembre 2011 présentant les différents dispositions de financement de formation et les rémunérations associées. Dans ces conditions, Pôle emploi n'a pas commis de faute dans l'accompagnement et le suivi de Mme B sur cette période.

6. En deuxième lieu, si Mme B soutient que Pôle emploi ne lui a proposé aucun rendez-vous entre 2012 et 2015, elle n'établit pas avoir sollicité Pôle emploi durant cette même période, ni avoir effectué aucune démarche. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les services de Pôle Emploi auraient commis une faute de nature à engager leur responsabilité dans la gestion de son dossier durant cette période.

7. En troisième lieu, Mme B soutient qu'il y aurait eu un manquement dans le transfert de son dossier Pôle emploi lors de son déménagement à Jouy-sur-Morin, en Seine-et-Marne en septembre 2015. Il résulte de l'instruction que le 15 décembre 2015, Mme B a informé Pôle emploi de son changement d'adresse et de ses difficultés à obtenir une prise en compte de ce changement par Pôle emploi. Sa conseillère lui a expliqué les démarches à suivre, à savoir, se rendre à l'agence située à Lieusaint pour procéder à ce changement d'adresse. Ne souhaitant pas se déplacer, Mme B a été radiée de la liste des demandeurs d'emploi pour ne s'être pas rendue à des convocations. A la fin de l'année 2016, le dossier de Mme B a finalement été transféré, conformément à ses souhaits, à l'agence de Coulommiers. Si Mme B soutient que Pôle emploi a refusé de prendre en charge des formations qu'elle souhaitait effectuer, elle ne conteste pas sérieusement les refus de prise en charge financière de ces formations. Par suite, compte tenu de ces éléments, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les services de Pôle Emploi aurait commis une faute de nature à engager leur responsabilité dans la gestion de son dossier durant la période 2015-2017.

8. En quatrième lieu, Mme B soutient qu'en 2018, elle n'a bénéficié d'aucun conseil utile pour sa recherche d'emploi, et qu'elle n'a reçu aucune formation ou proposition d'emploi. D'une part, il est constant que Mme B a refusé de se rendre aux ateliers dispensés à l'agence de Coulommiers en raison de l'éloignement trop important de son domicile. En outre, Mme B a bénéficié de trois entretiens téléphoniques à l'initiative de sa conseillère les 5 avril, 23 avril et 6 juillet 2018 au cours desquels un accompagnement pour élaborer son projet professionnel de credit manager lui a été proposé, tout en tenant compte de sa volonté de ne pas se déplacer. Sa conseillère lui a également proposé de contacter un organisme susceptible de l'aider pour la reconnaissance de son diplôme argentin d'expert-comptable, de contacter la CAF pour faire une demande de RSA, lui a proposé de bénéficier de la prestation " activ' projet " pour diminuer le coût de ses déplacements et l'a mise en garde sur le salaire demandé qui n'est pas en adéquation avec le nombre d'années d'inactivité. Mme B ayant refusé des offres d'emploi à temps partiel pour des raisons financières, sa conseillère lui a indiqué qu'elle pouvait accepter deux emplois à temps partiel. Enfin, il résulte de l'instruction que Pôle emploi lui a fait une proposition d'offre d'emploi le 24 juillet 2018. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'au cours de l'année 2019, Mme B a souhaité s'orienter vers une formation à distance de webmaster ou de webmarketing. Si Pôle emploi lui a indiqué qu'il ne financerait pas cette formation, il lui a également proposé d'autres solutions comme chercher un métier plus en tension ou mettre en place un " activ' projet ". Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, Mme B n'est pas fondée à soutenir que Pôle emploi aurait commis une faute dans son accompagnement sur la période 2018-2019.

9. En cinquième lieu, Mme B soutient que Pôle emploi, après avoir accepté son inscription à une formation en marketing électronique, n'a pas prévenu l'entreprise de formation et n'a ainsi pas pu bénéficier de la rémunération durant la formation. Il résulte toutefois de l'instruction que la formation que devait suivre initialement Mme B du 27 mars au 26 septembre 2020 et pour laquelle elle a bénéficié d'une rémunération, a été annulée en raison de la crise sanitaire et reportée en juillet 2020. Il est constant que Mme B a bien participé à cette formation et a reçu une nouvelle rémunération de formation pôle emploi, après avoir dû rembourser la première rémunération versée à tort.

10. En sixième lieu, Mme B soutient que Pôle emploi a commis une faute en refusant de financer une formation " bachelor immobilier " en juin 2020. Il résulte de l'instruction que ce financement a été refusé au motif qu'un autre dispositif de financement existait et que Mme B ne conteste pas les motifs de ce refus. Il en est de même pour le refus de financement d'une formation de responsable d'établissement touristique qui lui a été opposé en octobre 2021. Dans ces conditions, et alors que Pôle emploi a expliqué avec précisions à Mme B les modalités de financement des formations, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que Pôle emploi aurait commis une faute.

11. En septième lieu, il résulte de l'instruction que si Mme B justifie avoir effectué plusieurs démarches afin de suivre des formations dans différents domaines, elle n'apporte aucun élément de nature à établir les démarches qu'elle aurait effectuées dans sa recherche d'emploi durant toute cette période. En outre, il est constant que Mme B a créé une activité d'auto entrepreneur entre le 25 mai 2011 et le 19 mars 2018 sur laquelle elle n'apporte aucun détail. Enfin, le détail du dossier de suivi de Mme B produit par Pôle emploi montre que cette dernière a bénéficié d'un suivi régulier sur l'ensemble de la période.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de prescription quadriennale opposée en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander la condamnation de Pôle emploi à lui verser une somme en réparation du préjudice de perte de chance qu'elle aurait subi en raison d'un suivi insuffisant de son dossier de demandeuse d'emploi. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur régional de Pôle emploi d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Giraudon, présidente,

- Mme Marcus, première conseillère,

- Mme Castéra, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La rapporteure,

A. C

La présidente,

M.-C. GiraudonLe greffier,

Y. Fadel

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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