mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2101489 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DELSOL AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 janvier 2021 et 19 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Le Tacon, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits, majorations et intérêts, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
-au moment de la cession de l'intégralité de ses titres en 2016, il restait des titres acquis en février 2004 et l'abattement pour durée de détention de 85 % était applicable pour ces titres ;
-la règle " premier entré / premier sorti " (PEPS) n'est pas applicable pour les cessions antérieures au 1er janvier 2014 ;
-elle peut se prévaloir de la doctrine référencée BOI-RPPM-PVBMI-20-10-20-40 concernant les titres identifiables ;
-la même règle que celle retenue pour la plus-value doit être appliquée au complément de prix.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 juillet 2021 et le 20 octobre 2022, le directeur national des vérifications de situations fiscales conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Dousset,
-les conclusions de M. Charzat, rapporteur public,
-et les observations de Me Dauvois, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a vendu 4 378 934 titres de la société Edevice le 27 juin 2016 et a déclaré au titre de ses revenus pour la même année la plus-value ainsi réalisée en appliquant les abattements prévus par l'article 150-0 D du code général des impôts. Il a également déclaré la somme de 11 456 032 euros perçue, le 25 octobre 2016, en complément du prix d'une cession des titres de la même société réalisée le 28 novembre 2012. L'administration fiscale a effectué un contrôle sur pièces de la déclaration de revenus de M. A pour l'année 2016 et lui a notifié, par une proposition de rectification le 25 septembre 2019, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu correspondant à la remise en cause partielle des abattements appliqués par l'intéressé. M. A demande la décharge, en droits, majorations et intérêts, de ces impositions.
Sur l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 150-0 A du code général des impôts dans sa version alors applicable : " I.-1. (), les gains nets retirés des cessions à titre onéreux, effectuées directement () de valeurs mobilières, de droits sociaux, de titres mentionnés au 1° de l'article 118 et aux 6° et 7° de l'article 120, de droits portant sur ces valeurs, droits ou titres ou de titres représentatifs des mêmes valeurs, droits ou titres, sont soumis à l'impôt sur le revenu " Aux termes de l'article 150-0 D du même code : " 1. Les gains nets mentionnés au I de l'article 150-0 A sont constitués par la différence entre le prix effectif de cession des titres ou droits, net des frais et taxes acquittés par le cédant, et leur prix effectif d'acquisition par celui-ci () ou, en cas d'acquisition à titre gratuit, leur valeur retenue pour la détermination des droits de mutation. / Les gains nets résultant de la cession à titre onéreux ou retirés du rachat d'actions, de parts de sociétés, de droits démembrés portant sur ces actions ou parts, ou de titres représentatifs de ces mêmes actions, parts ou droits, mentionnés à l'article 150-0 A, () sont réduits d'un abattement déterminé dans les conditions prévues, selon le cas, au 1 ter ou au 1 quater du présent article. / Le complément de prix prévu au 2 du I de l'article 150-0 A, afférent à la cession d'actions, de parts ou de droits mentionnés au deuxième alinéa du présent 1, est réduit de l'abattement prévu au même alinéa, quelle que soit la date à laquelle est intervenue la cession à laquelle il se rapporte, lorsque les conditions prévues, selon le cas, aux 1 ter ou 1 quater du présent article sont remplies. () 1 quater. Par dérogation au 1 ter, les gains nets résultant de la cession à titre onéreux ou retirés du rachat d'actions ou de parts de sociétés ou de droits démembrés portant sur ces actions ou parts, mentionnés à l'article 150-0 A, sont réduits d'un abattement au taux mentionné au A lorsque les conditions prévues au B sont remplies. / A.-Le taux de l'abattement est égal à : / 1° 50 % de leur montant lorsque les actions, parts ou droits sont détenus depuis au moins un an et moins de quatre ans à la date de la cession ; / 2° 65 % de leur montant lorsque les actions, parts ou droits sont détenus depuis au moins quatre ans et moins de huit ans à la date de la cession ; / 3° 85 % de leur montant lorsque les actions, parts ou droits sont détenus depuis au moins huit ans à la date de la cession. () Les gains nets résultant de la cession à titre onéreux () sont réduits d'un abattement déterminé dans les conditions prévues, selon le cas, au 1 ter ou au 1 quater du présent article. () 1 quinquies. Pour l'application de l'abattement mentionné au 1, la durée de détention est décomptée à partir de la date de souscription ou d'acquisition des actions, parts, droits ou titres. () En cas de cessions antérieures de titres ou droits de la société concernée pour lesquels le gain net a été déterminé en retenant un prix d'acquisition calculé suivant la règle de la valeur moyenne pondérée d'acquisition prévue au premier alinéa du 3, le nombre de titres ou droits cédés antérieurement est réputé avoir été prélevé en priorité sur les titres ou droits acquis ou souscrits aux dates les plus anciennes. () 3. En cas de cession d'un ou plusieurs titres appartenant à une série de titres de même nature acquis pour des prix différents, le prix d'acquisition à retenir est la valeur moyenne pondérée d'acquisition de ces titres. () ".
3. Il résulte des dispositions précitées du 1 quinquies de l'article 150-0 D du code général des impôts que, quand existent des cessions antérieures à titre onéreux, le législateur a choisi la méthode du " premier entré / premier sorti " pour permettre la détermination du point de départ de la durée de détention des titres cédés, qui est nécessaire pour que les contribuables puissent invoquer l'abattement auxquels ils ont droit.
4. Il résulte de l'instruction que M. A a acquis les parts de la société Edevice en trois lots : un premier lot correspondant à 10 682 836 titres qu'il a reçus le 24 février 2004 à la suite de la dissolution de la société américaine qui détenait la société Edevice, un deuxième lot de 11 413 025 titres qu'il a acquis le 19 janvier 2009 et un dernier lot de 11 342 305 titres qui lui a été attribué le 29 octobre 2009 en contrepartie de l'apport de titres d'une autre société. Par ailleurs, M. A a vendu 5 millions de titres de la société Edevice le 23 août 2010, 1,7 millions de ces titres le 30 septembre 2011, 10 695 266 titres le 15 juin 2012, 11 185 025 titres le 28 novembre 2012 et 478 941 titres le 29 juin 2015. Enfin, le 27 juin 2016, il a cédé les 4 378 934 titres restants. Lorsqu'il a déclaré ses revenus pour l'année 2016, M. A a appliqué l'abattement de 85 % pour durée de détention supérieure à 8 ans à 24,50 % de la plus-value réalisée lors de cette dernière cession. Il a également appliqué cet abattement à 31,95 % du complément de prix de 11 456 032 euros perçu le 25 octobre 2016 concernant la cession de titres de la société Edevice intervenue le 28 novembre 2012. Par la proposition de rectification du 25 septembre 2019, l'administration a remis en cause l'application de l'abattement de 85 % dans les deux cas, estimant que le requérant ne détenait plus aucun titre depuis plus de 8 ans à la date des deux cessions en litige. Dès lors, qu'ainsi qu'il a été dit, l'article 150-0-D prévoit que la règle " premier entré / premier sorti " est applicable pour calculer la durée de détention de titres, tant pour le calcul de la plus-value que pour celui du complément de prix, l'administration était fondée à remettre en cause l'application de l'abattement litigieux, les derniers titres acquis le 24 février 2004 devant ainsi être regardés comme ayant été cédés le 15 juin 2012 et les titres cédés après cette date étant issus des acquisitions des 19 janvier et 29 octobre 2009. M. A soutient que la règle figurant au 1 quinquies de l'article 150-0 D du code général des impôts n'était pas applicable aux quatre cessions réalisées avant l'année 2015 dès lors que cette disposition n'est entrée en vigueur que le 1er janvier 2014 et il estime que le service a ainsi fait une application rétroactive de la règle " premier entré / premier sorti ". Toutefois, cette règle n'était pas nouvelle au 1er janvier 2014 dès lors qu'elle figurait avant l'entrée en vigueur de la loi n° 2013-1278 du 29 décembre 2013 de finances pour 2014 au III de l'article 150-0 D ter du code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a remis en cause l'application par M. A de l'abattement de 85 %.
Sur l'application de la doctrine administrative :
5. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales dans sa version applicable : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. () ".
6. M. A se prévaut, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine administrative référencée BOI-RPPM-PVBMI-20-10-20-40 du 14 octobre 2014 et soutient que les titres en litige étaient des titres identifiables ou individualisables au sens du paragraphe 10 de cette doctrine. Toutefois, cette doctrine précise que constituent des titres identifiables notamment des titres numérotés ou des titres inscrits sur un registre tenu par la société. Or, la seule production d'une copie d'une page du compte d'actionnaire de M. A mentionnant, de manière manuscrite, chaque achat et chaque cession avec le nombre de titres cédés ou acquis, le solde à l'issue de chaque achat ou de chaque cession et des observations, qui ne peut être regardée comme constituant un registre des titres tenu par la société, ne saurait suffire à considérer que les titres en litige étaient effectivement individualisés. En tout état de cause, la doctrine invoquée concerne les règles particulières de détermination du prix d'acquisition et non celles de détermination de la durée de détention.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
9. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A au titre de frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En outre, aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance, les conclusions présentées par M. A à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur national des vérifications de situations fiscales.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
La rapporteure,
A. DOUSSET
Le président,
B.R. BACHOFFER
La greffière,
L. REGNIER
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101489/1-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026