mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2101628 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CHEVRIER |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête n° 2101628/1-2 et un mémoire, enregistrés les 28 janvier et 13 juillet 2021, la société BS Foncière, représentée par Me Chevrier, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-la réfaction forfaitaire de 50 % de taxe sur la valeur ajoutée était applicable, faute de pouvoir justifier de la spatio-temporalité réelle de tout trajet ;
-c'est à l'administration qu'il appartient de prouver qu'il était possible d'évaluer le temps passé en dehors des eaux territoriales communautaires par ses clients ;
-même si le forfait de 50 % est rejeté, les trajets en litige n'ont pas eu lieu dans leur totalité dans les eaux françaises et une partie réelle de la facturation doit être exonérée de la taxe voire sa totalité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2021, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
II - Par une requête n° 2120502/1-2, enregistrée le 27 septembre 2021, la société BS Foncière, représentée par Me Le Go, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-elle a été privée d'une garantie dès lors qu'il n'a pas été fait droit à sa demande de saisine de l'interlocuteur départemental ;
-la provision de 759 786,05 euros était justifiée et c'est à tort que l'administration fiscale l'a réintégrée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Dousset,
-et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société BS Foncière exerce, à titre principal, une activité de location de terrains et d'autres biens immobiliers. En tant que société membre d'un groupe fiscalement intégré, elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2015 et 2016. Par une proposition de rectification du 10 juillet 2018, le service lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des deux années vérifiées. La société BS Foncière demande la décharge, en droits et pénalités de ces impositions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2101628/1-2 et n° 2120502/1-2 concernent la même société, tendent à la décharge de redressements qui lui ont été notifiés par une même proposition de rectification et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la régularité de la procédure :
3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Avant l'engagement d'une des vérifications prévues aux articles L. 12 et L. 13, l'administration des impôts remet au contribuable la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ; les dispositions contenues dans la charte sont opposables à l'administration ". La charte remise au contribuable prévoit que : " En cas de difficultés, vous pouvez vous adresser à l'inspecteur divisionnaire ou principal et ensuite à l'interlocuteur désigné par le directeur. Leur rôle vous est précisé plus loin (). Vous pouvez les contacter pendant la vérification ". Elle précise qu'en cas de désaccord avec le vérificateur, le contribuable peut saisir l'inspecteur divisionnaire ou principal. Elle énonce, à cet égard : " Si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les rectifications envisagées, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur divisionnaire ou principal ". Elle énonce ensuite : " Si, après ces contacts des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur ".
4. La possibilité pour le contribuable de s'adresser, dans les conditions précisées par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié, au supérieur hiérarchique du vérificateur puis, le cas échéant, à l'interlocuteur départemental ou régional constitue une garantie substantielle ouverte à l'intéressé à deux moments distincts de la procédure de rectification, en premier lieu, au cours de la vérification et avant l'envoi de la proposition de rectification ou la notification des bases d'imposition d'office pour ce qui a trait aux difficultés affectant le déroulement des opérations de contrôle et, en second lieu, pour les contribuables faisant l'objet d'une procédure de rectification contradictoire ou en cas d'examen contradictoire de situation fiscale personnelle, après la réponse faite par l'administration fiscale à leurs observations sur la proposition de rectification en cas de persistance d'un désaccord sur le bien-fondé des rectifications envisagées.
5. A ce second titre, cette garantie consiste pour le contribuable à pouvoir, avant la mise en recouvrement, saisir le supérieur hiérarchique du vérificateur et, le cas échéant, l'interlocuteur départemental de divergences subsistant au sujet du bien-fondé des rectifications envisagées, et non à poursuivre avec ces derniers un dialogue contradictoire de même nature que celui qui s'est achevé avec la notification de la réponse aux observations du contribuable.
6. Il résulte de l'instruction que la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a émis un avis favorable au maintien des rectifications le 10 septembre 2019 et que la société BS Foncière a bénéficié d'un entretien avec le supérieur hiérarchique le 20 janvier 2020 et a été informée d'un abandon partiel des rehaussements par un courrier du 13 février 2020. Par un courrier du 22 décembre 2020, la société a sollicité la saisine de l'interlocuteur départemental en ce qui concerne l'impôt sur les sociétés de 2016. L'administration n'a pas donné suite à cette demande et soutient que dès lors qu'elle avait, par un courrier du 17 septembre 2020, informé la société BS Foncière en tant que société mère du groupe fiscalement intégré des conséquences financières du contrôle de la société en tant que société membre du groupe fiscalement intégré, elle n'était pas tenue de faire droit à cette demande, la procédure étant terminée. Toutefois, alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 5 le contribuable peut saisir l'interlocuteur départemental jusqu'à la mise en recouvrement des impositions, ce qu'a fait la société requérante en l'espèce, la mise en recouvrement étant intervenue le 15 février 2021, l'administration ne se prévaut d'aucun texte qui disposerait qu'une telle saisine ne serait plus possible après l'envoi à la société mère du courrier mentionné à l'article L. 48 du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions, la société BS Foncière est fondée à soutenir qu'elle a été privée d'une garantie et, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être accueilli.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de prononcer la décharge des impositions supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles la société BS Foncière a été assujettie, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre ces impositions.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
8. Aux termes de l'article 259 A du code général des impôts : " Par dérogation à l'article 259, est situé en France le lieu des prestations de services suivantes : / 1° Les locations de moyens de transport : / a) Lorsqu'elles sont de courte durée et que le moyen de transport est effectivement mis à la disposition du preneur en France. / La location de courte durée s'entend de la possession ou de l'utilisation continue d'un moyen de transport pendant une période ne dépassant pas trente jours ou, dans le cas d'un moyen de transport maritime, quatre-vingt-dix jours ; () ".
9. En outre, le paragraphe 90 de la doctrine référencée BOI-TVA-CHAMP-20-50-20 du 12 septembre 2012 applicable en l'espèce, qui a été repris au paragraphe de la doctrine référencée BOI-TVA-CHAMPS-20-50-30 du 1er mars 2017 dont se prévaut la requérante sur le fondement de L. 80 A du livre des procédures fiscales : " S'agissant de la location de navires de plaisance maritime, l'évaluation du temps passé en dehors des eaux territoriales communautaires (lorsque le loueur est établi en France) ou en dehors des eaux territoriales françaises (lorsque le loueur est établi en pays tiers) par rapport au temps total de location du navire de plaisance doit être faite par le redevable sous sa responsabilité et sous réserve du droit de contrôle du service. Cette évaluation, qui peut résulter notamment des termes du contrat de location, doit être corroborée par tous moyens de preuve. / Cependant, il est admis que les loueurs qui éprouvent des difficultés à effectuer cette évaluation déterminent forfaitairement le temps passé en dehors des eaux territoriales communautaires ou françaises par l'application d'une réfaction de 50 % au temps total de location, quelle que soit la catégorie de navire de plaisance concerné ".
10. Il résulte de l'instruction que la société BS Foncière a acquis en mai 2014 un yacht appelé Good Life et amarré au port de Saint-Raphaël, qu'elle a proposé à la location de courte durée. A l'issue de la vérification de comptabilité dont la société a fait l'objet, le service a remis en cause l'application par cette dernière pour les années 2015 et 2016 de la réfaction de 50 % prévue par la doctrine précitée. La société BS Foncière soutient que cette disposition était applicable dès lors qu'elle a éprouvé des difficultés à effectuer l'évaluation du temps passé en dehors des eaux territoriales communautaires par ses clients, les instruments de navigation ne permettant pas de mémoriser toutes les positions successives du bateau et donc son trajet et que les distances parcourues en eaux communautaires ne pouvaient être connues et justifiées. Toutefois, elle ne produit aucun élément ni aucun commencement de preuve à l'appui de ses affirmations. Si elle soutient qu'elle a fourni à l'administration l'ensemble des documents dont elle disposait, elle ne les produit pas dans le cadre de la présente instance. En outre, il ressort des termes de la proposition de rectification du 10 juillet 2018 que la société a transmis au vérificateur les contrats de location, le journal de bord du bateau portant indication du nom des clients, du lieu de départ et d'arrivée du bateau et de la position du bateau au moment de l'observation des cétacés par les clients, qui d'après les mentions du journal se trouve en dehors des " eaux territoriales " sans pour autant que soient visées expressément les " eaux communautaires ". Dans ces conditions, le service, à qui il n'appartenait pas, comme le soutient la requérante, de prouver qu'il était possible de réaliser l'évaluation en litige, était fondé à estimer que la société n'avait pas démontré qu'elle avait rencontré des difficultés à effectuer l'évaluation du temps passé en dehors des eaux territoriales communautaires.
11. Par ailleurs, si la société BS Foncière soutient qu'il n'est pas contesté qu'une partie de trajets effectués par ses clients ne s'est pas déroulée dans les eaux françaises et qu'une partie de la facturation doit être exonérée de taxe sur la valeur ajoutée en conséquence, elle ne propose aucun chiffre ni aucune méthode de calcul de ces trajets. Enfin, il ne saurait être question, comme la société le soutient, de procéder au dégrèvement total des rappels au motif que ni elle ni l'administration ne sont parvenues à calculer tous les trajets réels effectués par ses clients.
12. Il résulte de ce qui précède que la société BS Foncière n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige.
Sur les frais liés au litige :
13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à la société BS Foncière au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : La société BS Foncière est déchargée des impositions supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie.
Article 2 : L'Etat versera à la société BS Foncière la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société BS Foncière et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
La rapporteure,
A. DOUSSET
Le président,
B.R. BACHOFFER
La greffière,
L. REGNIER
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-2, 2120502/1-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026